Jean Marie Pierre François Le Paige Doursenne, dit Dorsenne, né le à Ardres en Picardie et mort le à Paris, comte de l'Empire par lettres patentes du , est un général français du Premier Empire.

Biographie

Du simple soldat au colonel

Jean Marie Pierre François Le Paige Doursenne, dit Dorsenne, naît le à Ardres, en Picardie. Selon Édouard Leduc, . Il est à distinguer de l'officier chouan Jean François Edme Le Paige dit d'Orsenne.

Parti comme volontaire dans un bataillon du Pas-de-Calais en 1791, il est blessé lors d'un combat à Baisieux le et devient capitaine au bataillon de volontaires nationaux des réserves le suivant. De 1792 à 1794, il participe aux campagnes de l'armée du Nord, étant blessé d'un coup de feu à la jambe droite à Tourcoing le puis affecté à la demi-brigade le , avant d'être transféré à l'armée de Sambre-et-Meuse, dans laquelle il sert de 1794 à 1796. Passé à la demi-brigade de ligne le , il se rend en Italie avec la division du général Bernadotte en et se signale lors du passage du Tagliamento, le de la même année. Pour ce fait d'armes, Dorsenne est nommé chef de bataillon sur le champ de bataille par Napoléon Bonaparte le .

En cette qualité, Dorsenne prend part à la campagne d'Égypte au sein de la division du général Desaix. Après avoir participé à la bataille des Pyramides en , il est blessé à Kéné le . Le , il est nommé colonel de la à titre provisoire, grade qui lui est confirmé par arrêté des consuls le . Blessé entre-temps d'un coup de feu à l'épaule gauche lors de la bataille de Mandora, le , il revient sur le continent pour servir à l'armée des côtes de l'Océan en 1804.

Sous l'Empire

À la tête des grenadiers à pied de la Garde

vignette|gauche|Le général de division Dorsenne, commandant les grenadiers à pied de la Garde, en 1810 (par Victor Huen).

Le , Dorsenne est élevé au rang de major des grenadiers à pied de la Garde impériale. Très soucieux de la bonne tenue de son unité, Dorsenne y instaure une discipline de fer, se montrant attentif au moindre détail ; d'après Philip Haythornthwaite, il élève les grenadiers à . Son intransigeance dans le service lui vaut le sobriquet de .. Il est également surnommé « le beau Dorsenne » en raison de son physique avantageux et de sa mise élégante. qui le font considérer comme l'un des plus beaux hommes de l'armée française.. Le général Louis-François Lejeune écrit à ce sujet :

Le , dans le cadre de la campagne d'Allemagne, il reçoit le commandement de la brigade de grenadiers à pied de la Garde, en qualité de colonel-major. Au , sa formation compte hommes.. Présent à la bataille d'Austerlitz, il est promu au grade de général de brigade le tout en étant maintenu à son poste dans la Garde. Le de l'année suivante, Dorsenne se voit confier l'organisation de deux bataillons de dragons à pied, avant de reprendre la tête des grenadiers de la Vieille Garde le . À Eylau, le , alors qu'une colonne russe menace le quartier général de Napoléon, Dorsenne fait charger cette dernière par deux bataillons des grenadiers et chasseurs et écarte le danger ; c'est durant cette bataille qu'il lance à ses soldats : .. Nommé colonel des grenadiers à pied de la Garde le , il est créé comte de l'Empire le (titre confirmé par lettres patentes du de la même année) et bénéficie de deux dotations sur les territoires de Westphalie et de Hanovre, assorties chacune d'un revenu de francs.

vignette|Le général Dorsenne et ses grenadiers à Essling (par Lucien Lapeyre).

À la fin de l'année 1808, il commande le détachement d'infanterie de la Garde impériale qui accompagne l'Empereur en Espagne. Rentré en France le , il dirige à partir du la brigade des grenadiers et chasseurs à pied de la Garde engagée dans la campagne d'Allemagne et d'Autriche. Au cours de la bataille d'Essling, les 21 et , il commande ainsi la division de la Garde, forte de quatre bataillons de grenadiers et de chasseurs. Positionnés au centre du dispositif français, lui et ses hommes subissent sans broncher la canonnade autrichienne qui occasionne des pertes sévères dans leurs rangs. Dorsenne paie de sa personne en se plaçant au-devant de ses troupes, dos à l'ennemi, afin de galvaniser leur ardeur. Il perd deux chevaux tués sous lui et manque d'être tué par un boulet qui le renverse. Il crie alors à ses fantassins : . La contenance dont la Garde fait preuve lors de cette journée permet au reste de l'armée impériale d'effectuer sa retraite en bon ordre. Dorsenne éprouve néanmoins une blessure à la tête qui, quelques années plus tard, se révèle fatale.

Nommé général de division le , il sert un mois plus tard à la bataille de Wagram. Ses services sont récompensés par l'octroi, le , d'une rente annuelle de francs sur la Galicie.

En Espagne

vignette|Le général Dorsenne (par Charles-Aimé Forestier).

À la fin du mois d'avril, Dorsenne est renvoyé en Espagne pour y diriger les troupes de la Garde impériale et est successivement gouverneur des provinces de Burgos le et de Vieille-Castille en décembre. À cette époque, il a sous ses ordres la division Roguet, renforcée un peu plus tard dans l'année par la division Dumoustier. Outre l'occupation et la pacification des régions placées sous son autorité, ses unités font office de réserve en cas de repli de l'une ou l'autre des armées françaises opérant dans la péninsule Ibérique. Depuis son quartier général de Burgos, le général s'efforce de lutter contre la guérilla qu'il parvient, dans le courant de l'année 1810, à chasser provisoirement de Navarre, au prix d'une dispersion des effectifs qui empêche la collecte efficace des impôts. Le curé Merino, chef d'une bande insurgée, est l'un de ses adversaires les plus redoutables. Dorsenne n'hésite pas, dans ce contexte, à recourir à des méthodes brutales et expéditives pour combattre l'insurrection.

Le , il remplace le maréchal Bessières dans le poste de commandant en chef de l'armée du Nord. Il dispose alors de hommes sous ses ordres, ce qui en fait la plus importante des armées françaises présentes en Espagne. Vers la fin du mois d'août, désireux de bouter les forces espagnoles hors de la région d'Astorga, il se porte avec hommes contre l'armée de Galice du général Abadía et lui inflige plusieurs revers ; ses adversaires s'étant réfugiés dans les montagnes environnantes, Dorsenne refuse cependant de les y poursuivre et s'en retourne à Villafranca del Bierzo, qu'il livre au pillage, puis à Astorga, non sans avoir incendié systématiquement les villages rencontrés. Conscient de la situation précaire de la forteresse de Ciudad Rodrigo, menacée par l'armée anglo-portugaise de Wellington, Dorsenne se met en rapport avec le maréchal Marmont, commandant l'armée du Portugal, afin de convenir d'une stratégie commune. Sollicité d'urgence par ce dernier, le général en chef de l'armée du Nord fait route à marches forcées vers le sud avec quatre divisions d'infanterie et deux brigades de cavalerie. Les troupes de Dorsenne ― fantassins et cavaliers ― font leur jonction avec celles de Marmont le à San Muñoz et atteignent Ciudad Rodrigo le même jour. Une série de combats oppose alors les armées du Nord et du Portugal aux forces de Wellington, à l'issue desquels les deux commandants français renoncent à livrer bataille au général britannique pour se séparer le . Ne laissant qu'une fraction de ses effectifs à Salamanque, Dorsenne regagne la Castille avec le gros de son armée et, en , supervise la reconquête de la province des Asturies par la division Bonet. Ses tentatives de réduire la guérilla par l'emploi de petites colonnes mobiles se soldent toutefois par un échec.

Entre fin 1811 et début 1812, l'armée du Nord est grandement affaiblie par les nombreuses ponctions opérées pour la conquête de Valence et les préparatifs de la campagne de Russie. Du fait de cette situation, Dorsenne se contente, sur ordre de l'Empereur, de traquer les guérilleros de Francisco Espoz y Mina dans le secteur de Burgos, laissant Marmont seul face à Wellington. Les moyens importants qu'il déploie contre Mina l'empêchent ainsi de prêter main-forte à l'armée du Portugal au printemps 1812. Il commence, dès cette époque, à ressentir de violents maux de tête, séquelles de sa blessure d'Essling, qui l'obligent à rentrer en France pour se soigner. Dorsenne quitte ses fonctions à la tête de l'armée du Nord le et est remplacé par le général Marie François Auguste de Caffarelli du Falga. De retour à Paris, il y succombe le , âgé de 39 ans, à la suite de l'opération du trépan nécessitée par son ancienne blessure d'Essling. Sa mort est vivement regrettée par l'Empereur et par la Vieille Garde.

thumb|285px|Le tombeau du général Dorsenne au Panthéon.

Sa dépouille est transférée au Panthéon de Paris, tandis que son nom figure sur la partie Ouest de l'arc de triomphe de l'Étoile (colonne 34).

Considérations

Figure célèbre de la Garde impériale, toujours impeccablement habillé, Dorsenne est décrit par John R. Elting comme .. Les appréciations des contemporains sont, à son égard, presque unanimement laudatives ; le roi Joseph Bonaparte déclare par exemple que . Une exception à ce tableau est le général Paul Thiébault, pour qui Dorsenne, . L'historien britannique Charles Oman affirme cependant que le jugement de Thiébault, fruit de sa jalousie envers son supérieur, ne correspond pas à la réalité et que, tout au long de son séjour en Espagne, Dorsenne a su coopérer avec les autres commandants français plus fréquemment que son prédécesseur, le maréchal Bessières.

Armoiries Figure Blasonnement Armes du comte Dorsenne et de l'Empire, 1808

Écartelé : au I, du quartier des comtes militaires de l'Empire ; au II, de gueules à trois étoiles d'or, 2 et 1 ; au III, d'or à trois pommes de grenade de gueules ; au IV, d'azur à la tour crénelée d'argent, ouverte, ajourée et maçonnée de sable, accostée à dextre d'un lion d'or rampant contre la tour.

Notes et références

Bibliographie

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Liens externes

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