Marcel Gitton, né le à Versailles et mort le à Paris, de son vrai nom Marcel Giroux, est un homme politique français.

Député du Parti communiste (SFIC) au début de la Seconde Guerre mondiale, il fait partie des hommes politiques communistes qui contestent la ligne officielle du parti dans les années 1939-1940 à la suite du pacte germano-soviétique. Il participe à la fondation du Parti ouvrier et paysan français, formation collaborationniste, et est assassiné le par le militant communiste Marcel Cretagne.

Député communiste Issu d'une famille ouvrière, sa mère se sépara de son premier mari pour suivre un maçon syndicaliste et anarchiste avec qui elle eut trois enfants, dont Marcel, qui portait le nom du premier mari de sa mère (Giroux), le divorce n'étant pas encore prononcé au moment de sa naissanceArchives des Yvelines, commune de Versailles, acte de naissance , année 1903 (sans mention marginale de décès) (page 62 / 208). Marcel travaille comme son père dans le bâtiment dès 1915. Avant le congrès de Tours de 1920, Marcel Gitton milite au sein de la Jeunesse socialiste et de la CGT. Au congrès de Tours, il vote l'adhésion au Parti communiste français, et devient rapidement un dirigeant de la Jeunesse communiste et de la CGTU.

Après son service militaire, en 1924, il est particulièrement actif dans la reconstruction locale du PCF, en pleine hémorragie d'adhérents. Mais c'est d'abord au sein de la CGTU qu'il fait ses armes de responsable : il est secrétaire du syndicat du bâtiment à Versailles, puis membre de la commission exécutive de la fédération du bâtiment, secrétaire régional de la CGTU dès 1926, et devient permanent syndical en 1928 avec la fonction officielle de trésorier de la fédération du bâtiment, mais une influence bien plus grande. En 1929, il sera élu à la commission exécutive confédérale.

Marcel Gitton est choisi pour entrer, alors qu'il est encore très jeune et comme beaucoup de "nouveaux" dirigeants communistes français poussés par Moscou, dans les instances dirigeantes du Parti communiste : au comité central en 1928, il assiste régulièrement dès l'année suivante aux réunions du bureau politique dont il devient officiellement membre en 1932. En , il avait investi avec un groupe de militants du bâtiment les locaux du journal L'Humanité, pour faire partir son rédacteur en chef et installer Florimond Bonte à la place de ce dernier. Le , le Bureau politique avalisait ce changement qu'il situait dans le cadre du « travail d'épuration entrepris dès le lendemain du congrès mondial ».

Après avoir été responsable du travail syndical, puis de la commission des cadres, il atteint en 1936 le poste de secrétaire à l'organisation et est élu député de la Seine en . À la Chambre, il se fait connaître pour des attaques très vives contre Édouard Daladier, qui lui en tiendra longtemps rigueur. Il participe avec les autres principaux dirigeants communistes au film La vie est à nous de Jean Renoir (1936). Marcel Gitton applique la ligne du PCF jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

. L'historien Pascal Ory indique qu'« une confidence du préfet de police Langeron à son frère en loge Albert Bayet apprit au PCF que Gitton était en fait devenu un agent de renseignement de la police française »Les Collaborateurs, Pascal Ory, Éditions du Seuil, 1980, page 130.

Le Pacte germano-soviétique et la Collaboration

thumb|Sépulture au cimetière du Père-Lachaise.

La signature du Pacte germano-soviétique, signé le , surprit les militants communistes. L'attitude de Marcel Gitton dans cette période est très tortueuse. Il défend fermement la position du PCUS pendant l'été, alors qu'il est mobilisé. Lorsqu'il rentre à Paris, en , il est déjà remplacé dans la direction semi-clandestine du parti et a les plus grandes difficultés à entrer en contact avec elle. À la fin du mois, la presse annonce qu'au cours d'une permission, il s'est rendu au commissariat de police des Lilas où il aurait déclaré qu'il ne se « considérait plus comme faisant partie du groupe des députés communistes à la Chambre...» Guillaume Bourgeois, notice biographique de Marcel Giroux, dit Gitton, dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (Maitron), CDROM, 2000. La version du Parti selon laquelle Gitton aurait été un indicateur de police n'est pas retenue par l'historien Guillaume BourgeoisG. Bourgeois, Marcel Gitton la troublante confession de son chauffeur, in revue Arkheia, n°22, 2010..

Dans cette période de la drôle de guerre, alors que la direction du PCF suit la ligne fixée par le Komintern depuis la signature du Pacte germano-soviétique qui est de condamner la « guerre impérialiste » et justifie l'invasion de la Pologne puis l'agression de la Finlande par l'U.R.S.S., Marcel Gitton fait partie du groupe de députés et d'hommes politiques qui désapprouvent publiquement la politique des dirigeants du PCF. Alors que Jacques Duclos le désigne comme « traître », certains députés mécontents le considèrent comme le véritable Secrétaire général du PartiP. Smirnov, Le Komintern et le Parti communiste français pendant la « drôle de guerre », 1939-1940. (D'après les archives du Komintern), Traductrice : Marie Tournié, Revue des Études Slaves, Année 1993, 65-4, pp. 671-690. Il n'a alors vraisemblablement aucun contact avec Marcel Capron et ce n'est qu'après avoir été déchu de son mandat de député en et avoir été démobilisé qu'il prend contact avec les députés communistes « dissidents » et notamment Sulpice Dewez. Il rencontre aussi Jacques Doriot mais n'adhère pas au PPF.

Sous l'Occupation, il explique publiquement en pourquoi il a quitté le PCF et prône à la fois la collaboration franco-allemande et le rassemblement pour la Révolution nationaleM. Gitton, "Pourquoi j'ai quitté le Parti communiste", L'Émancipation nationale, 12 octobre 1940. Il collabore dans la foulée au Cri du peupleM. Gitton, "Pour la France nouvelle", Le Cri du peuple, 8 janvier 1941, Ibid., 14 janvier 1941, M. Gitton, "La politique de Maurice Thorez : la guerre civile", Ibid., 3 janvier 1941, Le Cri du peuple, 25 décembre 1940, Ibid., 17 décembre 1940, Ibid., 24 novembre 1940, Le Cri du peuple de Paris, 28 octobre 1940 et à L'Émancipation nationaleL'Émancipation nationale, 12 avril 1941, M. Gitton, "Pourquoi j'ai quitté le parti communiste", L'Emancipation nationale, 12 octobre 1940, journaux du PPF de Doriot, lui aussi ancien dirigeant communiste, devenu fasciste et farouchement anticommuniste David Drake, Paris at War: 1939-1944, Harvard University Press, 2015, 585 p., n. p. (livre électronique Google) : et prend la parole à un congrès de ce parti en Le Cri du peuple, 7 mai 1941.

Il cherche alors à convaincre de la nécessité d'obtenir la libération des communistes emprisonnés par Édouard Daladier, puis par VichyLe Cri du peuple, 10 janvier 1941, Ibid., 14 novembre 1940. Rapidement, les prises de position de Gitton expriment un reniement de son passé militant avec une tonalité antisémiteLe Cri du peuple, 3 janvier 1941, L'Émancipation nationale, 12 octobre 1940.

Il cherche à réunir les éléments du PC entrés en dissidence afin de les orienter vers la Révolution nationale. Il prend ainsi contact avec d'autres parlementaires communistes dissidents comme Marcel Capron, André Parsal et Jean-Marie Clamamus, et participe à la fondation du Parti ouvrier et paysan français en . L'essentiel de l'action du nouveau parti consiste à faire pression auprès des autorités de Vichy pour obtenir la libération des cadres autrefois membres du Parti communiste français et obtenir leur ralliement. Des internés de centres d'internement, notamment le camp de Choisel à Châteaubriant, Aincourt et Clairvaux, ont été libérés, l'opération bénéficiant de la complicité des autorités allemandes.

Après l'invasion de l'URSS par l'Allemagne en et l'entrée du PCF clandestin dans la lutte armée, Gitton consacre l'essentiel de son action à rallier les communistes hostiles à la lutte armée.

Marcel Gitton est assassiné le dans la rue de Bagnolet aux Lilas par Marcel Cretagne, membre du détachement Valmy, groupe d'action sous la direction du Parti communiste visant notamment à exécuter les « traîtres ». Des Lilas, Marcel Gitton est transporté d'urgence à l'hôpital Tenon dans le de Paris où il meurt dans l'après-midiArchives de Paris , acte de décès , année 1941 (page 15/31). Le tout-Paris de la Collaboration, présent à ses obsèques au cimetière du Père-Lachaise ( division), s'empresse de faire de Gitton son martyr et de capter le prestige éphémère de son activité. Ainsi, Le Cri du peuple du n'évoque même pas sa qualité de secrétaire général du POPF.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie « Marcel Gitton », fiche sycomore de l'Assemblée nationale Guillaume Bourgeois, notice , Le Maitron en ligne. G. Bourgeois, Marcel Gitton, la troublante confession de son chauffeur ,revue arkheia,n°22, Montauban, 2010. . Sylvain Boulouque, Franck Liaigre, Les Listes noires du PCF, Calmann-Lévy, 2008, 260 p.

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