La cathédrale Saint-Fulcran de Lodève se trouve dans l'Hérault, région Occitanie, au pied des montagnes à environ au nord-ouest de Montpellier, un peu à l’écart de la côte méditerranéenne.
Ce bâtiment typique du gothique méridional est le siège de l'ancien diocèse de Lodève, supprimé pendant la Révolution, et son territoire rattaché au diocèse de Montpellier. C'est aujourd'hui une église paroissiale.
Cette ancienne cathédrale a été classée monument historique en 1840..
Patrons
Primitivement la cathédrale était dédiée au saint martyr Geniez (Geniès, Genès), greffier de la ville d’Arles au , victime de la Persécution de Dioclétien, décapité en 303 (son martyre est représenté sur la clef de voûte de l’abside). Saint Fulcran, évêque rénovateur du diocèse au , lui a été associé au et a supplanté saint Geniez vers le .
Les premières cathédrales Comme dans tout le reste de l'Empire romain, les diocèses ont repris les divisions administratives de l'Empire. Le diocèse de Lodève correspond à la civitas Lutevensis. Le premier document concernant ce diocèse est une lettre du pape Boniface , en 421.
Le territoire est occupé par les Wisigoths quand Théodoric II a obligé l'empereur romain d'Occident Libius Severus à lui céder Narbonne et une grande partie de la Narbonnaise, en 462 qui est appelé Septimanie après la conquête de l'Aquitaine par les Francs à la suite de la bataille de Vouillé, en 507. Certains historiens pensent que Lodève est passée sous le contrôle des Francs après la bataille de Vouillé. En 533, Théodebert s'est emparé de Lodève après avoir envahi le Rouergue. Lodève est resté sous le contrôle des Francs jusqu'en 585 avant de retourner aux Wisigoths. Au concile national de 680, le roi Wamba a défini les limites des différents diocèses de la Septimanie. La Septimanie wisigothique a été envahie par les Arabes à la suite de la conquête musulmane de la péninsule Ibérique. Leur avance en Gaule est arrêtée à la bataille de Poitiers, en 732. Pépin le Bref conquiert la Septimanie en 759 après la prise de Narbonne. Cette partie du Regnum Francorum va prendre le nom de marquisat de Gothie.
Quelques vestiges de plusieurs bâtiments antécédents sont conservés dans la crypte. La première cathédrale du temps de la fondation de l’évêché vers la fin du reste inconnue. Des chapiteaux des , conservés au musée Fleury, laissent supposer un chantier aux temps du royaume des Wisigoths. Les murs extérieurs de la crypte semblent provenir de cette période. Pour Émile Bonnet, les parties les plus anciennes de la crypte de la cathédrale paraissent remonter à l'époque carolingienne , mais Joseph Berthelé a trouvé que certaines de ses parties sont faites de blocs de grand appareil grossièrement taillés qui peuvent provenir des remparts gallo-romains.
Au l’évêque Fulcran (949-1006) fit rebâtir ou agrandir la cathédrale dédiée à saint Geniès d'Arles qu’il a consacré le . Ernest Martin, puis Émile Bonnet ont montré que c'était un sanctuaire à trois nefs d'égale hauteur séparés par de gros piliers carrés sans ornement construit au-dessus de la crypteCrypte de la cathédrale Saint-Fulcran. Jean Nougaret a écrit qu' « en 975, la nouvelle cathédrale comportait une église haute et la crypte actuelle. Hormis cette dernière, plus rien ne subsiste de cet ancien édifice ». Le dédoublement des murs de la crypte vers l’extérieur et sa voûte font probablement partie de cet édifice. 190px|thumb|Vue générale. L'évêque de Lodève devient le seigneur de Lodève vignette|Vue septentrionale de la cathédrale Saint-Fulcran de Lodève. Au début du , le titre de vicomte de Lodève a été porté par le comte de RodezFrancis Moreau : Les vicomtes de Millau (906-1188), et son suzerain, le comte de Toulouse. Le , une bulle du pape Eugène III a placé l'église de Lodève sous la protection du Saint-Siège et donné la liste de ses biens. Le roi Louis VII reconnaît à l'évêque le droit de justice sur les hommes de son diocèse en 1157. En 1162, le roi concède à l'évêque la viguerie de Lodève avec la permission d'élever des tours et de creuser des fossés en ville et de tous les alleux possédés par l'église de Lodève et le pape Alexandre III confirme la bulle d'Eugène III. La même année le comte de Rodez a renoncé à la maison de l'évêque pendant la vacance du siège et il renonce à faire creuser des fossés dans la ville sans autorisation de l'évêque. le , l'évêque de Lodève, Gaucelin de Montpeyroux, prête au comte de Rouergue, Hugues II de Rodez. Le comte de Rodez n'a probablement pas pu rembourser ce prêt car, en , il vend tous les droits qu'il possède sur le territoire du diocèse de Lodève pour Ernet Martin, Cartulaire de la ville de Lodève, Imprimerie Serre et Roumégous, Montpellier, 1900, (lire en ligne).
L'évêque fait confirmer ses droits par le comte de Toulouse, le vicomte de Narbonne, le roi Philippe II Auguste en 1188 et le pape Innocent III en 1202. L'évêque est alors le seigneur de Lodève. l'évêque Raymond Guilhem de Montpellier crée l'office de contrôleur de la monnaie de Lodève en 1189. Dans le même temps, les évêques vont vouloir limiter le pouvoir du consulat de la ville. Le pape Innocent III relève l'évêque et le chapitre de leur serment au consulat en 1202. L'évêque Pierre Frotter est assassiné en 1207 par des meurtriers qui ont été armés par les bourgeois de la ville réclamant plus d'autonomie. Son successeur Pierre IV Raymond de Montpeyroux fait supplicier et exécuter les meurtriers en 1208. En , Philippe Auguste confirme la donation à l'évêque des droits régaliens dans Lodève ainsi que le droit exclusif de battre monnaie. Les évêques reçoivent les péages de la ville et du diocèse de Lodève.
Le corps de saint Fulcran est retrouvé en 1198Jules Renouvier, 1840, (lire en ligne). Son culte va se développer après la rédaction de la Vie de saint Fulcran rédigée entre 1196 et 1201 par Pierre Lélut de Millau, abbé de Mazan. Ce texte va servir à combattre les thèses cathares, à minimiser le rôle des féodaux et à justifier la translation du corps de saint Fulcran dans la cathédrale, probablement le jeudi avant l'Ascension 1209, en présence d'un représentant du pape Innocent III et de l'évêque de Béziers. Le corps de saint Fulcran est déposé dans la chapelle Saint-FulcranFrancis Moreau, Un saint très politique. Son culte est reconnu par le pape Nicolas IV en 1290.
À la suite de la croisade des Albigeois Simon IV de Montfort devient comte de Toulouse, en 1216. Le roi de France lui demande d'assurer l'exécution des privilèges accordés à l'évêque. Son fils, Amaury VI de Montfort lui succède en 1218 mais il remet ses droits sur les possessions du comte de Toulouse au roi Louis VIII. Ainsi le roi devient le suzerain direct de l'évêque.
Guillaume de Caselles (Guilhem de Cazouls) a aménagé les droits dans le diocèse pour augmenter les finances nécessaires pour la construction de la cathédrale et achète les droits sur le château de Montbrun de Guilhem de Lodève en 1241 et 1246.
En , l'évêque Raymond II de Belin et les habitants de Lodève se mettent d'accord sur un arbitre pour régler leurs différends. Gui Foulques, archevêque de Narbonne et arbitre entre l'évêque de Lodève et les habitants, présente une charte communale le .
Construction de la cathédrale gothique Les dates des différentes phases de construction sont sujettes à des discussions dues à un manque de documents permettant de les confirmer. Les sources écrites, peu nombreuses, ne donnent pas d'informations précises sur la construction mais des indices indirects qui ont été rattachés à des phases de construction par les historiens qui les ont étudiés dont Jules Renouvier, Ernest Martin, Raymond Rey, et, plus récemment, Henri Vidal.
Jules Renouvier fait commencer la construction de la cathédrale au et terminer au . Ernest Martin a proposé de la faire commencer sous l'épiscopat de Pierre IV Raymond de Montpeyroux, entre 1207 et 1237 et qu'elle aurait été aidée par les Montfort, soit entre 1216 et 1224 car l'évêque de Lodève les a appuyé pendant la croisade. L'évêque Bertrand de Mornas passe un acte le « in ecclésia sancti Genesii ». Ernest Martin suppose que cet acte est passé dans l'église gothique en cours de construction. Ernest Martin fait terminer en 1289 quand l'évêque Bérenger II Guirard obtient le du pape Nicolas IV des indulgences pour ceux qui viendraient la cathédrale.
Guillaume de Caselles (Guilhem de Cazouls) va réorganiser les droits que possède l'évêque pour permettre le financement de la construction de la cathédrale. Il publie en 1252 de nouveaux statuts synodaux, rédigés par le canoniste Pierre de Sampson, prévoyant le financement de la construction de la nouvelle cathédrale par les recteurs de paroisses. En 1253, il affecte à la « reparatio ordinaria » une partie des dîmes de Salses et de Saint-Privat. Dès 1246, il avait adapté les règlements sur les droits de coupe des bois, du poids public, sur la leude et les péages. Il organise des quêtes itinérantes.
En 1257, l'évêque fait chercher à Arles des reliques de saint Geniès. Ces reliques sont déposées dans la crypte de la cathédrale. L'évêque Guillaume de Caselles meurt le . Il n'est pas inhumé dans la cathédrale mais dans le prieuré Saint-Michel de Grandmont. En 1262, les citoyens se plaignent de l'usurpation des fossés pour permettre la construction de dépendances de la cathédrale. Comme l'écrit Raymond Rey, il est possible que l'abside et deux travées du chœur de la cathédrale gothique sans déambulatoire aient été construits autour de 1280. Ernest Martin remarque que sur la clé de voûte du berceau de l'abside représente la scène du Noli me tangere, Jésus-Christ et Marie Madeleine après sa Résurrection. L'invention du corps de sainte Madeleine remontant à 1279, il en déduit que cette clé de voûte ne doit pas être antérieure à cette date.
L'évêque Bernard Gui (1324-1331) a rédigé Catalogus episcoporum Lodovensium (catalogue des évêques de Lodève) pendant son épiscopat dans lequel il a écrit que la cathédrale de Lodève qu'il peut voir est l'œuvre de saint Fulcran. Il ne site aucun de ses prédécesseurs comme constructeurs de la cathédrale. Guillaume Briçonnet (1489-1519), également évêque de Meaux et directeur spirituel de Marguerite de Navarre, ne donne que des indices indirects sur la construction. Il est nécessaire de recourir à une datation stylistique comparative (d’après Curtius). Cette absence de citation de la construction de la cathédrale gothique a conduit Henri Vidal à proposer l'hypothèse d'une construction plus tardive de la construction. D'autres données ont fait douter de la reconstruction gothique de la cathédrale avant l'épiscopat de Bernard Gui : Jean Nougaret note que la paroisse Saint-André n'a été unie à la cathédrale qu'entre 1318 et 1324, Françoise Robin et Jean Nougaret remarquent la similitude du plan de l'abside à neuf pans de la cathédrale de Lodève avec celui de la cathédrale de Béziers qui date des années 1290 mais avec des détails de l'élévation très simplifiés.
L'évêque Bérenger II Guirard obtient de Nicolas IV une bulle accordant des indulgences, en 1289, pour tous les visiteurs de la cathédrale afin de permettre le financement de la suite de la construction. Comme l'écrit Raymond Rey, une deuxième phase de construction comprenant la nef à trois travées bordées de bas-côtés, le portail à trumeau avec porche s'ouvrant sur l'avant-dernière travée du collatéral nord, et la chapelle Saint-André (puis du Sacré-Cœur) qui est au nord du chœur, a dû commencer après cette bulle. Le style de cette partie de la cathédrale est du début du . La chapelle Saint-André est alors devenue une chapelle paroissiale pour remplacer l'église paroissiale Saint-André qui tombe en ruines. vignette|180px|La façade occidentale et le clocher..