La lignée des dalaï-lamas (ou du Dalaï-Lama) est la plus importante lignée de réincarnation (tulkou) postulée dans le bouddhisme tibétain et dans l'histoire du Tibet.
Reconnu par ses fidèles comme une émanation du bodhisattva de la compassion, le dalaï-lama, outre son autorité spirituelle, a exercé le pouvoir temporel à la tête du gouvernement tibétain de la période Ganden Phodrang (1642-1959) mis en place par le dalaï-lama au sein d'une théocratieFabienne Jagou, Les marges culturelles du territoire chinois, in Géographie et cultures, , été 2000, : « il est difficile d'affirmer que le Tibet était un État, car bien que la nation tibétaine possédât un gouvernement, son pouvoir n'était pas représentatif à cause de sa nature théocratique. » Samten G. Karmay, Religion and Politics: commentary, Tibet writes, 7 septembre 2008 : Rebecca Redwood French, The golden yoke: the legal cosmology of Buddhist Tibet, Cornell University Press, 1995, 404 p., : ..
En 1952, après la signature de l'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet, le dalaï-lama, Tenzin Gyatso, prend des initiatives pour créer une société démocratique, en nommant un comité de réformes Dagmar Bernstorff, Hubertus von Welck, Exile as Challenge: The Tibetan Diaspora, Orient Blackswan, 2003, , . : ..
L'exode tibétain de 1959 rassemble environ qui suivent le dalaï-lama dans un exil en Inde où il crée le gouvernement tibétain en exil, qu'il dirige et démocratise jusqu'en , date de sa retraite politique qu'un amendement constitutionnel du Parlement tibétain en exil autoriseTibet:opposition au retrait du dalaï-lama, AFP, 15 mars 2011Olivier Weber, écrivain et grand reporter, sur le Tibet .
Pour lui, le rôle politique des dalaï-lamas est dépassé et doit laisser place à la démocratiePhurbu Thinley, Dalai Lama asks Tibetans to embrace democratic change, rejects parliament's resolution Phayul, 19 mars 2011..
En , il annonce des discussions pour qu'un nouveau chef spirituel des Tibétains soit choisi de son vivant.. La réunion est reportée à la suite de la mort de Kathok Getse Rinpoché..
Histoire des dalaï-lamas
vignette|gauche|200px|Représentation de Tchenrézi, nom tibétain de Avalokiteśvara, bodhisattva de la compassion dont le dalaï-lama est considéré comme l'une des émanationsJack Lu, Les Deux visages du Tibet..
Dromtönpa est considéré comme l'une des pré-incarnations des dalaï-lamas, il fut prophétisé par le Bouddha dans le Tantra de Manjushri. "A la fin d'un cycle de 500 ans apparaitra au nord, au Pays des Neiges, un laïc qui sera source d'immenses bienfaits pour la tradition de l' Eveil [...] il construira un monastère sur un site nommé La Corne (Réting)."
Les dalaï-lamas sont généralement considérés comme les réincarnations successives du premier, cependant, selon le dalaï-lama, ce n'est pas le cas de l'ensemble des quatorze personnes reconnues.
1391-1474 : dalaï-lama, Gendun Drub ().
Le dalaï-lama fonde dans la région de Tsang, autour du Tashilhunpo, la base d'un pouvoir soutenu par la population.
1475-1542 : dalaï-lama, Gedun Gyatso ().
Le dalaï-lama est amené au Tashilhunpo où il reste jusqu'à l'âge de 16- avant de partir étudier à Lhassa où il devient l'abbé du monastère de Drépung. Sa renommée s'étend à Lhassa et au Tibet central. Il se rend au Tibet du Sud où il construit le monastère de Chorgyal. C'est là qu'il définit le système d'identification des dalaï-lamas sur la base de visions à percevoir dans le lac de Palden Lhamo, système qui se perpétue jusqu'au dalaï-lama. À la fin de son règne, sa popularité s'étend du Tibet central au Kongpo et au Dagpo, deux régions du Tibet du sud. Cette augmentation de popularité ouvre la voie au dalaï-lama qui se rend en Mongolie où il convertit les Mongols au bouddhisme.
1543-1588 : dalaï-lama, Sonam Gyatso (་).
Sonam Gyatso, alors abbé de Drépung est le premier à recevoir, le , du Mongol dzoungar Altan Khan le titre de dalaï-lama, et son équivalent tibétain de Gyatso sera alors donné à toute la lignée. Il n'a pas encore de pouvoir autre que spirituel (voir aussi Relations entre le Tibet et la Mongolie). Si son rôle est alors limité au Tibet, il devient tout de même le maître spirituel de l'Empire mongol, réunissant par Altan Khan Dzoungars, Khalkhas et Tchakhars.
1589-1616 : dalaï-lama, Yonten Gyatso (་)
Mongol, il est le petit-fils d'Altan Khan... Son tuteur Lobsang Chökyi Gyaltsen est le premier à porter le titre de panchen-lamaFabienne Jagou, Le Panchen Lama (1883-1937) : enjeu des relations sino-tibétaines, Paris : EFEO, 2004 (Monographies : 191).
1617-1682 : dalaï-lama, Lobsang Gyatso (), « le Grand Cinquième »
En 1642, Lobsang Gyatso, connu sous le nom de « le Grand Cinquième », est proclamé souverain du Tibet par Güshi Khan, chef des Mongols qoshots basés dans le Kokonor (Qinghai) et ayant conquis le Tsaïdam et le Tibet septentrional, 1938, : .. Sous son règne, les dalaï-lamas reçoivent le pouvoir temporel sur le Tibet. Ils deviennent, avec les régents, les chefs du gouvernement tibétain. Lhassa devient la capitale du Tibet et le Potala est construit pour devenir la résidence du dalaï-lama et le siège de son gouvernementRaphaël Liogier, , .. Selon Roland Barreaux, le règne du dalaï-lama a pour résultat l'unification du Tibet en une nation. Son pouvoir politique indépendant s'étend à toutes les anciennes provinces tibétaines, y compris le Kham et l'AmdoRoland Barraux, Histoire des Dalaï-lamas, Albin Michel, 1993, .. Le régent Sangye Gyatso cacha sa mort pendant aux Tibétains, aux princes mongols du Khanat qoshot (gouverné alors par Dalaï Khan (1668 — 1697)) et à l'empereur de Chine (alors Kangxi (1661 – 1722)), lequel ne le pardonna ni au régent, ni au TibetAnne Chayet, Le Tibet est-il chinois ?, ..
1683-1706 : dalaï-lama, Tsangyang Gyatso (་)
Intronisé fin 1697 au palais du Potala, il montre une indifférence à l'égard de ses devoirs religieux au point de renoncer à ses vœux monastiques mais pas à ses fonctions temporelles qu'il assume en 1702. Son attitude est cause de scandale. Lkhazang Khan, qui souhaite se défaire de ce dalaï-lama, le fait conduire en Chine en 1706. Officiellement, il meurt en route. Lhazang Khan installe un dalaï-lama de son choix au Potala, mais entre-temps, les religieux ont découvert dans le Kham un enfant qui est désigné comme véritable réincarnation. L'Empereur Kangxi avait des doutes sur l'authenticité du dalaï-lama. Malgré cela, il décide non pas de remettre en question l'institution des réincarnations mais de l'utiliser à son avantage en raison de son influence sur les sociétés tibétaines et mongoles, mettant les trülkus à son propre service..
1708-1757 : dalaï-lama, Kelzang Gyatso () En 1717, les Mongols, Dzoungars-Oïrats, tuent Lkhazang Khan et pillent Lhassa (dont le Potala) pour orner leur capitale, pages 656-657 : .. Le dalaï-lama est emprisonné. Il est remis en place par les Mandchous en , quelques mois après que ceux-ci aient repris Lhassa aux Dzoungars..
En 1756, le dalaï-lama se retire du monde. Il meurt l'année suivante. L'exercice du pouvoir est assuré de 1757 à 1777 par le Demo Tulku, Ngawang Jampel Deleg Gyatsho, nommé régent du Tibet par l'empereur Qianlong en attendant la majorité du prochain dalaï-lama. C'est le début d'un système bien établi où chaque régent sera obligatoirement un tulkouWang Jiawei et Nyima Gyaincain, Le statut du Tibet de Chine dans l'histoire, 2003, 367 pages, ..
vignette|Sélection de Lungtok Gyatso par des lamas et ambans de la dynastie Qing , ..
1758-1804 : dalaï-lama, Jamphel Gyatso ()
Il n'exerce jamais véritablement le pouvoirAnne Chayet, Le Tibet est-il chinois ?, .. Celui-ci est exercé par le régent Tshemoling I de 1777 à 1786, puis par le régent Kundeling I de 1789 à 1810.
1806-1815 : dalaï-lama, Lungtok Gyatso ()
Il meurt à l'âge de 9 ans. Le régent, Kundeling I, assure l'exercice du pouvoir de 1789 à 1810, suivi de Demo II de 1811 à 1819.
1816-1837 : dalaï-lama, Tsultrim Gyatso ()
Mort à 21 ans, il ne règne pas, le régent, Demo II, assurant l'exercice du pouvoir de 1811 à 1819, suivi de Tsemoling II de 1819 à 1844.
1838-1856 : dalaï-lama, Khendrup Gyatso (་)
Mort à , il ne règne pas, le pouvoir restant aux mains des régents Reting I de 1845 à 1862, puis Shatra de 1862 à 1864.
1856-1875 : dalaï-lama, Trinley Gyatso ()
Il règne de 1873 à 1875, à la suite du régent Ditru qui exerce le pouvoir de 1864 à 1872.
1876-1933 : dalaï-lama, Thubten Gyatso (), « Le Grand Treizième ».
Intronisé en 1879, il règne de 1895 à 1933, à la suite du régent Demo qui exerce le pouvoir de 1886 à 1895. Vers 1898 (certaines sources donnent 1920), il abolit la peine de mort, sauf en cas de haute trahison. En 1904, il fuit en Mongolie puis dans l'Amdo devant l'irruption d'une force expéditionnaire britannique, avant de retrouver son trône en 1909 à la suite des accords passés par la Chine avec la Grande-Bretagne. En 1910, il fuit à nouveau Lhassa, cette fois-ci pour l'Inde britannique, devant les troupes envoyées par le gouvernement impérial. Il revient en 1913 à la faveur de la chute de l'empire Qing et de l'instauration de la république de Chine.
Proclamant ce qui est diversement interprété comme l'indépendance du Tibet ou la fin de la relation prêtre-protecteur entre le dalaï-lama et l'empereur, il entame une série de réformes visant à moderniser l'administration, la justice, l'enseignement et la médecine. Il crée également une armée tibétaine. Cependant, en 1926, face au mouvement de rejet chez les éléments conservateurs de l'élite tibétaine et aux revendications des jeunes officiers de l'armée, il met un terme à l'ensemble du programme. Le dalaï-lama dirige, de 1912 à 1933, un Tibet indépendant de factoPhilippe Blanc, Tibet d'hier et d'aujourd'hui, Guy Le Prat, , ., sans toutefois lui obtenir de reconnaissance internationale (de jure) ni parvenir à en faire un État moderneLaurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, : .
Depuis 1935 : dalaï-lama, Tenzin Gyatso ()
Moine bouddhiste de l'école gelugpa, il est intronisé chef temporel et spirituel des Tibétains le , un mois après le début de l'intervention de l'armée chinoise au Tibet. L'Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet, conclu le à Pékin entre des délégués du dalaï-lama et la république populaire de Chine marque le retour du Tibet sous la souveraineté chinoise, alors qu'il connaissait depuis 1912 une indépendance de fait. En 1959, il s'exile en Inde où il crée le gouvernement tibétain en exil qu'il dirige jusqu'en , date de sa retraite politique à la faveur d'une démocratie tibétaine. Vivant actuellement à Dharamsala, il est considéré comme le plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétain, et par la plupart des Tibétains comme une émanation de Tchènrézi, le bodhisattva de la compassion. Il plaide pour l'indépendance du Tibet jusqu'en 1973, puis pour ce qu'il appelle l'« autonomie réelle » de l'ensemble du Tibet à l'intérieur de la Chine. Selon le Comité Nobel norvégien et d'autres, il a constamment œuvré à la résolution du conflit sino-tibétain par la non-violence.
Origine du nom Le dalaï-lama est un moine réincarné selon cette croyance de l'école Guélougpa, une des quatre écoles du bouddhisme tibétain, fondée aux alentours de 1400 par Tsongkhapa, maître du de la lignée.
L'origine du nom est le titre de Dalaï Lama donné le par le dirigeant mongol Altan Khan à Sonam Gyatso, de sa lignée de réincarnation, lors de leur rencontre au monastère de Thegchen Chonkhor, près de la frontière mongolo-tibétaine à Tsavchaal dans le Kokonor. Sonam Gyatso fut ainsi le premier à porter le titre de dalaï-lama.
Adaptation du titre mongol Dalaïin Khan () St. Elmo Nauman Jr, Dictionary of Asian Philosophies, : ., Dalaï est un terme mongol (), que l'on peut traduire par « océan », ou « mer », l'équivalent ou la traduction du mot tibétain gyatso () St. Elmo Nauman Jr, Dictionary of Asian Philosophies, p. 40 ..Michael Harris Goodman 1972, Matthew T. Kapstein, The Tibetans, p. 112..