Virginia Oldoïni, devenue comtesse di Castiglione par son mariage, dite La Castiglione, née à Florence le et morte dans le à Paris le , est une aristocrate piémontaise, missionnée par le ministre Cavour du roi de Piémont-Sardaigne pour devenir maitresse de l'empereur des Français Napoléon III. Elle est également une figure des premières heures de la photographie. La Castiglione est qualifiée de .

Biographie Jeunesse Son père, le marquis (1817-1889) est le premier député de La Spezia au Parlement du royaume de Sardaigne (en 1848) puis ambassadeur du royaume d'Italie à Moscou et à Lisbonne. Sa mère est sa première épouse et sa cousine, Isabella Lamporecchi ; elle est la fille du juriste florentin Ranieri Lamporecchi et de la danseuse de théâtre Luisa Chiari. Fille unique, elle reçoit l'éducation typique de la noblesse piémontaise, apprend l'anglais et le français, pratique la danse et la musique.

Elle est surnommée (La Perle d'Italie), alors que sa famille l'appelle « Nicchia ». Elle épouse, le , à l'âge de (presque 17), le comte Francesco Verasis di Castiglione (1826-1867)Comte de Costigliole d'Asti et de Castiglione Tinella. Il est le neveu du général Cigala, aide de camp du roi Victor-Emmanuel II d'Italie., dont c'est le deuxième mariage ; elle donne naissance, le , à un fils, prénommé Giorgio (1855-1879). Son mari a un caractère réservé, contrairement au sien, et est souvent appelé auprès du roi. Elle prend pour amant le jeune officier et ami d'enfance, Ambrogio Doria, puis son frère, Marcello. Le couple s'est installé à Turin.

À Paris, rue de Castiglione, et à la cour de France vignette|droite|La comtesse de Castiglione par Gordigiani en 1862.

Quelques semaines après ses couches, son cousin Camillo Cavour lui demande de se rendre à Paris pour que la jeune femme de séduise l'empereur Napoléon III qui en a 47. Le but est de servir en secret les intérêts du roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II (dont elle est devenue aussi la maîtresse) et l'unification de l'Italie, influencer les décisions politiques de Napoléon III et obtenir son appui pour créer une Italie unifiée et indépendante. Accompagnée de son mari et de son fils, elle arrive à Paris le ; ils s'installent au 10 rue de Castiglione.

Après le succès de la guerre de Crimée en 1856, le Congrès de la paix doit se tenir à Paris. Le sort de l'Italie pourrait être évoqué. Cavour est le représentant du Piémont. Cavour et son secrétaire, Costantino Nigra, veulent introduire la question de l'unification de l'Italie et gagner le soutien de l'EmpereurAlain Decaux, La Castiglione, du chap. VII..

Le , la Castiglione est présentée à Napoléon III, en l'absence de l'impératrice Eugénie retenue par sa grossesseAlain Decaux, La Castiglione, du chap. VIII., lors d'un bal chez la princesse MathildeMarta Weiss, « La Comtesse de Castiglione », introduction et chronologie dans l'ouvrage La Comtesse de Castiglione aux éditions La Différence, 2009., fille de Jérôme Bonaparte, dernier frère de Napoléon .

La relation de la comtesse avec Napoléon III se matérialise dans le parc de Saint-Cloud, puis au château de Villeneuve-l'Étang, à Marnes-la-Coquette, le . L'empereur et la comtesse étant mariés, le double adultère impérial fait scandale. Le comte de Castiglione se sépare de sa femme. Il repart seul en Italie, où il doit vendre toutes ses possessions pour rembourser les dettes faites par son épouse..

La comtesse entretient une liaison avec l'empereur pendant deux années (1856-57).. D'après une rumeur, elle serait devenue, en 1862, la mère d'un fils illégitime de l'empereur, le chirurgien-dentiste Arthur Hugenschmidt. Robert de Montesquiou, dans la dédicace qu'il fit à Hugenschmidt de son poème, Paroles diaprées, reprend la rumeurJean-Baptiste Duroselle, Clemenceau, Fayard, Paris, 1988, ..

vignette|Buste de la comtesse de Castiglione par Vincenzo Vela. Cet adultère impérial lui ouvre les portes des salons privés d'Europe. Elle y rencontre les grands de l'époque : la reine Augusta de Prusse, Otto von Bismarck et Adolphe Thiers.

Narcissique et capricieuse, elle snobe la cour et se vante des cadeaux de l'empereur, se rend antipathique et lasse l'empereur : il prend une nouvelle maîtresse, la comtesse Marianne Walewska. Elle est l'épouse d'Alexandre Walewski, le fils illégitime qu'a eu avec la comtesse Marie Walewska.

Dans la nuit du 5 au , trois carbonari italiens Grilli, Bartolotti, Tibaldi, accusés d'être à la solde du révolutionnaire Giuseppe Mazzini, tentent de tuer l'empereur, alors qu'il sort de chez la comtesse Castiglione.. Soupçonnée de complicité, elle est officiellement expulsée de France, par un décret du ministre de l'Intérieur. Elle revient en grâce le mois suivant, grâce à la princesse Mathilde et à son complice et confident Joseph Poniatowski.

Son influence Elle prétendra que son influence sur l'empereur s'est concrétisée le , lors de l'entrevue secrète à Plombières entre Napoléon III et le comte de Cavour, aboutissant au traité de Plombières.

La comtesse de Castiglione était connue de toutes les cours d'Europe : durant la guerre franco-prussienne de 1870, Napoléon III, vieillissant, malade et vaincu, lui demandera de plaider la cause de la France auprès du chancelier de Prusse Bismarck, et d'éviter à Paris l'humiliation d'une occupation par des troupes étrangèresRégine Boisier, , ..

Ses robes vignette|redresse=0.6|La comtesse de Castiglione en Dame de Cœur vers 1863, par Pierre-Louis Pierson à Paris. Collection du Metropolitan Museum of Art.

Cette soirée montre le faste de la cour impériale. La comtesse porte

Le , invitée à la Cour, au bal costumé des Tuileries, elle apparaît déguisée en « Reine d’Étrurie ». Son costume se compose d'un péplum de velours noir sur une jupe orangée, elle porte des bijoux en cuivre doré et tient dans sa main un éventail en plumes de paon. Son costume fait scandale. Elle est attaquée par la presse. Son mari, le comte François, toujours en Italie, menace de lui reprendre Giorgio.

De la pose à la création photographique vignette|Photographie de la comtesse de Castiglione, dite à l'éventail, sous le titre de Elvira en 1863, par Pierre-Louis Pierson à Paris. Collection du Metropolitan Museum of Art.

En , la Comtesse se rend à l'atelier des frères Mayer et de Pierre-Louis Pierson à Paris. Leur collaboration durera près de quarante ans. Pierre-Louis Pierson réalise plus de 450 portraits.

Elle utilise des robes de bal ou de jour, de bijoux, des postiches, des perruques, des accessoires, recrée un personnage, une scène, un sentiment ; elle organise la mise en scène, dépense sa fortune personnelle. Elle se décrit comme « Robert de Montesquiou possédait 434 photographies et portraits différents de la comtesse » (Alain Decaux, note, p. 3 du chap. XIV)..

La photographie de la « dame de cœurs », prise par Aquilin Schad, est retravaillée à la gouache dans l'atelier Mayer et Pierson entre 1861 et 1863. Cette œuvre est présentée à la section française de photographie de l'Exposition universelle de 1867 à Paris. La Comtesse la visite le , au bras du prince Georges de Prusse.

De 1856 à 1857 elle compose un album de photographies d'elle-même et l'offre à Costantino Nigra. Cet album contient vingt-cinq photographies de tailles et formats différents réalisés dans l'atelier. Son fils prend parfois la pose, par exemple comme garçon d'honneur portant la traine de la robe de sa mère.

Quand elle revient en France en 1861, avec son fils Giorgio (Georges) commence une période de grande créativité jusqu'en 1863.

En 1863, elle fait photographier sa robe de la « Reine d’Étrurie » dans l'atelier de photographie des frères Mayer et de Pierre-Louis Pierson à Paris. A son mari qui veut reprendre leur fils, elle répond par une photographie nommée La Vengeance : elle est vêtue du costume de la « Reine d’Étrurie », mais une cape recouvre ses épaules et ses bras nus et elle tient un poignard à la main. Elle gardera l'enfant.

Entre 1861 et 1867, plus de quarante séances sont organisées pour 176 poses différentes.

Les photographies de Virginia de Castiglione sont singulières dans l'histoire de la photographieJean-François Delmas (conservateur), « L’album de portraits de la comtesse de Castiglione » +Photographie : les acquisitions des collections publiques, 2021, Marseille : Le Bec, p. 234-235, 254. Ses poses se distinguent des normes de l'époque. Elle choisit les costumes, les angles et les prises de vues, la mise en scène annonce les photographes contemporains comme Cindy Sherman.

Le comte meurt brutalement, en 1867, de façon accidentelle ; la Castiglione se fait photographier en vêtements de deuil chez Pierson et arrête la photographie jusqu'en 1875.

Dernières photos De 1893 à 1895, elle réalise quatre-vingt-deux photos dans l'atelier parisien, avec ses tenues d'antan. Elle pose comme pendant sa jeunesse. Elle a très mal vieilli, elle n'a plus de dents, presque plus de cheveux. Le , son ami photographe, Pierson, meurt.

Dernières années vignette|La comtesse de Castiglione, enveloppée de voile et châle en crêpe noirs, 1893. vignette|Tombe de la comtesse au cimetière du Père-Lachaise.

Après l'effondrement de l'Empire et l'établissement de la Troisième République, la comtesse est veuve et a perdu son fils légitime mort de la variole. Elle s'enferme au 26, place Vendôme, dans son appartement.

Dans les années 1880, elle souffre de neurasthénie et misanthropie. Elle fait voiler les miroirs dans son appartement. En 1893, elle déménage au 14 rue Cambon, dans l'anonymat et le dénuement. Elle ne sort qu'à la nuit tombée.

À la mort de son ami, le docteur Émile Blanche en 1893, elle demande à son fils, le peintre Jacques-Émile Blanche de peindre son portrait. Il ne le fera qu'après sa mort (semble-t-il vers 1914)Portrait de la comtesse de Castiglione, née Virginia Oldoini (1835-1899).

Elle meurt à son domicile du arrondissement, le Archives de Paris : État civil - Acte de décès du arrondissement de Paris. Cote du document : V4E 8063. Archives de Paris, boulevard Sérurier 75019 Paris. à l'âge de 62 ans, aux côtés des dépouilles empaillées de ses chiens. Le secrétaire d'ambassade italienne à Paris, Carlo Sforza, brûle ses papiers..

Elle repose au cimetière du Père-Lachaise (division 85, ligne, tombe 83). Cette tombe est restaurée pour le centième anniversaire de sa mort, grâce au prix Grinzane Cavour, et une plaque de marbre, datée du , y est déposéeTombe de La Castiglione..

La comtesse de Castiglione dans les arts Sculpture (liste non exhaustive)

1864 - La Comtesse de Castiglione en costume de reine d'Étrurie, plâtre patiné par Albert-Ernest Carrier-Belleuse, (château de Compiègne). 1864 - La Comtesse de Castiglione en costume de reine d'Étrurie, terre cuite patinée à rehauts de couleur bronze, par Albert-Ernest Carrier-Belleuse, coll. Lucile Audouy, Paris.

Films La Contessa Castiglione, 1942, film de Flavio Calzavara avec Doris Duranti. La Castiglione, 1954, film de Georges Combret avec Yvonne De Carlo. La comtesse de Castiglione, de Josée Dayan, avec Jeanne Moreau. Première diffusion : sur France 2. La Comtesse de Castiglione, film expérimental réalisé par David Lodge, présenté en 2010 au festival de court-métrage de Clermont-Ferrand. La Séance, 2015, court-métrage d'Édouard de La Poëze, avec Fanny Ardant et Paul Hamy.

Documentaire Virginia de Castiglione fait partie des figures féminines traitées dans le cadre de l'émission Secrets d'histoire, intitulée Les reines de Paris.

Théâtre vignette|Représentation de La Castiglione au Théâtre du Capitole de Toulouse en 1967. La Castiglione, comédie de Régis Gignoux, à la comédie des Champs-Elysées, . La Castiglione, opérette de Marc-Cab jouée en 1967 au Théâtre du Capitole de Toulouse.

Notes et références

Bibliographie . Nicole G. Albert, La Castiglione : vies et métamorphoses, Édition Perrin, 2011, . Marianne Nahon, La Comtesse de Castiglione, Éditions de la Différence, 2009, .