Pierre Dumanoir Le Pelley, comte Dumanoir, né à Granville (Manche) le Archives départementales de la Manche, registres d'état civil (5 Mi 705 - 1770 (1770-1770) ), En ligne. et mort à 58 ans à Paris dans la nuit au 6 au est un vice-amiral français des .
Biographie
Pierre Étienne René Marie Dumanoir Le Pelley descend d'une très ancienne famille de la bourgeoisie granvillaise, qui avait jadis gagné dans les armements maritimes une fortune considérable et sera anoblie par le roi Louis XVIIIAnne Mézin, Les consuls de France au siècle des lumières (1715-1792), vol. 1, Peter Lang, 1998, 974 pages, , , .
Son père, Louis Pierre Étienne Le Pelley (1733-1807)., sieur du Manoir, est un capitaine corsaire, armateur et bourgeois de Granville. Il est le fils de Pierre Robert Le Pelley, capitaine d'infanterie, sieur des Fontenelles, frère d'Hervé Le Pelley (1699-1739) dont le fils est Georges-René Pléville Le Pelley (1726-1805).
Sa mère, Jeanne Élisabeth Lucas de Lezeaux (1744-1819) est la fille de Charles Marie, écuyer, seigneur de Lezeaux, seigneur honoraire de Saint Pair et de Saint Aubin des Préaux dans la paroisse de Saint-Pair-sur-Mer.
Jeunesse et débuts Un avancement rapide Pierre Dumanoir Le Pelley entre à dix-sept ans dans la marine en comme élève de port. et sert dans les Antilles jusqu'en 1790. Nommé sous-lieutenant de port deux ans plus tard en , il monte sur les frégates Pomone et Néréide, fait une campagne à la côte d'Afrique, passe sur la flûte Le Dromadaire en qualité d'enseigne et part pour Cayenne.
Lieutenant en 1790 et adjoint à l'état-major de l'amiral Martin, il prend part sur Le Sans-Culotte au combat que cet amiral livre aux Anglais sur l'océan ; il n'a pas encore vingt-trois ans lorsqu'il est nommé lieutenant de vaisseau en .
Il obtient deux ans plus tard, en , à moins de vingt-cinq ans, le grade de capitaine de vaisseau et le commandement du Berwick. Il fait partie de la division du contre-amiral Richery qui s'empare d'un grand convoi sur la Méditerranée et est chargé ensuite d'aller détruire les établissements de pêche anglais à Terre-Neuve.
Un avancement controversé Certaines biographies laissent entendre que son avancement rapide s'expliquerait par son cousinage avec Georges-René Pléville Le Pelley.
Celui-ci, cousin germain de son père, de quarante-quatre ans son aîné, a certes été appelé à la commission de la marine pour être l'un des trois administrateurs qui préparent la loi du . En 1795, le Directoire le veut déjà comme ministre de la Marine, mais il refuse. Truguet est désigné et Pléville-Le-Pelley reste en réquisition auprès de lui comme chef de division. Le Directoire finit par le convaincre d'accepter et le nommet ministre français de la marine et des colonies le . Pléville donne pourtant sa démission de ministre le en raison d'un désaccord avec Bonaparte sur la campagne d'Égypte et après avoir prédit le désastre d'Aboukir du .
Au moment où son cousin germain devient ministre, Dumanoir est déjà capitaine de vaisseau depuis deux ans. Comme beaucoup de ses homologues, il aura bénéficié surtout des avancements accélérés de la marine révolutionnaire à laquelle l'émigration vient d'enlever un grand nombre d'officiers.
Sous le Directoire
Le , une flotte forte de 17 vaisseaux, 14 frégates, 6 corvettes ou avisos, 6 gabarres et 20 transports et soldats, placés sous les ordres du général Hoche, sort de Brest pour l'expédition d'Irlande. Dumanoir commande, sous les ordres du contre-amiral Bouvet, le vaisseau La Révolution. Dès son départ, l'armée se trouve disloquée, par suite de la ruse d'une frégate anglaise qui donne, dans l'obscurité de la nuit du 16 au 17, de faux signaux à une partie des bâtiments français. Des feux brûlés et des coups de canon trompent 6 vaisseaux et 6 frégates, qui continuent leur route, au lieu d'obéir au vice-amiral qui leur ordonne de faire vent arrière.
Le jour venu, Morard de Galles et Hoche, montés sur la frégate la Fraternité, se trouvent seuls et se rendent vers la baie de Bantry, désignée pour le rendez-vous de l'armée. Sur le point d'y arriver, ils rencontrent le vaisseau la Révolution et la frégate la Scévola en train de couler bas d'eau. Dumanoir recueille une partie de l'équipage. La flotte éparpillée, sans chef, s'est dirigée, navire par navire, vers la baie de Bantry où les bâtiments y ont attendu pendant quelques jours, puis, impatients, sont partis à la débandade. Hoche doit battre en retraite.
Tandis que les armées de la République remportent partout des victoires sur le continent, les flottes de l'Angleterre triomphent sur chaque mer. Dumanoir n'a pas encore vingt-sept ans quand le Directoire le nomme chef de division en ).
En l'an VI, Dumanoir concourt aux préparatifs du départ de la flotte pour la campagne d'Égypte. Le , la flotte part de Toulon commandée par le vice-amiral Brueys. Le contre-amiral Gantheaume est major général de l'escadre. Trois autres contre-amiraux commandent les divisions de la flotte : Blanquet-Duchayla dirige l'avant-garde ; Villeneuve, l'arrière-garde ; Decrès, l'escadre légère. Dumanoir monte le vaisseau Le Dubois et est chargé de la direction du convoi attaché à l'armée.
Le , l'armée française arrive devant Alexandrie sans avoir aperçu une seule voile ennemie. Le débarquement se fait aussitôt, et les troupes marchent sur Alexandrie prise le lendemain. Bonaparte nomme Dumanoir commandant du port. Le vice-amiral Brueys mouille sa flotte au nord-est d'Alexandrie aussi près que possible de l'îlot d'Aboukir, protégé par une batterie.
L'amiral anglais Nelson arrive le devant Aboukir, où flotte le drapeau tricolore. Brueys croit si peu au retour des Anglais qu'il n'a envoyé aucune de ses frégates croiser au large, pour signaler l'apparition de l'ennemi. Il est bien surpris de les voir arriver. Rien n'est prêt pour une bataille, les chaloupes et une partie des équipages sont à terre. Les combats d'Aboukir durent 2 jours, du au , et le désastre qui s'ensuit porte un coup terrible à la considération et à la puissance de la marine française.
Le de l'année suivante, Bonaparte, qui a compris qu’on a besoin de lui à Paris et qu’il y serait bien reçu , ordonne à Dumanoir ainsi qu'au contre-amiral Gantheaume – mais sans les mettre dans sa confidence – d'accélérer les approvisionnements des deux anciennes frégates vénitiennes, La Muiron et La Corrèze, déjà armées et équipées, et de lui donner avis des mouvements de la croisière anglaise.
Le , Bonaparte arrive à Alexandrie. Le 22, il monte à bord de La Muiron commandée par Larue et le 23, on met à la voile. La Muiron porte le général Bonaparte, le contre-amiral Gantheaume, Berthier, Andréossi, Monge, Berthollet, Denon, Lavalette et Bourienne. Dumanoir commande La Corrèze qui a embarqué Lannes, Murat, Marmont et Parceval-Grandmaison. Le , Bonaparte débarque à Fréjus.
Sous le Consulat
Le coup d'État du 18 Brumaire marque la fin du Directoire et de la Révolution française et le début du Consulat. À cette occasion, Dumanoir reçoit en récompense pour sa participation un sabre comme récompense nationale, puis il est élevé quelques mois plus tard à vingt-neuf ans au grade de contre-amiral en . Il commande durant l'an IX plusieurs divisions à Brest puis à Cadix où il est chargé des détails relatifs aux armements.
Au printemps de l'année 1801, 4 vaisseaux de la division de Toulon sont envoyés à Cadix pour y rejoindre les divisions du contre-amiral Dumanoir. Cette petite escadre est commandée par Charles Alexandre Léon Durand de Linois, le seul marin du Consulat et de l'Empire qui puisse se glorifier d'une victoire et qui a fait toutes les guerres de l'Indépendance américaine. Le , à peu de distance de Gibraltar, Linois voguant vers Cadix s'empare d'un brick anglais commandé par lord Cochrane, qui lui apprend qu'une forte division ennemie bloque le port vers lequel il se dirige.
L'amiral sir James Saumarez reçoit l'ordre de se porter immédiatement sur le détroit avec une division de 6 vaisseaux, pour s'opposer au passage des français. Ne voulant point se hasarder à lutter contre un adversaire bien plus fort que lui, Linois prend position sous les remparts d'Algésiras ; la première bataille d'Algésiras commence le . Le combat, commencé à huit heures quinze du matin, se continue jusqu'à deux heures avec un acharnement égal des deux côtés. La victoire de Linois ne reçoit pas la récompense qu'elle mérite.
Cette victoire n'est que le premier épisode de l'expédition du contre-amiral Linois ; ses vaisseaux ont trop souffert pour songer continuer sur Cadix. De son côté, l'amiral Saumarez, réfugié à Gibraltar, est impatient de réparer l'affront d'une défaite aussi imprévue ; avec une rapidité extraordinaire, il répare ses navires et remplace par des matelots de choix les pertes qu'il a essuyées.
Linois n'apporte pas moins d'activité à réparer ses navires, mais, moins heureux que son adversaire, il ne parvient pas à se procurer de matelots et sa position devient difficile. Il écrit au contre-amiral Dumanoir et au capitaine général Mazaredo pour leur demander du secours ; un long temps s'écoule avant de recevoir une réponse ; les Espagnols redoutent en effet de sortir de Cadix. Perdant patience, Linois se plaint avec aigreur de leur inaction.
La lenteur des Espagnols produit les résultats prévus par Linois ; la flotte anglaise est prête au combat lorsque les français sortent d'Algésiras le , à deux heures de l'après-midi pour rejoindre Cadix. La deuxième bataille d'Algésiras commence et la lutte dure longtemps, acharnée, furieuse. À midi et demi le lendemain, l'escadre britannique gagne le large ; le même jour, à deux heures après-midi, le Formidable est le dernier vaisseau français à entrer dans le port de Cadix, aux cris d'enthousiasme d'une population qui, du haut des remparts et de la plage, a assisté au combat.
Aussitôt la paix d'Amiens signée le , Bonaparte s'occupe de reprendre la riche colonie française de Saint-Domingue, en révolte contre la France depuis plus de huit années. C'est l'expédition de Saint-Domingue dont Dumanoir fait partie. Le , le contre-amiral Dumanoir est fait membre de la Légion d'honneur.. En rade à Toulon sur le Formidable, il a sollicité le son cousin germain, alors sénateur, lequel est intervenu. le auprès de Lacépède, grand chancelier de l'ordre et également sénateur.
Sous l'Empire
L'Empire français est proclamé le par senatus consulte. Le contre-amiral Dumanoir est promu commandant de la Légion d'honneur le . À la mort de l'amiral Latouche-Tréville le , il est à bord du Formidable et commande provisoirement l'escadre de Toulon et espère en conserver le commandement. Mais l'Empereur y appelle le vice-amiral Villeneuve. On ne sait alors à quoi attribuer cette mesure ; une lettre de Napoléon datée du en donne les raisons :
Le premier soin de l'Empereur est alors de terminer ses immenses préparatifs de descente en Angleterre ; Boulogne devient le quartier-général de cet armement. Une flottille est répartie entre Boulogne, Étaples et Wimereux. Dans les plans de Napoléon, l'amiral Villeneuve, sorti de Toulon, avec toutes les forces de ce port, doit rallier en passant l'escadre espagnole de l'amiral Gravina à Cadix, aller aux Antilles, y attirer Nelson, remonter vers l'Europe, quand on le croirait parti, peut-être pour frapper un grand coup sur l'Inde anglaise, débloquer l'escadre du Ferrol, celle de Brest, enfin, entrer dans la Manche avec cinquante vaisseaux, qui resteraient maîtres du détroit, jusqu'au moment où l'amirauté anglaise aurait pu réunir ses flottes éparses sur toutes les mers. Mais avant ce moment la flottille française partie de Boulogne est passée, et avec elle, cent cinquante mille soldats et le sort du monde.