Le mandat du gouvernement de Charles-Eugène Boucher de Boucherville, devenu premier ministre du Québec à la suite de la démission de son prédécesseur Gédéon Ouimet dans la foulée du scandale des Tanneries, s'étend du au . Membre du Conseil législatif proche de l'aile ultramontaine du Parti conservateur, il dirige le Québec depuis le Salon rouge. Son mandat est brutalement interrompu par le du lieutenant-gouverneur Luc Letellier de Saint-Just, qui le destitue le . Par la suite, Boucher de Boucherville redeviendra premier ministre de 1891 à 1892 (voir Gouvernement Boucher de Boucherville II).

Caractéristiques

Charles-Eugène Boucher de Boucherville appartient à l'aile ultramontaine du Parti conservateur, qui préconise la subordination de l'État aux intérêts de l'Église. Dès le départ, il remplace presque tout le cabinet du gouvernement Ouimet, ne conservant que Joseph Gibb Robertson comme trésorier provincial. Lors de la session de , un comité d'enquête dominé par les conservateurs recommande l'annulation de l'échange de terrains au cœur du scandale des Tanneries, sans toutefois blâmer directement les ministres impliqués.

De Boucherville est réélu avec une solide majorité aux élections de 1875 (43 députés conservateurs, 19 libéraux et 3 conservateurs indépendants) et dirige le gouvernement depuis le Conseil législatif où il siège comme conseiller à vie.

L'abolition du ministère de l'Instruction publique

Boucherville soustrait l'éducation au contrôle de l'État en abolissant le ministère de l'Instruction publique en 1875 et en confiant le système scolaire à un surintendant soumis au Conseil de l'instruction publique, dominé par les évêques catholiques et des représentants protestants. Gédéon Ouimet, ancien premier ministre, devient le premier surintendant de l'Instruction publique en . Il faudra attendre les années 1960 pour voir un ré-engagement de l'État dans l'éducation.

Les chemins de fer et les difficultés financières

Du point de vue économique, le gouvernement de Boucherville n'hésite pas à étatiser le Québec, Montréal, Ottawa et Occidental (QMO&O) afin de construire le chemin de fer de la rive nord du Saint-Laurent, dont le projet est en veilleuse depuis vingt ans. La dépression économique des années 1870 contraint cependant le gouvernement à emprunter plus de pour les chemins de fer, épuisant ses possibilités de crédit. En , sous les pressions de Joseph-Adolphe Chapleau, le gouvernement modifie le trajet du QMO&O, Terrebonne étant préférée à Montréal comme terminus d'une des lignes.

La construction de l'Hôtel du Parlement

vignette|gauche|L'Hôtel du Parlement de Québec, dont la construction est lancée en 1877 sur des plans d'Eugène-Étienne Taché.

En , le gouvernement lance la construction de l'Hôtel du Parlement de Québec, dont les plans sont confiés à l'architecte Eugène-Étienne Taché. La première phase, soit les trois ailes administratives, s'achève en 1880.

Le coup d'État de Letellier de Saint-Just

vignette|Le lieutenant-gouverneur Luc Letellier de Saint-Just, qui destitue Boucherville le .

À la fin de , Boucherville présente un projet de loi obligeant les municipalités situées le long du tracé ferroviaire à respecter leurs engagements financiers. Le lieutenant-gouverneur Luc Letellier de Saint-Just, nommé par le gouvernement libéral fédéral d'Alexander Mackenzie en 1876, juge que cette loi viole et destitue Boucherville le sans consulter Ottawa. Il confie le pouvoir au chef de l'opposition libérale, Henri-Gustave Joly de Lotbinière, bien que celui-ci ne dispose pas de la majorité à l'Assemblée. Les conservateurs dénoncent le geste comme un . Joly de Lotbinière forme un cabinet et fait dissoudre la législature le en vue des élections du .

Chronologie

: assermentation du cabinet devant le lieutenant-gouverneur René-Édouard Caron. Boucherville conserve Joseph Gibb Robertson comme trésorier mais remplace les autres ministres du cabinet Ouimet. au : première session du gouvernement de Boucherville. Adoption d'une nouvelle loi électorale instaurant le scrutin secret et la tenue d'élections le même jour dans toutes les circonscriptions. : un comité d'enquête dominé par les conservateurs recommande l'annulation de l'échange de terrains des Tanneries. : De Boucherville fait annuler l'échange du terrain des Tanneries, dont le scandale avait fait éclater le gouvernement Ouimet. : Charles de Boucherville remporte les élections générales avec 43 députés conservateurs contre 19 libéraux et 3 indépendants. : adoption de l' (39 Vict., ch. 15), abolissant le ministère de l'Instruction publique. : Acte de rapatriement incitant les Québécois ayant déménagé aux États-Unis à revenir au Québec peupler de nouveaux secteurs. : Gédéon Ouimet devient le premier surintendant de l'Instruction publique. De Boucherville remanie entièrement son cabinet à la suite de la démission de J. G. Robertson, déçu de la politique ferroviaire du gouvernement, et y fait entrer des hommes non liés à l'ultramontanisme, dont Chapleau. : deuxième session de la . Le gouvernement annonce de nouveaux fonds pour aider les compagnies de chemin de fer à terminer leurs travaux. : Luc Letellier de Saint-Just est nommé lieutenant-gouverneur par le gouvernement libéral fédéral d'Alexander Mackenzie. : à la suite des pressions de Chapleau, le gouvernement modifie le trajet du Québec, Montréal, Ottawa et Occidental (le chemin de fer de la rive nord du Saint-Laurent), Terrebonne étant préférée à Montréal comme terminus d'une des lignes. La même année, le gouvernement confie à Eugène-Étienne Taché la construction de l'Hôtel du Parlement. : Montréal annonce qu'elle ne paiera pas les $ de quote-part qu'elle doit encore au gouvernement provincial pour les chemins de fer. : Québec adopte un projet de loi obligeant Montréal à payer ce qu'elle doit. Letellier de Saint-Just refuse de la sanctionner. : dans une lettre à de Boucherville, Letellier lui reproche le manque de communication entre le gouvernement et lui. : le lieutenant-gouverneur annonce la destitution de De Boucherville, geste que l'on appellera plus tard le de Letellier de Saint-Just. : Henri-Gustave Joly de Lotbinière forme le nouveau gouvernement. : Joly de Lotbinière fait dissoudre la en vue des élections du .

Lois marquantes

1875 : nouvelle loi électorale instaurant le scrutin secret et la tenue d'élections le même jour dans toutes les circonscriptions. 1875 : Acte pour amender de nouveau la loi concernant l'instruction publique (39 Vict., ch. 15), abolissant le ministère de l'Instruction publique et rétablissant le poste de surintendant, tout en intégrant d'office les évêques catholiques au Conseil de l'instruction publique. 1875 : Acte de rapatriement, incitant les Québécois émigrés aux États-Unis à revenir au Québec peupler de nouveaux secteurs.

Composition

Cabinet Boucher de Boucherville (1874-1876)

Boucherville cumule plusieurs portefeuilles en plus d'être premier ministre. Quatre ministres siègent au Conseil législatif plutôt qu'à l'Assemblée législative.

Premier ministre et président du Conseil exécutif : Charles-Eugène Boucher de BouchervilleSiège au Conseil législatif. Agriculture et travaux publics : Pierre Garneau Instruction publique : Charles-Eugène Boucher de Boucherville Secrétaire et registraire : Charles-Eugène Boucher de Boucherville Terres de la Couronne : Henri-Gédéon Malhiot Procureur général : Levi Ruggles Church Solliciteur général : Auguste-Réal Angers Trésorier : Joseph Gibb Robertson Orateur du Conseil législatif : Félix-Hyacinthe Lemaire

Cabinet Boucher de Boucherville (1876-1878)

En , à la suite de la démission de Robertson, Boucherville remanie presque entièrement son cabinet, y intégrant des conservateurs non liés à l'ultramontanisme dont Joseph-Adolphe Chapleau. Le ministère de l'Instruction publique ayant été aboli en 1875, son portefeuille disparaît du cabinet.

Premier ministre et président du Conseil exécutif : Charles-Eugène Boucher de Boucherville Agriculture et travaux publics : Charles-Eugène Boucher de Boucherville Terres de la Couronne : Pierre Garneau Procureur général : Auguste-Réal Angers Secrétaire et registraire : Joseph-Adolphe Chapleau Solliciteur général : George Barnard Baker Trésorier : Levi Ruggles Church Orateur du Conseil législatif : John Jones Ross Ministres sans portefeuille (1876) : John Jones Ross, George Barnard Baker, Joseph-Adolphe Chapleau

Notes et références

Notes

Références

Bibliographie . . .

Boucher de Boucherville I Catégorie:1874 au Québec Catégorie:1875 au Québec Catégorie:1876 au Québec Catégorie:1877 au Québec Catégorie:1878 au Québec