Ferdinand Louis Félix Le Peletier de Saint-FargeauLe nom de la famille est orthographié « Le Peletier », « Lepeletier » ou « Le Pelletier »., né le à Paris, mort le à Neuilly, est un révolutionnaire français. Frère cadet du conventionnel Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, il s'engage en politique après l'assassinat de celui-ci, en , et devient une personnalité politique influente dans les milieux jacobins.
Biographie Un jeune gentilhomme vignette|gauche|redresse|Portait rétrospectif de Michel-Étienne Le Peletier de Saint-Fargeau, commandé en 1807 par son fils Félix à Marie-Guillemine Benoist.. Descendant d'une famille de la noblesse de robe, Félix Lepeletier est le fils de Michel-Étienne Le Peletier de Saint-Fargeau (1736-1778), président à mortier du Parlement de Paris, et de sa seconde épouse, Louise-Adélaïde Randon (née le )De cette union, qui eut lieu le , naquirent cinq enfants, dont trois garçons ont survécu, Félix Lepeletier, Amédée Louis Michel Lepeletier et Daniel Lepeletier de Saint-Fargeau..
Il est le demi-frère du conventionnel Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau (1760-1793) et le frère de l'entomologiste Amédée Louis Michel Lepeletier (1770-1845).
Au début de la Révolution française, Félix Lepeletier commence une brillante carrière dans les armes et sert comme aide de camp auprès du prince de Lambesc, parent de Marie-Antoinette et commandant du régiment de cavalerie Royal-Allemand. Le , ce régiment sabre la foule parisienne massée aux Tuileries. La participation à l'événement de ce lecteur de Rousseau, Mably et Helvétius a été discutée. Lui-même s'en est toujours défendu, et il semble qu'il ait abandonné sa fonction avant l'événementVoir la notice biographique que lui consacre Jean-René Suratteau, , 665. Pour Laure Ancet, la maladresse de sa défense rend sa participation possible. Jean Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, première partie : « 1789-1864 : De la Révolution française à la fondation de la première Internationale », tome 2 (D à Ly), 1965, 533 pages, , indique quant à lui qu'il participa à l'échauffourée, de même que Louis-Gabriel Michaud dans sa Biographie des hommes vivants, Paris, 1818, tome IV, p. 199..
Avec la prise de la Bastille, le , et l'abolition des privilèges, le , les événements se précipitent. Tandis que la plupart des membres de sa famille émigrent, Félix Lepeletier choisit de rester à Paris auprès de son frère aîné, Michel, un des nobles libéraux les plus engagés dans le processus révolutionnaire. Cependant, les préoccupations de Félix sont alors moins politiques que sentimentales ; beau jeune homme de 23 ans, il est surtout connu dans Paris pour ses frasques amoureuses, que la presse relate en parlant des conquêtes du « blondinet » ou de « l'Alcibiade de la Révolution ». Parmi ses nombreuses maîtresses, Félix Lepeletier fait la conquête de la sulfureuse Thérésa Cabarrus, épouse du marquis de Fontenay, et on lui prête une aventure avec Joséphine de Beauharnais. Il se lie également avec Barras, connaissance qui s'avérera utile par la suite. Jusqu'en 1795, il habite avec sa mère, à l'hôtel Le Peletier, place Vendôme (actuel ).
L'engagement politique La mort de son frère Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, frappé le d'un coup de poignard mortel par un ancien garde du corps du roi, alors que la Convention vient de voter en faveur de l'exécution immédiate de Louis XVI, marque une rupture brutale dans la vie de Félix Lepeletier. Héros national, premier « martyr de la liberté », son frère entre au Panthéon. Étant son plus proche parent, Félix est amené à jouer un rôle important lors des obsèques, puis dans le culte qui est rendu à sa mémoire, dans l'ensemble du territoire nationalIl prend également en charge l'éducation de sa nièce, Louise-Suzanne Lepeletier (née le ), adoptée par la Convention nationale, qui épousa en 1798 (à 16 ans), contre l'avis de son oncle, Jean-François de Witt (qui en avait 19), ami d'enfance, fils d'un ministre hollandais et descendant de Johan de Witt. Séparée de son époux deux ans plus tard, elle se remaria en 1809 avec un cousin, Léon Le Peletier de Mortefontaine, ardent royaliste, avec lequel elle acheta le tableau réalisé par David pour célébrer le conventionnel, afin de le dissimuler à la vue du public.. Le suivant, il offre à l'Assemblée un buste de son frère, œuvre de Jean-Baptiste Fleuriot-Lescot, buste placé, sur proposition de David, dans la salle des séances, à côté de celui de BrutusRéimpression de l'ancien Moniteur, seule histoire authentique et inaltérée de la Révolution française depuis la réunion des États généraux jusqu'au Consulat (1789-1799), Paris, Henri Plon, 1859, tome 15, p. 526-527.. Par ailleurs, il sollicite l'honneur de présenter à la Convention le plan d'éducation rédigé par son frère, demande d'abord accueillie favorablement. Toutefois, quand Chabot demande à ses collègues de fixer la date, lors de la séance du , jugeant qu'il serait d'un mauvais exemple de permettre à un simple citoyen de parler à la tribune, l'Assemblée revient sur sa première décision et décrète que le document sera seulement imprimé aux frais de la République. Finalement, c'est Maximilien de Robespierre qui le présente, au nom du comité d'instruction publique, le Ernest Hamel, Histoire de Robespierre, Paris, 1867, tome III : « La Montagne », p. 62-63..
Grâce à l'aura de son frère défunt, Félix Lepeletier est admis au Club des Jacobins, bien qu'il n'ait pas encore l'âge requis ; en , il rédige et lit l'adresse honorant les mânes de Marat, assassiné comme Michel Lepeletier ; en août, il est élu secrétaire des Jacobins. Sous la Terreur, bien que noble, Félix n'est guère inquiété, même s'il est contraint de rendre sa carte de membre du club des Jacobins comme ci-devant noble à l'automne, et sauve le château de Saint-Fargeau de la destruction. Entré en politique à la suite de l'assassinat de son frère, dont il rappelle fréquemment le martyre, Félix Lepeletier s'engage d'emblée dans la défense des idéaux jacobins et combat en faveur de la promotion de la démocratie.
Après le 9-Thermidor, l'attachement de Lepeletier à l'idéal démocratique ne se dément pas sous la réaction thermidorienne, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Restauration. Figure du néo-jacobinisme, il fait partie du club du Panthéon. Grâce à sa fortune, il finance diverses feuilles, tâtant lui-même du journalisme dans les colonnes du Journal des Hommes libres (où il controverse avec Poultier), du Censeur des journaux de Jean-Pierre Gallais (1756-1820)Jean-Chrétien Ferdinand Hoefer (dir.), Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Paris, Firmin Didot frères, 1858, tome 19, p. 286 et du Courrier républicain de l'abbé Jean-Charles Poncelin de la Roche-Tillac (1746-1828)François Pérennès, Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'Église catholique depuis Jésus-Christ jusqu'à nos jours, Paris, J-P Migne, 1851, tome 3, p. 502-503.
Entré en relation avec Gracchus Babeuf, il devient l'un de ses principaux bailleurs de fonds avec l'ancien conventionnel Amar. En germinal, il fonde le Directoire secret de salut public avec Babeuf, Antonelle, et Sylvain Maréchal, assurant la liaison avec le Comité Amar et le club du Panthéon. Les Égaux se réunissent à plusieurs reprises dans sa maison du Petit-MontreuilVoir Philippe Buonarroti, Histoire de la conspiration pour l'égalité dite de Babeuf, suivie du procès auquel elle donna lieu, Paris, G. Charavay jeune, 1850, p. 68.. Quand la conspiration des Égaux est éventée, il échappe aux poursuites, peut-être grâce à la protection de Barras. De même, selon certaines sources, Carnot l'aurait reçu la veille de l'affaire du camp de Grenelle, en , ou du moins l'aurait averti qu'il s'agissait d'un piège. Jugé par contumace à Vendôme, il est acquitté le 8 prairial an IV (). Obéissant alors au vœu de Babeuf, il subvient aux besoins de la famille du Tribun du Peuple et adopte son fils aîné, Émile, dont il paie l'éducationÉmile Babeuf, né le , devient libraire; Camille, le cadet, est élevé par le général Turreau; Caïus-Gracchus, le benjamin, né pendant le procès de Vendôme, est élevé par son frère aîné et aurait été tué d'une balle pendant la campagne de France (1814). Voir Antoine-Vincent Arnault, Biographie nouvelle des contemporains (1787-1820), Paris, Dufour & Cie, 1827, tome 2 (B-Bez), p. 7.. Au lendemain du coup d'État du 18 fructidor an V, il affirme publiquement son soutien aux Babouvistes et aux rescapés du camp de Grenelle et réclame leur réhabilitation, ainsi que l'octroi de secours à leurs familles. En 1799, il est l'un des principaux animateurs du club du Manège, où il énonce un discours jacobin modéré.
Entre opposition et ralliement Après le coup d'État du 18 brumaire, qui conduit Bonaparte au pouvoir, la répression s'abat sur les milieux jacobins. Soixante députés sont destitués, la presse patriote muselée, les clubs fermés. Avec 36 autres démocrates, dont quatre députés, Lepeletier est condamné à la déportation à Cayenne, tandis que 22 autres, dont nombre de députés, sont exilés en provinceAmédée Gabourd, Histoire de la Révolution et de l'Empire : Consulat, Paris, Victor Lecoffre, 1863, tome 1, p. 411-412.Étienne Cabet, Histoire populaire de la Révolution Française de 1789 à 1830, précédée d'un précis de l'histoire des Français depuis leur origine ( continuée jusqu'en 1845), Paris, Au bureau du Populaire, 1845, tome 4, p. 460-461.; cette dernière mesure est finalement abandonnée. En revanche, il est bien compris sur les listes de déportation après l'attentat de la rue Saint-Nicaise du 3 nivôse an IX () ; dans l'entretemps, il avait osé organiser dans sa terre de Bacqueville une colonie de républicains « purs » avec Antonelle. Arrêté le 14 nivôse an IX (), il est transféré à l'île de Ré. De retour en 1803 à Paris, où sa présence inquiète assez les autorités pour qu'il soit enfermé au Temple, il est envoyé en résidence surveillée à Genève, où il parvient malgré tout à se rapprocher de la Société des Philadelphes, opposée au régime bonapartiste. En , il bénéficie d'une amnistie lors du sacre de Napoléon, mais refuse la Légion d'honneur que Carnot lui a fait offrir.
De retour en France, après un an de proscription, en 1805, il est placé sous surveillance spéciale jusqu'en 1806 et ne dispose ni de liberté d'action ni de liberté de déplacement ; tout séjour dans la capitale lui est interdit ainsi que dans les environs de Paris alors que sa propriété se trouve à Versailles, au village du Petit-Montreuil. Il doit donc se retirer en Normandie, où le régime lui offre, en 1811, une place de maire de Bacqueville et de président de canton pour le tenir tranquille, loin de la politique ; Lepeletier accepte pour renouer avec le philanthropisme, comme au temps du babouvisme.
Au retour des Bourbons, toutefois, Lepeletier publie un opuscule, Au Roi sur le serment à prêter par les maires et autres fonctionnaires publics, par le comte Félix Le Peletier de Saint-Fargeau, propriétaire, ancien maire, ancien président du canton de Bacqueville (Seine-Inférieure), dans lequel il se prononce contre tout serment mais laisse envisager un ralliement à une « monarchie tempérée ». Ayant refusé de prêter le serment de fidélité au roi demandé à l'ensemble des fonctionnaires, il démissionne de ses fonctions.