vignette|« Police nationale Révolution nationale. » Affiche de propagande pour le recrutement de la Police nationale dans le cadre de la Révolution nationale du régime de Vichy, fin 1941 - début 1942.
Le régime de Vichy choisit la voie de la « collaboration » avec le Troisième Reich. Cette collaboration prend plusieurs formes : économique, policière et culturelle.
À la suite de l'armistice du , la France métropolitaine est divisée en deux zones, la zone occupée et la zone dite « libre ». L'ensemble du territoire est sous l'autorité du gouvernement de Vichy dirigé par le maréchal Pétain.
Prestation de serment vignette|Prestation de serment des agents de police (palais de Chaillot, janvier 1942). Le , un décret signé par Pétain enjoint à tous les fonctionnaires de lui prêter serment de fidélité. Une cérémonie officielle a lieu pour la police le , au cours de laquelle de la garde de Paris, de la Police nationale et de la préfecture de police se réunissent dans la grande salle du Palais de Chaillot, sous la présidence de Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur... Après que la Musique des gardiens de la paix a joué La Marseillaise, le serment est prêté en ces termes : . Ce à quoi répondent tous les policiers présents en levant le bras et en disant : Archives de la préfecture de police de Paris, série BA 1784, cité par Maurice Rajsfus, Opération Étoile Jaune, Le Cherche midi, 2002..
Collaboration et Shoah La collaboration de la police française dans la zone occupée par l'Allemagne est décisive pour la mise en œuvre de la Shoah, entreprise d'extermination des Juifs par les nazis. L'Allemagne hitlérienne se sert de la police française pour faire régner l'ordre et réprimer les résistants (particuliers ou affiliés aux mouvements gaullistes, communistes, juifs, etc.). Soucieuse d'éviter une rébellion massive de la population française, la Gestapo pense que le risque sera moindre si, au lieu qu'elle se charge elle-même des opérations, la police française le fait.
Ainsi la police est chargée du recensement des Juifs, de leur arrestation et de leur rassemblement dans les camps (Drancy) d'où ils sont envoyés en camps d'extermination, réquisitionnant pour cela, à Paris les bus, et sur l'ensemble du territoire français des trains de la SNCF.
Le rôle de René Bousquet La collaboration policière est marquée par la période Bousquet, secrétaire général de la police française de au . Nommé deux jours après le retour de Pierre Laval au pouvoir, Bousquet réorganise les forces de l'ordre françaises qu'il unifie sous son commandement, créant la Police nationale puis les Groupes mobiles de réserve (GMR), ancêtres des CRS.
Il passe notamment un accord, en , avec le général SS Carl Oberg, Polizeiführer dont les bureaux sont situés avenue Foch à Paris. Aux yeux de Bousquet, celui-ci vise à maintenir l'« indépendance » de la police française : il argumente ainsi en faveur de la « répression à la française », ce qui ne laisse pas Oberg insensible. En effet, la population civile, et d'abord les Juifs étrangers, premières victimes de la répression, se méfient moins des autorités françaises que de la Gestapo. Mais cette indépendance reste un leurre, puisqu'elle ne fonctionne que par une collaboration accrue entre les deux polices.
Bousquet est finalement évincé, et remplacé par Joseph Darnand, à la tête de la Milice, qui complète le dispositif policier mis en place par Vichy.
La collaboration sous Vichy L'entrevue de Montoire du entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler, dont le but est de manifester la bonne volonté française afin d'obtenir des concessions, ne débouche sur aucun résultat concret : juste après l'entrevue, sur ordre du Gauleiter Joseph Bürckel, près de sont expulsés de Moselle (annexée de facto) vers le territoire de la France resté sous la responsabilité du gouvernement français. De plus, allemands, que les nazis ne veulent pas interner dans leur propre pays, sont raflés au Palatinat et en Bade-Wurtemberg, pour être confiés au gouvernement de Vichy. Celui-ci les interne au camp de Gurs, en zone sud.
La chasse aux communistes et autres dissidents L'URSS ayant signé au début de la Seconde Guerre mondiale, le , avec l'Allemagne hitlérienne un pacte de non-agression, le Pacte germano-soviétique, la direction du Parti communiste français (PCF), suivant la politique de Staline, adopte une ligne d'opposition à la guerre, considérée comme une . allant à l'encontre des intérêts de la classe ouvrière. Le PCF est interdit par le gouvernement Daladier, le , après son approbation de l'invasion de la Pologne par l'Armée rouge, et il est donc contraint à la clandestinité. De nombreux militants communistes sont arrêtés sous l'accusation de sabotage, de démoralisation de l'armée, en un mot d'affaiblissement des arrières. Il en est de même des élus communistes qui refusent de dénoncer le Pacte germano-soviétique.
Après la défaite de la France en , l'occupant maintient en détention les communistes incarcérés. La chasse aux communistes est une priorité du régime de Vichy dans le cadre de la mise en œuvre de la « Révolution nationale ». Aussi, dès l', le PCF subit une vague de répression menée par la police française et facilitée par la politique de légalisation qui a prévalu pendant l'. Jusqu'en , la revendication nationale, anti-allemande, n'est pas prioritaire pour le PCF par rapport à la revendication socialeDenis Peschanski, article « Parti communiste français », dans Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, 2006, 202-203. (voir : Histoire du Parti communiste français – Premiers mois de l'occupation).
La police du régime de Vichy arrête les résistants allemands au nazisme qui se sont réfugiés en zone sud, puis les livre aux nazis (c'est le cas par exemple de Rudolf Breitscheid, Rudolf Hilferding et Johanna Kirchner).
De janvier à , la police spéciale enquête sur la réorganisation du Parti communiste d'Autriche (KPÖ) dans le Sud-Ouest.
Du au a lieu la grève des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais dont les principaux animateurs sont Charles Debarge, M. Brulé, E. Ferrari, qui sont fusillés ou assassinés, et Émilienne Mopty, décapitée. Les Allemands font .
Avec le déclenchement de l'opération Barbarossa et l'entrée en guerre de l'Union soviétique, la résistance communiste entre en action en organisant des attentats contre les occupants allemands et diverses actions (voir, par exemple : Pierre Georges – Résistance). C'est alors que les nazis demandent explicitement au régime de Vichy de se charger de la répression. Les militants arrêtés par la police française sont livrés aux forces d'occupation. Les nazis utilisent les détenus communistes dans leur politique de répression en fusillant des otages (voir, par exemple : Représailles après la mort de Karl Hotz).
En , le ministre de l'Intérieur Pierre Pucheu crée le Service de police anti-communiste (SPAC) qui devient en après son départ, le Service de répression des menées antinationales (SRMAN), dirigé par Charles Detmar« La collaboration », Historia, hors série , ..
En outre, dès l'armistice de , les Allemands viennent chercher dans les camps de prisonniers de guerre les républicains espagnols, sans que l'État français ne proteste. Ces derniers sont la seule catégorie recherchée par les nazis dans les camps de prisonniers, et la plupart sont déportés dans le camp de concentration de Mauthausen. Par ailleurs, Vichy met aussi sur pied une police antimaçonnique.
La persécution des Juifs vignette|Arrestation de Juifs à Paris par des policiers français le . Le gouvernement de Vichy mène une politique de restriction des droits des Juifs dès son installation, sans que les Allemands n'expriment la moindre demande. Dès , le ministre de la Justice Raphaël Alibert crée une commission de révision des prononcées depuis 1927, en vertu de la loi du . Le retrait de la nationalité concerne dont 40 % de Juifs. En outre, l'abrogation du décret Crémieux prive d'Algérie de la citoyenneté française.
En zone nord, sous contrôle allemand, l'ordonnance du place sous séquestre les entreprises et biens appartenant aux Juifs absents ou arrêtés. Cette ordonnance impose aussi aux personnes souhaitant fonder un journal de fournir des preuves de leur « aryanité » depuis au moins trois générationsLa presse écrite en France au , par Laurent Martin, , éditions Le Livre de poche..
Jusqu'en , date de l'occupation de la zone « libre » à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, la situation des Juifs n'est pas exactement la même en zone nord et en zone sud. Les lois anti-juives s'appliquent sur l'ensemble du territoire, mais en zone occupée s'ajoutent des décrets allemands. L'étoile jaune, qui permet d'arrêter, de brimer et d'interner tout Juif qui n'obéit pas à l'obligation de la porter, n'est imposée qu'en zone nord. En revanche, Vichy interne dès 1940 nombre de Juifs étrangers dans les camps du sud, sans demande expresse des autorités allemandes. La racialisation du régime de Vichy s'accélérera tout au long de la guerre.
Par ailleurs, à la suite de l'interdiction par les Allemands des postes radios, la police française se charge dès le d'appliquer cette mesure. De même, elle fait appliquer l'interdiction de la photographie en plein air, et à partir du , celle des élevages de pigeons voyageurs. De plus, ils remettent les tracts anti-allemands à la Kommandantur à partir du , et, à la suite d'une ordonnance du , doivent prévenir les nazis des actes de sabotage. Ils transmettent aussi, à partir du , aux forces d'occupation tout ce qui a trait aux ressortissants allemands inculpés de quelque délit que ce soit. En outre, ils surveillent la frontière entre les deux zones, nord et sud, et veillent à la suppression quasi complète du droit d'association , ainsi que de l'interdiction de toute réunion publique, cortège ou manifestationCf. par ex. .
Les Juifs français En , le Conseil des ministres promulgue le premier Statut des Juifs : les citoyens juifs français sont exclus de la fonction publique, de l'armée, de l'enseignement, de la presse, de la radio et du cinéma. Les Juifs, « en surnombre », sont exclus des professions libérales. Le deuxième Statut des Juifs, de , est encore un peu plus restrictif : il allonge la liste des professions d'où sont exclus les Juifs et établit un numerus clausus limitant la proportion de Juifs à 3 % dans l'Université et 2 % dans les professions libérales. Enfin, en , les Juifs doivent céder leurs droits sur les entreprises à des « Aryens ». Les Allemands avaient appliqué cette mesure en zone occupée depuis . Un Commissariat général aux questions juives, sous la direction de Xavier Vallat, est créé en . Sa mission est de veiller à l'application de la législation anti-juive, élément essentiel de la répression étatique. Selon les mots d'Asher Cohen :
Les Juifs étrangers Quant aux Juifs étrangers, ce qui comprend également ceux dénaturalisés à la suite de la loi du , ils sont considérés comme n'ayant pas vraiment leur place en France. À partir du , les préfets peuvent interner les étrangers de « race juive » dans des « camps spéciaux » ou les assigner à résidence. En , étrangers croupissent dans une série de camps : Les Milles, Gurs, Rivesaltes… Ils sont en zone sud au . En , alors que la « Solution finale » n'est pas encore à l'ordre du jour, les Allemands ont expulsé d'Alsace et de Lorraine vers la zone non occupée. Plus tard, à partir de 1942, lorsque des pressions commencent à s'exercer pour pouvoir mettre en œuvre la « Solution finale », le gouvernement français saura toujours se montrer conciliant pour livrer aux Allemands des Juifs étrangers. En citant une note du commissaire Savart, commandant du camp de Drancy, adressée à André Tulard, directeur du service des étrangers et des affaires juives à la préfecture de police, l'historien Maurice Rajsfus remarque que si…