L'île de la Jeunesse (île des Pins jusqu'en 1978) est la plus grande île cubaine après l'île de Cuba, et la sixième plus grande des Caraïbes. Comme c'est depuis 1830 un lieu de détention et de relégation (lieu dit de « rééducation » depuis 1960) et le site de la prison de Presidio Modelo, elle est considérée comme une municipalité spéciale administrée directement par le gouvernement central de Cuba, et non comme une province du pays.

Géographie L'île de la Jeunesse est située à environ au sud-ouest de l'île de Cuba, dont elle est séparée par le golfe de Batabanó, et se trouve presque directement au sud de La Havane et de Pinar del Río. Elle s'étend sur environ du nord au sud et sur d'est en ouest.

Avec c'est la deuxième plus grande île du territoire cubain (après celle de Cuba elle-même) et la sixième plus grande île des Caraïbes.. Elle inclut îlots et cayos qui s'étendent sur , le tout marquant la limite sud du golfe de Batabanó.. Les principaux cayos sont : Cayo Matías (), Cayo Campos (, ne pas confondre avec le cayo Campos sur la côte sud de la province de Ciego de Ávila), Cayo Aguardiente, Cantiles (long de , surface ), Rosario (long de , surface ) et Cayo Largo (long de , surface ). Le plus connu est Cayo Largo, qui a son propre aéroport : l'.

Altitude et géologie

Son altitude la plus élevée est à la sierra de la Cañada au centre de l'île. Sa géologie détermine deux grands types de paysages radicalement différents. Les deux tiers de l'île au nord sont des schistes du Jurassique érodés et des collines de calcaire métamorphiques, avec un couvert dominé par des vergers d'agrumes et des pâtures. Le sud est une plaine basse et rocheuse faite de sédiments carbonatés du Quaternaire, couvert par des forêts denses et des buissons. Entre ces deux zones, le marais de Lanier se présente comme une barrière naturelle, avec d'épais dépôts de tourbe.

Les sols et l'eau

Les sols agricoles sont principalement sableux, pauvres en nutriments et à tendance acidique (pH < 7, voir l'article « Acidification des sols ») ; ils nécessitent fertilisation et traitements. Les zones basses se drainent mal, et le centre de l'île a souffert de l'érosion. Une couche kaolinitique importante recouvre de larges parts des plaines plus hautes au nord tandis qu'au sud les sols, nettement plus limités, se trouvent dans les dépressions. Des réservoirs d'eau ont été construits dans le nord vers la fin des années 1960 pour augmenter les surfaces agricoles et le drainage naturel dans cette région est intensément régulé ; en 2003 l'île a une capacité de stockage de plus de de . La rivière Los Indios se déverse dans le nord-est de la baie de Siguanea (ensenada de la Siguanea). Un barrage a été édifié sur son cours à à l'ouest du village La Victoria, créant une retenue d'eau de pour de ..

La végétation

Les forêts originelles de pins ouvertes (moins de 40 % de couvert forestier) dans le nord ont cédé de grandes surfaces à l'agriculture ; il n'en reste que des lambeaux sur les hauteurs. Dans le sud ce sont des forêts tropicales denses semi-décidues, et des mangroves dans les terrains humides ; la végétation originelle y est mieux préservée du fait du plus grand isolement de la région, et la faune plus diverse. Le parc national marin de Punta Francés ne couvre pas seulement les côtes mais une grande part des terres du sud.

Les différents noms de l'île L'île eut plusieurs noms au cours de son histoire. Pour les autochtones, l'île se nommait Sigüanea, Ahao, Camaraco ou Guanaja.

Christophe Colomb l'a nommé La Evangelista (nom complet : San Juan Evangelista). Elle a aussi été appelée Isla de Cotorras (« île des perroquets »), Santiago, Santa María, Isla de los Piratas, Isla del Tesoro, colonie de la Reine Amalia (Colonia Reina Amalia), Île des Déportés (Isla de Los Deportados, après 1868), la Sibérie de Cuba (Siberia de Cuba, allusion à l'envoi en Sibérie des récalcitrants au régime russe). Puis elle a été l'île des Pins (espagnol Isla de Pinos) jusqu'au 2 août 1978 quand elle a reçu le nom d'île de la Jeunesse (Isla de la Juventud). Ce nom marque la reconnaissance de l'effort fait par des milliers de jeunes étudiants de nombreuses nationalités qui ont répondu à l'appel à l'aide internationale et sont venus travailler et étudier sur l'île à la suite des dévastations de l' en 1966..

Histoire Histoire précolombienne

On connaît peu la civilisation précolombienne de l'île, mais une série de grottes près de la plage de Punta del Este a préservé anciennes peintures réalisées par la population indigène.. La première mention écrite de ces peintures vient du Français Charles Berchon. Contrairement à ce qu'en disent certains il n'a pas été naufragé sur l'île de la Juventud.. Les grottes ont été classées Monument historique en 1979.. En 2018 une grotte voisine accessible seulement par bateau, nouvellement explorée, a livré d'autres peintures rupestres..

Les recherches archéologiques ont apporté quelques précisions. Au moment où Christophe Colomb aborde l'île, elle était habitée par des chasseurs-cueilleurs-pêcheurs Siboney. ou Ciboney, repoussés là et en d'autres lieux isolés à l'ouest d'Hispaniola, Haïti et la République dominicaine par leurs voisins Taino plus puissants.. L'île était partagée entre deux cultures différentes.

Au nord se trouvait la culture dite Cayo Redondo, avec une industrie lithique (« culture de la pierre » ou cultura de piedra). Cette culture se retrouve à Haïti. Les principaux sites connus en sont la grotte de l'Indien (cueva del Indio) dans la sierra de Casas, la sierra San Juan, La Isabel, Guayabo, Cayama, Nueva Gerona, La Esperanza et Los Indios.

Au sud, les Guayabo Blanco qui utilisaient des instruments faits avec des coquillages, principalement le strombe géant (Lobatus gigas ou Strombus gigas), escargot qui abondait dans la zone sud (« culture de l'escargot » ou cultura del caracol) et est considérée comme moins avancée que la culture de la pierre. Cette culture de l'escargot était répandue dans les sites de la culture des Glades en Floride. Les principaux sites connus en sont Punta del Este, Playa Blanca, Playa Larga, El Guanal, Carapachibey, Caleta Grande et Punta Francés.

Ces peuples ont essentiellement disparu un siècle après l'arrivée de Christophe Colomb, bien que des descendants des Ciboney ont survécu.

Après Christophe Colomb

L'île est découverte par les Européens durant le troisième voyage de Christophe Colomb vers le Nouveau Monde le . Il la nomme La Evangelista.. et en prend possession pour l'Espagne.

L'île apparait pour la première fois sur une carte de l'Amérique publiée en 1529 par le Portugais Diego Ribero...

Les hauts-fonds interdisaient aux lourds galions espagnols d'approcher de ses côtes tandis que les bâtiments légers comme ceux des flibustiers pouvaient y mouiller. Elle a été utilisée par des personnages mythiques ou moins connus. Le premier pirate connu comme s'en étant servi de mouillage est Jean Francois La Roque en 1543. Il y eut ensuite John Hawkins, Francis Drake, , John Oxman, Van Vyn Enrique, François Le Clerc (surnommé Pata de Palo), Cornelis Jol, Francis El Olonés (en 1660 - il a utilisé l'île comme repaire pendant plusieurs années), Henry Morgan., et bien d'autres.

Île-prison

1901, l'amendement Platt

En 1901, l'amendement Platt qui fixe les termes des relations américano-cubaine mentionne dans son article VI l'île de la Jeunesse (ou « île des Pins », à l'époque) comme étant , tout en laissant .. C'est finalement le traité américano-cubain de 1903 qui permet aux États-Unis d'échanger l'île contre le territoire qui allait devenir la Base navale de la baie de Guantánamo.

En 1917 un ouragan particulièrement violent est nommé d'après la ville de Nueva Gerona, où il détruit toutes les maisons sauf 10 : l', dont l'intensité n'a été surpassée que par l'ouragan Opal en 1995. Il a de plus atteint son maximum d'intensité juste avant de passer sur l'île.

1955, la zone franche de Batista

Le 27 janvier 1955, Batista transforme l'île en zone franche — propice au blanchiment d'argent — et zone touristique spéciale : il s'agit d'en faire un lieu de vacances paradisiaque pour riches AméricainsDecreto Ley No. 2071, del 27 de enero de 1955, de la Zona Franca y Turística Especial en Isla de Pinos. Legajo 3, Expediente 374. Cité dans . Le 15 mai suivant, les « Moncadistes » (qui ont participé à l'attaque du fort de Moncada) sont libérés. À cette époque les propriétaires terriens puisent parmi les prisonniers une main-d'oeuvre gratuite ; il y a sur l'île 12 écoles et 13 maisons de prostitution..

L'hôtel-casino Colony est achevé deux jours avant la révolution.

La révolution

Le 17 février 1959, Camilo Cienfuegos visite l'île de Pinos. Il nomme des membres de la révolution aux postes de décision, puis l'île devient une forteresse militaire..

Les 6 et 7 juin 1959, Fidel Castro visite l'île à son tour. Il propose un premier plan pour la réhabilitation socio-économique de l'île de Pinos. Parmi les 11 objectifs : suppression de la zone franche et touristique spéciale, construction de la route de Santa Fe au sud et d'autres voies de communication, mise en place d'un élevage national de bétail de la race Cebu, développement de l'agriculture en faisant de l'île la quatrième zone de développement établie par l'INRA (Instituto Nacional de Reforma Agraria), développement du tourisme national et international avec des vols directs vers la Floride, réduction du coût du passage maritime, aérien et terrestre, construction de logements, d'industries, de l'aqueduc et d'assainissement de Nueva Gerona, développement de la technologie, création d'emplois, et le transfert de la prison Presidio.

1966, l'ouragan Alma… et ses suites

En 1966 l' détruit la majeure partie des installations de l'île. Ce désastre marque un tournant important dans le développement de l'île.