Sophie-Dorothée Augusta Louise de Wurtemberg-Montbéliard (en )Rarement appelée Sophie de Montbéliard, née le à Stettin et morte le à Pavlovsk, est une princesse de Wurtemberg devenue grande-duchesse puis impératrice de Russie sous le nom de Marie Feodorovna (en , ) en épousant le futur tsar et en se convertissant à l'orthodoxie.
Deux de ses fils devinrent empereurs de Russie : et .
Famille Sophie-Dorothée de Wurtemberg-Montbéliard est la fille du duc Frédéric-Eugène de Wurtemberg, fils cadet du duc Charles-Alexandre de Wurtemberg (qui devint duc de Wurtemberg en 1795) et de la duchesse, née Frédérique-Dorothée de Brandebourg-Schwedt. La princesse naît à Stettin où son père est officier au service du roi de Prusse. Sa mère est une nièce du roi de Prusse.
Le , elle épouse à la chapelle du palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg, le tsarévitch Paul Petrovitch (dont c'est le second mariage), fils de et de .
De cette union naîtront dix enfants : Alexandre (1777-1825), en 1793, il épousa la princesse Louise Augusta de Bade (1779-1826) devenue l'impératrice Élisabeth après sa conversion ; Constantin (1779-1831), en 1796, il épousa Julienne de Saxe-Cobourg-Saafeld (1781-1860) dont il divorce en 1820. En 1820, il épouse la princesse Jeanne de Lowicz (1799-1831) ; Alexandra (1783-1801), en 1799 elle épousa l'archiduc Joseph d'Autriche, palatin de Hongrie ; Hélène (1784-1803), en 1799 elle épousa le grand-duc Frédéric-Louis de Mecklembourg-Schwerin (1778-1819) ; Marie (1786-1859), en 1804 elle épousa le grand-duc Charles-Frédéric de Saxe-Weimar-Eisenach (1783-1853) ; Catherine (1788-1819), en 1809, épousa Georges d'Oldenbourg (+1812) puis (1816) (1781-1864) ; Olga (1792-1795) ; Anne (1795-1865), en 1816 elle épousa le roi (1792-1849) ; (1796-1855), en 1817 il épousa Charlotte de Prusse (1798-1860) ; Michel (1798-1849), en 1824 il épousa Charlotte de Wurtemberg.
Biographie
Princesse de Wurtemberg Sophie-Dorothée de Wurtemberg voit le jour au palais Grumbkow à Stettin, en Prusse. En 1769, son père ayant reçu la principauté de Montbéliard, la famille de la petite princesse s'installe à Montbéliard. Elle reçoit une excellente éducation, parle l'allemand, l'italien, le français et le latin tout en appréciant beaucoup la mode et l'art français.
En 1773, Sophie-Dorothée de Wurtemberg est l'une des princesses allemandes pressenties pour devenir l'épouse de Paul Petrovitch de Russie. Mais la mère du tsarévitch, , choisit en fin de compte la princesse Wilhelmine-Louise de Hesse-Darmstadt, qui devient la grande-duchesse Nathalie Alexeïevna. La jeune princesse, alors âgée de quatorze ans, est alors promise à Louis de Hesse-Darmstadt, frère aîné de la princesse Wilhelmine-Louise. Cependant le , l'épouse du tsarévitch meurt en couches. , oncle de Sophie-Dorothée, propose sa nièce en mariage et Louis de Hesse reçoit une compensation financière pour la rupture des fiançailles. La Grande Catherine se réjouit de cette union, car sa future bru et elle-même ont reçu le même genre d'éducation et sont natives de la même ville.
Frédéric le Grand arrange donc le mariage, invite le tsarévitch et la jeune princesse de Wurtemberg à Berlin où les deux jeunes gens font connaissance et s'éprennent l'un de l'autre. En , Sophie-Dorothée se rend à Saint-Pétersbourg où elle se convertit à la foi orthodoxe russe en prenant le nom de Marie Féodorovna.
Grande-duchesse de Russie
Le mariage est célébré le suivant.
Le tsarévitch Paul Petrovitch est d'un caractère difficile, mais la jeune Marie Feodorovna, se montre satisfaite de son sort : écrit-elle à un ami. Les sentiments de la grande-duchesse ne changèrent jamais à l'égard de son époux ; malgré son caractère difficile et souvent tyrannique, elle l'aima vraimentSuzanne Massie, Pavlovsk, p. 12..
Le , La grande-duchesse donne naissance à son premier enfant, un garçon, et en , à un deuxième, ce qui ravit l'impératrice. Mais la bonne entente entre les deux femmes se détériore très rapidement. La Grande Catherine retire l'aîné des enfants à ses parents, puis le second, afin de les éduquer selon sa convenance et sans l'ingérence des parents. Ceux-ci ne sont autorisés à rendre visite à leurs enfants qu'une seule fois par semaine. De la naissance d'Alexandre à celle de la grande-duchesse Alexandra, le couple n'a aucun enfant auprès de lui. Privée de l'éducation de ses deux fils, la grande-duchesse Marie Feodorovna consacre son temps à la décoration du palais de Pavlovsk, don de Catherine en hommage à la naissance de son premier petit-fils. Marie en fait l'une des plus belles propriétés de Russie.
Personnalité
La grande-duchesse était une grande jeune femme blonde, au teint frais, très myopeKazimierz Waliszewski, , p. 17.. Elle aimait le faste et les cérémonies de la vie de Cour. Elle avait le goût de la splendeur et portait un grand intérêt aux petites intrigues de la Cour. Le ménage était fort lié au prince Kourakine. Soucieuse de son rang, elle pouvait rester toute la journée, et sans fatigue, en tenue de cérémonie. De même, elle imposait la même charge à son entourage et faisait respecter dans les moindres détails la stricte étiquette de la Cour. Elle aimait l'ordre et la régularité. Contrairement aux autres membres de la famille impériale, elle était une personne frugale, vertu rare pour une princesse de cette époque. Venant d'une famille appartenant à une branche mineure de la maison de Wurtemberg, ceci explique cela.
Son humeur égale et sa patience contribuèrent à une certaine harmonie au sein du couple. Sa parcimonie fut telle qu'elle n'hésitait pas à se vêtir des vêtements de la première épouse du grand-duc Paul ; elle chaussait même les pantoufles de la défunte.
Avec enthousiasme, la grande-duchesse Marie Feodorovna cultivait les arts, ne dédaignant pas les travaux d'aiguilleKazimierz Waliszewski, , p. 17.. Très douée pour l'aquarelle, elle l'était également dans la gravure et la conception de camées. De ses mains, elle créait des objets d'ivoire et d'ambre que, de temps en temps, elle offrait en présents. Elle était également une musicienne très douée. Experte en horticulture, elle voua toute sa vie une véritable passion aux fleurs et aux plantesSuzanne Massie, Pavlovsk, p. 36.. À Pavlovsk, la grande-duchesse réunit autour d'elle un cercle littéraire comparable à celui du château français d'Étupes (Doubs), que les Wurtemberg avaient fait construire en 1770. Elle organisait des représentations théâtrales pour son époux, qui appréciait beaucoup ce genre de divertissement. En outre, elle trouvait le temps de s'occuper d'associations caritatives et d'institutions d'éducation. À Saint-Pétersbourg, elle fonda l'Institut pour aveugles. Elle soutint la carrière de la musicienne non voyante suédoise Charlotta Suerling (1782 ou 1784-1828). Sérieuse et déterminée, elle ne perdait jamais une occasion de comparer sa vertu irréprochable à celle de sa propre belle-mère, l'impératrice Catherine. Elle fut également très prudente dans ses attaques contre le prince Potemkine ou Alexandre Marmonov, favoris de la tsarine.
Intelligente, talentueuse, déterminée et énergique, Marie Feodorovna était une épouse impériale presque parfaite. De son côté, Paul se montrera pendant de nombreuses années un époux modèle, aimant profondément son épouse, avant de s'éloigner sur le tard.
Le séjour en Europe
Le tsarévitch Paul Petrovitch et son épouse demandèrent à la permission d'effectuer un voyage en Europe occidentale. Sous le pseudonyme de « comte et comtesse du Nord »Le passeport était rédigé en français sous le nom de comte et comtesse du Nord, avec la traduction russe. (Severny en russe, adjectif se rapportant au Nord mais possédant également d'autres références). En , le couple partit pour un voyage de quatorze mois les menant en Pologne, en Autriche, en Italie, en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Paris fit une grande impression sur le coupleHugh Ragsdale, Paul et la question de la folie, p. 19. et ils furent présentés à Versailles. Sur le chemin du retour, Marie rendit visite à ses parents. À la fin de 1782, le couple fut de retour en Russie. Marie consacra toute son attention à son palais de Pavlovsk où, en 1783, elle donna naissance à la grande-duchesse Alexandra. Pour célébrer la naissance de sa petite-fille, fit alors don au jeune ménage du palais de Gatchina, auquel le tsarévitch accorda toute son attention jusqu'en 1796, date de son accession au trône.
Marie donna naissance à dix enfants, quatre garçons et six filles. Dès lors, la Maison impériale, composée auparavant d'un seul membre de sang (le tsarévitch lui-même), devint une grande famille. Les plus jeunes enfants furent confiés à leurs parents.
L'Autriche regardait d'un œil méfiant l'union du grand-duc russe avec une princesse alliée au roi de Prusse. Aussi, en 1788, l'empereur qui cherchait à se rapprocher de la Russie, fit-il épouser à son neveu et héritier, l'archiduc François, la princesse Élisabeth de Wurtemberg, sœur cadette de la grande-duchesse héritière. La jeune archiduchesse mourut en couches en 1790.
Les dernières années du règne de Pendant les dernières années du règne de , le couple fut contraint de vivre dans l'isolement au palais de Gatchina, avec des revenus restreints. Le tsarévitch Paul Petrovitch et son épouse restèrent un couple dévoué. Marie modérait le caractère excessif de son époux et exerçait sur lui une influence bénéfique. Elle poursuivit l'embellissement du palais de Pavlovsk et se consacra à des œuvres de charité. Elle consacrait également son temps à élargir son modeste salon littéraire et à organiser des soirées théâtrales et musicales pour sa famille et ses amis. Jouant elle-même du clavecin, elle était également une lectrice assidue. Elle tenait des Journaux, où elle décrivait sa vie en détail. Néanmoins, selon ses dernières volontés, son fils brûla tous ces volumes après le décès de sa mère.
L'étroite liaison entre l'empereur Paul et Catherine Nelidova, l'une des dames de compagnie de Maria Fiodorovna, fut la cause de la première fissure dans l'union du couple. Cette passion fut très intense mais, selon Paul, son attachement à Catherine Nelidova n'était que platonique. Marie en souffrit cependant beaucoup, d'autant plus que cette dame de compagnie était son amie. De ce fait, ses relations avec Catherine Nelidova restèrent glaciales pendant plusieurs années. Plus tard, la grande-duchesse crut aux liens de pure amitié entre son époux et Catherine Nelidova. Non seulement Marie Feodorovna accepta cette idée, mais elle unit ses forces à celles de Catherine Nelidova pour tenter de modérer le tempérament de plus en plus névrosé de Paul.
Impératrice de Russie
Après vingt années passées dans l'ombre, le décès de la Grande Catherine en 1796 permit à Marie de devenir impératrice de Russie. Elle put jouer un rôle de premier plan. Sous le règne précédent, Marie Feodorovna n'avait eu aucune chance d'interférer dans les affaires de l'État. Son époux le tsarévitch en était lui-même exclu. Après l'accession de son mari au trône, elle s'intéressa à la politique, d'abord timidement, puis de façon de plus en plus résolueKazimierz Waliszewski, , p. 18.. Son influence sur son époux fut grande et, d'une manière générale, elle se révéla positive. Malgré tout, il est possible qu'elle en ait abusé pour venir en aide à ses amis ou pour blesser ses ennemis.