L’ousia (en grec ancien : ) est un terme employé dans la philosophie grecque et dans la théologie chrétienne pour désigner, selon les contextes, la substance ou l'essence d'une chose. Le concept d'ousia a été introduit en philosophie par Platon et joue un rôle décisif dans la métaphysique de son disciple Aristote. Dans la théologie chrétienne, il a notamment servi à formuler le dogme de la Trinité.
Étymologie Le terme dousia est un nom féminin tiré du verbe (einai), qui signifie « être ». Lousia est donc l'essence, la substance. Il a par conséquent été traduit en latin par substantia et essentia. Cicéron utilise le terme dessentia ; chez Boèce, on trouve essentia dans le Contra Eutychen, où il traduit « ousiôsis » par , et « hupostasis » par ; en revanche, dans sa traduction des Catégories, il traduit « ousia » par substantia.
Philosophie grecque Platon
Chez Platon, la substance est synonyme de l'essence. Dans son dialogue tardif du Phédon, Platon définit l' dans un dialogue qui porte sur la réalité de l'âme et sa survie après la mort. Platon cherche à connaître que l'âme, et expose plusieurs théories qu'il critique ( des Pythagoriciens, par exemple). Lousia est définie comme « ce que chaque chose se trouve être précisément ».
Dans Euthyphron, lousia est définie comme l'essence de l'eusébie, qui est le sujet du dialogue. Lousia est donc ici la nature invariable et stable. de la chose. Elle est l'essence par laquelle le monde est créé, et se divise en deux : l'''ousia qui n'est conçue que par la pensée (purement intelligible), et celle qui peut tomber sous les sens (ousia sensible). Cette dernière n'est reconnue que par les sens, et perçue par les yeux.
La première substance est une et permanente. Le démiurge, la matière, les formes des choses, et l'âme relèvent de cette ousia purement intelligible. La seconde substance comprend tout ce qui reçoit une forme, tout ce qui est engendré et dont l'origine provient de la première essence ; elle est ce qui élève de la première essence à la seconde, à elle-mêmePhédon, 78 d..
Aristote Aristote fait de lousia un des concepts fondamentaux de sa métaphysique. Dans le deuxième livre de De l'âme, il explicite les trois sens du terme : . En règle générale, lousia artistotélicienne désigne le composé des deux, qui est appelé sunolon (). La matière et la forme s'allient, où la substance première correspondant à l'idée singulière, l'individu, et la substance formelle (essence, quiddité) ou substance seconde correspondant à la catégorie supérieure de la substance première.
La substance fait partie des catégories ; il existe plusieurs listes de ces catégories dans l'œuvre d'Aristote. Celle qui est donnée dans Les Catégories place la substance à sa tête. Mais ce n'est pas le cas dans une autre liste, donnée dans les Topiques, où la substance est remplacée par le « ti esti » (« ce que c'est »). Cette différence peut s'expliquer ainsi : « ce que c'est » peut être considéré comme un équivalent de la substance, car demander ce que c'est qu'une chose, c'est demander quelle est son « ousia ».
Substance première (, prôté ousia) La substance est d'abord « ce qui n'est ni dans un sujet, ni ne se dit d'un sujet, par exemple, tel homme donné, tel cheval donné. » C'est un sensible singulier (, to kath'hekaston kai aisthêton), individuel et numériquement un, qui n'est . Les substances premières « signifient un ceci, en effet, ce qu'elles désignent est individuel et numériquement un. » Mais ce n'est pas encore suffisant pour qualifier la substance, car toute chose individuelle et numériquement une n'est pas une substance. En effet, cette première définition fait de la matière une substance : « L'un des genres de l'être est, disons-nous, la substance ; or, la substance, c'est en un premier sens, la matière, c'est-à-dire ce qui, par soi, n'est pas une chose déterminée ; en un second sens, c'est la figure et la forme, suivant laquelle, dès lors, la matière est appelée un être déterminé, et, en un troisième sens, c'est le composé de la matière et de la forme. »De l'Âme, II, 1..
Aristote ajoutera donc que : « La substance est prise en deux acceptions ; c'est le sujet dernier, celui qui n'est plus affirmé d'aucun autre, et c'est encore ce qui, étant l'individu pris dans son essence, est aussi séparable : de cette nature est la forme ou configuration de chaque être. »La Métaphysique, Livre Δ (delta), § 8..
La substance a la propriété d'être séparée (, khôriston) et par soi (, kath'auto).
Substance seconde (, deutera ousia) « Sont dites essences secondes les espèces auxquelles appartiennent les essences dites au sens premier, ces espèces ainsi que les genres de ces espèces »Catégories, 2 a 14-16.
Dans l'œuvre de Théophraste Dans son ouvrage Des vents, l’ousia chez Théophraste concerne les caractères propresJean-Pierre Levet, Anémologie et philosophie dans le traité “De Ventis” de Théophraste 332..
Théologie La notion d’ousia a été fondamentale dans la définition du dogme de la Trinité chrétienne. Les pères du concile de Nicée en 325 ont utilisé le terme homoousia (), consubstantialité, pour qualifier la relation entre le Père et le Fils.
Références
Annexes Bibliographie Platon
Aristote
études sur l'ensemble de la philosophie grecque * André Motte, Pierre Somville (éds.), Ousia dans la philosophie grecque des origines à Aristote, Louvain-la-Neuve, Peeters 2008.
Commentaires d'Aristote Pierre Aubenque, Le problème de l'être chez Aristote, Paris, Presses universitaires de France, 1962. Franz Brentano, Aristote, Les diverses acceptions de l'être, Paris, Vrin, 2000.
Philosophie romaine Sénèque, Lettres à Lucilius Augustin d'Hippone, La Cité de Dieu (livre , 2) Boèce Contra Eutychen Boèce, traduction des Catégories d'Aristote
Articles connexes essence substance Puissance et acte''' Nécessité et contingence Hylémorphisme
Catégorie:Concept platonicien Catégorie:Concept aristotélicien Catégorie:Concept métaphysique Catégorie:Expression grecque Catégorie:Trinité