Samuel de Champlain, né vraisemblablement à Brouage (royaume de France) entre 1567 et 1574 (peut-être baptisé le à La Rochelle au temple Saint-Yon) et mort à Québec en Nouvelle-France le , est un colonisateur, navigateur, cartographe, soldat, explorateur, ethnologue, géographe, commandant et auteur de récits de voyage français. Il fonde la ville de Québec le .

Après une formation de navigateur en Saintonge (vers 1586-1594), il s'enrôle comme soldat en Bretagne (1595-1598), puis devient explorateur des colonies espagnoles d'Amérique (1599-1601), du fleuve Saint-Laurent (1603) ainsi que de l'Acadie (1604-1607) et de la côte atlantique (entre l'actuel Nouveau-Brunswick et Cap Cod). Il nomme définitivement la Nouvelle-France en l'inscrivant sur la carte de 1607, représentant l'Acadie à partir de La Hève jusqu'au sud du Cap Cod. Champlain enracine la première colonie française permanente, à Port-Royal d’abord, puis à Québec ensuite. À cette fin, il bénéficie du soutien du roi de France Henri IV, de Pierre Dugua de Mons, de François Gravé et du chef montagnais Anadabijou.

N'appartenant pas à la grande noblesseEn Saintonge, la noblesse est très ouverte. Pour être noble, suffit de vivre noblement. Champlain appartient à la petite noblesse de province. Il porte la particule que l'on retrouve dans les registres de l'armée royale de Bretagne dès 1595. ., Champlain agit en tant que subalterne d'un noble désigné par le roi. Il est ainsi d'abord lieutenant du lieutenant général de la Nouvelle-France, Pierre Dugua de Mons et à partir de 1612, « lieutenant du vice-roiAvant 1612 le monopole de la traite était attribué à des lieutenants-généraux de la Nouvelle-France, ce sont Pierre Chauvin de Tonnetuit en 1599, Aymar de Chaste en 1603 et Pierre Dugua de Mons en 1604. Pierre Chauvin et Dugua de Mons ont séjourné à Tadoussac en 1600. Les vice-rois ne sont jamais venus en Nouvelle-France. de la Nouvelle-France » qui est successivement le comte de Soisson, le prince de Condé, le duc de Montmorency et celui de Ventadour. À partir de 1633, Champlain est lieutenant du cardinal de Richelieu dans toute l'étendue du fleuve Saint-Laurent..

Les difficultés rencontrées dans l'entreprise d'une colonisation de l'Amérique du Nord sont nombreuses, et ce n'est qu'à partir des étés et , dans les dix-huit derniers mois de sa vie, que Champlain voit son rêve de colonisation se concrétiser, avec l'arrivée et l'établissement de quelques dizaines de familles de colonsEn 1634, Robert Giffard est le premier grand recruteur et premier seigneur colonisateur de la Nouvelle-France — six ans après sa première tentative, mise à mal par des forbans. Avant 1634, la plupart des résidents de Québec sont logés dans l'un des deux forts (le premier, sur la rive du fleuve, et le second, depuis une décennie, sur le cap), quelques autres habitent chez les Récollets (arrivés en 1615) ou chez les Jésuites (arrivés en 1625). Seules deux familles ont bâti maison : celle de Louis Hébert, arrivée en 1617, et celle de son gendre Guillaume Couillard, arrivé en 1613. Outre les interprètes réfugiés chez leurs amis autochtones, les membres de ces deux familles sont les seuls Français à demeurer en Nouvelle-France, à Québec, durant les quatre années de l'occupation des Kirke, de l'été 1629 à l'été 1633.. Son acharnement à vouloir implanter une colonie française en Amérique du Nord lui vaut, depuis le milieu du , le surnom de « Père de la Nouvelle-France ».

Biographie

Sa jeunesse Samuel de Champlain est né dans une famille protestanteAu-delà de la présomption provenant de son prénom, usuel dans les familles protestantes, des chercheurs ont découvert en 2012 son acte de baptême dans un temple protestant de La Rochelle. Cela explique sa grande discrétion sur ses origines car il se trouvera en compagnie de religieux catholiques dans sa carrière dans le Nouveau Monde. . Son enfance est inconnueChamplain demeure silencieux sur ses origines familiales. Éric Thierry émet une hypothèse sur ses origines.

Thierry, Éric. 2018. Le mystère des origines de Samuel de Champlain, Cap-Aux-Diamants, no. 134, 4-7., mais il en tire une bonne formation de navigateur et de cartographe dans l'armée royale de Bretagne, ainsi que de dessinateur et de rédacteur de textes. Il écrit plus tard de nombreux ouvrages (voir Œuvres). Il dit lui-même . Un document de 1601 indique un lien familial avec Guillaume Allène, son oncle lorsqu'il hérite de son domaine viticole situé à La Jarne, près de La Rochelle.. Guillaume Allène est allé vivre à Brouage en 1583 lorsqu'il avait épousé l'une des sœurs de la mère Champlain. Robert Le Blant a retrouvé dans les archives de l'Ille-et-Vilaine, la première mention de Samuel de Champlain. C'est un relevé de paie dans l'armée royale de Bretagne daté du mois de Le Blant, Robert et René Beaudry, Nouveaux Documents sur Champlain et son époque (vol. 1, 1560-1622). Publication des Archives publiques du Canada, no 15. Ottawa, 1967, p. 9.

Dans l'armée du roi, en Bretagne ( - ) vignette|upright|gauche|« Horribles cruautés Des Huguenots en France. » Les guerres de religion déchirent l'Europe. Champlain prend part aux guerres de religion, qui ont ravagé le royaume de France dans la seconde moitié du et où se sont opposés catholiques et protestants, appelés aussi huguenots. luttait contre les catholiques de la Ligue, mais en 1593, Henri abjure sa foi protestante et il est sacré roi en .

Samuel Champlain s'engage au printemps 1593 dans l'armée du roi, sous la direction des maréchaux d'Aumont, de Saint-Luc, puis de BrissacMaréchaux successifs, commandants à Blavet : 1595 : Jean d'Aumont, né en 1522 et créé « maréchal » en 1579 par le roi Henri; mort des suites d'une mousquetade le . 1596-1597 : François d'Espinay de Saint-Luc, né en 1554, baron de Crèvecœur, d'Arvert et de Gaillefontaine, gouverneur de Brouage, beau-frère du maréchal d'Aumont, à qui il succède en Bretagne, nommé en 1596 « grand-maître de l'artillerie de France »; mort d'un boulet de canon le . 1597-1598 : Charles de Cossé-Brissac (1562-1621), second du nom, « maréchal de France », auquel donne le titre de « duc de Brissac » (premier de ce titre) en 1612 et qu'il déclare pair de France en 1620., à Blavet, dans le sud du duché de Bretagne. Champlain intègre alors le Service des Logis de l'armée royale de Bretagne, véritable école de cartographie.. Cette armée levée par Henri IV vise à soumettre le duc de Mercœur, gouverneur sécessionniste de Bretagne et baillistre de la maison de Penthièvre. Il s'agit d'un épisode central de la huitième guerre de religion (1585–1598), au cours duquel le duc de Mercœur, dans le souci d'arracher la Bretagne catholique au , offre refuge aux dernières troupes rebelles de la ligue catholique et organise le débarquement d'un corps expéditionnaire espagnol.

La Rochelle étant le centre du parti huguenot, les ligueurs ne tardèrent pas à y porter leurs armes, et nous avons vu que, dès 1577, ils vinrent mettre le siège devant Brouage, sous la conduite du duc de Mayenne. Champlain nous dit qu'il « était employé en l'armée du roi sous messieurs le maréchal d'Aumont, de Saint-Luc, et maréchal de Brissac, en qualité de maréchal des logis de la dite armée durant quelques années ». […] Mais, en 1586, alors que François d'Epinay de Saint-Luc défendait Brouage attaquée par Henri de Navarre et le prince de Condé, il est assez probable que Champlain avait déjà quitté le foyer paternel pour défendre sa ville natale contre les envahisseurs huguenots. Il pouvait avoir alors vingt ans. Après la mort de Henri , tombé sous le poignard d'un assassin, les ligueurs se soumirent les uns après les autres à l'autorité du roi de Navarre, devenu roi de France. Champlain continua à porter les armes, mais il dut subir l'autorité de ses chefs, devenus les ardents défenseurs de leur ancien adversaire.

En , signe l’édit de Nantes, reconnaissant aux protestants la liberté de conscience. Samuel Champlain aura servi dans ce corps d'armée pendant trois ans, jusqu'à la paix de Vervins (). Il s'y taille une bonne réputation auprès de ses supérieurs hiérarchiques. D'abord fourrier, « aide » de Jean Hardy (qui est le maréchal des logis), puis « enseigne » du sieur de Millaubourg, il finit par obtenir le grade de maréchal des logisDans le contexte, son titre de maréchal des logis désigne alors probablement un hallebardier responsable des écuries : un « maréchal des logis de cavalerie », qui commande aux fourriers. Au siècle suivant, la première parution (1694) du Dictionnaire de l'Académie française indique que : « Mareschal des Logis, Est celuy qui fait le departement [=la distribution, l'assignation, la répartition] des logis de ceux qui suivent la Cour ou des troupes de l'armée. Grand Mareschal des logis chez le Roy. Mareschal des logis par quartier. premier Mareschal des logis chez la Reine, chez les fils de France. Mareschal des logis General d'une armée. Mareschal des logis de cavalerie. Mareschal des logis d'une Compagnie de cavalerie. ». D'ailleurs, il recevra du roi dès 1603 une rente viagère qui, en 1618, sera augmentée à par an.Gagnon, Ibid. À l'époque, les mers sont infestées de pirates et le roi de France n'a pas encore de marine de guerre. La connaissance pratique du maniement des armes est donc essentielle à tout bon navigateur français : il doit armer ses vaisseaux et assurer sa propre défense sur mer. Et, celui qui sert quelques années dans l'armée du roi, peut ensuite espérer du roi le privilège de recevoir une rente viagère, si infime soit-elle..

Espion en Amérique ( - )

Après la paix de Vervins signée par la France et l'Espagne le , Champlain accompagne son oncle Guillaume Allène, dit le capitaine provençal, qui est chargé de rapatrier les troupes espagnoles cantonnées à Blavet. Ils arrivent à Cadix à bord du Saint-Julien le et leur navire est vite réquisitionné par le gouvernement espagnol pour rejoindre la flotte envoyée dans l'Amérique ibérique afin d'en ramener de l'or et de l'argent. Allène devant rester en Espagne, Champlain devient le « maître ordinaire » du Saint-Julien, c'est-à-dire celui qui est chargé de diriger l'équipage français, sous les ordres du capitaine espagnol du bateau..

Ce voyage fut très formateur : « Son traité sur la navigation publié en 1632, le , souligne également un apprentissage par observation de la pratique plutôt qu'académique. Il montre peu de connaissances des principes mathématiques de la navigation et de topométrie, mais il utilise les procédures élémentaires de navigation et d'arpentage. Comme il ne cite que des textes espagnols et n'utilise que la lieue marine espagnole, c'est probablement à bord du vaisseau de son oncle qu'il accumula ses connaissances en navigation et cartographie. »

À son retour en France, il présente ses observations compilées dans le à la cour du roi. Il ne reprend pas un carnet de voyage, fait d'un journal tenu au jour le jour et de cartes crayonnées sur le terrain, car un tel document aurait pu être facilement découvert par ses compagnons espagnols et il aurait alors couru le risque d'une arrestation pour espionnage. Il se contente de ses souvenirs, plus ou moins précis, qu'il complète avec des informations recueillies lors de conversations, de lectures et de visites de cabinets de curiosités. La confrontation du Brief Discours avec les archives espagnoles permet de douter que Champlain ait visité en personne tous les lieux décrits, en particulier l'île de la Marguerite, Mexico et l'isthme de PanamaThierry, Éric, Samuel de Champlain: Aux sources de l'Amérique française, Septentrion, 2024, p. 78, 79, 81 86..

Analyse des mœurs des « Indiens » et du traitement qu'ils subissent Le récit de Champlain est non seulement géographique, mais il couvre aussi la flore, la faune et l'ethnologie. Vers 1600, les Espagnols et Portugais dominent l’Amérique du Sud avec une population de pour environ cinq millions d’« Indiens ». Il décrit ainsi les mœurs des « Indiens » :