vignette|Xaric, un client IRC : un logiciel qui permet aux utilisateurs de communiquer entre eux via des serveurs IRC (internet relay chat). Une communauté en ligne est « un groupement d'individus ayant des intérêts communs et interagissant entre eux, autour d'une activité particulière, par le biais de dispositifs sociotechniques connectés par le réseau Internet ».. Le terme « en ligne » signifie que les membres interagissent via Internet.
Le terme « communauté virtuelle » () est attribué au livre du même nom publié en 1993 et écrit par Howard Rheingold. Bien que couramment utilisé, le terme « communauté en ligne » demeure plus précis pour désigner ce type de collectif, dès lors, le mot virtuel « peut renvoyer à la notion de possibilité ou d’éventualité, ou d’un phénomène qui existerait sans se manifester, voire de l’absence d’existence »..
Dans son livre The Virtual Community, Howard Rheingold définit pour la première fois les communautés virtuelles comme « des regroupements socioculturels qui émergent du Net lorsqu'un nombre suffisant d'individus participent à ces discussions publiques pendant assez de temps en y mettant suffisamment de cœur pour que des réseaux de relations humaines se tissent au sein du cyberespace ».
Certaines communautés sont purement « virtuelles » tandis que d’autres se prolongent dans la réalité : le Web permet de gérer des plannings, organiser des réunions ou passer des informations.
La participation Dans son livre, Rheingold évoque l’existence d’un « contrat social » au sein des communautés en ligne qui requiert d’un individu qu’il donne pour recevoir en retour. D’après sa propre expérience au sein de la communauté virtuelle WELL, Rheingold estime que l’aide qu’il reçoit surpasse largement l’énergie qu’il déploie pour venir en aide aux autres. Selon lui, les communautés en ligne permettent ainsi d’atteindre un équilibre entre altruisme et intérêt personnel .
Les motivations des participants ne sont pas toutes du ressort de l'altruismeKollock, Peter. 1999. "The Economies of Online Cooperation: Gifts and Public Goods in Cyberspace", en Communities in Cyberspace. Marc Smith and Peter Kollock (editors). Londres: Routledge. en ligne. Diverses théories peuvent être utilisées pour mieux comprendre les différents éléments qui interviennent dans cette motivation telle que la théorie de l'échange social proposée par George Homans et qui repose sur une vision quasi-économique et utilitariste : les gens interagissent s'ils perçoivent un bénéfice dans cet échange.
Relation entre la communauté et les participants La relation entre un individu et une communauté virtuelle évolue : l'individu commence par être un badaud (observateur ou « Lurker »), puis en commençant à participer il devient un novice, ensuite il devient un habitué et il pourra potentiellement à terme devenir un leader. Il finira en étant un senior (qui se désintéresse peu à peu)Kim, A.J. (2000). Community building on the web: secret strategies for successful online communities . Berkeley : Peachpit Press.Bishop, J. (2007). Increasing participation in online communities. Computers in Human Behavior, 23 (2007), . ..
On peut également parler de « coévolution » pour décrire la relation entre l’individu et le réseau dans lequel il participe en ligne. D’un côté, c’est la communauté qui valide ou non la façon dont les individus se présentent sur Internet. Par exemple, les réactions et les commentaires sous une photo sur Facebook permettent à l’utilisateur qui a posté la photo de comprendre si celle-ci a été bien reçue ou non par son réseau personnel. Ainsi, la façon dont les individus se présentent en ligne est toujours à l’épreuve du regard des communautés d’usagers, ce qui tend à créer une norme commune et des façons similaires de se présenter. D’un autre côté, les communautés n’écrasent pas non plus systématiquement les particularités des individus. Lorsque ceux-ci forment des liens avec d’autres individus en ligne, ils ne le font pas forcément avec des personnes qui appartiennent au même milieu social ou qui ont les mêmes références culturelles : la tendance à l’homophilie n’est pas prépondérante. Les individus ont donc une marge de manœuvre sur Internet qui leur permet d’exprimer leur personnalité au sein des communautés dans lesquelles ils entretiennent des relations et de se distinguer, dans une certaine mesure, de la masse des autres utilisateurs. Ces variations individuelles influencent la façon dont les communautés se développent sur le long terme et montrent une double dynamique entre individu et communauté en ligne..
Usenet, Wikipédia, Myspace, Facebook, Second Life ou Mastodon sont autant d'outils permettant à des communautés d'émerger. Certaines communautés se regroupent autour de plateformes collaboratives telles qu'Agora-project, eGroupWare ou encore Zimbra.
Sur Facebook, la communauté en ligne Wanted, ou Wanted Community, compte plus de , répartis dans des communautés locales, prônant l'entraide et la solidarité entre particuliers. Fondée en 2011, elle compte 90 modérateurs bénévoles qui s'y consacraient à plein temps en 2008. Chaque mois, environ messages et commentaires y sont échangés.. En 2018, ils obtiennent de Facebook une bourse de 1 million de dollars..
Construites principalement à partir des réseaux sociaux, certaines communautés, notamment créées autour de créateurs de contenu ou d'influenceurs numériques, peuvent être multi-plateforme. Une communauté peut par exemple utiliser des plateformes diverses de diffusion de contenu en direct, tel que Twitch, tout en ayant un forum de discussion sur Discord permettant d'échanger autour de centres d'intérêt communs et de diffuser un planning pour monter un projet commun. Il est fréquent que ce type de communautés soit également présent sur les réseaux sociaux, telles qu'Instagram,
Barry Wellman parle d'une « mondialisation » des communautés en ligne. Grâce à Internet, les individus étendent leurs réseaux de relations à travers le monde. Paradoxalement, cette possibilité de contact immédiat en ligne les amène aussi à réduire leur fréquence de déplacements et à augmenter leur participation hors-ligne dans les communautés plus locales..
Raisons qui interviennent dans la contribution des individus Les raisons pour lesquelles un individu rejoint une communauté sont diverses. Raisons sociales Les interactions sociales pouvant être proposées permettent de rompre la solitude d'un grand nombre de personnes et de communiquer à distance. Elles peuvent se révéler vitales pour des individus isolés (en période de confinement par exemple) ou pour des personnes souffrant de phobie sociale, d'agoraphobie. En sociologie des communautés virtuelles, il s'agit en général d'un usage social d'une technologie existante s'expliquant en grande partie par la sociabilité humaine..
Coûts faibles Wellman souligne l’importance du faible coût des interactions dans les communautés en ligne dans la motivation des individus à participer. D’une part, le faible coût matériel, puisque chacun peut contribuer facilement à l’échange depuis son propre appareil. D’autre part, le faible coût psychologique et social, puisque les interactions en ligne ne se déroulent pas en face-à-face. Les participants se sentent donc plus libres de pouvoir choisir s’ils veulent intervenir dans l’échange ou le quitter. L’absence de face-à-face permet aussi dans une certaine mesure de gommer les différences sociales et culturelles entre les individus qui pourraient créer des moments d’incompréhension ou de malaise dans une situation hors-ligne.
Reconnaissance Construites à partir des réseaux sociaux, les interactions en ligne peuvent également être un moyen d'apporter à un individu de la reconnaissance sociale. Elles peuvent donner à cet individu en quête d'efficacité une impression de contrôle sur les choses (théorie d'auto-efficacité - - d'Albert Bandura).
Réciprocité Certaines communautés sont basées sur un fonctionnement de réciprocité anticipée où des individus proposent des services en espérant que les autres feront de même. Les plateformes d'échanges de biens, telle que l'application GEEV, fonctionnent sur ce système. Une personne propose un objet gratuitement et cumule des points en fonction du nombre d'objets proposés au don. Ces points permettent à la personne de bénéficier également de la plateforme sur laquelle elle pourra choisir d'acquérir un objet proposé au don.
Capital social L'individu peut également rechercher dans ces communautés la construction d'un capital social via la construction d'un réseau. La capacité d’entretenir un grand nombre de relations avec des personnes aux caractéristiques sociales différentes (statut, âge, ethnie, genre…) sur internet permet aux individus de construire un capital social plus large et plus diversifié qu’ils peuvent ensuite mobiliser dans de nombreuses situations. L'extension de ces réseaux peut notamment être recherchée dans le cadre de la recherche d'emploi.
La nature des relations dans les communautés en ligne Les liens créés dans les communautés en ligne sont souvent décrits comme différents de ceux créés dans les communautés hors-ligne.
Une particularité des liens créés en ligne est qu’ils s’articulent souvent autour d’un thème ou bien d’un intérêt commun spécifique (les groupes d’entraide pour les personnes alcooliques, ou bien pour les femmes enceintes par exemple). Les individus ont souvent tendance à participer de façon limitée dans un grand nombre de communautés en ligne différentes, car il est facile de construire de nouveaux liens et d'étendre son réseau.
L’aide en ligne se présente d’ailleurs souvent sous la forme de multiples petites contributions individuelles qui vont s’agréger pour résoudre un plus gros problème. Dominique Cardon parle de « force des coopérations faibles » (reprenant l’expression de Granovetter). Les communautés d’Internet sont le résultat d’un ensemble d’actions individuelles, guidées par des intérêts personnels plutôt qu’un sentiment collectif. À la différence des « coopérations fortes », qui se fondent sur une communauté préexistante de valeurs et d'intentions, les coopérations faibles se caractérisent par la formation « opportuniste » de liens et de collectifs qui ne présupposent pas préalablement d'intentionnalité collective ou d'appartenance « communautaire ». Le sociologue donne l'exemple de Flickr, où des photographes amateurs se sont mis à prendre en photo les caméras de surveillance dans leur ville et ont déposé leurs photos dans des groupes spécialisés, créant ainsi un répertoire mondial des caméras indiscrètes. Certains, simples citoyens à l’origine, sont alors devenus de vrais militants de la liberté dans les espaces publics..
Cela n’empêche pas néanmoins les relations communautaires de se développer et de devenir plus intimes. En revanche, le contact en ligne peut être un facteur qui ralentit le développement de relations fortes entre les individus, dans la mesure où la communication entre eux est asynchrone et où les moyens d’expression sont plus limités. On peut décrire les liens forts entre les individus dans les communautés en ligne comme des « relations intimes de second plan » : des relations informelles et fréquentes, mais qui se centrent souvent sur un sujet spécifique, et qui mettent plus de temps à se développer et à s’élargir à d’autres domaines.
Le manque de face-à-face dans les interactions en ligne peut aussi être un facteur fragilisant des communautés. À cause des moyens d’expression plus limités, il arrive plus fréquemment qu’un individu ait un comportement perçu comme ambigu par les autres membres de la communauté, ce qui peut remettre en question l’équilibre communautaire.
L'identité en ligne