Lanthroposophie (du grec , « l'homme » + , « le savoir, la sagesse. ») est une doctrine spirituelle pseudoscientifique et ésotérique s'appuyant sur les pensées et écrits de l'occultiste autrichien Rudolf Steiner, réalisés après qu'il a quitté la Société théosophique en 1913. Sa doctrine est syncrétique : elle mélange diverses notions empruntées aux religions indiennes et au théosophisme (telles que les concepts de karma et de réincarnation), au christianisme et plus récemment au mouvement . Le mouvement est dirigé par la Société anthroposophique universelle, institution installée dans le Goetheanum à Dornach, en Suisse.

Principalement issus de son intuition, les préceptes de Steiner s'appliquent à un champ élargi de domaines, dont l'agriculture à travers la biodynamie, la pédagogie à travers la pédagogie Steiner-Waldorf, la finance durable (Triodos Bank, GLS Bank et La Nef ; fondées par des anthroposophes et encore gérées comme telles selon un ancien directeur de Triodos en ) et le bien-être et la santé humaine à travers la médecine anthroposophique (cosmétiques et médicaments anthroposophiques, avec notamment les laboratoires Weleda, détenus à 33,5 % par la Société anthroposophique universelle et la clinique anthroposophique d’Arlesheim).

Selon la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) et l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (Unadfi), l'anthroposophie est un qui présente un risque de dérive sectaire. Le rapport parlementaire de 1999 Les sectes et l'argent qualifie l'anthroposophie de . Ces classifications, contestées par les institutions anthroposophes, ont fait l'objet d'une procédure judiciaire pour diffamation, qui n'a pas abouti à condamnation. Ce mouvement est toujours cité dans le rapport d'activité de la Miviludes en 2024. En 2017, celle-ci estimait le nombre d'adeptes de l'anthroposophie à plusieurs milliers en France.

Les applications de l’anthroposophie dans les domaines de la médecine, la biologie, l’agriculture et l’éducation, sont considérées par les communautés scientifiques comme pseudo-scientifiques, car ne se fondant pas sur des faits mais se présentant comme des sciences.

Origine de l'anthroposophie Étymologie et usages antérieurs Le terme « anthroposophie » provient du grec ancien , « l'homme » + , « le savoir, la sagesse », littéralement ..

Le terme est utilisé à de multiples reprises avant d'être adopté par le mouvement du même nom.

En 1804, Schelling écrit que .. Le fils du philosophe Johann Gottlieb Fichte, Immanuel Hermann Fichte, écrit dans son Anthropologie : « Le but final de l’anthropologie est une soi-connaissance fondamentale de l’être humain, qui repose uniquement dans la reconnaissance complète de l’esprit. Elle s’élève ainsi à une anthroposophie. ».. En 1872, Gideon Spicker mentionne lui aussi l'« anthroposophie » : « Si nous avons affaire, dans la science, à la connaissance des choses, la philosophie s’occupe au contraire de la connaissance de cette connaissance, et c’est ainsi que l’être humain étudie l’être humain lui-même et que le but le plus élevé de la philosophie est la connaissance de soi ou anthroposophie. ».. Le terme d' peut aussi être retrouvé, plus tôt encore, dans le livre de Thomas Vaughan Anthroposophia Theomagica, et signifie Encyclopedia of Occultism & Parapsychology, 5th Edition, Gale Publishing, 2003. Entrée « Antroposophy »..

Rudolf Steiner, le fondateur du mouvement anthroposophique., revendique un autre sens à ce terme : « L’interprétation correcte du mot « anthroposophie » n’est pas « sagesse de l’être humain » mais « conscience de son humanité », c’est-à-dire : développer sa volonté, lier connaissance et expérience, vivre le destin de son temps afin de donner à son âme une orientation de conscience, une Sophia. »..

Histoire vignette|redresse|Rudolf Steiner, occultiste fondateur de l'anthroposophie. Les origines de l'anthroposophie sont à retrouver dans la branche ésotérique du romantisme allemand. Le journaliste Jean-Baptiste Malet décrit ainsi le terreau qui vit croître ce mouvement : . Cependant, l'article consacré à l'anthroposophie du journal scientifique History of European Ideas. considère que Steiner « a passé sa vie à exposer les manquements logiques du mysticisme, les dangers et les insuffisances inhérents au positivisme et la menace d'un abîme intellectuel du néo-kantisme. Cette confrontation systématique et sans compromis avec les idées et paradigmes dominants distingue clairement Steiner des autres penseurs ésotériques » et qu'il ne cherchait pas à « remplacer » les traditions philosophiques occidentales, mais plutôt à les « transcender », en dénonçant tout autant les dérives du réductionnisme que celles du mysticisme, et en préservant « la tradition des procédures discursives rationnelles et logiques. »

Sur le territoire multiculturel qu'était l'empire austro-hongrois à l'époque, c'est dans une ambiance empreinte de spiritualisme goethéen, de néo-paganisme et de pangermanisme, que Steiner fait sa première expérience journalistique dans les colonnes du journal viennois , sous-titré , dont il se chargera de la rédaction pendant six mois, de janvier à .. Durant la décennie qui suit, il écrit dans divers journaux, notamment pour le ou le . En 1897, il quitte Weimar, la ville de Goethe, et tente l'aventure berlinoise pour reprendre la direction du , se rapprochant du courant anarchiste et de cercles artistiques.. Les articles publiés durant ces années s'étendent du commentaire politique à la critique littéraire en passant par les nombreuses critiques de théâtre ainsi que des essais de nature philosophique, qui peuvent être intégrés au reste de ses publications philosophiques de jeunesse..... Après avoir intégré la Société théosophique en devenant dirigeant de sa section allemande, il crée et dirige le journal Luzifer-Gnosis, qui est le premier organe de presse où il diffuse sa pensée ésotérique et ses conceptions spirituelles.. À la fin de sa vie, après la création du Goetheanum en Suisse, il crée avec l'écrivain suisse Albert Steffen, le journal , sous-titré « hebdomadaire pour l'anthroposophie »., qui existe encore aujourd'hui..

La source documentaire principale concernant l'enfance de Steiner est son ouvrage Mon chemin de vie, traduit en français par Autobiographie. Cet ouvrage, composé à la fin de sa vie entre et , met l'accent sur le cheminement intérieur qui l'a conduit à développer l'anthroposophie. Rudolf Steiner aurait eu ses premières expériences spirituelles dès l'âge de sept ans. Très tôt il s'intéressera à la philosophie, et étudie en particulier Kant. À l'âge de , en 1882, soutenu par son professeur Karl Julius Schröer, il est chargé de l'édition des œuvres scientifiques de Goethe, en particulier la Métamorphose des plantes et le Traité des couleurs. Il interprétera Goethe en y voyant les amorces d'une science des phénomènes vivants, puis des phénomènes de l'esprit — . et c'est à partir de ces bases qu'il développera l'anthroposophie.

La phase philosophique La première phase de développement de l'anthroposophie est donc d'abord philosophique. Rudolf Steiner édite les œuvres scientifiques de Goethe, mais aussi celles de Jean Paul et de Schopenhauer.. Durant cette période, il se prépare à éditer les œuvres de Nietzsche, après l'avoir rencontré peu de temps avant sa mort, et se plonge dans son œuvre. Le projet échoue par suite de désaccords avec la sœur du défunt, mais il en résulte un livre de Steiner sur le philosophe.. Les ouvrages où Steiner se consacre spécifiquement aux bases philosophiques de sa théorie de la connaissance sont : Une théorie de la connaissance chez Goethe, Vérité et science, Goethe et sa conception du monde., et son ouvrage principal : La Philosophie de la liberté..

La phase théosophique Lorsque Rudolf Steiner intègre la Société théosophique, il commence à développer sa conception spiritualiste dans les directions les plus diverses, mais toujours en lien avec des questionnements spirituels : la mystique allemande, le christianisme, les grands textes de la tradition spirituelle de l'humanité. Il publie ainsi des articles sur la méditation et le développement de facultés de perception spirituelle qui seront réunis dans le livre traduit en français sous le titre L'Initiation. Il publie des ouvrages sur les origines du christianisme et sa manière de le comprendre, mais il reprend aussi toute une terminologie indienne lorsqu'il expose sa théorie des différents corps subtils de l'être humain (il parle alors de Manas, Buddhi, Atma) et aborde aussi la question du destin (Karma) et de la réincarnation.. Il publie des articles où il expose ce qu'il dit être ses visions de temps passés de l'humanité. Il y décrit par exemple ce qu'il considère comme des civilisations antérieures de l'humanité comme l'Atlantide ou la Lémurie et qu'il aurait pu contempler par sa vision intérieure. Cette phase théosophique de l'anthroposophie culmine dans l'ouvrage La Science de l'occulte publié en 1910, où il expose en détail sa vision du développement de l'univers. Ces descriptions posent le problème de n'être issues que de ce qu'il dit être sa vision intérieure.

La phase anthroposophique La phase anthroposophique proprement dite commence alors que Rudolf Steiner quitte la Société théosophique. Il rédige alors un ouvrage dont la teneur change considérablement d'approche. Le livre ne sera jamais achevé et devait être intitulé Anthroposophie. Il sera publié sous sa forme incomplète sous le titre Anthroposophie, un fragment. Ce livre, qu'il commence à rédiger en 1910, propose une approche bien différente de celle présentée dans le cadre théosophique, puisque Steiner souhaite partir des organes sensoriels de l'être humain, de la réalité perceptible par les sens, pour ensuite aller vers la dimension spirituelle qu'il y a derrière. De manière générale, cette phase proprement anthroposophique chez Steiner est marquée par la volonté de travailler dans le monde matériel. De 1910 jusqu'à la fin de sa vie, Steiner ne cessera de lancer, souvent à la demande de personnes qui l'entouraient, de nouveaux projets.