Elisabeth Georgette Rose-Mary Elgey, née Léon le à et morte le à , est une journaliste et historienne politique française, spécialiste de la Quatrième République à laquelle elle a consacré une histoire en six volumes, éditée de 1965 à 2012.

Biographie Premières années et formation Georgette Elgey est la fille naturelle de l'historien, professeur à l’École polytechnique, membre de l'Institut et biographe de Talleyrand Georges Lacour-Gayet. ... alors veuf et âgé de 72 ans, et de Madeleine Léon, âgée de 27 ans. Madeleine est issue de la haute bourgeoisie juive. Sa grand-mère maternelle est la fille de Michel Lévy, médecin-généralmédecin-inspecteur ce qui équivaut à un grade de général de brigade. Depuis la Révolution, le métier des armes n’est plus interdit aux Juifs. Michel Levy est le premier Juif à être général.en 1851, président de l’Académie de médecine, créateur des écoles de santé militaire, marié en 1840 à Adèle Dupont, fille d’Auguste Dupont, maître de forges, créateur en 1872 des aciéries de Pompey. Son grand-père Alexandre Léon est un riche commerçant multimillionnaire. Sa mère Marthe a épousé Gustave Léon, un cousin éloigné, polytechnicien, inspecteur général des Mines, mort pour la France en 1916.

Leur liaison date de . Georges Lacour-Gayet est marié depuis 1882 à la fille du philosophe Paul Janet, laquelle meurt en et dont il a trois enfantsL'aîné Jacques, major de la rue d'Ulm, reçu premier à l'agrégation d'histoire abandonne l'enseignement pour les affaires. Il est le principal fondateur de Radio-Luxembourg.. Madeleine a été mariée deux ans à un jeune polytechnicien dont elle a une fille, mariage malheureux qui lui fait quitter le domicile conjugal et qui se termine par un divorce en 1927.

Le père n'assume pas cette naissance hors mariage et refuse de reconnaître sa fille. Madeleine Léon l'assigne en 1929 en reconnaissance de paternité inaugurant un interminable parcours judiciaire qui n'est pas interrompu par la mort de Georges Lacour-Gayet en 1936. Parallèlement Madeleine, qui s'est convertie au catholicisme sous l'influence de son amant, multiplie les démarches auprès de l'archevêque de Paris et du Vatican, diffuse la plaidoirie de son avocat, Auguste Champetier de Ribes, aux ministres, ambassadeurs, journalistes afin que nul n'ignore dans les milieux dirigeants cette filiation contestée. Sur le plan judiciaire, elle est déboutée en première instance et en appel. Ces jugements sont annulés en Cour de Cassation en 1939. L'affaire revient en 1945 devant la cour d'appel d'Amiens qui la déboute à nouveau. Son pourvoi en cassation est rejetée en 1949.

À la suite de ces jugements, Georgette qui, à la demande de sa mère et de l'avocat de celle-ci, portait jusque-là le nom de son pèreÀ l’oral de la première partie du baccalauréat où elle frôle la mention « Très bien », l’examinateur d’histoire la félicite de son exposé par cette constatation : « C’est normal, avec le nom que vous portez (Toutes fenêtres ouvertes, Fayard, 2017, .)., adopte en 1950 celui d'Elgey (les initiales de Lacour-Gayet). .. En 1985, elle accomplit les démarches nécessaires pour substituer ce pseudonyme à son nom de Léondécret du 6 décembre 1983..

De son enfance, Georgette Elgey dit qu'elle fut , élevée dans un . Elle est baptisée catholique à sa naissance et habite dans le somptueux appartement de sa grand-mère avec sa mère, sa sœur et sa tante, d'abord boulevard Saint-Germain puis avenue de Tokio (aujourd'hui de New-York).

En 1942, elle a 13 ans. Le statut des juifs oblige les juifs à se déclarer. Sa grand-mère estime qu'une famille comme la sienne, justifiant de plusieurs générations d'aïeux ayant rendu d'éminents services à la France, n'a pas à se déclarer. Le , à la suite d'une dénonciation, deux inspecteurs du service antijuif de la préfecture de Police viennent exiger les preuves de son ascendance aryenne. La famille décide de partir en zone libre. Après s'être procuré des certificats médicaux attestant la nécessité de cures thermales dans les Basses-Pyrénées, des cartes d'identités nationales et, pour une grosse somme et sans savoir s'ils étaient authentiques, des laissez-passer allemands (Ausweis), Georgette, sa mère, et sa grand-mère prennent le train pour Orthez, petite gare frontalière où passer la ligne de démarcation. Là, elles sont arrêtées par les Allemands qui ont reçu une nouvelle dénonciation venant de Paris. Détenues pendant quinze jours, elles parviennent dans des conditions invraisemblables et grâce au courage de Madeleine à rejoindre la zone libre. Ces souvenirs dramatiques inspirent à Georgette Elgey en 1973 La Fenêtre ouverte, faisant référence à la fenêtre qu'elle gardait ouverte la nuit afin de pouvoir, le cas échéant, leur échapper et, en 2017, ayant approfondi ses recherches sur les événements (les mystérieux Ausweis, les dénonciations) et les personnes évoquées dans son premier récit, Toutes fenêtres ouvertes.

La famille se refugie dans un petit hôtel de Saint-Martin-en-Haut, un petit village près de Lyon où il n'y a pas d'Allemands. Georgette reprend ses études au premier trimestre 1943 dans un collège de filles et occupe une chambre en plein centre dans une pension de famille en majeure partie réquisitionnée par les Allemands. Sa chambre a une fenêtre dont la poignée est dure. De peur de n'avoir pas le temps de l'ouvrir si les Allemands viennent l'arrêter, elle la laisse ouverte : ce sera le titre de son livre). En , une troisième dénonciation menace la famille. Sa grand-mère veut vendre des titres nomminatifs reçus en dot. Il lui faut fournir à la banque, le Crédit Lyonnais, une attestation de propriété qu'elle demande à l'ancien notaire de la famille. Ce dernier l'envoie à la banque en précisant qu'elle est de religion israélite. La banque bloque le compte et demande un certificat d'aryenneté, faute de quoi le dossier sera transmis au Commissariat général aux questions juives. Une relation de longue date de la famille, la veuve d'un ancien président-directeur général du Crédit Lyonnais réussit à joindre l'actuel président de la banque qui fait disparaître le certificat de propriété qui aurait pu provoquer la perte de la famille.

Après la guerre, Georgette Elgey, après avoir frôlé la mention « Très bien » à la première partie du baccalauréat, décide de ne pas faire d’études universitaires et n’est pas reçue au baccalauréat de philosophie. Elle décide en 1949 de suivre les cours d’une école de secrétariat et apprend la dactylographie et la sténotypie pour laquelle elle se passionne.

Carrière journalistique et éditoriale Son diplôme obtenu, grâce à Jacques Richet, le fils de sa marraine et de Charles Richet, elle est embauchée au Centre de formation des journalistes (CFJ) qu’il vient de fonder avec Philippe Viannay, où elle peut . Le directeur Jacques Kayser, journaliste, écrivain, passionné de politique, la prend en amitié et la présente à Robert Aron qui dirige avec Lucie Faure, la femme d’Edgar Faure, une revue littéraire La Nef. Elle y fait ses premières interviews de personnalités et y écrit ses premières piges .

En 1952, Robert Aron lui demande de travailler avec lui à son Histoire de Vichy, sans la rétribuer mais en lui proposant une partie de ses droits d’auteur à partir du dix millième exemplaire (droits qu’elle touchera grâce au succès commercial du livre). Ce travail de trois années lui révèle sa passion pour la recherche historique.

Après la publication de l’Histoire de Vichy, sur la recommandation de Georges Izard, ami de Robert Aron, elle est embauchée, en 1955, à L'Express par Pierre Viansson-Ponté qui est alors rédacteur en chef.

Pendant sept ans, elle est journaliste à L'Express puis à Paris-Presse où elle travaille avec Pierre Charpy, le responsable du service politique. En 1960, elle participe avec trois journalistes à la rédaction d’un livre d’actualité, Barricades et Colonels. Elle collabore à la revue Réalités puis devient, en 1961, rédactrice en chef du journal Le Nouveau Candide. Elle réalise un scoop en publiant le journal tenu pendant le putsch des généraux d’Alger par le colonel Godard, ce qui lui vaut d’être convoquée devant le haut tribunal militaire. Georgette Elgey, comme elle le déclare au cours d'une interview au magazine L'Express, est et a été mendésiste, même si étant , elle de Pierre Mendès France.

Elle abandonne le journalisme en 1962 et, sur les conseils de son ami Roger Stéphane, se lance dans une Histoire de la IV République à laquelle elle va consacrer près de cinquante ans de son existence.

L’Histoire de la République Avant de commencer, elle prend l'avis de Pierre Mendès France et Robert Schumann qui trouvent son idée excellente et mettent leurs archives à sa disposition. Les éditions Fayard s’engagent sur la publication d’une Histoire de la République en deux tomes..

Les archives de l’État lui sont interdites – à l’époque, elles restent secrètes pendant les cinquante années qui suivent les événements. Georgette Elgey va interviewer sur près d’un demi-siècle - sa première interview date de , sa dernière de - deux cent quatre personnes, la plupart à plusieurs reprises : chefs d’État et de gouvernement, hommes politiques, hauts fonctionnaires civils et militaires, diplomates français et étrangers, syndicalistes, économistes, journalistes. Elle se fixe une règle : ne jamais citer un interviewé sans son accord. Beaucoup lui ouvrent leurs archives personnelles : originaux, doubles ou photocopies emportés lorsqu’ils ont quitté leurs postes comme Félix Gouin, le successeur du général de Gaulle en 1946, qui met ses archives à sa disposition.

Le premier volume - La République des Illusions (1945-1951) – publié en 1965 est un succès commercial. Georgette Elgey compte terminer le second en 1967, mais en , alors qu’elle interviewe l’ancien ministre de la République Pierre July, il met à sa disposition deux grandes armoires d’archives contenant la collection complète des comptes rendus du Conseil supérieur de la Défense nationale de 1952 à 1954 ainsi que tous les rapports du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (S.D.E.C.E.) de cette période. Elle informe alors son éditeur que trois tomes seront nécessaires au lieu des deux prévus à l’origine.

Le second volume – La République des contradictions (1951-1954) – est publié en 1968. Les critiques de René Rémond, Charles Morazé, François Bédarida, Pierre Nora sont excellentes. De Gaulle lui écrit : « La République des contradictions m’a beaucoup intéressé, ainsi que l’avait fait votre précédent ouvrage (…) J’apprécie le mérite que vous avez eu de réunir et mettre en ordre une considérable documentation, assortie de nombreux témoignages, et de présenter l’ensemble de façon très vivanteGeorgette Elgey, De Gaule à Matignon, Fayard, 2012, Postface, .. »