La Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF) est une fédération sportive française omnisports fondée en 1898, à Paris, par le docteur Paul Michaux sous le nom provisoire d’Union des sociétés de gymnastique et d'instruction militaire des patronages et œuvres de jeunesse de France. Après avoir dû adopter transitoirement, en 1901, le titre de Fédération des sociétés catholiques de gymnastique, elle prend son nom définitif en 1903. Elle accueille l’organisation féminine du Rayon sportif féminin pendant l’Occupation et fusionne définitivement avec celle-ci en 1947 pour devenir la Fédération sportive de France puis la Fédération sportive et culturelle de France en 1968.
Comme ses deux sigles initiaux le montrent bien, c’est avant tout une fédération gymnique, donc concurrente de l’Union des sociétés de gymnastique de France, cette dernière étant proche de la Ligue des patriotes et de la Ligue de l'enseignement qui s’affirment toutes deux laïques voire anticléricales. La devient aussi concurrente de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques quand elle en vient à se préoccuper d’autres sports et plus particulièrement du football, car à côté de la gymnastique qui a motivé sa création, elle ne tarde pas à choisir aussi celui-ci comme sport de référence. Ses clubs s’affrontent de 1904 à 1914 lors du Championnat de France de football FGSPF qu’elle organise. En 1908 elle parvient à imposer le Comité français interfédéral qu’elle a créé un an plus tôt comme seule fédération reconnue par la Fédération internationale de football association.
L’apparition des fédérations sportives spécialisées après la Première Guerre mondiale ne semble pas lui poser de problèmes, contrairement à l’ qui disparaît de la scène nationale. La connaît même alors un développement exceptionnel, dans le domaine du basket-ball en particulier.
Historique
thumb|upright=0.8|Conférence du le 16 avril 1902 à Bordeaux. En 1891, l’encyclique du pape Léon XIII légitime et conforte les patronages paroissiaux catholiques qui développent une tradition de jeux de course, ballons et échasses puis de gymnastique depuis près d’un siècle. Peu de temps après, l’anticléricalisme relayé par l’Union des sociétés de gymnastique de France (USGF) incite l’épiscopat français à envisager le regroupement de ses fidèles gymniques au sein d’une organisation spécifique. Lors de la Journée des patronages du tenue à l’Institut catholique de Paris son recteur, propose donc un concours d'exercices physiques pour les patronages du diocèse de Paris. Le projet étant adopté par l'assemblée, c'est le qui se charge aussitôt de constituer une équipe avec un autre médecin, le et quelques prêtres, dont l'abbé Louis Esquerré, fondateur en 1894 de l’œuvre du Bon-Conseil.
C’est chose faite dès l'année suivanteannée de la révision de l’affaire Dreyfus, le obtenant de la commission des patronages la création d’une organisation qui prend peu après le nom d' Union des sociétés de gymnastique et d’instruction militaire des patronages et œuvres de jeunesse de France (USGIMPOJF) remplacé, en , par la Fédération des sociétés catholiques de gymnastique (FSCG). Le premier concours est organisé le à Paris, sous la présidence du contre-amiral Mathieu devant spectateurs. En juin de l’année suivante, le second réunit à lvry, en présence d'Albert de Mun, près de gymnastes dont certains venus du Nord, du Havre et de Reims. En 1900 l'exposition universelle de Paris décerne son Grand prix des œuvres sociales à une présentation de la nouvelle fédération due à Pierre Griffaton, son co-disciple de l'œuvre de Nazareth. Le quatrième concours, en 1901, rassemble gymnastes devant spectateurs.
Cette institution poursuit des buts certes apostoliques mais aussi hygiénistes et patriotiques à la suite des réactions consécutives à la défaite française de 1870. Pour ces deux objectifs, la gymnastique déjà pratiquée dans les patronages depuis Timon-David s’impose car le ministre Paul Bert lui donne mission de combler le fossé de plusieurs années entre les bataillons scolaires de l’école primaire obligatoire quittée à 13 ans et l’incorporation dans l’armée. À cette fin, tout instituteur passe, au cours de son service, trois mois dans l’école normale militaire de gymnastique de Joinville vouée à l’escrime et la gymnastique.
Réunie du 25 au à l'Institut catholique de Paris, la commission centrale des patronages de France, présidée alors par le lui-même, émet - entre autres - le vœu et . Le sport fait aussi rapidement son apparition avec la prise en compte du football dès 1901 et de la course à pied en 1903. La fédération en prend acte et le elle devient Fédération gymnastique et sportive des patronages de France. Cette même année paraît le premier numéro du journal Les Jeunes. L’année 1904 voit le premier cross et le premier championnat fédéral d’athlétisme à Saint-Cloud, puis le premier congrès fédéral de la Commission des patronages. Le journal Les Jeunes, d’abord simple encart de la revue Patronage, devient autonome et hebdomadaire à partir de . Le , la fédération emménage dans ses premiers locaux au 5 place Saint-Thomas-d’Aquin ; Léon Lamoureux prend en charge l’administration le , vite secondé par Charles Simon.
La gymnastique, le football, la guerre (1898-1918)
thumb|upright=0.8|left|Concours régional de Seine-et-Oise de 1914, équipe championne.
thumb|upright=0.8|Charles Simon, secrétaire général de la et président fondateur du dans son bureau du 5, place Saint-Thomas-d’Aquin.
Cependant, la gymnastique reste bien l’occasion d’inscrire les catholiques dans le contexte patriotique et les grands concours qui préexistaient se multiplient, attirant à Paris des associations de province mais le développement de la fédération reste limité jusqu’en 1906. En 1908, l’hostilité des pouvoirs publics et des autres fédérations à l’égard des associations ayant répondu à l’invitation du pape pour participer aux concours de gymnastique de Rome en 1906 déclenche leur adhésion massive à la . Par exemple, la région lyonnaise, qui possède sa propre Fédération des sociétés catholiques de gymnastique du Rhône et du sud-est, y adhère cette année-là. Certaines le font plus tardivement et peut-être sous la pression de la hiérarchie de leur diocèse comme la Fédération des sociétés de gymnastique du Nord en 1912.
Cette situation, qui irrite les anticléricaux, n’est pas sans risques. Si en les troupes de l’abbé Deschamps se permettent de raccompagner Émile Combes, président du Conseil, à la gare d’Auxerre avec des clochettes et des sifflets, le la Saint-Joseph des Épinettes laisse un mort et deux blessés graves sur le terrain. Le , le concours de Roubaix mobilise spectateurs et gymnastes mais aussi opposants anticléricaux et 400 gendarmes qu’il faudra renforcer de deux escadrons de dragons et de deux brigades de police. C’est la guerre et la situation perdure car trois semaines avant la déclaration de la Grande Guerre, le à Roanne, un préfet zélé mobilise l’armée et fait charger un défilé par la garde mobile au prétexte que des prêtres l’accompagnent. Néanmoins les ralliements se multiplient, en particulier en province et, le à Chantilly, c’est une société de Bordeaux, La Flèche, qui remporte le premier championnat fédéral de gymnastique. L’année suivante, 43 unions régionales et sociétés affiliées participent au fédéral.
upright=0.8|thumb|left|Directeur de patronage paroissial, entouré de ses permissionnaires en 1916.
Par solidarité avec les provinces françaises annexées à l’Allemagne, deux concours sont organisés à Nancy en 1907 puis en 1911. Lors du second des sociétés d’Alsace, de Belgique, de Hollande (province des Pays-Bas), d’Irlande, d’Italie et du Canada sont invitées. À cette occasion, la rassemble athlètes dans la capitale lorraine. Les 25 délégations étrangères constituent sur place l’Union internationale des œuvres catholiques d’éducation physique (UIOCEP) qui devient, en 1947, la Fédération internationale catholique d’éducation physique et sportive (FICEP). Paul Michaux en assure la vice-présidence et Charles Simon le secrétariat général. En , cette union se réunit à Rome pour établir ses statuts avec les encouragements de Pie XI.
En douze ans, la a su fédérer l’essentiel des patronages des paroisses et des congrégations à vocation caritative. Mais ceux qui sont apparus au sein des établissements des ordres enseignants s’adressant aux élites sociales restent encore le plus souvent hors de son influence. Souhaitant établir grâce au sport un lien fort entre la jeunesse ouvrière et la jeunesse instruite, elle est la première fédération française à se préoccuper de sport scolaire à travers son Union gymnastique et sportive de l’enseignement libre créée le avec René Barbier de la Serre, déclarée le et devenue l’Union générale sportive de l’enseignement libre (UGSEL) en 1935. La conquête de ce secteur s'avère laborieux car il est déjà largement prospecté par l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) depuis plus de 20 ans comme en témoigne l'histoire du père Henri Didon et de son institut Albert-le-Grand d'Arcueil. La , qui compte 13 clubs affiliés fin 1898, en enregistre en 1914 contre respectivement et à ses rivales l' et l'. Ses effectifs en font alors le premier mouvement sportif de France et les années d'après-guerre doublent rapidement le nombre des adhérents.
Pour le docteur Michaux, sous-tendu par l’espoir de reconquérir l’Alsace et la Lorraine, la préparation militaire et le tir sont aussi une priorité fédérale : en 1914, un lauréat sur trois du Brevet d’aptitude militaire l’a préparé au sein de la . Celle-ci perd de ses adhérents, tombés au champ d’honneur durant la Première Guerre mondiale, parmi lesquels beaucoup de cadres et de prêtres-directeurs. En , Paul Michaux estime que plus de jeunes des patronages sont présents sous les drapeaux. La n’interrompt cependant pas ses activités, et Paul Michaux peut organiser le premier concours d’après-guerre dans une grande ville redevenue française : gymnastes venus de tout l’hexagone se retrouvent à Metz dès le .
upright=0.8|thumb|Les « bons gars de Bordeaux », champions de France FGSPF 1909.
thumb|upright=0.8|Plaque/palmarès du Trophée de France.
La majorité des groupements sportifs français — y compris de nombreux patronages et établissements scolaires religieux — adhère longtemps à l’ qui dispose de commissions spécialisées pour chaque discipline. Ses dirigeants, férus de , s’avèrent plus réticents vis-à-vis du qui mobilise déjà des sportifs professionnels outre-Manche mais qui est aussi largement pratiqué dans les cours des presbytères et dont la nouvelle Fédération des sociétés catholiques de gymnastique (FSCG) ne peut plus se désintéresser depuis qu’elle en a fait état dans son bulletin de et organisé de premières rencontres l’année suivante. C’est peut-être pour affirmer sa légitimité à s’en préoccuper qu’elle prend en 1903 le nom de Fédération gymnastique et sportive des patronages de France et organise dès l’année suivante son propre championnat de France de football FGSPF qui connaît dix saisons pour s’interrompre avec la guerre puis s’effacer au profit de la création de la coupe Charles Simon en 1917. Seul persiste alors un championnat fédéral.
Les difficultés s’accumulant, c’est son secrétaire général, Charles Simon qui est à l’initiative de la fondation du Comité français interfédéral (CFI) en 1907. Il reçoit alors l’adhésion individuelle de membres de l’ favorables au football. Le premier championnat du en 1907 est doté d’un trophée offert par Pierre de Coubertin lui-même. Les nouvelles adhésions ne sont pas désintéressées : l’ ayant quitté avec fracas en 1908 la Fédération internationale de football association (FIFA), Simon y a immédiatement affilié le , devenu le seul organisme à y représenter la France. En 1912, celui-ci décide de limiter strictement son champ d’action au seul football-association.