Le Tirpitz, ou Alfred von Tirpitz, est, au jour de son lancement et avec son navire-jumeau le Bismarck, et le plus grand navire de guerre de la Kriegsmarine construit au chantier naval Kriegsmarinewerft. Le lancement par Adolf Hitler à lieu le à Wilhelmshaven (Basse-Saxe). ll est coulé par l’aviation britannique dans le Nord de la Norvège le .

Histoire du nom Son nom est un hommage au Großadmiral Alfred von Tirpitz, le créateur de la flotte impériale allemande qui a pris part à la Première Guerre mondiale. La marraine du bâtiment. est Ilse von Tirpitz, fille d'Alfred von Tirpitz et épouse d'Ulrich von Hassell, ambassadeur allemand à Rome.

Caractéristiques techniques

Le tonnage, de à vide de combustible et de munitions, atteint à pleine charge. Le Tirpitz mesure de longueur hors-tout pour une largeur de et un tirant d’eau de .

L'armement du bâtiment est composé de huit canons de , d'une artillerie secondaire et d'une défense antiaérienne. Les canons de sont appairés en quatre tourelles désignées Anton et Bruno à l'avant, Cæsar et Dora à l'arrièreSur les navires de guerre allemands, les tourelles étaient désignées par les noms suivants (de l'avant à l'arrière) : Anton, Bruno, Cæsar, Dora et Emil, le cas échéant (cf. : Le Drame du Scharnhorst, par Fritz Otto Busch).. L'artillerie secondaire comporte douze canons de en six tourelles et seize pièces de sur affûts doubles auxquelles s'ajoutent seize canons antiaériens de et de à tir rapide. Il est doté de deux hydravions de type Arado Ar 196. À l'automne 1941, deux affuts quadruples de tubes torpilles de sont installés sur le pont, un sur chacun des deux bords, armement qui n'était pas présent sur le Bismarck. De plus, il reçoit un affut quadruple Vierling 38 de anti-aérien sur le toit de la tourelle avant de Bruno.

Son blindage est également réputé résistant à tous les calibres d'obus existants à l'époque de son lancement : une carapace de d'épaisseur protége les éléments vitaux du bâtiment. Le pont est blindé afin de se prémunir des attaques aériennes. Le blindage atteint son épaisseur maximale () au niveau de la ligne de flottaison où une ceinture de deux mètres de hauteur allant de l'avant de la première tourelle à l'arrière de la quatrième, protége le haut des œuvres vives. Derrière la carapace, un compartimentage très serré est réalisé afin de minimiser l'importance d'éventuelles voies d'eau. Ce compartimentage, provient de l'expérience de la Première Guerre mondiale au cours de laquelle les bâtiments de la Kaiserliche Marine, pourtant moins nombreux, ont pu tenir tête à ceux des Britanniques grâce à leur robustesse.

Histoire du navire Le bâtiment est livré à la Kriegsmarine le 25 février 1941 malgré une finition encore imparfaite. De nombreux éléments sont achevés au premier mouillage au Fættenfjord (en Norvège, à proximité de la ville de Trondheim et à seulement de la frontière suédoise). À sa livraison, il est commandé par le Kapitän zur See .

Jumeau du Bismarck, le Tirpitz menace clairement la puissance navale britannique : le danger qu'il représente immobilise durant de longs mois à Scapa Flow les plus grands navires de la Home Fleet. Le bâtiment effectue quelques raids vers le nord dans le but de couler les convois d'armement à destination de l'URSS, mais ces raids demeurent souvent assez infructueux.

Le Tirpitz n’est jamais engagé dans l'Atlantique nord : la puissance qu'il représente est telle que la perte du bâtiment aurait été calamiteuse pour Hitler, pourtant peu convaincu de l'utilité des navires de surface traditionnels. Ni Raeder, ni Hitler, ni Dönitz ne veulent prendre le risque de perdre le bâtiment qui bloque à Scapa Flow une bonne partie de la Home Fleet. De plus, la quantité de mazout nécessaire au fonctionnement du Tirpitz n'est pas vraiment compatible avec la pénurie régnant en Allemagne.

Aussi, les U-Boote lui sont préférés pour les raids dans l'Atlantique, le Tirpitz se contentant du rôle d'épouvantail dressé face aux convois de l'Arctique. Il reste donc essentiellement au Fættenfjord, à l'abri de filets anti sous-marins et d'écrans de fumée (produits grâce à un mélange d'eau avec de l'acide chloro-sulfurique) contre la RAF. Plusieurs tentatives ont lieu pour le détruire, en commençant par un bombardement le 27 avril 1942. L'effet secondaire de l'écran de fumée acide, très délétère pour la végétation alentour, persiste encore bien après la guerre jusqu'à plus de six kilomètres à la ronde, empêchant la plupart des conifères d'y pousser jusqu'en 1950 environ, ainsi que révélé par la dendrochronologie en 2018 ...

Opération Sportpalast

L'opération Sportpalast (opération « Palais des sports ») constitue la première action de combat du Tirpitz et de ses destroyers d'escorte contre les convois navals alliés de l'Arctique PQ-12 et QP-8. Elle a eu lieu du 5 au et elle est la première tentative de perturber un convoi de l'Arctique.

Dans le très mauvais temps, les navires allemands ne parviennent pas à repérer les convois, mais coulent un cargo soviétique.

Le 9 mars 1942, du porte-avions britannique sont lancés à l'attaque du cuirassé allemand Tirpitz en mer près de Narvik. Grâce à des informations communiquées par l'un des six appareils équipés de radar, les Albacore des et torpillent le cuirassé nazi, lui infligeant de nombreux dégâts, et le contraignant à de nombreux mois d’immobilisation..

Opération Title L'opération Title est lancée sans succès du 26 au . Un commando d'hommes-grenouilles doit approcher le Tirpitz à bord de lArthur, navire de pêche commandé par un résistant norvégien (il faisait la liaison entre les îles Shetland et la Norvège pour ravitailler les maquis norvégiens). Le commando utilise des torpilles pilotées de type « chariot » (copiées sur les torpilles pilotées italiennes Maiali qui ont mis à mal les cuirassés anglais et lors du raid de la rade d'Alexandrie en 1941). L'armement, dissimulé sous la coque de lArthur, est perdu en pleine tempête en Atlantique nord. LArthur est finalement sabordé dans un fjord norvégien, avant même d'arriver à proximité du cuirassé de la Kriegsmarine. Les commandos anglais rentrent chez eux via la Suède neutre..

Opération Source

Après quoi, une attaque à l'aide de mini sous-marins est tentée : il s’agit de l'opération Source, menée le 23 septembre 1943.

Remorqués par des sous-marins conventionnels (HMS Truculent, Syrtis, Sea Nymph, Thrasher, Stubborn et Sceptre) et pilotés jusqu'à la zone d'action par des équipages de passage, les équipages opérationnels en prenant le relais jusqu'à proximité du Tirpitz ancré dans l'Altafjord, six sous-marins X (les X5, X6, X7, X8, X9 et X10) participent initialement au raid.

Le Scharnhorst mouillant à proximité est aussi une cible de l'opération. Victimes d'une fiabilité médiocre et de ruptures incessantes des câbles de remorquage (deux d'entre eux sont perdus en route, les X8 et X9), seuls trois sous-marins (les X5, X6 et X7) parviennent à leur cible, et seuls deux (les X6 et X7) à poser leurs charges. Le X10 endommagé juste avant l'attaque doit renoncer, il est sabordé alors qu'il tente de regagner l'Écosse à la remorque d'un sous-marin.

Les dégâts infligés au Tirpitz paraissent cependant importants, au point de nécessiter plusieurs mois de réparations. Une barge spéciale est amenée au Fættenfjord pour effectuer les réparations, une traversée vers les ports allemands étant beaucoup trop dangereuse : le bâtiment, pris en remorque, aurait fait une cible facile pour les sous-marins britanniques.

Bien qu'à nouveau opérationnel, le Tirpitz n'aurait pu retrouver ses performances qu'avec une mise en cale sèche : les déformations de la coque affectaient ses qualités hydrodynamiques, réduisant la vitesse maximale, initialement supérieure à , à seulement 27.

Fin

vignette|redresse=1.3|Coque retournée du Tirpitz aux environs de Tromsø (photographie de reconnaissance de la RAF le ). Face à ces difficultés, et au vu de l'évolution du conflit, le Tirpitz se transforme finalement en forteresse flottante après navigation jusqu'aux environs de Tromsø, à à l'ouest-sud-ouest d'Alta. En effet, le carburant nécessaire à son fonctionnement venant à manquer, la bataille de l'Atlantique était de toute façon perdue et, de plus, les marins non-artilleurs sont plus utiles ailleurs que sur un navire de guerre condamné à l'immobilité.

Le Tirpitz est finalement positionné au-dessus d'un haut-fond aplani pour la circonstance : ainsi, si le bâtiment devait être gravement touché, il irait simplement se poser sur le fond sans chavirer et demeurerait la forteresse qu'il était devenu.

Le Royal Air Force Bomber Command, après les bombardements de l'opération Tungsten du , a raison du Tirpitz le par une attaque avec des bombes Tallboy perforantes de six tonnes, lors de l'opération . Contrairement aux espoirs du Großadmiral Dönitz, le navire, touché dans une réserve de munitions, chavire. L'absence d'équipage autre que les artilleurs et les techniciens indispensables à l'alimentation du navire réduit les pertes humaines. Bon nombre de marins, coincés sous la coque retournée, sont sauvés grâce à la découpe de celle-ci, restée émergée du fait de la faible profondeur. On dénombre néanmoins .

Abandonnée, l'épave est désossée après la guerre par des Norvégiens qui en obtiennent un revenu non négligeable par la revente des câbles et de l'acier.

Notes et références vignette|redresse=1.3|Pierre-mémorial en l'honneur des victimes du naufrage du Tirpitz, à l'Ehrenfriedhof de Wilhelmshaven.

Annexes Bibliographie Philippe Caresse, « Le cuirassé Tirpitz : vie et mort d'un roi solitaire », revue Navires & Histoire, hors-série , 2007. Léonce Peillard, Coulez le Tirpitz, Robert Laffont, 1965 et J'ai lu Leur aventure . Jean Trogoff, Le Destin sans gloire du cuirassé "Tirpitz" (1989), 179 p. ; plusieurs éditions : Rennes, éd. Ouest-France ; Versailles, éd. du Pen-duick, 1989. « Coulez le Tirpitz ! », revue Avions, .

Articles connexes Liste des cuirassés et croiseurs de bataille coulés pendant la Seconde Guerre mondiale Liste des cuirassés allemands

Filmographie Opération Tirpitz (Above Us the Waves), film de fiction britannique de Ralph Thomas sorti en 1955. Le Raid suicide du sous-marin X1, réalisé en 1968 par William A. Graham, est une adaptation libre de l'opération "Source".

Liens externes

Vie et mort du Tirpitz, d'après Historia Magazine, Tirpitz Museum Alta

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