Claude Moine, dit Eddy Mitchell, né le dans le de Paris, est un chanteur, parolier et acteur français.
Chanteur vedette du premier groupe de rock français, Les Chaussettes Noires, il connaît le succès en 1961. En 1962, il commence une carrière solo, durant laquelle il alterne Rock 'n' roll, ballades ou country, en s'orientant, à la fin des années 1970, vers un style plus crooner, sans toutefois tourner le dos aux musiques rock et country qu'il affectionne.
Le , il donne sur la scène de l'Olympia une représentation de sa tournée, annoncée comme sa dernière« Eddy Mitchell : La classe ultime pour de merveilleux adieux », Pure People.com, 5 septembre 2011.« Eddy Mitchell a fait ses adieux à la scène », Libération.fr, 6 septembre 2011.« La dernière séance d'Eddy Mitchell », 7sur7.be, 6 septembre 2011., Ma dernière séance, en référence à La Dernière Séance, l'un de ses succès, mais également à La Dernière Séance, émission de télévision qu'il a présentée pendant dix-sept ans. Cinq ans et deux nouveaux albums plus tard, il remonte sur scène pour une série de concerts au Palais des Sports de Paris. Entre 2014 et 2017, il forme avec Johnny Hallyday et Jacques Dutronc le trio Les Vieilles Canailles.
Biographie Enfance et adolescence Claude Moine naît dans le de Paris. et grandit dans un milieu modeste dans le quartier du haut Belleville ; sa mère est employée de banque et son père, Robert Moine, travaille à la Société des transports en commun de la région parisienneLaquelle deviendra la RATP en 1949 en fusionnant avec la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris..
Adolescent, il se passionne très vite pour le rock 'n' roll et rêve de le chanter. En 1958, il assiste à l'Olympia de Paris à une représentation de Bill Haley and the CometsLes 14 et 15 octobre 1958, Bill Haley, premier rocker américain à se produire à Paris, chante à l'Olympia / Source : Philippe Lombard, Rock'n'Paris 1956-1965 - Johnny, Eddy, Dick... et les autres, 2019, Éditions Parigramme, page 13., découvert quelques années plus tôt, au cinéma avec le film Graine de violence et la chanson Rock Around the Clock qu'interprète l'AméricainRock'n'Paris 1956-1965 - Johnny, Eddy, Dick... et les autres, 2019, Éditions Parigramme, page 13, citation : « Ce film avant-gardiste, se souvient Eddy Mitchell, dénonçait les carences du système éducatif et l'abandon d'une partie de la jeunesse. [...] Et surtout, le générique n'était autre que Rock Around the Clock par Bill Haley et ses Comets ! Ce fut une telle claque... ». Il apprécie également Gene Vincent, le « mauvais garçon » du rock américain qui est le déclencheur de sa vocation pour la chansonPar la suite, Mitchell a souvent adapté plusieurs de ses chansons et lui a rendu hommage avec le titre Good Bye Gene Vincent (album C'est bien fait). Si son père ne fait rien pour encourager la nouvelle passion de son fils, il ne s'y oppose pas non plus. Son père n'aime pas la musique mais le cinéma, où il va deux fois chaque après-midi et emmène souvent avec lui son fils après l'écoleDaniel Lesueur L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, pages 14, 15, citation : « Le père Moine ne fera rien pour encourager cet engouement (pour le rock and roll). Mais rien non plus pour s'y opposer ! [...] Le père d'Eddy [...], va deux fois au cinéma chaque après-midi. Et inévitablement, dès que son gamin sort de l'école, il l'amène avec lui. C'est ainsi que, très tôt, Eddy s'éveille aux deux arts qui vont justifier son existence : le cinéma et le rock'n'roll. [...] Âgé de quinze ans, Claude assiste à un concert de Bill Haley and the Comets. Mais il vénère également Gene Vincent. Immédiatement l'envie de chanter le démange. [...] »..
Comme lui, Claude se passionne pour le cinéma américain, notamment le western, qu'il aime « sous toutes ses formes » et s'intéresse à la bande dessinée, notamment au Belge Jijé et son personnage Jerry SpringPréface du volume 2 de Jerry Spring : l'intégrale en noir et blanc, édition Dupuis, 2010. , p.12.. Il tente même de devenir dessinateur et, après un refus du magazine Coq hardi, deux de ses dessins humoristiques sont publiés dans le magazine Risque-ToutLe , Risque-Tout . Le dessin - signé Claude Moine, Paris - représente un homme blanc assis sur un rocher, ligoté par un indien, qui d'une main lui saisit les cheveux, tout en tenant dans l'autre un poignard. , peut-on lire dans la légende juste en dessous. Source : préface du volume 2 de Jerry Spring : l'intégrale en noir et blanc, édition Dupuis, 2010, p. 16.« Risque-Tout », tropbath.canalblog.com (consulté le 22 décembre 2017).L'un de ces dessins est exposé au musée d'Angoulême..
Débuts - Claude Moine devient Eddy Mitchell vignette|redresse|gauche|Eddy Mitchell en 1962. Photo d'identité Sacem.
Claude Moine exerce plusieurs petits métiers, notamment coursier dans une agence du Crédit lyonnais située à proximité du Golf-Drouot, où il passe régulièrement ses après-midis à écouter des disques américainsÀ cette époque le Golf-Drouot est certainement l'unique endroit dans Paris, où l'on peut écouter des disques de rock 'n' roll.. À quelques pas de là, le , il chante en amateur pour les employés du Crédit lyonnais, où il est présenté comme un ; c'est sa première prestation scéniqueDaniel Lesueur L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, p. 9..
À la fin des années 1950, il commence à se produire dans des bals en interprétant les hits du momentDaniel Lesueur L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, p. 21, citation : « [...] Il se produit dans les bals, bien obligé d'interpréter les succès à la mode. Mais patience son heure viendra. »..
C'est alors la formation de son groupe, d'abord brièvement appelé Eddy Dane et les Danners, puis Les Five Rocks transformé en Les Cinq RocksDaniel Lesueur L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, p. 16, 17, 18.. Ils se produisent régulièrement sur scène, en particulier dans le « temple du rock », le Golf-Drouot à Paris.
« Pour faire du rock'n'roll, il faut faire américain » pense-t-il. Aussi Claude Moine fait le choix d'Eddy comme prénom de scène, en référence à Eddie Constantinedont il y a peu, il inscrivait à son répertoire plusieurs reprises de l'américain. et Moine devient Mitchell, « parce que ça sonne américain ». L'hypothèse est avancée qu'il y aurait Daniel Lesueur L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, p. 17-18.. Maurice Achard soutient que c'est Jean Fernandez qui est l'auteur du pseudonymeMaurice Achard, Dactylo rock, le roman vrai des Chaussettes Noires, 1994, Éditions Flammarion..
Il est surnommé « » par ses proches, un surnom repris affectueusement par le public. Appréciant les expressions américaines et étant de grande taille par rapport à ses amis, il avait coutume de les appeler familièrement « Small » (« petit ») prononcée avec l'accent français, cette expression donnera naissance au célèbre surnomhttps://www.journaldesfemmes.fr/people/actus/3200536-eddy-mitchell-pourquoi-a-t-il-change-de-nom/ consulté le 10 juillet 2025..
Débuts professionnels - Les Chaussettes Noires (1961-1963)
vignette|redresse|Les Chaussettes noires en 1962.
Après les débuts prometteurs de son ami Johnny Hallyday, Eddy Mitchell décide de tenter sa chance auprès des maisons de disques. En feuilletant l'annuaire, il tombe sur la première : Barclay, ce sera la bonneDaniel Lesueur L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, p. 19, citation : « L'année 1960 est [...], décisive pour la carrière d'Eddy Mitchell [...], (Johnny vient de sortir ses premiers disques et ça marche fort) », il entreprend de démarcher une à une les compagnies discographiques parisiennes. La première sera la bonne ! Le choix de Barclay n'est pas stratégique [...]. C'est tout bonnement parce que Barclay est en première position par ordre alphabétique dans l'annuaire !.
En , les Five Rocks ont rendez-vous aux studios Hoche, où ils sont auditionnés par Jean Fernandez et Henri Marchal, bientôt rejoints par Eddie Barclay. Un contrat de trois ans est signé (par les parents car tous sont mineurs) et le , le groupe est en studio d'enregistrementDaniel Lesueur L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, p. 19..
En sort leur premier disque. À son insu, le groupe Les Five Rocks est renommé Les Chaussettes Noires par Eddie Barclay, qui a conclu un accord promotionnel avec les chaussettes StemmDaniel Lesueur L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, p. 21, citation : « Le jour J, pour les Five Rocks, c'est celui du premier passage radio de leur premier disque. C'est Europe 1 qui est dans le coup, a prévenu Barclay. [...], les jeunes gens sont à l'écoute [...]. Leur surprise n'aura d'égale que leur indignation : [...], on annonce les Chaussettes Noires et non pas les Fives Rocks. Sans les informer, leur compagnie discographique, en accord avec Lucien Morisse, [...], a négocié un partenariat avec les chaussettes Stemm. »..
C'est le début du succès pour la formation, considérée (chronologiquement), comme le premier groupe de rock en FranceLivret du CD Les 5 rocks, auteurs Maurice Achard, Jacques Leblanc, label Big Beat, Ref. BBR 00070, citation : « À jamais inscrit dans l'histoire comme le premier groupe de rock français, Les Chaussettes noires débutent... » (Jacques Leblanc)...
Quelque temps après la sortie de leur premier super 45 tours, Les Chaussettes Noires participent au premier festival international de rock organisé au Palais des Sports de Paris le . Le , toujours au Palais des Sports, a lieu le deuxième festival de rock où cette fois ils sont programmés en vedette. La veille, Eddy Mitchell s'est marié avec Françoise LavitDaniel Lesueur, L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, ..
Au total, l'année 1961 voit la sortie de six 45 tours des Chaussettes Noires, qui atteignent ainsi les 2 millions de disques vendus, dont 800 000 avec le seul titre Daniela, qui s'est placé numéro 1 des ventes.
Années de transition (1962-1963) Le , Eddy Mitchell apte au service militaire est incorporé à Montlhéry pour faire ses classes dans le 1er régiment du Train ; la suite de son temps militaire se fait à Paris, où il s'occupe de l'organisation du ciné-club. Eddy précède les autres membres des Chaussettes Noires qui, l'un après l'autre, sont à leur tour incorporésDaniel Lesueur, L'argus Eddy Mitchell discographie et cotations, 2004, Éditions Alternatives, page 32.. Durant cette période, les enregistrements continuent tant bien que mal (du fait des permissions qui ne tombent pas toujours au même moment, les sessions studios sont difficiles à organiser). Ainsi, durant l'année, il enregistre avec le groupe une vingtaine de chansons et quatre titres en solitaire sous son nom : Mais reviens-moi, C'est à nous, Quand c'est de l'amour, Angel. Ce premier super 45 tours en solo, qui sort en novembre, se montre très différent. Mitchell, accompagné par l'Opéra House Orchestra, délaisse un temps le rock 'n' roll pour des ballades romantiquesDaniel Lesueur, L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, ..
Militaire, le chanteur se produit sur scène, parfois avec tout ou partie des Chaussettes Noires (les indisponibilités des musiciens du groupe, pour cause d'obligations militaires, commencent à être fréquentes), mais également en soliste. Ainsi à Juan-les-Pins, durant l'été 1962, Eddy Mitchell est accompagné par Les FantômesDaniel Lesueur, L'Argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, p. 35.. En , Vic Laurens, qui vient de quitter les Vautours, est sollicité par le groupe pour remplacer son frère Tony, malade, pour une tournée d'un mois en Algérie. En , se produisant en banlieue parisienne, Eddy est accompagné par Jean Veidly, bassiste du groupe les Pirates, qui remplace Aldo Martinez au sein des Chaussettes pour une ou deux soirées.