vignette|300px|Vestiges de l'église San Quilico de Carbini, où se réunissaient les Ghjuvannali.

Les Ghjuvannali ou Giovannali constituent une déviation du courant franciscain qui a été considérée comme hérétique aux par l'Église catholique. Implantés en Corse, ils furent pourchassés par l'Inquisition.

Doctrine Les premiers Giovannali étaient dirigés par un frère franciscain, Giovanni Martini. Comme celle des Franciscains dont ils sont issus, leur doctrine sociale et religieuse était fondée sur la pauvreté et le don de soi. Les Giovannali affirmaient que l’on ne devait pas posséder de biens propres et que tout devait être mis en commun, et aussi qu'hommes et femmes étaient égaux. De fait, ils n'ont pas de rapport avec le catharisme du Sud-Ouest de la France mais peuvent être rattachés aux Fraticelli franciscains d'Italie.

Ils s'imposaient des pénitences, prônaient jeûne, humilité, simplicité, pauvreté, ascétisme, non-violence et abstinence, renonçant au sacrement du mariage et hostiles à la hiérarchie de l'Eglise catholique et aux fastes de la curie romaine.

Les Giovannali pratiquent une forme de communisme économique, mais également une forme de communisme sexuel Antoine Casanova, "Révolution féodale, pensée sociale et caractères originaux de l'histoire sociale de la Corse", Etudes corses, n° 15, 1980, p. 57. :

Histoire En 1310, les Giovannali se constituèrent d'abord en petits groupes proches de couvents franciscains ou d'églises favorables. Certains seigneurs les soutinrent comme Polo et Arrigo d'Attalà, frères illégitimes de Guglielminuccio, seigneur d'AttallàAbbé Letteron, Histoire de la Corse, Tome 1, Bulletin de la Société des sciences naturelles et historiques de la Corse, Imprimerie et librairie V Eugène Ollagnier, Bastia, 1888.. Le courant des Ghjuvannali s'étendit ensuite jusque dans le Deçà des Monts ou Terre de Commune. Finalement au couvent d'Alesani les Giovannali expulsent les franciscains orthodoxes et même en tuent un qui sera plus tard canonisé.

Refusant toute autorité épiscopale et aussi l’impôt, ils se firent de nombreux ennemis tant ecclésiastiques que seigneuriaux. En 1352, l'évêque d'Aléria obtient du pape Innocent VI une excommunication papale contre ces « hérétiques ». À la fin de 1352 les Ghjuvannali en appellent à l'archevêque de Pise et obtiennent la levée de l'excommunication. Ils étaient hostiles à la hiérarchie de l’Église romaine qui les jugeait à l’opposé du dogme catholique. Leur spiritualité, leur sens religieux et social et leur esprit de justice s'étaient alors répandus dans presque toute la Corse. Mais en 1354, peu avant sa mort, Monseigneur Raimondo, évêque d'Aléria, s'adresse au Pape Innocent VI et lui affirme que les Ghjuvannali sont bien hérétiques et « irrespectueux envers l'autorité épiscopale ». Le pape Innocent VI alors en résidence en Avignon, instruit de ce qui se passait, excommunia une seconde fois les Giovannali et les déclara hérétiques.

Son successeur, le bénédictin Urbain V, maintient l'excommunication et envoie un légat en Corse. Ce commissaire pontifical, soutenu par les seigneurs locaux, organise une sainte croisade militaire dans la région de Carbini et en Plaine orientale. Au nom de l'Église, de 1363 à 1364, à Carbini, à Ghisoni, au couvent d'Alesani et en d'autres villages on massacre de nombreux Ghjuvannali avec femmes et enfants. Certains, plutôt que de renoncer à leur foi, sont morts les armes à la main. Les derniers Ghjuvannali furent brûlés à Ghisoni, au pied des montagnes appelées Kyrie Eleison et Christe EleisonAccademia corsa, "Les Ghjuvannali"..

En ces temps de famine, de misère et de maladie, c'est une des plus sombres pages de l'histoire de la Corse.

Débat historiographique Selon la thèse d'Alexandre Grassi (1866), ces fidèles constitueraient la branche corse du catharisme, car ils se référaient à plusieurs évangiles apocryphes et au gnosticisme. Pour les historiens plus récentsDaniela Müller s'appuie sur les recherches de l'abbé Casanova au début du , consolidées dans les années 1950 par Dorothy Carrington. Revue Pyrénées, Numéro spécial "Cathares", 2003., il s'agirait d'une confrérie de franciscains dissidents, qui prit naissance à Carbini en Alta Rocca au milieu du en Corse. Les Ghjuvannali se sont répandus dans tout le sud de l'île, dans le Delà des Monts ou Terra di i Signori (Terre des Seigneurs) et aussi dans le nord de la Corse, en Alesani. Ils furent anéantis par l'Inquisition après une cinquantaine d'années d'existence. Leur nom a survécu longtemps dans la mémoire populaire.

Postérité Le groupe Canta U Populu Corsu a interprété la chanson I Ghjuvannali (écrite par Ceccè Lanfranchi) sur son album Rinvivisce.

Références

Voir aussi Bibliographie Philippe Franchini, Les chemins de granit, I ghjuvannali , Colonna Edition, 2011. Michel Casta, "Les Giovannali, lieu de mémoire de la dissidence en Corse", in Religion et politique dans les sociétés du Midi, CTHS, 2002. "Chronique de Giovanni della Grossa", in Abbé Letteron, Histoire de la Corse, Tome 1, Bulletin de la Société des sciences naturelles et historiques de la Corse, Imprimerie et librairie V Eugène Ollagnier, Bastia, 1888, p.219-220.

Liens externes

La thèse d'Alexandre Grassi Alta-Rocca : Les Ghjuvannali

Articles connexes Fraticelli Carbini

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