Giuseppe Lanza di Trabia-BranciforteFiche généalogique de sa mère, Anne-Marie Henriette Nauts-Oedenkoven., connu sous son nom d'auteur Lanza del Vasto, est un écrivain français né le à San Vito dei Normanni, province de Brindisi, dans les Pouilles et mort le à Murcie, dans le Sud-Est de l'Espagne. Philosophe et poète dandy, intime du monde parisien des arts et des lettres dans les années 1930, il fait un voyage en Inde pour rencontrer Gandhi dont il tirera le livre qui a fait sa renommée : Le Pèlerinage aux sources (1943). Il fondera également les Communautés de l'Arche, sorte d’ordre religieux laïc axé sur la vie intérieure et la non-violence active. Écrivain et poète de langue française, il fut aussi sculpteur, dessinateur et musicien. Conférencier international, il s'engagea dans de nombreuses actions en faveur de la paix.

Biographie Filiation et nom de plume Son père, Don Luigi Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte, né à Genève le , est le fils naturel du jeune prince Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte, descendant d'une des plus illustres familles siciliennes, et de sa maîtresse française Louise Alexandre, épouse du comte Antonio Dentice di Massarenghi, membre de la famille des princes de Frasso. Enfant adultérin d'une mère de trois enfants (de son premier lit) et aîné du prince Giuseppe, qui l'a reconnu peu après sa naissance, ce père a été élevé par un tuteur, caché au château d'Escoville sous le patronyme « Scansa », et n'a connu l'identité de son père que vers 1890, quand, employé de la Banque de France, il a obtenu à Paris son doctorat de droit et que sa mère, veuve, lui légua un domaine viticole à San Vito dei Normanni, en Messapie.

Sa mère, Anne-Marie Henriette Nauts-OedenkovenSœur ainée de Alphonse Didier-Nauts, jeune femme issue de la grande bourgeoisie anversoise, rencontre son père, Luigi Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte, sous la Tour Eiffel pendant l'Exposition universelle ; ils se marient et Anne-Marie Henriette Lanza di Trabia-Branciforte le met au monde à San Vito dei Normanni, puis un an après vient Giuseppe, puis Lorenzo Ercole, en 1903, et Angelo Carlo, en 1904.

Les deux parents du futur poète ont le français pour langue maternelle. La naissance adultérine de son père, ainsi qu'un patronyme en vue, entraînent pour l'enfant une déclaration à l'état-civil sous le nom de Giuseppe Giovanni Luigi Maria Enrico Scansa-Lanza.

Le grand-père paternel des trois frères Scansa-Lanza meurt prématurément en 1868 et était titré « prince de Trabia, de Santo Stefano di Mistretta, de Butera, de Pietraperzia, de Scordia, de Campofiorito, de Scalea, de la Catena, duc de Camastra, de Santa Lucia, de Branciforte, marquis de Militello, de Barrafranca, de la Ginestra, de Misuraca, comte de Mussomeli, de Sommatino, de Mazzarino, de Raccuja, baron de Dorilli, de Rigiulfo, de Fontana Murata, du Biviere di Lentini, d'Imbrici, de Valguarnera Radali, seigneur de Dammisa, de Santa Maria di Niscemi et d'Occhialà ». Il était un descendant de Manfred LanciaF. Lancia di Brolo, Dei Lancia di Brolo. Albero genealogico e biografie., Palerme, 1879.G. Sorge, Mussomeli dall'origine all'abolizione della feudalità, vol. II, Catane, 1916, réed. Edizioni Ristampe Siciliane, Palerme, 1982., grand-père maternel du roi de Sicile Manfred de HohenstaufenC. Merkell, Manfredi I e Manfredi II Lancia. Contributo alla storia politica e letteraria italiana nell'epoca sveva., Turin, 1886. et petit-fils de Boniface du GuasteG. Manuel di San Giovanni, Dei marchesi del Vasto e degli antichi monasteri de' SS. Vittore e Costanzo e di S. Antonio nel marchesato di Saluzzo, Turin, 1858F. Savio, Il marchese Bonifacio del Vasto e Adelaide contessa di Sicilia, in Atti della R. Accademia delle scienze di Torino, vol. XII, , Turin, 1887R. Bordone, Il "famosissimo marchese Bonifacio". Spunti per una storia delle origini degli Aleramici detti del Vasto, in Bollettino storico-bibliografico subalpino, n° LXXXI, , Turin, 1983).L. Provero, I marchesi del Vasto: dibattito storiografico e problemi relativi alla prima affermazione, in Bollettino storico-bibliografico subalpino, n° LXXXVIII, Turin, 1990., premier marquis de Busca : ce Guaste ou Marche Gastée, Vasto en italien, était une marche du Piémont érigée en 967 entre le Langhe et l'Orbe, dont le Montferrat est une fraction. Joseph Scansa-Lanza a voulu relever ce nom évoquant le désert pour lui servir en 1927 de nom de plume et a mené pour cela des recherches généalogiquesG. Lanz., Lancia, in Enciclopedia italiana di scienze, vol. XX, , Trecanni, Rome, 1933. en 1932 à Palerme, où se trouve le palais familial.

Le chef de famille légitime, son oncle paternel Don Pietro Bonaventura Lanza di Trabia-Branciforte, est le beau frère de l'industriel Ignazio Florio Jr.S. Candela, Inizio Florino, Sellerio, Palerme, 1986..

Jeunesse : Italie, France, Italie (1901-1924) À San Vito dei Normanni, les parents du petit Giuseppe s'installent dans un domaine voisin acquis avec la dot de l'épouse, Specchia di Mare, où ils ont fait construire une demeure plus moderne dans le style colonial. À l'encontre du conservatisme familial et de celui de ses homologues patriciens, le jeune père se présente aux élections locales sous l'étiquette socialiste mais sa sollicitude pour la classe ouvrière tourne au batifolage. Cet engagement est toutefois sincère et il publie dans ce sens en 1907 sa thèse de doctorat remaniée sous la forme d'un essai d'économie socialeL. Scansa-Lanza, Essai de solution du problème social par les magasins généraux, Paris, 1907, 92 p.. Ses infidélités conduisent le couple à rompre en 1911.

Le foyer, abandonné par le père, émigre en à Courbevoie, banlieue ouvrière, et emménage en 1914 à Paris même dans un appartement du quartier de la gare Saint-Lazare. Giuseppe Lanza suit sa scolarité au lycée Condorcet, où il découvre la xénophobie à l'endroit des « ritals ». Nourri de Victor Hugo, Charles Leconte de Lisle et José Maria de Heredia, l'adolescent s'enflamme pour Spinoza et Nietzsche au cours de longs débats avec son frère Lorenzo.

Il s'inscrit à la rentrée 1920 en faculté de philosophie à l'Institut royal d'études pratiques supérieures et de perfectionnement de Florence puis en 1921 à celle de Pise, où son frère Lorenzo se prépare à la gestion du domaine familial et poursuit une formation d'agronome. L'aîné ne sortira diplômé qu'en 1928. C'est qu'il interrompt constamment ses études pour des voyages à travers l'Italie et la France. À Pise, il noue une amitié avec le peintre futuriste . En , il est ébloui par la lecture du mystique rhénan Jean de Ruisbroek, qui voit dans la Trinité une direction éthique pour détourner le mysticisme du panthéisme et du quiétisme reprochés à son maître Eckhart.

De son côté, son père a trouvé à travailler comme gérant d'un domaine en Corse. Restée à Paris, sa mère reçoit en 1923 la visite du duc de Camastra, le second demi frère de son mari, qui est marié à Rose d'Elchingen, une descendante du Maréchal Ney. Par cet oncle, qui l'emmène à Palerme pour le mois de novembre, Giuseppe renoue avec ses origines. Entre juillet et , accompagné de son cadet Lorenzo, il approche l'élite intellectuelle et artistique française aux Décades de Pontigny, conférences annuelles d'éthique. Il y retournera l'été suivant.

Éthique chrétienne renouvelée (1925-1929) Dans le cadre de ses études de philosophie, l'anticlérical Giuseppe Lanza découvre Thomas d'Aquin. C'est une conversion, qu'il date précisément de et dont il publiera le récit un demi-siècle plus tardLanza del Vasto, La Conversion par contrainte logique, Denoël, Paris, 1974, 159 p.. Cette même année 1925, il rédige la thèse de doctorat en droit de , Una concezione dell’etica e del diritto, sur le rapport entre artiste et modèle pénal de la société dans laquelle vit celui-ci. Il y expose une première fois, sous le nom de son ami, le rapprochement qu'il fait entre son idée de l'être au monde de l'homme à la recherche d'une harmonie entre sensibilité et entendement et la conception thomiste de la Trinité.

Sa mère est installée avec ses fils à Pian dei Giullari, élégante banlieue de Florence où habite l'oncle Odo. Là, il commence, parallèlement à ses études universitaires de philosophie, le travail alimentaire de traducteur de l'allemand et de professeur de français et d'italien pour étudiants américains. Parmi ceux-ci, Mary, dont il s'éprend éperdument en 1926, mais qui, rentrée aux États-Unis, ne répond pas à ses lettres. Le jeune homme refuse l'idée de jamais épouser une autre femme.

Sa mère vend la même année le domaine familial de Specchia di Mare, mettant fin au projet de son fils Lorenzo de le développer. Celui-ci s'exile en Amérique du Sud tandis que Giuseppe et son benjamin Angelo passent la fin de l'année à Capri, en compagnie de leur oncle Odo et de Pietro Lanza, cousin germain d'Odo, prince de Scalea et ministre des Colonies de Mussolini.

À Florence, dès 1926, Giuseppe Lanza fréquente assidûment le peintre Giovanni Costetti, auprès duquel il s'initie au dessin. Il en viendra à envisager la carrière de peintre mais termine toutefois, en 1928, ses études par un doctorat de philosophie sur un sujet abélardien et thomiste, Gli approcci della trinità spirituale, qui est un développement universitaire de ses idées exposées dans le mémoire de 1925. Il y soutient, à travers la critique des conceptions cartésienne et kantienne du rapport de la raison humaine à l'infini, que l'harmonie entre l'homme et une nature qui se complexifie depuis le règne végétal jusqu'à la société humaine et ses misères, est une éthique de l'amour qui équilibre sciences et arts, raison et foi.

Mort du père et recherche de soi (1929-1936) En 1929, le cadet Lorenzo, rentré d'Amérique du Sud, retrouve en Corse son père, sénile et incurable, et le ramène au foyer conjugal. Quant à Giuseppe, son travail de traducteur le conduit, à l'été 1930, à Berlin chez l'éditeur Anton Kippenberg et la femme de celui-ci, , où il rejoint Lou Albert-Lasard, traductrice en français de Rainer Maria Rilke qui a eu recours, largement, à ses compétences. Son séjour est l'occasion de goûter la vie décadente de la République de Weimar. Il retourne à Berlin en . Appelé au chevet de son père qui meurt le , il arrive trop tard pour l'assister dans ses derniers instants. Il se reprochera toute sa vie ce retard mais, sur le moment, cela ne l'empêche pas de retourner à Berlin.

En octobre, il revient à Paris. Il y retrouve, divorcée, la femme de Jacques Schiffrin, Youra Guller, pianiste la plus en vue de l'époque, qu'il avait rencontrée sept ans plus tôt à Pontigny. Il connaît auprès d'elle, son aînée de sept ans, une expérience d'érotisme extrêmeJ. Lanza del Vasto, Lettres n° 204 & 205, in M. Lanza & G. Maes, Joseph Jean Lanza del Vasto. Lettere giovanili (1923-1936): a Madeleine Viel, alla madre, ai fratelli Lorenzo e Angelo, a pittori toscani, a Luc Dietrich e ad altri corrispondenti, , Plus-Pisa University Press, Pise, 2006.. Aspirant poète se présentant comme « artiste peintre », il fréquente la bohème surréaliste, Leonor Fini, Jules Supervielle, Henri Michaux, Max Jacob, René Daumal. Un matin de , il est assis sur un banc du parc MonceauVoir sur lanzadelvasto.fr.. À un jeune homme assis à côté, il demande « Êtes-vous bon comme ce pain ? » L'inconnu a 19 ans, il s'appelle Luc Dietrich. Une grande amitié se noue.