thumb|Photographie d'un entre soldats allemands et français dans un paysage dévasté creusé de tranchées sommaires, dans le Nord de la France. Bien que la photo soit datée du début de l'été (), aucune plante n'est visible sur le sol labouré par les obus et les grenades.
Zone rouge est le nom donné en France à environ de champ de bataille où, à cause de dégâts physiques majeurs sur le milieu pendant la Première Guerre mondiale et en raison de la présence de milliers de cadavres et de millions de munitions non explosées, certaines activités ont été provisoirement ou définitivement interdites par la loi. Alors que la période du tout début de la reconstruction est relativement pauvre en archivesJean-Paul Amat, La forêt entre guerre et paix, 1870-1995. Étude de biogéographie historique sur l'Arc meusien, de l'Argonne à la Woëvre. - Thèse d'État de géographie physique, Univ. Lille 1, 1999, , microfilmé., la seule existence de ce zonage permet d’appréhender la difficulté et les enjeux de la reconstruction.
Le traitement de la zone rouge a nécessité de : exhumer des milliers de cadavres et de restes humains, qui furent transportés dans les cimetières, nécropoles ou ossuaires ; traiter les cadavres d’animaux qui contaminaient les eaux de nappes et de surface ; c’est à cette époque qu’a été étendue la chloration de l’eau par chlore gazeux, alors dite « verdunisation », technique qui avait été expérimentée à Paris en 1911 ; on invente aussi les premières techniques de dépollution et restauration de sols à grande échelle et localement d’inertage, sans encore les nommer ainsi ; pratiquer le désobusage.
Avec le temps, la surface de la zone rouge a été réduite, mais elle n'a pas disparu. Les zones officiellement reconnues concernées par les dégâts de guerre couvraient et plusieurs centaines de milliers d'hectares.
Contexte historique La Première Guerre mondiale ayant inauguré l’utilisation massive de munitions industriellement produites, elle a laissé en France, en Belgique et en Allemagne de graves séquelles physiques, chimiques et écotoxicologiques. En France, où se sont concentrés les combats, la destruction était quasi totale sur 7 % du territoire métropolitain. Ces dégâts ont induit des réformes importantes, notamment du droit de la guerre.
Dès 1914, l’État français, par une décision votée à l'unanimité, s’était engagé à dédommager intégralement ceux qui subiraient des dommages de guerre (circulaire du ). Cinq mois après l’armistice de 1918, après de longues discussions entre sénateurs et députés, la loi du 17 avril 1919 sur les dommages de guerre a autorisé l'État à préempter et acheter les sols qui semblaient ne pas pouvoir être rapidement ou définitivement réhabilités. Le gouvernement Clemenceau a demandé aux préfets, via la circulaire du relative au mode de rachat et d'utilisation de la zone rouge, d'exproprier et dédommager les propriétaires ou ayants droit. Ceci a été fait sous le contrôle des préfets, avec les services intéressés, dont la Direction des services agricoles, la Conservation des Forêts, le Génie rural, etc.
Une partie des militaria enfouis, abandonnés ou perdus sur la zone rouge est source d’une pollution chronique importante, qui s’ajoute à celle des retombées atmosphériques qui ont suivi les tirs, explosions, usage de gaz de combat et les nombreux incendies, le tout aboutissant à une concentration considérable de polluants dans cette zone et aux alentours. Le contenu des armes chimiques, et les métaux lourds vaporisés par les munitions conventionnelles (au tir ou à l'impact), dont le plomb des shrapnels et le mercure constituant à cette époque les amorces de douilles et d'obus sont a priori les plus préoccupants pour le long terme, car non dégradables.
Après l'armistice, le désobusage s’est traduit par le pétardage in situ de quantités d’obus et autres munitions non éclatées, ainsi que par des enfouissements sauvages ou le démantèlement très artisanal d’obus chimiques pour en récupérer les métaux après en avoir simplement brûlé, dans des incinérateurs de fortune, ou vidé sur place, le contenu.
Plus grave, une immense source de pollution différée a été constituée par la décharge en mer de dizaines de milliers de tonnes de munitions (, rien que devant la plage de Zeebruges, à quelques mètres de profondeur, pour des obus récupérés en Belgique et peut-être dans le Nord de la France). Le rejet en mer, y compris d'armes chimiques, sera à nouveau massivement pratiqué après 1945.
Quatre-vingt-dix ans après la guerre, des anomalies écologiques persistent dans les onze départements de la zone rouge (sur deux régions). Les zones bleues et jaunes peuvent aussi être localement concernées, par exemple sur les lieux de destruction de dépôts de munitions, de carburants, d’usines chimiques ou métallurgiques, mais, ce sont les départements de la zone rouge et notamment la Meuse, le Pas-de-Calais, le Nord et la Somme qui sont de loin les plus touchés. Les spécialistes y notent encore une moindre présence et une moindre diversité de champignons, lichens, nombreuses plantes et animaux. Cette régression est pour partie due à d’autres facteurs (agriculture, fragmentation éco-paysagère, pollution industrielle et urbaine, etc.), mais la question des séquelles écologiques de la guerre 1914-1918 reste posée.
Classification, révisée en plusieurs étapes thumb|250px|Cartographie des zones vertes, rouges et jaunes telles que décidées ou négociées après la fin de la Première Guerre mondiale (d'après Guicherd, J., & Matriot, C. (1921). La terre des régions dévastées'. Journal d'Agriculture Pratique, 34, 154-6.). Dans un premier temps, le zonage a été établi sur cartes, selon l’importance des impacts estimés.
Les territoires victimes de dommages ont été classés en 3 catégories, dites zones rouges, jaunes et vertes en raison des couleurs les représentant sur la carte. Après avoir dressé des cartographies départementales zonales, avec les maires, les survivants ou prisonniers fraîchement rentrés dans les villages, les services de l'État ont décidé des « modes d'utilisation » de la zone rouge, portés sur des plans directeurs à 1/Plan envoyé au ministre des Régions libérées par le préfet le 15 septembre 1921 dans le cas de la Marne..
La carte a ensuite été révisée et modifiée ; entre 1918 et 1923, certaines zones ont augmenté alors que d'autres diminuaient.
Zones rouges, vertes et jaunes Fin 1918, sont dévastées ou dégradées sur dans dix départementsA. Demangeon, Le déclin de l'Europe, Paris, 1920, ..
En 1919, dans le cadre de la reconstruction le « ministère des Régions libérées », en lien avec le ministère des Armées, a produit une cartographie en trois niveaux de séquelles, représentés par trois couleurs. Zones vertes : caractérisées par des dégâts moyens, ce sont les zones de passage ou de stationnement des armées, avec d’éventuels restes de dépôts de munitions, de matériels, casemates ou déchets divers. Zones jaunes : ce sont les zones brièvement ou ponctuellement touchées par les combats, généralement derrière les lignes de front ou éloignées, où les infrastructures routières sont à peu près fonctionnelles après l’armistice, malgré les tranchées, les trous d’obus ou des sols localement criblés de projectiles « souvent non éclatés ». Zones rouges : ce sont les zones correspondant aux lignes de front des armées où sont concentrés les dégâts majeurs. Les sols y sont bouleversés et les infrastructures routières, ferroviaires, industrielles, ainsi que ponts, ports et canaux, y sont généralement totalement détruits (la dénomination de zone rouge n’a donc pas pour origine principale le sang versé, ni le rouge des coquelicots qui poussaient sur la terre labourée et cent fois retournée par les obus, elle les évoque néanmoins inévitablement dans l’esprit de l’époque).
Processus continu Les zones jaunes et vertes ont été nettoyées, déblayées de la plus grande partie des militaria et ruines de guerre, et rendues à la vie civile et aux cultures. Il a été tenu compte des dangers d'explosion et de fuites de munitions chimiques, mais pratiquement jamais des dangers liés aux contaminations multiples. À titre d'exemple, on a largement et très tôt récupéré le cuivre des munitions, mais laissé les millions de billes de plomb éparpillées par les obus shrapnels. La composition du sol est donc modifiée, au regard des contaminants chimiques soumis à des normes, pour au moins (le plomb, le mercure et le zinc ne sont pas biodégradables). Ceci n’exclut pas que des productions alimentaires respectant les normes en vigueur puissent être faites, mais le droit français et européen demande que les producteurs, avec l'accompagnement nécessaire, soient organisés pour prouver la conformité par des faits (analyses, certifications) de manière à pouvoir assurer la sécurité et l’information des consommateurs ; .
Certaines parties de la zone rouge n’ont jamais pu être nettoyées, ou ne l’ont été que très superficiellement. Elles ont été boisées avec parfois une mise en interdit pour des raisons de danger, ou comme site de mémoire (près de Verdun ou de Vimy). Ailleurs, certaines parcelles ont été rapidement rendues à la culture, voire à l’élevage ; par exemple : la première porcherie industrielle de France, encore expérimentale est construite en 1928-1929 sur le « Domaine de Molleville », à Consenvoye, près de Verdun, sur sur un sol auparavant criblé de trous d’obus, après traitement du sol par amendements chimiques (déchets industriels en réalité)Source : article intitulé « Un élevage porcin dans l'ancienne zone rouge » sous-titré « Comment un domaine dévasté par les évènements et les opérations de guerre, dans la région de Verdun, comportant des éléments d'installation de récupération, est mis en valeur par une exploitation de grands porcs blancs, surtout destiné à la constitution d'animaux reproducteurs de grande valeur », dans la Revue Vie à la campagne, du , Vol XXVI (Hachette), .. Ce lieu qui a produit une partie de l'élite de la génétique porcine de l'époque, donc de la « reconstruction », est un bon exemple de la non-prise en compte à l'époque des problèmes de contamination. Cette exploitation est aujourd'hui devenue une ferme céréalière.
Des parcelles ont été rendues à la culture jusqu’en 1976, au moins superficiellement déminées et nettoyées. Chaque année, des centaines de milliers d'obus et autres munitions sont encore mis au jour, par hasard, lors des labours ou de travaux, et le seront longtemps encore (durant 700 ans environ au rythme actuel de déminage, selon la Sécurité civile). Des sites du patrimoine militaire autrefois situés en zone rouge doivent encore être plus ou moins superficiellement dépollués avant d’être rendus ou vendus à des collectivités ou ouvertes au public telle une partie du site du mémorial de Vimy.
Le périmètre de la zone rouge a été fortement révisé dans les cinq ans qui ont suivi l'armistice, parfois à la hausse, et parfois à la baisse et sur des critères qui ont varié selon les régions et les pressions de la coterie agricole. Cette dernière, dès 1918 pressait en effet la chambre des députés de sortir les bonnes terres agricoles du Pas-de-Calais de la zone rouge pour être autorisée à les remettre en culture« Traces de la guerre sur les territoires » ; émission Planète Terre, sur France Culture, mercredi 11 novembre 2009 ; avec comme invités ; Bénédicte Tratnjek (Doctorante en géographie ayant travaillé sur la recomposition spatiale des villes en temps de guerre (Blog « Géographie de la ville en guerre ») et Jean-Paul Amat (professeur de géographie - Université Paris-IV), à l'occasion de l'anniversaire de l'armistice, page consultée 2009/11/21 (Pour écouter l'émission).. Ainsi la zone rouge a-t-elle grandi dans le département de la Meuse (de à de 1919 à 1923) alors qu'elle diminuait fortement dans le Pas-de-Calais (de en 1919 à seulement en 1923) où la pression des agriculteurs pour récupérer la terre était plus forte.
Séquelles environnementales persistantes