Les événements de Bisesero se sont déroulés en 1994 sur une chaîne de collines portant le nom de Bisesero à l'ouest du Rwanda.
Dans la mémoire rwandaise, Bisesero est réputé comme un lieu de résistance des Tutsi. Aussi, pendant le génocide des Tutsi au Rwanda d'avril à , des milliers de Tutsi se réfugièrent sur cette colline où plus de d'entre eux, selon les rescapés, furent massacrés sous le gouvernement intérimaire rwandais par les miliciens Interahamwe et les Forces armées rwandaises.
Des Rwandais et des journalistes français ont fait surgir en France une polémique à propos de la conduite que l'armée française aurait eue au début de l'opération Turquoise vis-à-vis des réfugiés Tutsi de Bisesero. Cette polémique a depuis 2005 des prolongements devant la justice française.
Situation géographique
La chaîne de collines de Bisesero est au nord-ouest sur la commune de Gishyita et au sud-est sur celle de Gisovu. Elle est située à vol d'oiseau à une douzaine de kilomètres au sud de Kibuye sur la route qui mène à Gisovu en passant par Gishyita. Du sommet de la plus haute colline, on devrait parler de montagne puisqu'elle est située à environ deux mille mètres d'altitude, on découvre à l'ouest un vaste panorama sur le lac Kivu et ses îles.
L'histoire de Bisesero jusqu'à la mi-juin 1994 Les habitants de cette région, les « Abasesero », ont la réputation d'être des éleveurs Tutsi, doués d'une forte résistance pour défendre leurs troupeaux d'attaques extérieures. Au cours de l'histoire des premières républiques rwandaises, lors des évènements de 1959, puis de 1962, leur capacité de défense leur aurait épargné les violences que subirent les autres Tutsi du Rwanda. En 1973, ils n'auraient eu que deux maisons brûléesRésistance au génocide - Bisesero - avril-juin 1994 - African Rights - Témoin . L'histoire de cette région est connue par une enquête menée par African Rights.
En 1994, forts de cette réputation, les Tutsi de Bisesero devinrent un point de ralliement pour résister au génocide.
En fait dès les premiers jours qui suivirent l'attentat contre l'avion du Président Juvénal Habyarimana, les Tutsi de Bisesero furent attaqués, sur ordre des autorités locales, par les miliciens Interahamwe, comme dans la plupart des régions rwandaises. La résistance s'organisa dès les 9-, y compris avec de nombreux voisins Hutu qui n'avaient pas compris tout de suite que les Interahamwe leur demanderaient de choisir leur camp. Ces Hutu furent d'emblée solidaires pour défendre la région contre des violences. Mais sous l'influence de la propagande officielle, en une semaine, les discours ethniques des autorités locales obligèrent les Hutus à se séparer des Tutsi. Le partage de la population se fit et les Tutsi se regroupèrent sur des points jugés plus stratégiques. En même temps, dans les communes voisines les massacres se développèrent et d'autres Tutsi affluèrent à Bisesero.
Face aux Forces armées rwandaises et aux miliciens interahamwe, les civils Tutsi sans autres armes que des lances et des bâtons, eurent recours à des ruses pour se battre en se mélangeant à leurs assaillants et, si quelques miliciens furent tués, l'inégalité des forces ne leur permit pas d'échapper aux massacres, comme partout au Rwanda.
Le vendredi , une vaste attaque fut programmée par les autorités du Rwanda contre les Tutsi de Bisesero. Outre des membres de la garde présidentielle et des Forces armées rwandaises, des miliciens réputés venant d'autres régions du Rwanda furent engagés dans cette opération. Ces forces furent accompagnées des autorités locales, dont le préfet de Kibuye, Clément Kayishema. Jusqu'à la mi-juin de nombreuses attaques se répétèrent et firent de nombreux morts. Selon l'enquête d'African rights, de cinquante mille, les résistants Tutsi de Bisesero n'étaient plus que deux mille à la fin du mois du juin, au moment de l'arrivée des soldats français de l'opération Turquoise.
La plupart des rescapés de Bisesero furent des hommes, comme le remarqua l'envoyé spécial de Paris Match qui souligna que les femmes et les enfants furent rapidement éliminés par ces traques répétées en terrain difficile«Sur une piste jonchée de cadavres, les soldats [français][...] réunissent les hommes traqués[...]. Il y a malheureusement peu de femmes et d'enfant parmi les blessés[...]. Les femmes moins résistante, et souvent alourdies par un bébé, ont presque toutes été massacrées », Paris Match, du 14 juillet 1994 reportage effectué le 30 juin 1994 à Bisesero.
Les événements à partir de l'arrivée de l'opération Turquoise Des massacres ont eu lieu à Bisesero entre le 27 et le 30 juin 1994 Selon l'enquête d'African Rights publiée en 1998<ref>Résistance au génocide - African Rights déjà citée</ref>, environ un millier de Tutsi de Bisesero auraient été massacrés entre le 27 et le .. Le , l'armée française a dénombré un peu plus de huit cents rescapés auxquels elle a porté secours.
Le courrier du capitaine de frégate Marin Gillier, qui figure dans les annexes du rapport des députés, confirme que des attaques ont eu lieu à Bisesero pendant ces trois jours. Il les attribuait avant le à des attaques des miliciens et des FAR contre des éléments infiltrés du FPR : « Des missions de recherche et de renseignements sont lancées le vers Gishyita [...] et dans la région de Gisovu. C'est alors qu'un élément léger rend compte avoir découvert dans l'est de Gishyita, un prétendu point avancé des éléments infiltrés du FPR [...] Sur place j'interroge la population qui affirme que les collines à l'est sont infestées d'éléments du FPR infiltrés pour semer la terreur. [...] vers midi, des bruits de rafales d'armes automatiques et d'explosions [...] La population est immédiatement questionnée : il s'agirait d'une centaine de villageois qui s'attaqueraient aux éléments infiltrés du FPRCourrier de Marin Gillier à la Mission parlementaire française, intitulé « Turquoise : intervention à Bisesero » ( du rapport). ».
La polémique
Lors de l'opération Turquoise de l'armée française, qui se déroula du au , les premiers contacts entre les troupes du Commandement des opérations spéciales et les Tutsi réfugiés à Bisesero vont devenir l'objet d'une polémique, surtout entre la France et le Rwanda, qui rend difficile la perception de ce qui s'est passé.
Les diverses versions de ces événements sont issues de Rwandais, de journalistes occidentaux et de militaire français présents sur place ainsi que de la hiérarchie militaire de l'opération Turquoise, des enquêtes du TPIR pour juger des responsables du génocide des Tutsi dans cette région, de celle de la justice rwandaise, des analyses du parlement français, de diverses associations et des enquêtes de journalistes et d'historiens qui se sont intéressés à ces évènements.
Pour l'une, les rescapés Tutsi de Bisesero auraient été découverts le 26 ou par un détachement de l'opération Turquoise, dont le chef, le Lieutenant-colonel « Diego », leur a promis de revenir et aurait prévenu la hiérarchie de l'opération Turquoise. Pour l'autre, ce chef n'aurait pas prévenu à temps son supérieur hiérarchique et le détachement du capitaine de frégate Marin Gillier n'aurait découvert les rescapés que le . Les deux versions s'accordent pour dire que ce détachement a aussitôt porté secours aux rescapés le , au nombre de 800.
Au cœur de cette polémique, des Rwandais ont porté plainte devant le tribunal aux armées de Paris, entre autres sur ces faits dont ces plaignants disent avoir été victimes, et voudraient voir juger la question de la complicité ou non des autorités françaises dans le génocide des Tutsi au Rwanda car elles affirment que durant ces trois jours la moitié des derniers rescapés auraient été massacrés. Certaines vont jusqu'à affirmer que l'armée française aurait pris part aux massacres.
Les groupes et personnes présents sur le terrain En premier lieu il y a bien sûr les Rwandais, rescapés, miliciens, militaires des FAR, la population environnante et les autorités locales managées par le préfet de Kibuye, Clément Kayishema.
À partir du , on trouve également les soldats de l'opération Turquoise qui dépendent du Commandement des opérations spéciales, les COS dirigés sur le terrain par le colonel Jacques Rosier. Sous ses ordres deux officiers sont dans la zone : le capitaine de frégate Marin Gillier, et le lieutenant-colonel Jean-Rémy Duval, connu par les journalistes sous son pseudonyme de « Diego ». Partis de Cyangugu, à l'extrême sud-est du Rwanda, ils montent progressivement au nord vers Kibuye (zone nord de l'opération Turquoise) pendant la dernière semaine de juin. Ils doivent redescendre vers la partie sud-est de l'opération Turquoise, baptisée zone Sud, qu'ils atteindront au tout début de .
Des journalistes occidentaux sont également dans cette zone de Kibuye, pour la plupart dans le sillage de l'opération Turquoise, en relation avec le service de communication de l'armée française. S'y trouvent de façon certaine : dès le Vincent Hugeux de l'Express-Les oubliés de Bisesero (L'Express du 30/06/1994)-Dix ans après le génocide, Retour à Bisesero (L'Express du 12/04/2004), Sam Kiley du Times, Patrick de Saint-Exupéry du Figaro, Dominique Garraud de LibérationDominique Garraud, Rwanda : L’armée française avance à pas compté, Libération, 27 juin 1994, , et Christophe Boisbouvier de RFIRadio France Internationale journal du soir du 28 juin 1994 . à partir du Corine Lesnes du journal le Monde, Raymond Bonner du New York Times à partir du (peut être la veille ?) Michel Peyrard de Paris MatchLe , le ministre de la Défense français, François Léotard, est à Gishyita, à de Bisesero en compagnie de Raymond Bonner et de Corine Lesnes.
La version de la découverte le 27 juin 1994 des rescapés de Bisesero C'est la version reprise par les autorités rwandaises.
Des témoignages de journalistes