Le clavier de l'orgue est la partie de l'instrument comprenant les touches dans la console.
Histoire du clavier L'orgue est le plus vieil instrument à clavier de l'histoire et c'est donc pour l'orgue que le clavier a été inventé. C'est au cours du avant notre ère, à Alexandrie, que l'ingénieur Ctésibios met au point le premier orgue nommé « hydraule », à la faveur de ses recherches sur l'élasticité de l'air. Chaque tuyau dispose d'une petite tirette rappelée par un ressort qui permet de faire entrer l'air et produire le son. Le clavier est donc né en même temps que l'instrument qu'il servait — l'orgue.
Le premier clavier, d'après les découvertes archéologiques, était d'abord simplement constitué de petites lames de bois coulissantes, des languettes, qui obturaient le trou par lequel arrivait l'air. Il n'y avait qu'un seul tuyau par note, le clavier était diatonique et couvrait deux ou trois octaves. Quand le musicien tirait la languette, le tuyau parlait sans arrêt. Il fallait repousser la languette pour arrêter le son. On pense que l'idée de mettre des ressorts de rappel afin que la fermeture se fasse toute seule en lâchant la languette est également due à Ctésibios. Pendant un temps, les deux types de clavier ont coexisté : clavier avec touches à fermeture manuelle et clavier avec touches à fermeture automatique par ressort. Ces ressorts étaient en bois souple (roseau, bambou) ou en métal (bronze, laiton).
Chaque clavier étant le reflet de la musique qui se joue à son époque, les premiers claviers ne comportaient que les notes simples de la gamme diatonique, laquelle n'était constituée que de correspondant à l'hexacorde et commençait au fa et non au do comme nous en avons l'habitude aujourd'hui. Il faudra attendre le haut Moyen Âge pour voir apparaître progressivement les touches supplémentaires, à commencer par le si, absent de l'hexacorde. On sait que les premières altérations historiques sont le si bémol et le si bécarre rencontrés au et employés couramment au . Les deux notes portant le même nom de solmisation, on cherche à les différencier sur le clavier pour éviter qu'on les confonde. C'est ainsi que vont apparaître les feintes, touches de couleur, de position et de forme différentes que l'on va progressivement intercaler en retrait au-dessus et entre les touches diatoniques (que l'on appelle marches).
L'invention du si bémol vient de ce que l'intervalle fa-si était jugé dissonant (quarte augmentée, le fameux « triton »). Aussi les chanteurs baissaient-ils naturellement le si en si♭ pour obtenir un intervalle jugé consonnant, fa-si♭ donnant une quarte pure. C'est pourquoi pour accompagner le chanteur on ajouta au clavier de l'orgue primitif une touche supplémentaire, intercalée entre le la et le si. On lui donna le nom latin de « B molle » (le si adouci), par opposition au « B quadratum » (le si dur), dénominations d'où proviennent les termes musicaux bémol et bécarre.
Le mot « feinte », qui désigne les touches correspondant aux notes altérées, vient de musica ficta (musique feinte ou fausse). En effet, on avait recours aux notes « fausses » (c'est-à-dire situées en dehors de la gamme naturelle) à chaque fois que l'on voulait moduler (au sens premier : changer de mode). C'est ainsi que progressivement on ajouta les feintes correspondant aux notes réellement chantées et qui permettaient de compléter les gammes des autres degrés. Après le si et le si bémol (qui attire le fa majeur et le ré mineur), on ajoutera le fa dièse (pour sol majeur), le mi bémol (pour la tonalité de si bémol majeur et celle-ci de sol mineur), le sol dièse (pour la mineur) et le do dièse, pour ré mineur. Cette transition s'est faite progressivement et pas toujours dans cet ordre selon les besoins et les constructeurs, mais on sait qu'elle se situe approximativement entre le et le .
L'aboutissement de cette évolution se situe à la fin du où, mis à part les variations dans la largeur des touches, le clavier se présente désormais sous la forme qu'on lui connaît, une octave étant constituée de et , ce groupe se répétant à l'identique pour couvrir la tessiture voulue. Cependant, plus de trois siècles après cette tentative de normalisation, Michael Prætorius écrit en 1619 qu'il se trouve encore quelques orgues dont les claviers sont simplement diatoniques et ne présentent qu'une seule feinte, le si bémol. On sait aussi que l'orgue que touchait Jan Pieterszoon Sweelinck n'avait pas de ré dièse. Ainsi, les pièces qu'il écrit pour orgue, sauf quelques exceptions, n'utilisent jamais cette touche.
Il faut également noter que sur certains claviers jusqu'à la fin de la période baroque, le premier do dièse est fréquemment absent car presque jamais utilisé à la basse dans un tempérament inégal ce qui permettait une économie.
Sur des orgues, généralement de taille modeste et principalement en Italie dans la période baroque, on rencontre aussi l'octave courte. Les tuyaux les plus gros étant les plus chers, ce système permettait d'économiser le coût de quelques notes graves peu utilisées. L'octave courte ne comportait que 6 ou , conservant les notes diatoniques et sacrifiant les notes altérées. C'est probablement l'octave courte qui a favorisé la descente du clavier dans le grave, commençant au fa au Moyen Âge pour descendre au do et parfois au la dans la période baroque.
Exemple iconographique Témoignages d'un passé dont on ne possède malheureusement aucun exemplaire physique, les tableaux et les gravures sont un bon moyen de voir à quoi ressemblaient les claviers du Moyen Âge. On suppose volontiers que les peintres de l'époque, en particulier ceux exécutant des commandes pour l'église, étaient méticuleux et reproduisaient assez fidèlement ce qu'ils voyaient, surtout lorsqu'on est devant un genre de peinture qui privilégie le moindre détail - comme notamment les peintres flamands.
C'est le cas du triptyque réalisé par un peintre anonyme du surnommé le Maître de Saint BarthélémyIl a été impossible jusqu’à aujourd’hui, de retrouver l’identité exacte du Maître de Saint Barthélemy, un des plus grands artistes européens de la fin du . Originaire sans doute de la partie septentrionale des Pays-Bas et actif entre 1475 et 1510, il appartient à l’école de Cologne où il semble s’être fixé vers 1480.. Le volet latéral gauche représente Saint Jean-Baptiste et Sainte Cécile (la patronne des musiciens) jouant sur un orgue portatif. Le détail ci-contre montre la main de Sainte Cécile et le petit clavier de l'instrument. On note qu'il manque une feinte et si le schéma du clavier est bien respecté par le peintre, il s'agit probablement du fa dièse. Nous aurions donc dans cette représentation un exemple de clavier intermédiaire n'ayant pas encore reçu toutes les feintes.
Les différents types de claviers Tableau comparatif des claviers. Clavierde l'OrgueClavierdu ClavecinClavierdu PianoClavierde l'HarmoniumClavierdu SynthétiseurClavierdu CélestaDurée du son à l'enfoncement de la toucheLe son est maintenu tant que la touche reste enfoncéeLe son se perd corde pincéeLe son se perd percussionLe son est maintenu tant que la touche reste enfoncéeSelon le son choisiLe son se perd percussionÉtendue 5 octaves (jusqu'à , par les jeux) 5 octaves ( avec jeu de 4') 7 octave 1/4 (rarement jusqu'à 8½) 5 octaves ( par les jeux) 3 à 5 octaves ( par transpositeur) 2 à 5 octaves 1/2Différenciation dynamique d'ensembleOui (par la boîte d'expression)Non (sauf quelques rares instruments anglais du avec Venetian swell)Oui (par le toucher)Selon registre (genouillère d'expression, expression aux pédales)Oui (par pédale ou par toucher)Oui (par le toucher)Différenciation dynamique (note à note)Rare Selon le système de transmission, la transm. mécanique permettant de façon limitée une attaque et une fin de son différenciée, qui selon les capacités de l'organiste et la musique jouée permet dans des passages rapides une dynamique subtile. Il a aussi existé un orgue de Sebastien Erard en Angleterre muni d'un système entièrement expressif. Cet orgue cependant a été détruit. Enfin certains jeux à anches libres et munis de résonateurs sont parfois montés dans certains orgues modernes. NonOuiNonOuiOuiPlusieurs claviers ?Oui (jusqu'à sept)Oui (maximum deux, rarissime troisIl n'existe que trois exemplaires connus dans le monde de clavecins anciens à trois claviers, dont le clavecin de 1740 de Hieronymus Albrecht Hass.)Non (sauf de rares pianos pédalier pouvant en avoir deux)Rare Précision : les harmoniums à deux et trois claviers (maximum) sont extrêmement rares. Il faut considérer à priori que l'harmonium est d'abord un instrument conçu pour n'avoir qu'un seul clavier. Il existe par ailleurs deux sortes de second clavier d'harmonium : soit le second clavier est constitué par d'autres jeux à anches libres, soit c'est un célesta qui prend ce rôle. Il s'agit en général d'harmoniums d'art, conçus pour le salon. Enfin, il existe en quantité appréciable des harmoniums à deux claviers et pédaliers, destinés à la pratique quotidienne des organistes.Non (sauf certains modèles haut de gamme pouvant aller jusqu'à trois claviers)Non Précision : le célesta est occasionnellement monté comme second clavier sur les harmoniums de salon.RéactivitéDécollement de la soupapeRésistance du plectreÉchappement Précision : l'échappement ne permettant d'ailleurs qu'une réactivité très limitée, celui-ci entrant en action alors que le marteau est déjà en course libre.Non Précision : de nombreux harmoniums français sont munis d'un jeu de percussion (percutant la base des anches de l'un des jeux) et donc munis aussi d'un échappementNonÉchappementEmpan d'octave161 à Normalisé à 164 mm162 à 160 à Normalisé à 165 mm163 mm164 mmNormalisé164NormaliséClavier muetOuiVariable, selon l'instrumentNonOuiOuiNonPlusieurs jeux ?OuiOui (2 ou 3)NonOuiOuiNonCouleurs traditionnellesSelon l'époque Précision : Marches noires et feintes blanches au baroque, l'inverse à l'époque romantique et moderne. Les tendances historisantes font parfois usage de la tradition baroque, plus dans certains pays que dans d'autres. Enfin, c'est en facture d'orgue, qu'il existe le plus de diversité à ce sujet, utilisant le buis, l'olivier, le poirier, le noyer et d'autres essences à grain fin.Selon l'époque et le lieuMarches blanchesfeintes noiresMarches blanchesfeintes noiresMarches blanchesfeintes noiresMarches blanchesfeintes noires
Remarques Beaucoup d'orgues de facture récente, ou ayant été restaurées présentent des claviers blancs à feintes noires, à l’italienne. Les claviers français allemands et germaniques en général ont des marches sombres et feintes claires, en Italie c’est plutôt l’inverse qui est la norme. L'habitude de recouvrir d'os ou d'ivoire les marches sur l’orgue est tardif,, fixé avec l’invention du piano en 1700.
Le piano moderne ne comporte qu'un « jeu », mais dès les débuts de cet instrument, on fabriquait des pianos ayant plusieurs jeux, notamment les pianos allemands qui en comptaient jusqu'à six : Fortezug (forte), Pianozug (céleste), Verschiebung (una corda), Lautenzug (luth), Fagottzug (basson), Janitscharenmusik (turquerie). Ces jeux étaient commandés soit par des pédales, soit par des tirants à mains, soit par les deux. Cette pratique disparut rapidement dès 1840.
Caractéristiques des claviers d'orgue