Charles-Hippolyte-Jean Géniaux, né à Rennes le et mort à Nice le , est un romancier, poète, peintre et photographe français. Frère de Paul Géniaux, également photographe, il est marié à Claire Mazères, elle-même femme de lettres.

Biographie Photographe malgré lui alt=Carte rectangulaire blanc crème avec la mention "Les frères Géniaux" au centre, "Photographie edition d'art" en haut à gauche, et l'adresse en bas à droite "32 Rue Louis le Grand, Paris" |vignette|246x246px|Carte de visite des frères Géniaux à leur atelier parisien, 1898 Charles Géniaux découvre la pratique photographique à l'âge de 15 ans en Algérie. Aucun des membres de la famille Géniaux n'est inconnu à cette pratique. On retrouve en effet des portraits de chacun d'eux réalisés à Rennes chez Mevius ou Le Michel.

Charles s'y essaie donc d'abord en prenant pour modèles ses sœurs et son frère. Ses premières photographies ne sont pas nettes mais elles caractérisent déjà les sujets qui vont l'intéresser. Il les a par ailleurs signées grâce à un composteur. L'une, datée de 1886 sans doute de la main de Charles lui-même, représente son frère Paul et l'autre figure sa petite sœur Marguerite avec sa poupée. Ce premier intérêt pour la photographie est relaté par Claire Géniaux dans l'écrit qu'elle lui dédie après son décès en 1931 (La vie d'un homme de lettre Charles Géniaux) :« [il] éprouva une passion violente pour la photographie et la lecture des catalogues d'appareils et de fournitures photographiques excitait au plus haut point son imagination. »Également passionné d'écriture, il naviguera durant tout le début de sa vie entre ces deux médiums. Plus particulièrement à partir de 1893, Charles Géniaux entame des débuts professionnels en photographie grâce à la publication de Bretagne revue. Avec son frère Paul, il se lance plus largement dans l'édition d'art. Ce qui différencie leur travail d'autres publications, c'est l'illustration photographique sur des planches que l'on trouve à l'intérieur de la revue. Elle en est d'autant plus spéciale, puisque, selon Charles Géniaux, il lui a fallu reproduire ces photographies lui-même dans la serre du jardin familial (où les frères procédaient à la majorité de leurs activités), ce qui lui prenait un temps considérable. Au-travers de la section concours promue par la revue, les frères faisaient de la publicité pour du matériel photographique et pour leurs propres cours d'initiation à la collographie.

Néanmoins, la publication de Bretagne revue devenue Revue pittoresque en 1894 ne permet pas aux Géniaux de vivre correctement. En 1898, à la suite de son frère Paul, Charles s'installe à Paris. Ensemble, ils reprennent un atelier de photographie, Tissier aîné, en une collaboration d'apparence parfaite, comme peuvent le laisser supposer les cartes de visite qu'ils font imprimer avec la mention "Les frères Géniaux, photographie, édition d'art". Leur marque de fabrique est encore celle de l'édition d'art malgré l'abandon de leur première revue. Cette signature se retrouve sur leur travail photographique, parfois abrégé en "GXF-Paris".

En revanche, si ce travail semble mieux convenir à Paul, considéré comme un technicien, Charles s'en détourne rapidement. C'est pourtant grâce à celui-ci qu'il gagne sa vie car ses romans ne lui permettent pas d'en faire autant. Un an après la reprise de l'atelier de photographie, il écrit à sa future femme, alors connue sous le nom de Claire Mazères :« Je fais un métier idiot et subalterne. Avec mon diable d'amour propre, je souffre de voir des crétins me traiter en vulgaire employé photographe, des imbéciles qui se sentent ni ne comprennent ce qu'ils me demandent de photographier. »La majorité de sa production s'étend de 1893 à 1905-1906. La fin de celle-ci se concentre sur ses séjours en Bretagne, notamment sur le temps passé dans la campagne du Morbihan entre Billiers, Muzillac et Rochefort-en-Terre. Après cette période et notamment la vente de la maison de Rochefort-en-Terre, Charles Géniaux s'éloigne de la photographie pour se consacrer entièrement à ses écrits.

Charles Géniaux, écrivain Charles Géniaux est l’auteur d’une œuvre abondante qui compte 37 romans, écrits entre 1893 et 1931. Photographe, journaliste et écrivain, c’est à la littérature qu’il consacre la majeure partie de sa vie. Ses thématiques sont variées mais s'ancrent toujours dans des lieux qu’il connaît et affectionne, comme la Bretagne, le Maghreb, le Languedoc ou la Provence. Il en propose des descriptions riches, semblables à des photographies de leur temps, à la manière de Zola. En effet, il situe très précisément ses personnages fictifs dans des lieux réels : rues, patelins, échoppes etc. Ses romans sont des fresques sociales puisqu’il s’intéresse aussi bien aux pêcheurs bretons qu’à la grande bourgeoisie.

Charles Géniaux est surtout connu pour ses romans sur la Bretagne, dont il dépeint la réalité rurale au début du , avec ses traditions et ses mœurs spécifiques, cette région étant quelque peu recluse sur elle-même. Son désir est de montrer « l’âme » de la Bretagne, de manière brute, sans l’embellir. Il évoque notamment la misère des petites gens, le dur labeur des paysans et des marins ou encore l’alcoolisme, dans des récits souvent tragiques. Mais il décrit aussi la beauté des paysages, la place du clergé, la vie quotidienne familiale, ou encore les fêtes populaires. Ses écrits contribuent à la construction et au rayonnement de l’image de la Bretagne, voire de son mythe pittoresque, aux côtés d’autres auteurs tels que Charles Le Goffic ou Anatole Le Braz.

L'œuvre littéraire de Charles Géniaux reçoit une reconnaissance et connaît une postérité relativement modestes. Il obtient tout de même le Grand prix du roman de l'Académie française en 1918 pour son roman La Passion d’Armelle Louanais et le prix Balzac en 1913 pour son roman L’Océan. Il noue également une amitié forte avec le caricaturiste et satiriste Jossot, avec qui il partage l’amour de la Tunisie. Avec sa femme Claire Géniaux, il co-écrit plusieurs romans, dont Le Cyprès et Une Affranchie.

Charles Géniaux, ses liens avec le Maghreb en période coloniale Charles Géniaux connaît le Maghreb depuis son enfance, puisque ses parents déménagent en Algérie en 1884 pour deux ans. Ensuite, il est amené à séjourner régulièrement en Tunisie, au Maroc et en Algérie pour des missions journalistiques ou bien mandaté par le Ministère des Affaires Etrangères, notamment à Tunis en 1906 et en 1908 dans le but d’enquêter sur les « centres de colonisation ». Grand connaisseur de ces régions, il décrit précisément les différentes traditions et cultures arabes dans ses romans, sans misérabilisme ni fantasme orientaliste.

Charles Géniaux occupe une position politique ambivalente dans le contexte de la colonisation française au Maghreb. Il ne remet pas en question la colonisation française et soutient la mission civilisatrice de ces pays par la France : les colons doivent éduquer les “indigènes”, répandre le progrès et la civilisation sur ces terres, afin de promouvoir la grandeur de la nation française. Les colons ont aussi, selon lui, la charge de protéger les “indigènes”. Il écrit notamment un ouvrage, intitulé Comment on devient colon (1908), qui traite de la meilleure manière de s’implanter au Maghreb. De cet ouvrage est tirée la citation suivante, qui résume de manière éloquente sa pensée coloniale :« Nous nous sommes efforcés d’être justes dans la question de la main-d’œuvre indigène. Nous n’oublierons jamais que les Français ont la haute mission de protéger et d’enseigner les Arabes retardataires. »

Alors qu’il promeut dans ses écrits le devoir colonial de la France, il noue en parallèle des liens amicaux forts avec des Tunisiens, notamment Chadli El Okbi, qui l’accueille plusieurs fois avec sa femme Claire Géniaux. Dans la préface de son roman Les Musulmanes, il écrit : « J’ai passé trois années d’intimité avec la douce population Tunisienne, qu’on ne saurait fréquenter sans l’aimer. » Il qualifie les musulmans de ses “amis”, pour qui il porte une “réelle estime”. Charles Géniaux ne renie pas la culture musulmane et incite les colons à apprendre l’arabe pour mieux les comprendre. Sa position, relativement respectueuse envers les peuples arabes et progressiste pour l’époque, est critiquée par de nombreux colons français aux penchants nationalistes. À propos de son roman Le choc des races, le journaliste et très patriote Armand Ravelet dépeint Charles Géniaux comme un traître, qui embellit le peuple arabe et se moque des colons : « Il met dans l’erreur ses concitoyens [les lecteurs français], en exagérant les qualités de l’étranger, pour mieux salir ses frères [les colons français]. »

Charles Géniaux, journaliste Le travail de journaliste de Charles Géniaux commence lorsqu'il crée, à seulement douze ans, avec ses camarades du lycée de Bastia, un feuillet d'information sur l'actualité mondiale intitulé L'Oranger Breton. Au fil des années, il continue à rédiger des articles pour le journal du lycée d'Alger, où il a déménagé avec ses parents. Ce journal est publié dans toute la ville sous le titre Potache. De retour à Rennes en 1892, il rejoint la revue artistique et littéraire dédiée à la critique théâtrale Rennes Artistes, fondée en 1882 par Henry Mazières, et dont Charles devient secrétaire de rédaction en 1893.

En , Charles Géniaux commence sa carrière en tant que journaliste professionnel en fondant la revue Bretagne revue, un périodique mensuel parmi les premières revues françaises créées dans le but de défendre l'illustration par la photographie. À cette fin, la revue organise également un concours international de photographie qui se poursuit tout au long de la durée de la revue, jusqu'en . En , Bretagne Revue devient Revue pittoresque, illustrée, littéraire et artistique et prend la forme d'une revue mensuelle de luxe. Mais la revue n'a pas une longue durée de vie et disparaît la même année.

N'abandonnant pas pour autant son travail d'éditeur photographe, il se lance dans un troisième projet de revue qui se poursuit jusqu'en 1902, Bretagne Illustration, et qui se traduit par la parution de 24 numéros illustrés consacrés à l'architecture religieuse dans le Finistère.

Son appréciation du médium photographique et de sa technique l'a amené à organiser un concours de photographie pour photographes amateurs, qui a été publié entre 1899 et 1902 dans la revue Le Mois littéraire et pittoresque. Lorsque les résultats du concours paraissent, ils sont accompagnés d'un article rédigé par Charles dans lequel il explique aux participants comment corriger leurs erreurs, démontrant ainsi sa volonté, comme il l'avait déjà fait avec Bretagne Revue, de rendre l'usage de la photographie accessible au plus grand nombre. vignette|Photo prise par Charles Géniaux vers 1900 à La-Chapelle-des-Marais pendant le jour du Pardon Déterminé à devenir un grand écrivain, Charles Géniaux quitte son travail d'éditeur en 1898 pour se consacrer à ses écrits. Cependant, le succès tarde à venir. En attendant de pouvoir en vivre, il publie des articles illustrés, souvent accompagnés de ses propres photographies, pour de nombreuses revues à portée nationale. Entre 1903 et 1909, dans le Journal des voyages et des aventures de terre et de mer, il publie une série d'articles intitulée Bretagne vivante, qui documente la vie en Bretagne. Il réalise aussi de nombreux reportages photographiques pour la revue Le tour de France, dédiés au culte de la mort en Bretagne, au pardon de Saint-Jean-du-Doigt et en général aux légendes et aux coutumes de la campagne bretonne. Toujours dans Le tour de France, il tient également une rubrique régulière publiée sous le titre « Le tour de France photographique », dans laquelle il donne des conseils techniques de photographie.