Cennino Cennini, ou Cennino d'Andrea Cennini, né à Colle di Val d'Elsa dans la seconde moitié du , est un théoricien de l'art et un peintre italien.
Élève à Florence d'Agnolo Gaddi pendant douze ans, il se rattache par son maître à la tradition de Giotto, qu'il présente comme le père de la peinture nouvelle. Il travaille ensuite à Padoue au service de Francesco da Carrara ; il y est attesté en 1398, marié à une femme de Cittadella.
Il doit sa renommée au Libro dell'arte, traité rédigé à Padoue, probablement au début du , qui résume les procédés techniques des ateliers de la peinture toscane du . L'ouvrage est présenté comme le plus ancien texte italien consacré aux techniques artistiques médiévales et comme l'un des premiers témoins de la critique d'art moderne. Publié pour la première fois en 1821, il est traduit en français par le peintre Victor Mottez en 1858.
Sa vie et son activité de peintre sont mal connues ; Miklós Boskovits a proposé en 1973 de lui restituer un groupe d'œuvres réuni autour des fresques de l'abbaye de San Lucchese, près de Poggibonsi.
Biographie
Origines
Cennino Cennini naît à Colle di Val d'Elsa dans la seconde moitié du , fils d'un certain Drea, ou Andrea, probablement peintre.
Formation
Il fait son apprentissage dans l'atelier florentin d'Agnolo Gaddi, fils et élève de Taddeo Gaddi, lui-même disciple de Giotto. Dans le premier chapitre du Libro dell'arte, il retrace sa « généalogie » de peintre : il part de son maître Agnolo, auprès duquel il reste douze ans, pour remonter jusqu'à Giotto.
Le Dizionario biografico degli italiani souligne que l'on ne sait presque rien de sa vie : son nom n'apparaît à Florence ni dans les registres de la corporation, ni dans ceux de la compagnie des peintres.
Padoue
Les seuls repères chronologiques précis proviennent de deux actes notariés des 13 et , conservés à l'Archivio di Stato de Florence. Ils attestent sa présence à Padoue comme peintre au service de Francesco da Carrara et son mariage avec une certaine Ricca, originaire de Cittadella. Le site Liber Liber le présente, à Padoue, comme « » Francesco da Carrara, et la Treccani comme peintre de cour en 1398.
Il est peut-être arrivé à Padoue dans la suite de Bonifacio Lupi, fondateur de l'hôpital florentin de San Bonifacio ; sa femme étant originaire de la campagne padouane, il devait résider depuis un certain temps dans la ville en 1398. Il y passe une bonne partie de sa vie avec sa famille.
Fin de vie
Le lieu et la date de sa mort sont inconnus ; il est peut-être rentré à Florence après la défaite des Carrara, en 1405.
La plus ancienne copie du Libro dell'arte, datée du , porte la mention « », c'est-à-dire en provenance des Stinche, la prison pour dettes de Florence. F. Dini en a déduit en 1905 que Cennini était mort après 1437. Les registres de la prison de 1396 à 1462 étant perdus, rien ne permet toutefois de lui attribuer ce manuscrit, sans doute recopié par un copiste inconnu.
Œuvre peinte
Cennini se présente lui-même comme un « », une formule que le Dizionario biografico attribue davantage à une modestie rhétorique qu'à la conscience de sa valeur.
Vasari mentionne de lui une Vierge et des saints sous la loggia de l'hôpital de San Bonifacio à Florence, dans lequel Milanesi voyait en 1859 sa seule œuvre presque certaine. Transférée sur toile en 1787, lors de la reconstruction de l'hôpital, elle a été identifiée avec une fresque aujourd'hui presque illisible, déposée dans les galeries florentines et présentée en 1957 à l'exposition des fresques détachées du fort du Belvédère ; U. Procacci doute cependant qu'il s'agisse de l'œuvre citée par Vasari, qu'il tient pour perdue.
En 1973, Miklós Boskovits, qui qualifie Cennini de peintre « non conformiste », a réuni sous son nom un ensemble homogène d'œuvres autour des fresques des Histoires de saint Étienne de l'abbaye de San Lucchese, près de Poggibonsi. Ces fresques, traditionnellement attribuées à Taddeo Gaddi, sont datées de 1388 et signées d'une inscription mutilée, « », qui se rapporte probablement, sans certitude absolue, à leur auteur, citoyen de Colle comme Cennini.
Boskovits leur a associé deux œuvres liées à Colle di Val d'Elsa, une Nativité de la Vierge conservée à la pinacothèque de Sienne et provenant d'une église de Colle, et un tabernacle de la Vierge à l'Enfant, mutilé et très altéré, dans une rue de la ville. Il y a ajouté deux saints, Augustin (?) et Grégoire, panneaux d'un polyptyque conservés aux Staatliche Museen de Berlin, et trois Vierge à l'Enfant, l'une dans la collection Hylard à Greenwich, les deux autres passées sur le marché de l'art à Munich et à Florence.
D'après ces œuvres, le Dizionario biografico voit en Cennini l'un des nombreux continuateurs artisanaux de la tradition giottesque tardive, telle qu'elle se transmettait à Florence à la fin du dans les ateliers des Orcagna, des Gaddi et des Gerini. Il estime en 1979 que sa renommée repose aujourd'hui uniquement sur son traité.
Du 10 janvier au , la Gemäldegalerie de Berlin présente l'exposition , consacrée à Cennini et à la tradition de la peinture toscane de Giotto à Lorenzo Monaco, sous la direction de Wolf-Dietrich Löhr et de Stefan Weppelmann.
vignette|Nativité de la Vierge, attribuée à Cennino Cennini, pinacothèque de Sienne.
Libro dell'arte
Date et lieu
Le Libro dell'arte est écrit à Padoue, quelque temps après le départ de Cennini de Toscane, probablement dans les premières années du . Le Dizionario biografico le déduit de l'emploi fréquent de termes vénètes, de la présence de saint Antoine de Padoue parmi les saints invoqués au début de l'ouvrage et d'une allusion aux coutumes des femmes de Padoue, au chapitre 180.
Selon S. Chiodo, citée par le Magazine de la Treccani, il le compose dans le milieu des humanistes padouans de l'époque de la seigneurie de Francesco Novello da Carrara. LEnciclopedia Italiana de 1929 le disait compilé vers 1437.
Langue
Sa langue est un vulgaire de base toscane et florentine, avec des éléments, surtout lexicaux, du nord de l'Italie : vénètes selon l'''Enciclopedia on line, padouans en particulier selon le Magazine de la Treccani. Le Magazine le présente comme le plus ancien texte italien sur les techniques artistiques médiévales, et le site Liber Liber estime qu'il inaugure la grande tradition de la littérature en langue vulgaire sur l'art.
Contenu
Le Libro dell'arte résume les expériences techniques acquises dans les ateliers de la grande peinture toscane du . Il traite des différentes techniques, le dessin, la tempera, la fresque, la peinture à l'huile et la dorure, ainsi que de la préparation des couleurs et des proportions du corps humain.
Le Dizionario biografico le tient pour l'un des témoins les plus intéressants des débuts de la critique d'art moderne. Son antécédent le plus proche est le traité du moine Théophile, au , que Cennini ne connaissait peut-être pas. À la différence de ce dernier, attentif à la seule fonction religieuse de la peinture, Cennini veut d'abord enseigner à devenir peintre, et définit la peinture comme l'union de la « » et de l'« ». Le même dictionnaire relève aussi certains préjugés médiévaux, comme le refus d'étudier les proportions du corps féminin.
LEncyclopædia Britannica le présente comme la source la plus riche sur les méthodes, les techniques et les conceptions des artistes du Moyen Âge.
Giotto
Dans sa généalogie de peintre, Cennini proclame Giotto père de la peinture nouvelle. Il le décrit comme celui qui « », lui reconnaissant le mérite d'avoir dépassé la manière « grecque », c'est-à-dire byzantine. Selon le Dizionario biografico, le terme « moderne » apparaît ici pour la première fois dans un traité d'art.
Le conseil d'éclairer les figures peintes sur les murs des chapelles selon la lumière de la fenêtre principale a conduit J. Mesnil à rapprocher de ce texte les solutions de Masaccio dans la chapelle Brancacci.
Manuscrits
Aucun manuscrit autographe n'est conservé. La plus ancienne copie, conservée à la Bibliothèque Laurentienne de Florence sous la cote Pluteo 78.23, est datée de 1437 et due à deux mains. Une troisième copie, du , se trouve à la bibliothèque Riccardiana de Florence.
Vasari, le premier à mentionner le Libro dell'arte, en connaissait le texte par un manuscrit appartenant à un « Giuliano orefice senese », probablement Giuliano di Niccolò Morelli, dit il Barba. Un manuscrit conservé chez les Beltramini à Colle di Val d'Elsa jusqu'à l'époque de Manni semble perdu. Il est impossible de dire si celui de Vasari correspond, comme l'affirme Baldinucci, à celui de la Laurentienne.
Selon le Dizionario biografico, Vasari fait preuve de condescendance envers Cennini et semble mal comprendre le passage sur Giotto, en interprétant « » comme un simple « traduire ».
Éditions
La première édition imprimée est publiée à Rome en 1821 par G. Tambroni. Il connaît la copie laurentienne, mais fonde son texte sur un manuscrit lacunaire de la Bibliothèque vaticane découvert par Angelo Mai, le codex Ottoboniano 2974, un manuscrit du selon le Magazine de la Treccani. Tambroni avance aussi l'hypothèse que Raffaello Borghini a plagié le texte dans son Riposo de 1584.
Une deuxième édition, établie par Carlo et Gaetano Milanesi sur le manuscrit le plus ancien, paraît à Florence en 1859.
Traductions
La première traduction anglaise, due à M. P. Merrifield, paraît à Londres en 1844 ; l'ouvrage est aussi traduit en français, en allemand, en russe et en polonais.
La première traduction française, due au peintre Victor Mottez, paraît à Paris en 1858 chez Jules Renouard et L. Lefort, sous le titre Traité de la peinture'', avec une préface du chevalier Tambroni. Le traité serait tombé par hasard en 1883 entre les mains d'Auguste Renoir ; la traduction a été rééditée par les éditions Ressouvenances, avec un texte du peintre.
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
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Articles connexes
Agnolo Gaddi Taddeo Gaddi Gaetano Milanesi Giotto
Liens externes
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