Félix Rubén García Sarmiento, plus connu sous le nom de Rubén Darío, né le à Metapa (aujourd'hui Ciudad Darío) et mort le à León, est un poète nicaraguayen. Il est le fondateur du mouvement littéraire moderniste dans la langue hispano-américaine. Le « Modernisme » débuta d'une façon définitive par la publication au Chili, en 1888, dAzul, de Rubén Darío. Les publications postérieures de celui-ci lui valurent d'être reconnu comme le chef incontestable du nouveau mouvement. Les plus remarquables de ses œuvres sont Azul (« Bleu », en 1888 à Valparaíso, Chili), Prosas profanas (« Proses profanes », en 1896 à Buenos Aires, Argentine) et Cantos de Vida y Esperanza (« Chants de vie et d'espérance », en 1905 à Madrid, Espagne).

Biographie Jeunesse Il naît à Metapa, mais un mois après sa naissance sa famille déménage à Léon où il passe son enfance. Le poète explique dans son autobiographie l'origine du nom Darío, qu'on lui a donné et qu'il a gardé. Le prénom Darío, d'un de ses trisaïeuls, avait été pris par la suite comme nom de famille. Le père du poète, dont le nom légal était García, dirigeait ses affaires sous le nom de Manuel Darío.

Les parents de Darío étaient cousins et avaient fait un mariage de convenance ; les familles n'ayant pas consulté l'inclination des jeunes gens. Il n'est donc pas surprenant qu'ils se soient séparés – un mois avant la naissance de leur fils. Le père retourna à León, où il était voyageur de commerce, et la mère, quelques mois après, alla habiter avec l'enfant le village de San Marcos de Colón, dans les montagnes de Honduras, près de la frontière de Nicaragua. Elle y demeura assez peu de temps, car le poète nous dit n'avoir gardé qu'un très vague souvenir de sa mère.

Tout jeune, le futur poète donna des signes d'une intelligence précoce. Il savait lire à l'âge de trois ans. Il apprit presque tout seul, car ses premiers maîtres, à l'école publique qu'il fréquentait, étaient peu compétents. Il assista, plus tard, aux cours d'une école que les Jésuites tenaient dans l'église dite de « la Recolección ». À propos de ses études chez les Jésuites, il nous apprend que les élèves connaissaient leurs classiques (évidemment les classiques espagnols), un peu de latin et de grec. Il fut élève de l' « Instituto de Occidente » (l'Institut d'Occident) à León, où il eut comme maître de littérature José Léonard, écrivain polonais distingué, qui l'encouragea à la poésie. Nous ne savons malheureusement pas à quelles études de langues étrangères il s'adonna à l'école, mais il est certain que très jeune il savait lire et même écrire le français. Nous pouvons dire cependant que l'instruction reçue par le poète fut assez élémentaire et qu'il acquit sa haute culture, grâce aux lectures prodigieuses qu'il fit plus tard en plusieurs langues, notamment l'espagnol, le français et l'anglais.

Sur ses lectures d'enfant, nous avons des renseignements fort intéressants. Les premiers livres qui le captivèrent et qu'il découvrit un jour au fond d'une vieille armoire étaient Don Quichotte, les œuvres de Moratín, Les Mille et Une Nuits, la Bible, le De Officiis de Cicéron, la Corinne de Madame de Staël, un tome de comédies classiques espagnoles et un roman terrifiant qui s'appelait La Caverne de Strozzi (Jean-Joseph Regnault-Warin, 1798).

À l'âge de 12 ans Darío publia ses premiers poèmes : La Fé, Una Lágrima et El Desengaño.

C'est à l'âge de treize ans que commença sa véritable culture. Vers cette date, grâce à l'influence de ses amis, on lui donna un poste à la Bibliothèque Nationale à Managua. Là, il passa des mois à des lectures sérieuses. Il lut tous les ouvrages espagnols qu'il put trouver. Ses auteurs espagnols favoris étaient Luis de Góngora et Gonzalo de Berceo. C'est là aussi qu'il acquit une connaissance profonde des mythologies grecque et latine, dont on sent la grande influence dans les poèmes qu'il écrivit plus tard. Pendant cette période, il lut aussi pour la première fois plusieurs auteurs français, notamment Victor Hugo et Théophile Gautier. Son ancien chef à la bibliothèque nous dit qu'il avait même fait des traductions de Gautier et les avait publiées dans un journal de Managua appelé El Ferrocarril (le chemin de fer).

Dès l'âge de dix ans, il écrivait des vers par goût. À treize ans, il avait une renommée locale qui lui valut d'être présenté au Président de la République et lui attira la protection de beaucoup d'amis influents. Lorsqu'il se présenta devant le président Joaquín Zavala, après lui avoir présenté un poème très critique à l'égard de sa patrie et de la religion de celle-ci, Rubén demanda au Président s'il pouvait aller étudier en Europe. Le président lui fit alors cette réponse :

De douze à quatorze ans, il écrivit un nombre considérable de poèmes qui ne sont pas sans valeur, et en 1885, à l'âge de dix-huit ans, il publia son premier recueil de vers, Primeras notas (Premières Notes), connues aussi sous le nom d’Epístolas y poemas (Épîtres et poèmes).

Dans le long poème Victor Hugo y la tumba (Victor Hugo et la tombe), publié dans Primeras notas, nous pouvons retrouver assez facilement les poésies du maître français qui l'ont le plus intéressé. Nous trouvons dans Victor Hugo y la tumba, la première tentative de Darío pour adapter à la poésie espagnole l'alexandrin ternaire. Elle indique que déjà à cette époque le futur poète était préoccupé par les questions de versification qui lui ont apporté tant de renommée après la publication de Prosas profanas (Proses profanes) et de Cantos de vida y esperanza (Chants de vie et d'espérance).

En 1886, à l'âge de dix-neuf ans, le jeune poète quitta l'Amérique centrale pour se rendre au Chili. Il entra dans les bureaux de La Época (L'Époque), le journal le plus important de la ville de Santiago. Avec ses nouvelles occupations, commencèrent les années de sa vie plus décisives dans la formation de son génie. Sa renommée dans sa patrie et même dans toute l'Amérique centrale était alors extraordinaire, étant donné qu'il n'avait que dix-neuf ans.

Voyage au Chili et influence de la littérature française

L'influence française, subie par le poète dès son arrivée à Santiago, provenait des sources multiples. Elle s'exerça sur lui, non seulement par les livres qu'il lut en nombre considérable, mais aussi par les décors luxueux des salons où il lisait et travaillait et par les conversations quotidiennes de ses amis et de ses collègues, auxquelles il se mêlait.

Nous avons vu qu'avant de quitter l'Amérique centrale, il avait lu quelques auteurs français, surtout Hugo et Gautier. Tout indique que, jusqu'à son arrivée au Chili, il savait peu de chose sur les mouvements littéraires français contemporains. Les salons de La Época, les colonnes du journal même et les bibliothèques privées de plusieurs bons amis lui offraient chaque jour des occasions excellentes de se familiariser avec les plus récents courants de la vie intellectuelle française : Goncourt, Baudelaire, Leconte de Lisle, Catulle Mendès, Taine, Barbey d'Aurevilly, Émile Zola, Gustave Flaubert, Honoré de Balzac, Daudet, etc.

Pendant les deux années qu'il a passées au Chili (1886-1888), le poète a fait paraître dans les journaux beaucoup d'articles, de contes et de poèmes, dont les plus importants ont été réunis et publiés en volume en 1888, sous le nom dAzul, le premier recueil de Darío qui lui valut sa réputation internationale.

Les poètes espagnols de cette période n'avaient rien de nouveau à offrir, puisqu'ils imitaient simplement les écoles du et de l'âge d'or espagnol. Darío, en publiant un volume fondé sur des modèles étrangers et dont les sujets étaient exotiques, accomplit un acte tout à fait révolutionnaire. Sa méthode d'assimilation au contact des influences françaises fut très originale. Il avait bien lu un nombre considérable de livres français contemporains, mais on ne peut guère dire que le recueil dAzul soit une œuvre d'imitation. Ainsi Juan Valera (écrivain, poète, dramaturge et critique littéraire espagnol du ), écrit-il dans Azul, Prologue, p. XI :

Après avoir lu les cent trente-deux pages dAzul, la première chose qu'on ressent, c'est que vous êtes pénétré de la littérature française la plus brillante. Vous connaissez et vous avez mieux compris que personne Hugo, Lamartine, Musset, Baudelaire, Leconte de Lisle, Gautier, Bourget, Sully-Prudhomme, Daudet, Zola, Barbey d'Aurevilly, Catulle Mendès, Rollinat, Goncourt, Flaubert, et tous les autres poètes et romanciers. Et vous n'imitez personne ; vous n'êtes ni romantique, ni naturaliste, ni névrosé, ni décadent, ni symboliste, ni parnassien. Vous avez mûri toute cette littérature et avec l'alambic de votre cerveau vous en avez tiré une rare quintessence.

Voyages en tant que journaliste et diplomate

En 1889, à l'âge de vingt-deux ans, il fut nommé correspondant du grand journal quotidien La Nación (La Nation) de Buenos Aires, Argentine. Il garda cette situation jusqu'à sa mort. Il fit parvenir sa première correspondance à La Nación le .

En 1889, ou au début de 1890, le Président de la République du Salvador le nomma directeur d'un journal politique quotidien de la capitale qui s'appelait La Unión (L'Union). Il remplit ces fonctions jusqu'au mois de . Le 22 de ce même mois, le poète (âgé de 24 ans) épousa la señorita Rafaela Contreras (21 ans), jeune fille d'une famille assez distinguée. Avant de se marier avec Darío, elle avait acquis une certaine réputation littéraire sous le nom de Stella. C'est d'elle qu'il parle à plusieurs reprises dans ses œuvres et toujours avec la plus tendre affection. Elle est morte en 1892, quelques mois après la naissance de leur fils, Rubén Darío Contreras.

Pendant le reste de son séjour en Amérique Centrale, Darío devint le correspondant de plusieurs journaux assez importants.

Puis il quitta son dernier poste et on le retrouve peu après en Espagne où il fut envoyé comme délégué du Nicaragua au centenaire de Christophe Colomb, qui allait être célébré à Madrid au mois d'octobre. Là, il fit la connaissance de beaucoup d'hommes de lettres espagnols : Menéndez y Pelayo, Gaspar Núñez de Arce, Juan Valera, Ramón de Campoamor et José Zorrilla.

À son retour d'Espagne en , Darío resta quelque temps à Cuba où il fit la connaissance de Julián del Casal, un des principaux poètes précurseurs du Modernisme. Continuant son voyage il s'arrêta en Colombie. Là le docteur Rafael Núñez, ex-président de cette république, lui promit de le faire nommer consul de Colombie à Buenos Aires.

Arrivé à León, au Nicaragua, il apprit que sa femme était morte pendant son séjour en Espagne. Il en fut désespéré, car il l'aimait tendrement et sentit qu'elle avait été son unique soutien moral. Égaré par la douleur, il s'adonna à la boisson, l'ivresse lui faisant oublier son chagrin. Une nuit, comme il était encore sous l'influence de l'alcool, quelques camarades lui jouèrent un tour qui eut sur lui une influence funeste pendant de longues années. Ils se présentèrent chez lui avec une amie, qu'il avait connue pendant sa jeunesse, Rosario Murillo. Ils le persuadèrent de l'épouser et le mariage eut lieu. Le lendemain Darío ne s'en souvenait plus. À plusieurs reprises il chercha à obtenir le divorce mais sa femme le refusa toujours. Cette union malheureuse empêcha le poète pendant vingt ans de former un foyer. Pendant les dernières années de sa vie, en Espagne, il contracta une troisième alliance, avec Francisca Sánchez del Pozo, qui lui donna son fils cadet, Rubén Darío Sánchez.