Memramcook, aussi orthographié Memramcouke ou Memramkouke, est un village canadien du comté de Westmorland, dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick. C'est un village agricole ayant un important patrimoine historique. Habité depuis fort longtemps par les Micmacs, le site a vu l'arrivée des premiers Acadiens en 1700. Ceux-ci furent déportés en grande partie en 1755 et durant les années suivantes mais le village survécut.

Le Collège Saint-Joseph, la première université francophone de l'est du pays, ouvrit ses portes dans le village en 1864 et la première Convention nationale acadienne y fut organisée en 1881.

Géographie

thumb|left|300px|Carte topographique de Memramcook.

Situation Memramcook est situé à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Moncton, dans la région des Trois-Rivières. Le village a une superficie de .

La partie la plus occidentale du village est composée du massif des Grandes Buttes. Cette région, aussi appelée la Pointe, est bordée à l'ouest par la rivière Petitcodiac. Elle est composée d'un plateau et de quelques collines, dont la principale, à Beaumont, culmine à d'altitude. Les Grandes Buttes se terminent en péninsule, dont l'extrémité est la pointe de Beaumont, ou du Fort Folly. À l'est des Grandes Buttes se trouve la vallée de la rivière Memramcook, où sont bâtis les principaux quartiers. Encore plus à l'est se trouve le bois de l'Aboujagane, dont le relief est formé, du nord au sud, par le plateau de Lourdes et le massif de la colline Coppermine.

Emplacement Memramcook est limitrophe de Dieppe et du Grand-Brûlis-du-Lac au nord et de la paroisse de Sackville à l'est. La paroisse de Dorchester borde Memramcook au sud, y compris dans le sud-est de la pointe, où se trouve le hameau de Village-des-Taylor. Cette municipalité possède également une exclave au nord-est de Memramcook.

Memramcook est généralement considéré comme faisant partie de l'Acadie..

Hydrographie

Le village comporte deux bassins hydrographiques. Dans la rivière Petitcodiac se jettent les ruisseaux suivants, d'amont en aval: Steeve's, McFarlane's, Downing, Boyd, Upper, Belliveau et Boudreau. Dans la rivière Memramcook se déversent les ruisseaux suivants, d'amont en aval: Stoney, Smith, Leblanc et Breault. La rivière Memramcook conflue en rive gauche du fleuve à la pointe de Beaumont.

Le village comprend deux lacs importants, le lac Memramcook, situé au sud-est du village et mesurant plus de de long et le lac Folly, au nord-ouest du village et mesurant environ de long par de large.

Il y a également plusieurs marais, principalement sur les berges de la rivière, au nord du village et à quelques endroits le long du fleuve.

Quartiers

thumb|200px|Saint-Joseph, vu de l'est.

Le village de Memramcook comporte plusieurs hameaux, villages et quartiers.

Sur les berges du fleuve, au pied des Grandes Buttes, se trouvent, d'amont en aval, le Pré-des-Surette (ou Dover), Gautreau-Village, le Pré-d'en-Haut, le Village-des-Belliveau (ou Pierre-à-Michel) et Beaumont. Ces quartiers sont plutôt résidentiels et ruraux, excepté Pré-d'en-Haut, qui compte quelques services. Au sommet des Grandes Buttes se trouvent Petit-Dover, La Montain et La Hêtrière.

Saint-Joseph est le principal quartier. Il est situé sur le versant est des Grandes Buttes, sur la Butte à Pétard, en haut d'un méandre de la rivière.

Au nord de Saint-Joseph, dans la vallée à proprement parler se trouvent, d'amont en aval, Gaytons, Chemin-de-Shédiac, LourdesAnciennement Memramcook et McGinleys Corner. Au bout du pont, à l'est de Saint-Joseph, se trouve College Bridge. L'Anse-des-Cormier est situé au sud de Saint-Joseph.

À l'est de College Bridge s'étendent Le Lac, situé près du lac de Memramcook, et Memramcook-Est, situé dans une clairière au-delà de l'autoroute.

Ruisseau-des-Breau est situé dans un vallon du ruisseau éponyme, au sud-est de College Bridge.

Géologie

Le sous-sol de Memramcook est composé de roches sédimentaires. Le Beaumont est composé de roches du groupe de Cumberland datant du pennsylvanien. Le reste du sous-sol est composé de roches du groupe de Mabou, datant du mississippien, présentes au sud et à l'ouest de la province, et du groupe de Horton, datant de la fin du pennsylvanien et du début dévonien et présentes seulement dans le sud de la province Carte géologique du Nouveau-Brunswick.

Faune et flore

Memramcook est située dans l'écorégion des basses terres de l'est, plus précisément dans l'écodistrict de Petitcodiac. La forêt y est dominée par l'épinette rouge. Il y a aussi de l'épinette noire, du sapin baumier, de l'érable rouge, du bouleau à papier et du peuplier faux-tremble. Le mélèze laricin, le pin blanc d'Amérique et la pruche poussent par endroits .

Les Trois-Rivières sont un lieu de migration majeur pour des oiseaux tels que des canards et des bécasseaux. Il y a aussi quelques nids de pygargues à tête blancheVillage de Memramcook - Nature et sentiers.

Climat Données climatologiques de Memramcook Température Mois Jan Fév Mar Avr Mai Jui Jui Aoû Sep Oct Nov Déc MoyenneMaximum extrême (°C) 16 15 19 28 34 34 36 37 33 26 23 18 Maximum quotidien (°C) -4 -3 2 8 16 21 24 24 19 12 6 -1 10,4Moyenne (°C) -9 -8 -3 3 10 15 19 18 13 7 1 -6 5,1Minimum quotidien (°C) -14 -13 -8 -2 4 9 13 12 7 2 -3 -10 -0.3Minimum extrême (°C) -32 -32 -27 -16 -6 -2 1 1 -3 -1 -17 -29 Précipitations et heures d'ensoleillement Mois Jan Fév Mar Avr Mai Jui Jui Aoû Sep Oct Nov Déc TotalTotal mm 109 81 103 90 99 94 100 76 92 100 97 106 1144Pluie (mm) 42 28 42 58 93 94 100 76 92 96 77 52 849Chutes de neige (cm) 67 53 61 32 5 0 0 0 0 4 20 54 295Heures d'ensoleilement 115 124 139 158 205 229 248 244 167 142 103 95 1971 Données recueillies à l'aéroport international du Grand Moncton, à 10 kilomètres au nord-ouest de Memramcook, par Environnement Canada. Données allant de 1971 à 2000.

Histoire

Toponymie Le nom du village est d'origine micmac et signifierait « rivière croche », en référence aux nombreux méandres de la rivière Memramcook. Les premières mentions de la région utilisaient l'orthographe Mémérancouque en 1757. Les missionnaires utilisèrent tour à tour Memerancook, Memerancooque (1757), Memeramcook (1803), Memramkook (1812), Mamramcook (1812) et finalement Memramcook. Il y a eu plusieurs controverses récentes au sujet du nom, comme des gens qui proposent l'orthographe Memramcouke ou MemramkoukeVillage de Memramcook - Historique. Memramcook est surnommé le berceau de l'Acadie, en raison du rayonnement que le village a eu dans le développement culturel et politique aux

Origines thumb|300px|Les marais.

Les Micmacs se sont établis dans la région il y a quelques milliers d'années. Leur principal village et leur cimetière étaient situés à Beaumont, et ils avaient possiblement un campement où se trouve aujourd'hui Saint-Joseph. Beaumont était un endroit stratégique, car il contrôlait la rivière Petitcodiac, route importante du transport maritime. Parmi les familles vivant dans la région, il y avait les Nokoute, Bernard, Skéouite, Toudou, Argémiche, Thomas, etc.« Les Indiens de la grande région de Memramkouke: Trois-Rivières-Beaubassin », dans Cahier de la Société historique de la vallée de Memramcook, vol. 2 2, 1988 .

Samuel de Champlain et Jean de Poutrincourt explorèrent la région en 1605. Ils mentionnèrent une pointe rocheuse, vraisemblablement la pointe des Beaumont, mais aucune présence humaine. En 1612, le père Biard, Charles de Biencourt et leurs quatre guides amérindiens visitèrent Memramcook. Il y avait alors de 60 à 80 cabanesLouise Léger (rédactrice), Charline LeBlanc et Josanne Cormier (recherchistes), Memramcook : initiation historique, Memramcook: SHVM, 1982..

Vers 1672, des coureurs des bois et des pêcheurs européens et acadiens commencèrent à fréquenter les lieux et il semble que certains s'y établirent. Le site devint une partie de la seigneurie de La Vallière, ou Beaubassin, en 1676.

En 1698, Pierre Thibaudeau, Guillaume Blanchard, Pierre Gaudet et quelques autres personnes partirent de Port-Royal dans le but d'explorer les Trois-Rivières. Pierre Gaudet, le plus jeune du groupe, décida de s'établir à Memramcook. Le village se développa véritablement à la suite de la signature du traité d'Utrecht, en 1713, qui céda l'Acadie à l'Angleterre. Des familles de Port-Royal déménagèrent alors à Memramcook, encore territoire français.

Les hameaux plus tard connus sous les noms des Pierre-à-Michel et de Beaumont sont fondés en 1740. Le fort de La Galissonière fut construit en 1751. Il devait défendre tout l'isthme de Chignectou mais fut remplacé à ce titre par le fort Beauséjour. La population commença à construire des digues munies aboiteaux à cette époque, afin d'assécher les marais. En 1752, le village comptait 250 personnes réparties en 51 familles. Il y avait les Blanchard, Richard, Lanoue, Dupuis, Benoît, Landry, Aucoin, Maillet, Girouard, Forest, Daigle, Savoie, Robichaud, Bastarache, Hébert, Deslauriers, Cyr, Bourque et Thibodeau. Les gens vivaient surtout sur la rive est de la rivière. La première chapelle fut construite en 1753 à Pointe-au-Bouleau, aujourd'hui Ruisseau-des-Breau.

Déportation

Durant le , les Britanniques prirent contrôle de l'Acadie. Cornwallis, puis Lawrence, décidèrent de la déportation des Acadiens. Le fort Beauséjour, commandant les régions encore incontrôlées des Trois-Rivières et de Beaubassin, capitula le . Le lieutenant-colonel Robert Monckton, nouveau commandant du fort, commença par attirer les hommes de Beaubassin pour les emprisonner. Après le succès du raid de Willard et Lewis, il décida d'envoyer ses troupes sur Chipoudy, ce qui fut un échec. Ses troupes réussirent à détruire les hameaux des Pierre-à-Michel et de Beaumont et à en capturer les habitants, le de la même année, durant la bataille de Petitcoudiac. Plusieurs survivants se réfugièrent ailleurs, au Village-des-Babineau mais surtout plus loin, vers la baie des Chaleurs, le fleuve Saint-Jean, Québec, l'Île Saint-Jean ou carrément en se cachant dans la forêt. Une résistance se forma (voir bataille du Cran). Memramcook servit également de lieu de refuge aux déportés d'autres régions. Par exemple, en 1755, douze familles échappées de Beaubassin après la capitulation du fort Beauséjour s'établirent pendant 18 mois au lieu-dit du Ruisseau-des-Cabanes, près du Lac, avant de déménager à Shédiac. Ils laissèrent des inscriptions mystérieuses sur les pierres. En 1756, lors du raid de George Scott, 300 soldats britanniques brûlèrent 125 maisons à Memramcook et capturèrent 300 têtes de bétail. Ils revinrent trois fois durant l'hiver pour essayer de capturer les acadiens cachés dans la forêt. Les survivants vivaient dans des conditions de pauvreté extrême. En 1759, Les Trois-Rivières comptaient encore 190 Acadiens. Cette année-là, plusieurs décidèrent de se rendre. Le colonel permit à 63 personnes de passer l'hiver au fort et aux autres d'occuper les maisons n'ayant pas encore été incendiées. L'été suivant, il captura une partie de ces gens et les envoya à Halifax et au fort Edward, tandis qu'il emprisonna les autres au fort. En 1764, la Proclamation royale leur permit de venir s'établir légalement sur leurs terres. Une commission permit aux Acadiens de s'établir sur une partie seulement de leur ancien village, le reste allant aux colons anglais. En 1766, un nombre de réfugiés retourna de la Nouvelle-Angleterre et, avec ceux étant resté dans les Trois-Rivières, fondèrent le premier village acadien post-déportation à Memramcook, La Montain, ou Village-des-LeplattePaul Surette, Petcoudiac - Colonisation et destruction - 1731-1755, Moncton, Les Éditions d'Acadie, 1998, . Belliveau est fondé par Pierre Belliveau en 1768 ou 1769..

Renaissance acadienne