Honoré Théodore Maxime Gazan, comte de la Peyrière, né le à Grasse en Provence et mort le dans cette même ville, est un général français de la Révolution et de l’Empire.
Gazan commence sa carrière militaire sous l'Ancien Régime. Au déclenchement de la Révolution française en 1789, il rejoint la Garde nationale, puis sert dans la vallée du Haut-Rhin et aux Pays-Bas. Transféré en Suisse sous les ordres de Masséna en 1799, il participe aux batailles de Winterthour et de Zurich, ce qui lui vaut d'être promu au grade de général.
Au commencement des guerres du Premier Empire, Gazan commande une division d'infanterie de la Grande Armée. Le , sous les ordres du maréchal Mortier, ses hommes affrontent les Russes de Koutouzov lors de la bataille de Dürenstein, au cours de laquelle ils perdent de leur effectif. Après s'être distingué au cours de la campagne de Prusse et de Pologne, le général est envoyé dans la péninsule Ibérique où il participe en 1809 à la prise de Saragosse sous la direction du maréchal Lannes. Gazan joue ensuite un rôle de premier plan dans plusieurs affrontements majeurs de la guerre d'Espagne, notamment aux batailles d'Albuera en 1811 et de Vitoria en 1813.
Pendant les Cent-Jours, Gazan se rallie après quelques hésitations au régime impérial mais n'obtient aucun commandement opérationnel. En 1815, il fait partie du conseil qui doit juger le maréchal Ney accusé de haute trahison, mais se prononce pour l'incompétence. Il s'essaye par la suite brièvement — sans succès — à la politique dans les années 1820, avant d'être élevé à la pairie et au commandement de la division militaire de Marseille. Retiré en 1832, il meurt en 1845 à Grasse, sa ville natale.
Biographie Origines et début de carrière à l'armée Fils de Joseph Gazan, avocat, Honoré Gazan naît le à Grasse, en Provence. Il fait ses études au collège de Sorèze où il reçoit une instruction militaire. En 1780, alors âgé de quinze ans, il entre comme sous-lieutenant dans les canonniers garde-côtes d'Antibes avant d'être versé le dans la compagnie écossaise des gardes du corps du roi. De passage à Beauvais l'année suivante, il est initié à la franc-maçonnerie.
Lorsque la Révolution française éclate en 1789, Gazan retourne à Grasse et s'enrôle dans la Garde nationale. Il passe capitaine en 1790 et, en septembre de l'année suivante, est élu lieutenant-colonel du 2e bataillon de volontaires du Var. En 1792, il intègre le bataillon du régiment d'infanterie de ligne qui stationne d'abord à Strasbourg en vue de participer au combat sur la ligne du Rhin. Le , lors d'une tentative manquée de franchissement du fleuve par les troupes françaises, Gazan est félicité pour sa conduite par le général Sparre. Son bataillon participe en outre à la bataille de Wissembourg au mois de . Gazan, maintenu chef de bataillon au sein de la demi-brigade légère, en devient le chef de brigade (colonel) le .
En 1796, il se fait remarquer en plusieurs occasions à la tête de son unité, devenue dans l'intervalle la demi-brigade légère. Lors du combat de Kuppenheim le , il met les Autrichiens en déroute en ordonnant à ses tambours de battre la charge ; ses adversaires, trompés quant à l'envergure de l'attaque, reculent en laissant 500 prisonniers aux mains des Français. Blessé le au siège de Kehl, il reste plusieurs mois en convalescence et en profite pour se marier à Strasbourg avec Madeleine Reiss le . Gazan continue de servir pendant deux ans sur le Rhin avant d'être promu au grade de général de brigade le .
De l'Helvétie à l'Italie
Ce même jour, son supérieur et ami André Masséna le fait transférer à l'armée du Danube, qui opère alors au nord-ouest du plateau suisse. Gazan y prend le commandement d'une brigade en sous-effectifs stationnée dans la petite ville de Winterthour, au nord du pays. Le général Michel Ney, un divisionnaire fraîchement promu, arrive le pour prendre la direction des lignes avancées protégeant le gros des forces françaises à Zurich. Le lendemain, les troupes autrichiennes du général Friedrich von Hotze, fortes de soldats aguerris, engagent les hostilités. Très vite, la brigade Gazan, déployée au centre, est submergée et doit se replier en franchissant un pont qui enjambe une petite rivière, la Töss. Tandis que l'artillerie française tente de ralentir l'avance des Autrichiens, Ney, blessé, transmet le commandement à Gazan, qui parvient à faire retraite en bon ordre..
Quelques jours plus tard, les lignes françaises sont enfoncées par leurs adversaires lors de la première bataille de Zurich (). Pressé par l'archiduc Charles, Masséna repasse la rivière Limmat ; au cours de cette opération, Gazan, attaché à la division de l'armée du Danube, dirige une fois de plus l'arrière-garde. Plus tard dans l'année, le , il repousse les avant-postes russes sur la Limmat au cours de la deuxième bataille de Zurich et prend part à la poursuite des Autrichiens vaincus. Nommé général de division sur le champ de bataille par Masséna, Gazan continue de servir en Suisse et s'empare de Constance le . En 1800, il accompagne Masséna à l'armée d'Italie en tant que divisionnaire du corps de Soult. La division, dont il reçoit le commandement, se compose de grenadiers piémontais, de la demi-brigade légère et d'une partie des , et demi-brigades de ligne, pour un total d'environ hommes. Pendant que Soult fait campagne au centre et au nord de l'Italie, Masséna se trouve assiégé dans Gênes par une armée autrichienne forte de hommes, soutenue par une escadre britannique. Soult fait alors mouvement vers l'est afin de secourir la place. Gazan se distingue à cette occasion au combat de Bochetta le , au cours duquel il commande l'aile droite, puis au combat de Sassello le 10. À chaque fois, sa division se bat à un contre trois et essuie de lourdes pertes. Le , il participe encore à un engagement près de Voltri.
Dans sa tentative de lever le siège de Gênes, Soult organise plusieurs attaques contre les positions autrichiennes établies autour de la cité. À Monte Creto, le , la division Gazan et la colonne du corps principal de Soult (soit approximativement hommes) mènent un assaut contre une redoute défendue par les soldats autrichiens du prince de Hohenzollern. Soult est fait prisonnier, le général de brigade Joseph Perrin est tué et le commandant de la cavalerie, le général Jean-Joseph Gauthier, est grièvement blessé. Cette défaite anéantit le moral de la garnison de Gênes, qui assistait au combat depuis les remparts. La nourriture se fait rare et beaucoup d'unités menacent de se révolter. La ville capitule le et Gazan, blessé à la tête lors d'une attaque contre la redoute de la Coronata le , fait sa jonction avec les troupes de Suchet. Il prend ensuite le commandement de la division de l'armée d'Italie et contribue à la victoire française lors de la bataille de Pozzolo, où ses troupes chassent les Autrichiens du village à la baïonnette. Après la signature de l'armistice de Trévise au début de l'année 1801 et la dissolution de l'armée d'Italie au mois de juin, Gazan retourne dans ses foyers à Grasse. Il est cependant rappelé en pour prendre la tête de la première subdivision de la division militaire en Italie, où il reste jusqu'à la proclamation de l'Empire en 1804.
Général de l'Empire Dürenstein et Iéna vignette|Le général Gazan à la bataille de Dürenstein, le , par Charles Nègre.
Lors de la guerre de la Troisième Coalition, Gazan se rend à Lille pour prendre le commandement d'une division de la Grande Armée destinée à l'invasion de l'Angleterre. Affectée au corps du maréchal Lannes, ses troupes participent à la manœuvre d'encerclement des Autrichiens dans Ulm en , puis forment l'avant-garde du corps du maréchal Mortier. Ce dernier, qui a franchi la rive gauche du Danube, s'est jeté sur les traces de l'armée russe de Koutouzov. Le , isolé du gros des troupes, la division Gazan est prise au piège par les Austro-Russes dans une vallée resserrée près du village de Dürenstein, connu pour avoir été le lieu de détention de Richard Cœur de Lion à la fin du . Assailli frontalement et sur ses arrières par des forces adverses largement supérieures en nombre, Gazan combat désespérément pendant une journée entière, perdant de ses effectifs. Lui et Mortier sont finalement secourus par la division du général Dupont de l'Étang, non sans avoir laissé près de hommes sur le terrain ; .. En outre, 47 officiers, 895 soldats et cinq canons tombent aux mains des Austro-Russes qui récupèrent également l'aigle du régiment d'infanterie de ligne ainsi que l'étendard et le guidon du régiment de dragons. En récompense de sa conduite à , Gazan est fait grand officier de la Légion d'honneur. Les survivants de sa division sont dirigés sur Vienne pour s'y reposer et ne participent pas à la bataille d'Austerlitz. Les troupes du général stationnent par la suite en Bavière à Wurtzbourg et Rothenburg avant le début de la guerre avec la Prusse en .
Au cours de la bataille d'Iéna, la division Gazan dispute aux Prussiens la possession du village de Cospeda et contribue à la victoire française, avant d'assister à la bataille de Pultusk le . À Ostrołęka, ses soldats prennent aux Russes trois canons et deux drapeaux mais Gazan y perd aussi l'un de ses subordonnés, le général de brigade Campana. Resté à l'écart des derniers affrontements de la campagne, la division Gazan vaque de cantonnements en cantonnements jusqu'à Brieg, en Silésie, où les excès commis par ses troupes lui valent d'être sanctionné par le maréchal Mortier. En , après un séjour prolongé en Allemagne, les troupes de Gazan se joignent au corps en partance pour la péninsule Ibérique ; un mois plus tard, le général est fait comte de l'Empire et prend alors le nom de Gazan de la Peyrière.
Premières campagnes dans la péninsule Ibérique
vignette|Portrait du général Gazan.
Le corps entre en Espagne à la fin de l'année 1808 et participe au second siège de Saragosse au mois de décembre. Le corps de Mortier se heurte rapidement à une défense acharnée des Espagnols. La division Gazan est engagée dans plusieurs affrontements qui ont lieu autour de la cité : après avoir expulsé les défenseurs des collines de Sant Gregorio, elle progresse en direction des faubourgs mais échoue à enlever le couvent de Jésus. Avec l'arrivée du maréchal Lannes le , les opérations s'intensifient et des progrès sensibles sont accomplis par les assiégeants, au prix de lourdes pertes. Gazan, , est blessé le lors de l'attaque d'un couvent par ses troupes. Après deux mois de siège ininterrompus, Saragosse capitule le et est occupée par les troupes impériales le lendemain. Le corps occupe ensuite la partie nord de l'Aragon.
Le général Gazan suit les mouvements du corps de Mortier au cours de l'année 1809, participant notamment à la marche contre Wellington avant de contribuer à l'écrasante victoire d'Ocaña sur les Espagnols le . L'invasion de l'Andalousie par les troupes françaises en permet à Gazan de s'illustrer une nouvelle fois au combat en battant le général Ballesteros à El Ronquillo au mois de mars. Sa division, comme le reste du corps, passe en Estrémadure où elle doit s'opposer aux incursions espagnoles. Après avoir aidé le maréchal Mortier à pacifier la région, il prend part à l'offensive de Soult sur Badajoz en 1811 et préserve en chemin le convoi d'artillerie de la menace des troupes de Ballesteros, qu'il défait à nouveau le à Villanueva de los Castillejos. Le , il rallie le corps de Soult qui le fait chef d'état-major de l'armée du Midi. Le , sa division arrive devant la petite ville portugaise de Campo Maior dont elle s'empare après six jours de siège, capturant ses défenseurs et 50 canons.