La bataille de la mer de Barents est une bataille navale qui a eu lieu dans les derniers jours de 1942 dans l'océan Arctique. Elle a opposé l'escorte du convoi JW 51BAprès la tragédie du convoi PQ17, la numérotation des convois vers l'Union soviétique est modifiée. On a les lettres JW, suivies d'un nombre à 2 chiffres à partir de 51. Le convoi JW 51 est divisé en 2 parties indépendantes. JW 51A part le 15 décembre et rallie Mourmansk sans encombre. JW 51B sera l'un des acteurs de cette bataille., destiné à l'Union soviétique, à une division de la Kriegsmarine alignant le croiseur lourd Admiral Hipper, le cuirassé de poche Lützow et plusieurs destroyers de l'Opération Regenbogen.

L'escorte britannique, soutenue en cours de combat par la « force R » du contre-amiral Robert Burnett de la Royal Navy, a empêché les Allemands de couler un seul des cargos composant le convoi.

La situation militaire

À la fin de l'année 1942, la Seconde Guerre mondiale voit se dérouler les batailles de Stalingrad, Guadalcanal, El-Alamein. Le Reich est au plus haut de son expansion. Seule, l'Union soviétique combat encore sur le sol européen. Les Alliés envisagent des débarquements, mais ne sont pas encore prêts pour donner l'assaut à la forteresse Europe.

Pour aider l'URSS, les Alliés envoient d’importants tonnages de matériel militaire, par voie maritime, à destination des ports de Mourmansk et Arkhangelsk sur la mer Blanche. Les cargos sont groupés en convois dits de l'Arctique, protégés par des escorteurs et, quelquefois, par des navires de ligne. Pendant toute la durée de la guerre, quarante convois seront formés, totalisant 792 cargos. Les pertes, très variables d'un convoi à l'autre, se montant globalement à 7,5 %.

Le dispositif allemand pour rompre cette route d'approvisionnement est basé en Norvège, que les convois doivent longer pour aller en Russie, la banquise leur interdisant de s'en éloigner. Il comprend des navires de guerre, ainsi que des U-Boote et de l’aviation. Les U-Boote et les avions patrouillent pour repérer les convois et les signaler. Ils sont alors attaqués par des navires de surface, des meutes de sous-marins ou des escadrilles d'avions, bombardiers ou torpilleurs.

Les adversaires en présence Forces alliées Convoi

Le convoi se compose de 14 navires marchands, de différentes nationalités. Il s'organise en quatre rangées de trois ou quatre cargos. Chaque rangée est distante d'environ des autres, et chaque cargo distant de de celui qui le suit ou de celui qui le précède. L'allure est réglée sur celle du navire le plus lent, en l'occurrence 8 nœuds.

Le convoi est sous la direction du « commodore »assisté, en cas de problème par un « vice commodore » et un « contre commodore » sur d'autres navires. Ce titre est sans relation avec le grade de .. Pour ce convoi, il s'agit d'un retraité, le capitaine de vaisseau R.A. Melhuish. Il a embarqué sur le cargo Empire Archer dont le poste sera la tête de la seconde colonne de droite. Le rôle du commodore est de diriger le convoi, de s'assurer de sa bonne marche ; mais il n'a aucune autorité sur l'escorteIl ne remplace pas le capitaine du navire sur lequel il a pris place, ici le capitaine Maugham..

Pour donner un exemple, c'est le commodore qui va ordonner l'organisation du convoi, selon un schéma qu'il a exposé, avant le départ, à l'ensemble des capitaines des cargos. Ceux-ci sortent à la queue leu-leu du port, puis le commodore fait un signal, « RZ2 » au cas particulier, et les navires passent en deux colonnes, ceux de rang impair déboîtant. Après, au signal « RV », la moitié arrière de chaque colonne déboîte à son tour pour former les quatre colonnes du convoi durant la traversée.

C'est aussi lui qui indique la vitesse à donner. En général, le commandant de l'escorte passe ses décisions au commodore qui donne alors les ordres aux navires du convoi.

Pour la marche, le convoi fait des zigzags. Chaque navire possède une horloge particulière dont le bruiteur indique le moment du changement de direction, dont l'ampleur a été fixée avant le départ. Cette marche en zigzags vise à gêner les attaques des sous-marins. Les torpilles ne sont pas équipées, à l'époque, de systèmes d'autoguidage et leur trajectoire doit être calculée et programmée à l'avance. Les calculs se font donc en fonction de la route estimée du convoi. Si celui-ci change de route, le tir devient inutile ou impossible.

Ce convoi de petite taille transporte dans ses cales, ou dans des caisses amarrées sur le pont, , 202 chars d'assautL'équivalent de l'équipement d'une division blindée., 87 avions de chasse, 33 bombardiers. Il transporte aussi de fournitures diverses, qui vont de lingots de cuivre ou de zinc aux explosifs, en passant par des rations K... Deux pétroliers transportent pour leur part de mazout et de kérosèneLes marins des pétroliers perçoivent ent une prime de risque.

Groupe d'escorte Le groupe d'escorte est sous les ordres du capitaine de vaisseau Robert SherbrookeOfficiellement, son prénom est Robert, mais il est appelé Rupert pour éviter une confusion avec l'un de ses oncles. C'est un descendant de l'amiral Jervis, Lord St Vincent, pour sa victoire en 1797 au cap St-Vincent, sur les Espagnols., commandant la de destroyers.

Il se compose de cinq destroyers de la classe O, quasi-neufs. Ce sont les destroyers , , , HMS Orwell et . Seuls deux d'entre eux possèdent des canons modernes de ; les autres sont équipés de vieilles pièces de retrouvées dans un recoin de l'arsenal.

Il y a en plus le destroyer , plus ancienMis en service en 1930, c'est un destroyer de classe A de pour de long. Il est équipé en principe de quatre canons de 120, deux d'entre eux ayant été remplacés, à l'avant, par un mortier ASM "Hérisson" ("hedgehog"), à l'arrière par des grenadeurs. Il porte aussi deux affûts quadruple lance-torpilles, deux canons AA de et quatre œrlikons de ., les corvettes HMS Rhododendron et HMS HyderabadCorvettes de classe Flower, construites d'après les plans d'un navire baleinier, le Southern Pride ; initialement prévues pour la défense côtière, ces corvettes se retrouveront à effectuer des tâches d'escorteur de haute mer. Leur surnom anglais était : « les Pékinois de la mer. » Elles appartiennent à la même classe que les corvettes FNFL Aconit ou Mimosa., le dragueur de mines , les chalutiers militaires Vizalma et Northen Gem.

L'escorte entoure le convoi. La disposition prévue par Sherbrooke met en avant le dragueur ainsi que l'une des corvettes, en éclaireursHMS Bramble dispose du meilleur radar de l'escorte. Cela peut expliquer le choix.. HMS Onslow est en tête de convoi, HMS Obedient et HMS Obdurate sur le flanc droit, HMS Oribi et HMS Orwell sur le flanc gauche. HMS Achates est sur l'arrière-gauche. Les chalutiers prolongent les colonnes du centre du convoi, et la corvette HMS Rhododendron en serre-file.

Pour éviter d'être repérés, les communications radio sont interdites. Les bateaux signalent par pavillon ou en morse par projecteur, même s'il existe un système de téléphonie à courte distance, difficilement repérable par les postes d'écoute ennemis. Les mauvaises conditions météo feront que le HMS Onslow, pour donner un ordre à l'un des bâtiments d'escorte, devra souvent passer par l'intermédiaire d'un autre escorteur chargé de répéter le signal. Par exemple, quand le HMS Obdurate recevra l'ordre d'identifier les torpilleurs supposés russes, le HMS Obedient servira de relais.

Force de soutien Elle se compose de la de croiseurs du contre-amiral Robert Burnett, et . Le premier est de la classe "Southampton"La classe Southampton est une sous-classe des croiseurs de type Town. et le second de la classe FijiLa classe Fiji est une sous-classe des croiseurs de type Crown Colony regroupant les huit premiers navires de cette dernière.. Ils disposent chacun de 12 pièces de , en 4 tourelles triples, et sont de taille à se mesurer aux croiseurs allemands. Ils sont accompagnés de deux destroyers, et HMS Opportune.

Plus loin, trop loin pour intervenir, se trouvent aussi le cuirassé et le croiseur lourd , accompagnés de 5 destroyers.

En outre, neuf sous-marins, dont un polonais et un hollandais, sont déployés devant les bases allemandes de Norvège, dans l'espoir de torpiller les unités allemandes qui voudraient gagner la haute mer.

Forces allemandes

Les forces allemandes sont commandées par le vice-amiral Oskar Kummetz qui dirigera l'opération Regenbogen (Arc-en-ciel). Cette opération est approuvée par Hitler sur proposition de l'état-major de la Marine. Il existe une dissension entre le dictateur nazi et les amiraux. Elle est née après la destruction du Bismarck. Pour des raisons de prestige, au moins, il refuse que soient engagées dans des opérations à risque des grandes unités de surface de la Kriegsmarine. Il sait que ses marins n'ont pas le mordant des Britanniques. Les amiraux espèrent donc le faire changer d'opinion en lui offrant une victoire. Le désastre du convoi PQ17, les pertes élevées infligées au PQ18 leur permettent d'espérer détruire le prochain convoiConvoi qu'ils nomment PQ20, n'ayant pas encore eu vent du changement de dénomination..

À cette époque, les Allemands disposent d'un bon nombre de navires embusqués en Norvège. En fonction de la saison, les convois ont une route de à nautiques à parcourir. Suivant la place de la banquise, la moitié du trajet est à portée de l'aviation. Ils doivent passer à 200 milles de l'Altafjord, voire 50 à 100 milles des bases les plus au Nord, comme Kirkenes ou Petsamo.

À Altafjord, mouillent le croiseur lourd Admiral Hipper, le cuirassé de poche Lutzow, le croiseur léger Köln et 5 destroyers.

À Trondheim, sont basés le navire de ligne Tirpitz et trois destroyers.

À Narvik, attendent le croiseur léger Nurnberg et un destroyer.

Pour le début de l'année 1943, le Scharnhorst, le Prinz Eugen et cinq destroyers supplémentaires sont attendus.

Deux flottilles de sous-marins sont basées en Norvège.

Bâtiments de combat

L'Admiral Hipper est un croiseur lourd portant 4 tourelles doubles de . Le Lutzow est un cuirassé de poche de classe Deutschland armé de deux tourelles triples de . C'est un sister ship de l’Admiral Graf von Spee, sabordé au début de la guerre, et de l’Admiral Scheer. Il fut baptisé Deutschland, mais Hitler ordonna d'en changer le nom en pour éviter que les alliés ne puissent se targuer d'avoir « coulé l'Allemagne ».

Destroyers Six destroyers sont désignés pour participer à l'opération.

Ils sont de deux types différents : Le Z 4 Richard Beitzen, le Z 6 Theodor Riedel et le Z 16 Friedrich Eckoldt sont armés de canons de . Les Z 29, Z 30 et Z 31, armés, eux, de canons de . Le conducteur de flottille est le Z 16.

Ordres donnés Le vice-amiral Oskar Kummetz a prévu d'étager les six destroyers en ligne pour dénicher le convoi. Les bâtiments de combat seront sur les ailes, le Hipper au nord-ouest, le Lutzow au sud. Il s'agira de surprendre le convoi à l'aube.

Ce plan est relativement simple. Les ordres adressés à l'amiral le compliquent : «...ne pas engager le combat avec adversaires de force égale, afin d'éviter risques trop grands pour les croiseurs... »Bekker, page 338.. Cette prudence exigée explique pour une bonne part le peu de succès des Allemands.

Chronologie des événements Le convoi appareille le à du Loch Ewe, en pleine tempête (force 12 sur l'échelle de Beaufort !)

Le 24, un CondorQuadrimoteur, Focke-Wulf 200, utilisé pour la reconnaissance à long rayon d'action mais aussi comme bombardier. Les conditions météo de ce mois de décembre font que l'aviation allemande ne pourra intervenir contre ce convoi. est vu et les Britanniques pensent qu'il a les a repérés. Le sous-marin, U-354 est le premier à signaler le convoi, indiquant dans son message que son escorte est de faible importance.