Marie de Grèce (en / María tis Elládas), également connue sous le nom de Marie Gueorguievna de Russie ( / María Gueórguievna iz Rossi), princesse de Grèce et de Danemark puis, par son premier mariage, grande-duchesse de Russie, est née le à Athènes, en Grèce, et morte dans cette même ville le . Membre de la famille royale de Grèce, c'est également une dessinatrice et une mémorialiste.

Fille du roi Georges et de son épouse la reine Olga, la princesse Marie est élevée dans l'amour de la Grèce et devient, en grandissant, une fervente patriote. Adolescente, elle demande ainsi à ses parents l'autorisation de ne pas épouser un prince étranger pour pouvoir passer toute sa vie dans son pays. Cependant, ses parents refusant de la voir conclure une union inégale, elle est finalement contrainte de se marier, en 1900, à un cousin de sa mère, le grand-duc Georges Mikhaïlovitch de Russie. Installée à Saint-Pétersbourg avec son époux, Marie y donne naissance à deux filles, les princesses Nina (née en 1901) et Xenia de Russie (née en 1903).

Malgré l'amour de son époux, qui lui fait construire un palais en Crimée, Marie ne parvient pas à s'adapter à la vie en Russie. Au fil des années, elle s'éloigne de Georges et trouve refuge à l'étranger. En voyage au Royaume-Uni au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale, elle choisit de ne pas rentrer à Saint-Pétersbourg et échappe ainsi au massacre des Romanov. Durant le conflit, la princesse fonde plusieurs hôpitaux militaires en Angleterre, mais la révolution russe de 1917 la contraint à confier leur gestion à sa tante, la reine-mère Alexandra.

Devenue veuve en 1919, Marie est confrontée à de graves difficultés financières. Privée de ressource, elle revient vivre en Grèce avec ses filles en 1920, après quoi elle noue une liaison avec l'amiral Periklis Ioannidis, qu'elle épouse en 1922. Chassée de son pays par la proclamation de la Deuxième République hellénique en 1924, la princesse retourne vivre en Grande-Bretagne, avant de s'installer à Rome. Après quelques années, toutefois, Marie s'attire les foudres du dictateur Benito Mussolini, qu'elle n'hésite pas à critiquer ouvertement en public. La restauration de Georges II sur le trône en 1935 permet finalement à la princesse de revenir séjourner en Grèce mais c'est le déclenchement de la guerre italo-grecque en 1940 qui l'oblige à y rentrer définitivement. Elle meurt quelques semaines plus tard, non sans avoir laissé des mémoires et une importante collection de dessins.

Famille

La princesse Marie est la cinquième des huit enfants du roi Georges de Grèce (1845-1913) et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926). Par son père, elle descend du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « Beau-père de l'Europe », et de la reine Louise de Hesse-Cassel (1817-1898) tandis que, par sa mère, elle est la petite-fille du grand-duc Constantin Nikolaïevitch de Russie (1827-1892) et de la princesse Alexandra de Saxe-Altenbourg (1830-1911).

Le , la princesse Marie épouse à Corfou, en Grèce, le grand-duc Georges Mikhaïlovitch de Russie (1863-1919), lui-même fils du grand-duc Michel Nikolaïevitch de Russie (1832-1909) et de son épouse la princesse Cécile de Bade (1839-1891).

De l'union de Marie et de Georges naissent deux filles : Nina Gueorguievna de Russie (1901-1974), princesse de Russie, qui s'unit morganatiquement, en 1922, au prince géorgien Paul Chavchavadze (1899-1971) ; Xenia Gueorguievna de Russie (1903-1965), princesse de Russie, qui épouse morganatiquement, en 1921, le roturier américain William Bateman Leeds Jr (1902-1971). Divorcée en 1930, la princesse se remarie morganatiquement, en 1946, au roturier américain Herman Jud (1911-1987).

Devenue veuve après l'assassinat de son époux par les Bolcheviks en 1919, la princesse Marie s'unit, en secondes noces, à Wiesbaden, en Allemagne, le , à l'amiral grec Periklis Ioannidis (1881-1965). De cette seconde union ne naît aucun enfant.

Biographie vignette|alt=Photographie en noir et blanc de 3 garçons en tenue de marins et de deux fillettes en robe.|Les enfants du roi Georges en 1880. De gauche à droite, apparaissent le diadoque Constantin, la princesse Marie, le prince Georges, le prince Nicolas et la princesse Alexandra. Une princesse grecque Née le au palais royal d'Athènes, la princesse Marie est la cinquième des huit enfants du roi Georges de Grèce et de son épouse, la reine Olga Constantinovna de Russie. Deuxième des filles du souverain, elle a la réputation d'être la moins jolie mais aussi la plus intensément grecque. Les biographes de la famille royale racontent en effet que, petite fille, elle éclate en sanglots en apprenant que sa dynastie est étrangère et qu'aucune goutte de sang hellène ne coule dans ses veines. En outre, elle-même écrit, dans ses mémoires, qu'elle s'est toujours sentie .

La princesse grandit entre les palais d'Athènes et de Tatoï. Enfant, elle effectue aussi de nombreux séjours à l'étranger et visite notamment le Danemark et la Russie. Pour la princesse et sa fratrie, Georges et Olga Constantinovna se montrent des parents attentionnés et le roi participe souvent aux jeux de ses enfants. Avec ses parents et ses nurses, Marie s'exprime en anglais mais c'est le grec qu'elle utilise avec ses frères et sœurs ou dans sa scolarité. Le roi Georges  insiste en effet pour que sa progéniture maîtrise parfaitement la langue de son peuple. Il a ainsi coutume de répéter à sa progéniture : .

Avec sa sœur Alexandra, Marie est confiée aux soins de la comtesse Gröben et d'une myriade de gouvernantes et de préceptrices de nationalités différentes. À la demande de son père, la princesse reçoit une éducation soignée, fondée sur l'étude des langues (grec, anglais, français et allemand) mais aussi de la littérature, de l'arithmétique, de la musique, du dessin et de la religion orthodoxe. Elle pratique en outre l'équitation et la gymnastique. Comme toutes les jeunes filles de son milieu, elle s'investit très jeune dans les œuvres de charité et sert notamment comme infirmière durant la guerre gréco-turque de 1897. Cela ne l'empêche pas d'être visée par un attentat, en même temps que son père, alors qu'elle se promène en carriole à Athènes le ..

Un mariage russe

Adolescente, Marie fait connaître à son père, le roi Georges , son désir de rester vivre toute sa vie en Grèce et des rumeurs affirmant qu'elle est amoureuse d'un membre de la Cour commencent à circuler. Cependant, ses parents la contraignent à suivre le destin de la majorité des jeunes filles de son milieu : celui d'épouser un prince étranger et de le suivre dans son pays. L'année de ses 20 ans, deux soupirants demandent la princesse en mariage : le roi Alexandre de Serbie (dernier représentant de la dynastie des Obrenović) et le grand-duc Georges Mikhaïlovitch de Russie (cousin germain de la reine Olga). Contrairement aux attentes de sa famille, Marie rejette leurs demandes, trouvant le souverain serbe trop laid et le grand-duc russe trop vieux et ennuyeux.

Déçu, Alexandre finit par jeter son dévolu sur l'une de ses concitoyennes, Draga Mašin, mais son rival s'obstine dans sa cour. Pendant cinq ans, le grand-duc Georges Mikhaïlovitch demande, deux fois par an, la main de Marie et, deux fois par an, celle-ci lui répond par la négative, au grand dam de sa mère, restée très nostalgique de la Russie. Sous les pressions de sa famille, la princesse grecque finit cependant par accepter le mariage, sans aucun enthousiasmeRelatant l'événement dans son journal, elle écrit ainsi : (en anglais : ) .. Ayant obtenu de pouvoir célébrer son union en Grèce, elle épouse son cousin au cours d'une cérémonie relativement simple, organisée à l'église du vieux fort de Corfou, le . Elle est alors âgée de 24 ans et son époux en a treize de plus.

Après son mariage, Marie quitte, pour plusieurs années, son pays et part vivre en Russie. Son mari étant directeur du musée , elle s'installe avec lui à Saint-Pétersbourg, dans des appartements du palais Michel. Peu de temps après, le couple fonde une famille et la princesse donne le jour à deux filles, les princesses Nina (née en 1901) et Xenia de Russie (née en 1903). Maîtrisant mal le russe, Marie s'exprime en français avec son époux et en anglais avec ses enfants. La famille mène grand train et effectue de nombreux séjours en France, au Danemark, au Royaume-Uni et, bien sûr, en Grèce. Malgré tout, Marie ne parvient pas à s'adapter à sa nouvelle vie de grande-duchesse. Afin de combler son mal du pays et lui rappeler son enfance en Méditerranée, Georges Mikhaïlovitch fait construire, en 1906, une somptueuse villa, nommée Harax, sur la côte criméenne. Cependant, en dépit de ses efforts, le grand-duc ne parvient pas à se gagner l'affection de son épouse, qui passe de plus en plus de temps sans lui à l'étranger.

L'assassinat de Georges de Grèce

Le , le roi Georges est assassiné à Thessalonique, ville dont la Grèce s'est emparée à l'occasion de la Première Guerre balkanique. Pour Marie, qui s'est considérablement rapprochée de son père après le mariage de sa sœur Alexandra (1889) et qui a joué, pour lui, le rôle de secrétaire privée jusqu'à son propre départ en Russie (1900), l'événement est un coup terrible. Pendant de longues semaines, la princesse se montre inconsolable. C'est donc avec le plus grand détachement qu'elle assiste, peu de temps après les funérailles du roi, aux cérémonies qui marquent le tricentenaire de la dynastie à laquelle appartient son époux.

De la Première Guerre mondiale à la révolution russe

Au printemps 1914, la grande-duchesse prend prétexte d'un rendez-vous médical pour la princesse Xenia en Grande-Bretagne pour quitter la Russie avec ses filles et sa dame de compagnie, la baronne de Stoeckl. Après un séjour à l'hôtel Claridge's, la princesse s'installe dans la station thermale d'Harrogate, où le grand-duc Georges Mikhaïlovitch est censé la rejoindre après quelques semaines. Cependant, le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le , contraint le grand-duc à annuler son voyage et à reprendre ses fonctions dans l'armée impériale. De son côté, la grande-duchesse fait le choix de prolonger son séjour au Royaume-Uni et se retrouve bientôt dans l'incapacité de regagner le pays de son époux.

Décidée à soutenir, malgré tout, les efforts de la Triple-Entente contre les Empires centraux, la grande-duchesse fonde un petit hôpital militaireCe premier hôpital compte 12 lits . à Harrogate. Destinée aux soldats britanniques et canadiens, l'institution connaît un tel succès que la princesse finit par créer deux autres hôpitauxBaptisés Saint-Nicolas et Saint-Georges, ces hôpitaux comptent respectivement 25 et 28 (puis 40) lits . et une maison de repos dans la cité thermale. Impressionné par son travail, son cousin, le roi George V, lui confère la Royal Red Cross en . Lorsqu'elle n'est pas à Harrogate, Marie habite avec ses filles et sa suite dans une grande demeure située dans le quartier londonien de Grosvenor Square. Très proche de la famille royale d'Angleterre, elle se rend presque chaque soir à Marlborough House pour y dîner et y jouer aux cartes avec la reine-mère Alexandra. Marie fréquente aussi régulièrement sa cousine, la princesse Victoria du Royaume-Uni, avec laquelle elle entretient une étroite amitié depuis son enfance.