vignette|220px|Les armoiries de la ville de Poitiers se blasonnent ainsi :D'argent au lion de gueules, à la bordure de sable chargée de neuf besants d'or; au chef d'azur chargé de trois fleurs de lis d'or, brochant sur la bordure.Historique : En 1199, Aliénor d'Aquitaine dota la commune de Poitiers d'armoiries. La bordure de sable était alors chargée de douze monnaies d'or symbolisant les douze échevins. Son arrière-petit-fils le roi de France saint Louis donna en apanage la ville de Poitiers à son frère Alphonse en 1241. Le blason fut alors orné d'un chef de France supprimant trois besants..

L'histoire de Poitiers remonte au moins au

Antiquité

La ville existait déjà à l’arrivée de Jules César, sous la forme d’un oppidum gaulois, nommé Limonum ou Lemonum, qui signifie probablement « l'ormeraie »Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance 2003. sur gaulois limo- ou lemo-, orme (cf. vieil irlandais lem, orme ; les lemovices (Limoges, Limousin), Limeuil, Limours, etc.)Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, éditions Larousse 1968.Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions errance 1994.. Les Pictons étant partagés entre le soutien à Jules César et celui à Vercingétorix, la ville eut à subir un siège en 51 av. J.-C. Le chef des Andes, Dumnacos, rassemblant ses guerriers et les Pictons anti-Romains, assiégèrent le chef du parti de César, le Picton Duratios. L’intervention des légats Caius Caninius et Caius Fabius obligea Dumnacos à lever le siège. À partir des années 20 av. J.-C. la capitale Limonum de la civitas des Pictons est secondée par RatiatiumPtolémée, Géographie, II, 7, 6., ville portuaire fondée sur la rive sud de la Loire.

La ville fut réaménagée selon le modèle romain comme partout en Gaule, ici dès le de notre ère, et dotée d’arènes qui pouvaient accueillir de selon les estimations, de plusieurs thermes, de plusieurs aqueducs, dont un alimenté à la source de Fleury, et dont le parcours est encore suivi aujourd’hui par la conduite qui mène l’eau à Poitiers.

Il est probable qu’au de notre ère, la ville fut la capitale de la province d’Aquitaine. D’une part l’on sait que Burdigala (Bordeaux) ne fut capitale qu’au , d'autre part aucune inscription ne mentionne Saintes comme capitale au . L'aristocratie de la cité est alors riche et très bien intégrée à l'empire romain : Marcus Sedatius Severianus, originaire de Poitiers entra au sénat de Rome, puis devint consul en 153G. Ch. Picard, "Ostie et la Gaule de l'Ouest", MEFRA, 93, 2, 1981, pp. 893-915..

Vers la fin du , une épaisse muraille qui contenait des éléments de temples, des pierres gravées, des vestiges de bâtiments antiques en réemploi, est construite autour de la ville, qui est réduite au sommet du promontoire. Avec intra muros, contre par exemple à Bordeaux, capitale de la province, le castrum (ville fortifiée) de Poitiers fait partie des plus importants dans la Gaule du Bas-Empire., cependant on est encore loin par ces dimensions de certaines enceintes du Haut-Empire comme celles d'Autun, de Nîmes ou de Toulouse.

Saint Hilaire évangélise la ville au . Les fondations du baptistère Saint-Jean datent de cette époque.

Au des troupes de fédérés Taïfales et Sarmates y furent cantonnées.

Moyen Âge

À l'époque médiévale, Poitiers tire parti de son site défensif, et de sa situation géographique, loin du centre du pouvoir franc. Cette position lui permet souvent de jouir d'une relative autonomie, au sein de la principauté aquitaine.

Au Moyen Âge Tout le sud-ouest des Gaules, l'Aquitaine Seconde ayant été cédée par traité en 418 par l'Empereur d'Occident Honorius aux Wisigoths (officieusement en échange de Galla Placidia, sœur d'Honorius et fille de l'Empereur d'Orient Théodose II, retenu en otage par les Wisigoths depuis le sac de Rome en 410). Poitiers vers 500 devient capitale de l'Aquitaine Seconde des Wisigoths d'. Il déplace sa capitale de Toulouse afin de mieux contrer les percées des Francs de Clovis (sac de bordeaux en 497) fédérés eux aussi à l'Empire Romain. Toutefois se fait battre à la bataille de Vouillé (ou Voulon) en 507, par Clovis.

Siège d'un évêché depuis le , la ville est également la capitale du comté du Poitou, dont les comtes dirigent à partir du une importante principauté regroupant le Poitou et l'Aquitaine.

L'abbaye Sainte-Croix, première abbaye de femmes, est fondée par sainte Radegonde au , qui échappe ainsi à son époux . Elle prend ce nom lorsque l'empereur fait don à la reine d'un morceau de la Vraie Croix. C'est également l'époque de Venance Fortunat, évêque de Poitiers et poète. C'est au que l'abbé Mellebaude fait construire l'hypogée des Dunes.

Vers 800, sacre de Charlemagne - le futur Empereur Francs des Romains - Louis le Pieux, fils de Charlemagne, roi d'Aquitaine, fait bâtir un de ses quatre palais à Chasseneuil-du-Poitou.

En 840, essaie de profiter de la mort de son père Louis le Pieux pour reconquérir son royaume, et tente de s’emparer de Poitiers, mais échoue, p 37.. Il est chassé par l’armée de Charles le Chauve alors qu’il assiégeait à nouveau la ville.

Des bourgs fortifiés s'établissent autour de la ville, toujours sur le promontoire : autour des abbayes (Sainte-Croix, abbaye Saint-Hilaire ; Montierneuf, au ). À cette époque, on distingue les citoyens, habitants de la cité fortifiée des Romains, les bourgeois, habitant les bourgs, et les rustici, ou paysans, qui habitaient sur le promontoire, mais en dehors d'un bourg protecteur. Cette distinction disparut avec la construction par Aliénor d'Aquitaine de la muraille médiévale qui ceignit tout le promontoire, cité, bourgs et espaces intermédiaires.

Au , le nom de Grand-rue apparait dans les chartes. C'est la plus ancienne trace d'un nom de rue conservée en Europe. Cette rue correspond à la ligne de plus faible pente, et donc la moins fatigante, pour monter du gué (actuel pont) Saint-Joubert au plateau, et elle est un itinéraire remontant à l'Âge du Fer. Grossièrement orienté est-ouest, il servit d'axe decuman au quadrillage orthogonal des rues à l'époque romaine.

Le est aussi l’époque des invasions normandes : ils arrivent à Poitiers la première fois en 853, sont battus en 855, puis la dévastent en 857. En 863, ils brûlent Saint-Hilaire-le-Grand et obtiennent une rançon de la ville, qui est incendiée en 865Robert Favreau, in , p 132.. En 955, Poitiers est assiégée par le duc de France, Hugues le Blanc, qui doit lever le siège au bout de deux mois par manque de vivres. En 988, c’est le comte-duc qui repousse Hugues Capet qui assiégeait la ville.

Apogée des comtes de Poitiers-ducs d'Aquitaine Les comtes de Poitiers-ducs d'Aquitaine commandèrent de nombreux travaux dans leur ville. On peut citer l'église (1069) puis l'abbaye Saint-Jean de Montierneuf de Poitiers (1076), fondées par ; le palais ducal, reconstruit après l'incendie de 1043 et embelli par Aliénor d'Aquitaine ; le marché neuf, toujours par la duchesse Aliénor. Celle-ci épouse le roi de France , le 25 juillet 1137. Au début de leur règne, en 1138 , Poitiers se constitue en commune libre. Le couple royal réagit rapidement, et la ville est assiégée et reprise sans effusion de sang.

Aliénor d'Aquitaine et Henri II Plantagenêt, qui se sont mariés dans la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers le 18 mai 1152, font construire une nouvelle muraille au longue de , enserrant tout le promontoire. Elle fut complétée par deux barrages sur la Boivre, qui créaient des retenues d'eau permanentes dans la vallée étroite.

Progressivement, des libertés et franchises sont accordées aux habitants de la ville de Poitiers. La première charte est accordée par Guillaume le Troubadour (1086-1126), et confirmée par . Elle accorde la liberté de mariage (le seigneur n’a plus son mot à dire avant le mariage d’une femme ou d’une veuve de Poitiers), reconnaît un droit de propriété aux habitants de Poitiers, leur accorde des garanties lors d’un jugement et la possibilité d’être libérés sous caution. Les mêmes libertés sont accordés aux étrangers s’installant à Poitiers. La route de Saint-Jacques-de-Compostelle passant par Poitiers, la ville accueille de nombreux pèlerins, qui y font halte pour vénérer les reliques de sainte Radegonde ou de saint Hilaire.

Poitiers dans les luttes entre le roi de France et le roi d'Angleterre

La domination angevine Les mariages d'Aliénor firent passer Poitiers successivement sous l'administration capétienne (mariage de 1137), puis sous la domination des Plantagenêts (mariage en 1152). Ses deux mariages et son rôle de reine la tinrent éloignée de son duché. De 1168 à 1173, elle y dirige sa principauté de manière plus autonome, bien que toujours sous le contrôle d'Henri.

En 1173, lors de la révolte des fils d’ contre leur père, la ville de Poitiers, comme la plupart des villes du sud du domaine Plantagenêt, soutient le roi. Elle est récompensée par une charte de commune, probablement accordée en même temps ou peu après celle de La Rochelle (en 1175), en tout cas pas après 1187. Elle est confirmée en 1199 par Aliénor d'Aquitaine, et le premier beffroi d'Europe fut construit. En 1282, la ville voit son importance confirmée par l'établissement d'un Poids le roi (sorte de bureau des Poids et mesures) en même temps que les villes aux foires importantes de Champagne, Provins et Troyes, et Albi.

Aliénor d'Aquitaine meurt dans sa ville natale de Poitiers, le . La ville est prise par les alliés de Philippe Auguste le .Marie-Aline de Mascureau, Chronologie, primitivement publiée dans Aliénor d'Aquitaine. Revue 303, hors-série n° 81, p 218-223, Nantes 2004, in Edmond-René Labande, Pour une image véridique d’Aliénor d’Aquitaine, réédité avec une préface de Martin Aurell par la Société des antiquaires de l'Ouest-Geste éditions en 2005. , p 151. et, comme presque toutes les possessions continentales des Plantagenêts (Normandie, Anjou, etc.), rattachée au domaine royal.

Les Hospitaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem prennent le relais des Templiers et installent à Poitiers leur grand prieuré d'Aquitaine, en 1317Jean-Marc Roger, « Jean de Vivonne, prieur d'Aquitaine (1421-1433) », Revue historique du Centre-Ouest : Templiers et Hospitaliers (XIVe et XVe siècles), vol. 7, n° 2, 2008, p. 287-400..

La guerre de Cent Ans Au , la ville échoit en apanage au troisième fils de le Bon, le duc (commanditaire des Très Riches Heures du duc de Berry). Il embellit le palais des ducs d'Aquitaine, en y aménageant notamment le donjon (dit tour Maubergeon).

Pendant les heures les plus noires de la guerre de Cent Ans, la ville accueillit le Parlement royal en 1418. C'est donc à Poitiers que Jeanne d'Arc fut examinée en 1429 par les théologiens (pour statuer sur ses voix) et par des matrones (pour vérifier sa virginité) avant de recevoir le commandement de l’ost royal. Profitant de la faveur royale et de la présence de nombreux érudits parisiens exilés, Poitiers obtient la création d'une université en 1431. Celle-ci compte 4 000 étudiants à la fin du .

Avec les imprimeurs et les libraires gravitant autour de l'institution, la ville devient un centre intellectuel, réputé pour sa faculté de droit. Rabelais fréquenta la ville, Calvin vint y prêcher.

Du à la Révolution française vignette|Poitiers au (gravure de 1572). La ville s'assoupit peu à peu économiquement à la Renaissance, et gagne une image de ville vieillotte, aux rues tortueuses, qui n'a pas su évoluer. De fait, peu de changements ont lieu à cette époque dans le tissu urbain, à part le percement de la rue de la Tranchée, et la construction de ponts qui remplacent les anciens gués. Quelques hôtels particuliers sont construits à la Renaissance : hôtels Jean Baucé, Fumé, Berthelot, notamment.

Les poètes Joachim du Bellay et Pierre Ronsard sympathisent à l'université de Poitiers, avant de monter à Paris. Seul esprit de valeur qu'elle ait produit après le , Descartes n'en parle que pour la dénigrer.