Le rhinocéros, dont le nom en latin, rhinoceros, est déjà fixé à l'époque romaine et signifie littéralement corne sur le nez, est un animal qui a toujours impressionné l'homme par son aspect terrifiant et massif. Représenté dès les temps préhistoriques, il a, au cours des siècles, été souvent l'objet d'estampes, de tableaux ou de sculptures. Ce thème apparaît également dans la littérature ou le cinéma.

thumb|300px|Le rhinocérus d'Albrecht Dürer.

Le rhinocéros dans l'art préhistorique européen thumb|right|Rhinocéros à grande corne, grotte Chauvet, Ardèche, France Bien qu'il ne soit pas aussi souvent représenté que d'autres espèces animales, le rhinocéros est figuré dans de nombreuses grottes ornées dont les grottes de Combarelles, Chauvet, Margot, de Cussac et d'Arcy-sur-Cure. Des rhinocéros laineux sont attestés à Lascaux et à Rouffignac.

Les figurations aurignaciennes (- 32 000 à - 29 000 ans) de la grotte Chauvet comprennent une représentation de deux rhinocéros s'affrontant et d'une tête de rhinocéros à deux cornes. Les techniques utilisées sont parfois plus qu'une simple esquisse au charbon. En particulier, les artistes ont utilisé une technique de préparation par raclage de la paroi pour faire ressortir l'animal, représenté avec un trait noir sur fond blancLa grotte Chauvet sur Hominidés.com.

Le rhinocéros dans l'Antiquité Les archéologues ont mis au jour dans la vallée de l'Indus, sur le site de Mohenjo-daro, des tombes attribuées à la période -2400 -1800. Ils y ont trouvé des cachets rectangulaires en stéatite blanche portant de courtes inscriptions et des représentations animales dont celles de rhinocéros indiens.

Le rhinocéros a été assez peu représenté par les artistes dans l'Antiquité. En Égypte, on peut toutefois citer une représentation de Thoutmôsis III (environ -1450) chassant le rhinocéros. Il y a également un rhinocéros à deux cornes sur la Mosaïque Barberini de Préneste (Palestrina), qui reproduit un original égyptien du IIe s. av. J.-C., et un rhinocéros (indien ?) assez maladroitement représenté sur un fresque d'un tombeau de Marisa, dans le Negev (Israël), également au IIe s. av. J.-C. En Chine, des vases en bronze (zun) en forme de rhinocéros ont été découverts, datant des dynasties Shang. (XIe s. av. J.-C.) et des Han occidentaux. (206 av. J.-C. - 9 ap. J.-C.).

Le rhinocéros est connu des Romains, et a été exhibé lors de jeux sous Domitien et représenté sur des monnaies. Aux trois premiers siècles, les bronziers gallo-romains ont fabriqué de petites statuettes de rhinocéros en bronze. L'une est au Musée d'archéologie nationale (Saint-Germain-en-Laye) ; une autre, représentant un rhinocéros "noir" africain d'une manière très réaliste, a été retrouvée dans l'épave de Port-Vendres III et est datée de la fin du .

Certaines mosaïques romaines du représentent des rhinocéros. Il y en a un, peu réaliste, sur une mosaïque de Pérouse (IIe s.) représentant Orphée charmant les animaux, un autre sur une mosaïque de Lydda (Lod, Israël) du , où il fait face à un éléphant dans un paysage africain. La plus belle (et énigmatique) est un détail de la dans la villa romaine du Casale à Piazza Armerina, également du , où un groupe de soldats romains capture au lasso un rhinocéros indien dans un marécage.

Le rhinocéros et la Renaissance Il faut attendre 1515 et la gravure de Dürer pour que l'image du rhinocéros fasse un retour en force dans l'iconographie. Le Rhinocerus de Dürer était peu réaliste, avec son armure et sa petite corne de licorne sur l'épaule. Pourtant c'est cette image, répandue dans toute l'Europe, qui sera fidèlement reproduite par presque tous les peintres, illustrateurs, sculpteurs, graveurs, jusqu'au milieu du et la tournée de Clara.

Au le Rhinocerus de Dürer figure ainsi sur les armes d'Alexandre de Médicis, duc de Florence, sa tête sculptée en marbre orne la Fontana Pretoria de Palerme en Sicile, sa reproduction plus ou moins fidèle illustre les livres d'Ambroise Paré, la Cosmographie de Sebastian Münster, le livre sur les animaux de Conrad Gessner, et un grand nombre d'autres ouvrages. La France n'est pas en reste : dans le programme monumental réalisé à Paris pour l'entrée d'Henri II, le 16 juin 1549, figurait une statue du Rhinocerus de Dürer écrasant un lion, un ours et d'autres animaux sauvages, et surmonté d'un obélisque portant une allégorie de la France victorieuse.

Le rhinocéros baroque thumb|Florence, Villa Medicea di Castello : sculpture de Jean Bologne Cet animal semi-mythique continue au et au d'apparaître assez fréquemment dans les arts décoratifs (tapisseries, fresques, décor de céramique, illustrations de livres) sans toutefois inspirer de réalisations aussi monumentales que celles du . Signalons toutefois un bas-relief de bronze par Jean Bologne sur une porte de la cathédrale de Pise (Italie).

Au milieu du , le rhinocéros en armure est un thème conventionnel clairement lié à celui du décor exotique et de la chinoiserie. En témoignent la tapisserie du « Cheval rayé » de la Suite des Indes, ou encore ces statuettes qui font partie des chefs-d'œuvre de la porcelaine de Saxe.

Avec la tournée de Clara, les choses changent. L'image du rhinocéros indien a supplanté celle du monstre cuirassé de Dürer. Le Hollandais Vandelaar réalise deux gravures quasi surréalistes avant la lettre (où Clara, alors encore toute jeune, broute dans un décor de ruines accompagnée d'un squelette humain); l'Allemand Johann Elias Ridinger réalise d'après nature dessins et gravures plus conventionnels. À la demande de Louis XV, Clara pose pour le peintre animalier Jean-Baptiste Oudry, dont le tableau monumental fut exposé au Salon de 1751, tandis qu'à Venise Pietro Longhi réalise deux versions de la Mostra del Rinoceronte, d'un réalisme outrancier.

Statues monumentales () thumb|Rhinocéros de Salvador Dalí à Puerto Banús (la sculpture pèse 3,6 t) thumb|Sculpture par Henri-Alfred Jacquemart, réalisé pour l'Exposition universelle de 1878 - Musée d'Orsay Le en France sera celui du réalisme animalier, qui prend des proportions monumentales. Pour l'Exposition universelle de 1878 à Paris, Henri-Alfred Jacquemart réalise un rhinocéros, fondu en 1878 à Nantes dans les usines de J. Voruz Aîné. D'une hauteur de 2,86 m et d'une largeur de 2,29 m, il fait partie d'un ensemble de quatre statues de fonte (dorées à l'origine) monumentales (un cheval, un taureau, un éléphant et un rhinocéros) entourant la fontaine devant le Palais du Trocadéro. Démonté en 1935 lors de la démolition du Palais du Trocadéro, le rhinocéros de Jacquemart fut installé Porte de Saint-Cloud jusqu'en 1985. Avec le cheval et l'éléphant (le taureau est à Nîmes), ce rhinocéros est aujourd'hui sur le parvis du Musée d'Orsay.

Toujours à Paris, Auguste Cain réalise en 1882 sur commande de l'État le groupe "Rhinocéros attaqué par des tigres" en 1882. L'original en plâtre (aujourd'hui perdu ?) est présenté hors-concours au Salon 1882, et sa version monumentale en bronze est placée en 1884 dans le Jardin des Tuileries, où il se trouve toujours.

La statue de Jacquemart a sans doute inspiré en 1930 la jeune artiste américaine Katharine Ward Lane (1899-1989) qui devait décorer la façade des nouveaux laboratoires de biologie de l'université Harvard à Cambridge, Massachusetts. La Fondation Rockefeller avait financé le projet pour 2 millions de dollars de l'époque. De 1932 à 1937, date de l'inauguration, elle réalisa deux colossales statues en bronze de rhinocéros indiens, de la taille dit-on des plus gros spécimens connus. Traditionnellement surnommés Bessie et Victoria, ces deux rhinos comptent parmi les plus grosses statues de bronze fondues au aux États-Unis.

Enfin Salvador Dalí a conçu le Rinoceronte vestido con puntillas (« Rhinocéros habillé de dentelle »), rhinocéros dürérien associé à des tests d'oursins. Cette statue de bronze a été produite à de nombreux exemplaires, la plupart de simples statuettes, mais une version monumentale de 3,52 m de haut et de 3,6 tonnes se trouve aujourd'hui à Marbella (Espagne). Il existe d'autres exemplaires de ce colosse.

Le Rhinocéros à l'Obélisque : du Songe de Poliphile au Rhinocéros cosmique. C'est au que l'auteur du Songe de Poliphile avait imaginé un monument constitué d'une statue colossale d'éléphant portant sur son dos un obélisque égyptien. L'influence de cette œuvre inclassable fut immense aux , notamment pour la conception de jardins. L'éléphant portant un obélisque fut réalisé par plusieurs artistes (il y en a un sur la Piazza della Minerva à Rome, œuvre d'Ercole Ferrata en 1667). Un sculpteur français - était-ce Jean Goujon ? - associa cet éléphant (qu'il ne connaissait que par les illustrations du Songe de Poliphile) au Rhinocerus de Dürer, et réalisa un rhinocéros portant un obélisque pour l'entrée solennelle du roi Henri II à Paris le 16 juin 1549. Le monument a hélas disparu, il n'en demeure qu'une gravure.

Récupéré par les surréalistes, ce thème a été repris au . Dans un des tableaux du Casanova de Federico Fellini, le décor du palais romain d'un diplomate britannique, dans lequel se déroule une orgie, comprend un rhinocéros dürérien rose portant sur son dos une colonne ornée d'une spirale (comme les colonnes Trajane ou Antonine) et terminée par un demi-globe, symbole sexuel évident.

Salvador Dalí, quant à lui, a conçu deux sculptures. L'une représente l'éléphant du Poliphile, surmonté d'un obélisque et intitulée "l'Eléphant Spatial", l'autre le rhinocéros dürérien portant sur son dos un empilement de tests d'oursins ayant la forme d'un obélisque, et intitulée "le Rhinocéros cosmique". Les deux animaux ont les pattes démesurément allongées comme celles d'un insecte. Dali a déclaré que si la ville de Paris devait un jour lui élever une statue, il souhaitait une version colossale du Rhinocéros cosmique, surmontée de son buste par Arno Breker, et installée dans les jardins du Trocadéro, là même où s'était dressé le rhinocéros de Jacquemart.

Œuvres contemporaines Pierre-Karl Fabergé réalise plusieurs rhinocéros en métal et automatique ou en en calcédoine, qui sont entrés dans les collections royales..

Niki de Saint Phalle a revisité, elle aussi, le Rhinocerus de Dürer. Rehaussé de couleurs vives, elle l'a adapté sur différents supports, dont une série de bouées gonflables.

François-Xavier Lalanne s'est inspiré du rhinocéros dans son œuvre. Il l'a décliné en laiton, en cuivre, en bronze (sous sa carapace, tout un système de rangements et de cases s’ouvre à différents points de son anatomie pour laisser découvrir une gigantesque boite à secret), en petit format comme centre de table, en cuir (structure modulaire de plusieurs éléments de salon : fauteuil, pouf ou repose pieds), ainsi que de nombreuses variations dessinées (rhinocéros, rhinocéros-paysages).

Le Rhinocéros (1999-2000) de Xavier Veilhan.

En numismatique, le rhinocéros est représenté sur la pièce indienne de 25 paise depuis 1988. Il figure aussi sur les billets de 10 roupies de l'ancienne série Mahatma Gandhi, émise entre 1996 et 2017, toujours en circulation.

Le rhinocéros dans l’illustration et la bande dessinée