Abraham Isaac haCohen Kook, né à Grīva, aujourd'hui en Lettonie, le et mort à Jérusalem le , fut le premier grand-rabbin ashkénaze en Terre d'Israël à l’époque du mandat britannique, il fut un décisionnaire en droit talmudique (halakha), un kabbaliste et un penseur.

Biographie Le Rav Kook a servi comme rabbin en Lettonie. En 1904, à l’époque de la seconde Alya, il émigre en Terre d’Israël, alors province ottomane, où il a été appelé pour être rabbin de Jaffa et des établissements agricoles environnants. Il développe une doctrine favorable au Nouveau Yishuv et au sionisme fondée sur la Kabbale. Après la Première Guerre mondiale, il est nommé rabbin ashkénaze de Jérusalem. Il fonde le grand-rabbinat d’Israël, à la tête duquel il siège comme premier grand-rabbin ashkénaze. Il fonde également la yéchiva Merkaz haRav. Il est considéré comme l’un des pères du sionisme religieux. Ses décisions halakhiques, notamment concernant les questions politiques et les commandements liés à la Terre, sont une source jurisprudentielle reconnue. Il est la principale référence religieuse et philosophique des courants religieux nationalistes israéliens contemporains. Son fils et successeur à la tête de la yéchiva, le Rav Zvi Yehouda Kook, fut également une figure éminente du sionisme religieux, notamment après la guerre de 1967 à partir de laquelle il inspira le mouvement de retour en Judée et en Samarie.

Enfance et jeunesse Son père était un rabbin mitnaged, opposant du hassidisme ; sa mère, elle, appartenait à la mouvance hassidique, étant issue d'une famille proche des hassidim de Loubavitch.

Il suit le parcours traditionnel éducatif des jeunes juifs orthodoxes de son époque. Il a d'abord étudié avec son père, puis à 13 ans, après sa bar mitsva, il étudie avec d'autres maîtres dans les environs de sa ville de naissance. Né dans le milieu des gens qui étudient la Torah, il est au cœur de la tradition juive de l'Europe de l'Est. Devenu adolescent, le jeune Kook étudie avec le Rav Reuven haLevi Rivlin qui était le rabbin de Dvinsk, ville assez importante qui avait un siège rabbinique prestigieux. Ce rabbin de Dvinsk a laissé une œuvre halakhique importante.

Abraham Isaac Kook étudie donc le Talmud avec les meilleurs maîtres ; très jeune il est reconnu comme un étudiant exceptionnel, un 'ilouy, par ses capacités de concentration, de mémoire et de compréhension hors du commun. Ce qui n'échappe pas au rav Ye'hiyel Michael Halevi Epstein lorsqu'il le rencontre et s'entretient avec lui ; Kook n'avait pas encore 20 ans et quelque temps après sa rencontre avec le Rav Epstein, à l'occasion de la fête de Pourim, il reçoit de lui une lettre d'ordination rabbinique sans l'avoir sollicitée. Le Rav Epstein était une des grandes autorités de l'époque. Il est toujours célèbre et étudié ; il est l'auteur de Âroukh haShoulḥan, ouvrage monumental de droit juif qui détaille même les lois qui ne s'appliqueront qu'à l'époque messianique (Temple, sacrifices, roi). Vers 1884, Abraham Isaac Kook rencontre le Rav Eliyahou David Rabinovitch Teomim (dit « le Aderet »), grande autorité talmudique de l'époque, rabbin de Ponievitch qui deviendra grand-rabbin ashkénaze de Jérusalem, rabbinat le plus prestigieux. Le Rav Rabinovitch reconnaît lui aussi un être exceptionnel dans le futur Rav Kook et voulant le garder auprès de lui pour en faire son héritier spirituel, il le fiance à sa fille selon le mode traditionnel de succession dans le milieu rabbinique.

Après les fiançailles, Abraham Isaac Kook part étudier pendant un an et demi à la prestigieuse yeshiva de Volozhin. C'était le centre le plus important et le plus fameux d'étude en Europe ; de là sortaient les plus grands rabbins et les plus grands érudits. La yeshiva de Volozhin est la mère de toutes les yeshivoth qui presque toutes jusqu'à aujourd'hui, ont été fondées par les élèves de Volozhin et les élèves de leurs élèves. Cet établissement a été lui-même fondé au début du par rabbi Haim de Volozhin qui était le disciple principal du Gaon de Vilna (1720-1797), figure centrale du monde juif au . Le Gaon avait pris deux décisions fondamentales : 1 il a engagé son disciple rabbi Haïm à fonder la première Yeshiva avec internat, ce qui a permis de rassembler en un même lieu les jeunes les plus brillants et former un nouveau leadership rabbinique ; 2 il a déterminé que l'heure du retour au pays était arrivée, car la rédemption doit commencer par des voies naturelles ; lui-même a voulu monter en Palestine (en 1760 ou 1782) mais n'y a pas réussi. Il a alors organisé un groupe de parents et de disciples qui est parti à Jérusalem et en Galilée pour constituer une communauté et il a créé en Russie tsariste (ennemie de l’Empire ottoman) une société secrète pour financer l'établissement et l’entretien de cette communauté. (C'est le début du mouvement de retour. Parallèlement, chez les hassidim, on retrouve la même volonté de retour à cette époque. De ce fait la population juive a beaucoup augmenté en Palestine et dès 1860, il y a à Jérusalem une majorité de Juifs. C'est en faveur de ce premier établissement que se déploiera l'action de mécènes tels que Moïse Montefiore, banquier de Londres, qui après un voyage en Palestine ottomane donne des fonds pour la fondation du premier quartier en dehors des murs de Jérusalem. A la génération suivante, ce sera Rothschild qui financera la fondation des premiers villages agricoles. C'est ce début d'infrastructure qui a permis et facilité l’arrivée des pionniers laïques à partir de 1880.)

Abraham Isaac Kook étudie donc à la yeshiva de Volozhin, dirigée par le Rav Naphtali Tsvi Yehuda Berlin (dit « le Natsiv »). Figure centrale du judaïsme non hassidique de l'époque, il aura des centaines de disciples et son commentaire du Pentateuque est encore étudié aujourd'hui dans tous les courants du judaïsme. Le Natsiv a été directement impliqué dans les débuts du sionisme. (On sait que Theodor Herzl est le fondateur du « sionisme politique » à l'origine de la création de l’État d'Israël. Son action avait été préparée par plusieurs mouvements dont l'association « les Amants de Sion ». Le Natsiv a un temps été associé à la direction de cette association laïque, ce qui a fait scandale dans le monde religieux. De la même manière, une grande partie du monde de la Torah s’opposera au Rav Kook sur la question du sionisme.) Abraham Isaac Kook a reconnu dans le Natsiv son maître principal. Il termine ses études et se marie en 1886. Il habite alors chez son beau-père qui le nourrit comme c'est la tradition en Europe de l'Est pour un gendre qui étudie. En 1888, le couple a une fille.

Le monde juif de l'Europe de l'Est, au niveau intellectuel, est ouvert à toutes les idées nouvelles car il y a une presse en hébreu et en yiddish dans toute l'Europe ; toutes les tendances y sont représentées, entre autres celle de la Haskala (les Lumières) née à Berlin, qui veut apporter les lumières modernes en hébreu au peuple juif et mène une politique d'assimilation aux nations environnantes (juif à la maison, citoyen au dehors). À la fin du , la vie intellectuelle des Juifs est intense ; parlant le yiddish, ils ont accès à l'allemand, langue de la culture et du savoir ; ils ont donc un accès facile à toute la culture européenne et aux idées nouvelles. Le Rav Kook, issu de l'univers talmudique le plus traditionnel, est confronté à tout ce savoir moderne et il est l’un des premiers à avoir entrepris de penser la modernité à la lumière des sources traditionnelles. Il vit à une période critique : il appartient à la génération qui voit l'abandon de la tradition des ancêtres par une majorité de Juifs et le début de l'assimilation de masse. Il ne souhaite pas devenir rabbin car il veut mener une lutte idéologique et intellectuelle en écrivant des livres. Mais le Hafets Haim, grande figure de la résistance à l'assimilation et à l'abandon de la religion, en décida autrement. On raconte qu’ayant rencontré le jeune Kook chez son beau-père, il lui dit : « Je vais te demander quelque chose et tu vas me promettre de me répondre oui » ; ayant obtenu l’assentiment du jeune homme, il ajouta : « Tu dois devenir rabbin ».

Période de Zaumel et de Boysk À partir de 1888, le Rav Kook devient donc rabbin de Zaumel, petit bourg de Lituanie. C'est à cette période qu'il étudie avec l'un des plus grands kabbalistes de la génération, le Rav Schlomo Eliachiv, auteur du Léchem, héritier direct de la chaine de transmission du Gaon de Vilna et grand-père du chef actuel du judaïsme de la tendance ultra-orthodoxe lituanienne. En 1889, le Rav Kook perd sa femme alors que sa fille a un an et demi. Dès la fin de la période de deuil, son beau-père lui donne sa nièce, fille de son frère jumeau, pour seconde épouse. En 1891, naît son fils Tsvi Yehuda, qui sera son élève et son héritier spirituel, et qui sera à l'origine du rayonnement futur du Rav Kook. Tsvi Yehuda deviendra le chef de la petite yeshiva que son père fondera en Israël. Le Rav Kook n'a eu de son vivant que trois disciples, et sa pensée est restée relativement confidentielle jusqu'à la guerre des Six Jours. Cette victoire a engendré une grande espérance messianique et une génération a réalisé que le rav Kook avait vu juste ; il est devenu alors la référence centrale du sionisme religieux. En 1891, il publie son premier livre (חבש פאר) sur les phylactères et voyage pour faire connaître son ouvrage. En 1895, il est choisi pour devenir rabbin de Boysk, ville de la banlieue de Dvinsk. En 1899, lui naît une seconde fille. Vers 1900, il commence à publier des articles dans une publication rabbinique (le הפלס). Il rédige la plus grande partie de ses commentaires sur les haggadot du Talmud (עין איה) et l'ouvrage Midbar Shor (מדבר שור) recueil de ses homélies. Il écrit surtout l'ouvrage LiNevukhei haDor (Aux égarés de la génération, לנבוכי הדור), qui se veut un nouveau Guide des Égarés. Dans ce texte, le rav Kook se confronte à toutes les objections de la modernité contre la Torah (critique biblique, évolutionnisme, autres religions, morale humaniste, signification des Commandements, relation entre Israël et les Nations). Il n'a publié aucun de ces trois textes, qui n'étaient étudiés que de façon très confidentielle dans sa yeshiva. Ils ne seront publiés que plusieurs dizaines d’années plus tard, et pour le dernier au début du seulement, et dans une version expurgée, tant il demeure révolutionnaire et dérangeant aux yeux de certaines autorités rabbiniques.

Période de Jaffa (1904 - 1913) Le Rav Kook peut enfin réaliser son rêve et monter en Terre Sainte car la communauté juive de Jaffa l'appelle comme rabbin. En effet, les juifs de Jaffa ont lu certains des articles du Rav et ont reconnu en lui un rabbin qui répondait à leurs aspirations. La ville de Boysk essaie en vain de le retenir en lui proposant d'augmenter son salaire et de payer toutes ses dettes. À l'époque, Jaffa est la capitale des nouveaux établissements juifs de Palestine et le Rav Kook y arrive avant même la naissance de Tel-Aviv qui sera une extension de Jaffa. La petite ville est alors la porte d'entrée de la Terre Sainte et la capitale de l'ensemble des nouveaux villages agricoles juifs qui ont commencé à se développer depuis 1880 ; le titre officiel du Rav est d'ailleurs celui de « grand-rabbin de Jaffa et des villages agricoles environnants ».

Cette période est particulièrement féconde pour la pensée du Rav ; il écrit alors une grande partie des textes qui lui serviront de matière première pour les œuvres principales qu'il publiera plus tard. Il soutient de manière critique l'école Téchakmouni qui associe et combine l'étude traditionnelle de la Torah et l'étude des matières profanes, et cela malgré l'opposition des rabbins traditionnels de Jérusalem. Mais dans le même temps, le Rav Kook soutient aussi les écoles traditionnelles de Jérusalem qui ne donnent aucune place aux études profanes.