Le Vlaams Belang (« Intérêt flamand »), nommé Vlaams Blok (« Bloc flamand ») jusqu'au , est un parti politique belge d'extrême droite, prônant le nationalisme flamand et l'indépendance de la Flandre.
Initialement une dissidence de la Volksunie, le Vlaams Blok est fondé par Karel Dillen en 1979. À ses débuts, le parti reste assez peu important et ne remporte qu'un siège à la Chambre en 1978, 1981 et 1985. En 1987, le parti en remporte deux. Le Vlaams Belang obtient ses meilleurs résultats dans la province d'Anvers. Sa première véritable percée électorale dans toute la Flandre se situe en 1989 où il remporte son premier siège au parlement européen avec 6,59 % des voix néerlandophones.
En 1991, le parti sextuple son nombre de sièges à la Chambre des Représentants avec 6,6 % des voix dans le royaume. C'est à la suite de cette élection, qualifiée de « dimanche noir » par ses opposants, que les autres partis politiques décident d'exclure le Vlaams Belang de toute coalition dans le cadre d'un accord appelé cordon sanitaire.
Le parti poursuit néanmoins son ascension jusqu'à atteindre 24,15 % des voix en Flandre et 34,07 % des suffrages à Bruxelles (pour le collège électoral néerlandophone) lors des élections régionales belges de 2004. La même année, le parti est poursuivi pour racisme et xénophobie, ce qui peut conduire à l'interdiction du parti. Le Vlaams Blok se dissout donc de lui-même et son successeur, le Vlaams Belang, est fondé
À partir de là, le parti commence son déclin jusqu'à atteindre 5,92 % des voix en Flandre aux élections régionales belges de 2014 et seulement trois sièges à la Chambre des Représentants. Une chute qui peut être expliquée par la montée d'un nouveau parti nationaliste flamand, la N-VA, qui tient des positions plus modérées sur l'immigration.
Tom Van Grieken devient alors président du parti qui voit une remontée inattendue aux élections fédérales de 2024 où le parti redevient deuxième en Flandre avec 21,81 % des voix et .
Lors des élections communales et provinciales belges de 2024, le Vlaams Belang décroche son premier bourgmestre à la ville de Ninove, Guy D'haeseleer, et détient la majorité absolue.
Histoire Genèse
Aux élections du , le Vlaams Blok était une sorte de cartel réunissant deux dissidences de la Volksunie : le Vlaams Nationale Partij (« Parti national flamand ») de Karel Dillen et le Vlaamse Volkspartij (« Parti populaire flamand ») de Lode Claes. Ces deux partis s'étaient séparés de la Volksunie, le parti nationaliste flamand, à la suite d'un désaccord sur le pacte d'EgmontPascal Delwit, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2010, ..
Karel Dillen fut le seul élu et la tendance qu'il représentait finit par prendre l'ascendant : le Vlaams Nationale Partij fusionna définitivement avec l'aile radicale du Vlaams Volkspartij pour former le Vlaams Blok. Lode Claes disparut de ce nouveau parti. Karel Dillen décrivit dans un Manifest van het rechts Vlaams-nationalisme (« Manifeste du nationalisme flamand de droite ») les conceptions fondamentales du parti.
Le , le Parlement flamand vote une motion qui condamne le programme « anti-immigrés » du Vlaams Blok.
Transformation du Vlaams Blok en Vlaams Belang vignette|Le Vlaams Belang lors de la Coupe Sels 2015 à Merksem. Le , lors d'un congrès réuni à Anvers, le Vlaams Blok se dissout et refonde un nouveau parti avec les mêmes personnes et essentiellement le même programme : le Vlaams Belang..
Le congrès faisait suite à la décision de la Cour de cassation de Belgique, le , de confirmer un précédent arrêt de la cour d'appel de Gand, le ., qui condamnait pour racisme et xénophobie plusieurs associations « proches » du Vlaams Blok : Vlaamse Concentratie (VC), Nationaal Vormingsinstituut (NV) et Nationalistische Omroepstichting (NOS), à de lourdes amendes pénales et risquait d'entraîner, à court terme, une mise hors-la-loi du parti lui-même.. En effet, la loi dit qu'un parti que la justice qualifie de « raciste » peut se voir privé de sa dotation publique. Or le VB ne pouvait prendre le risque de voir ainsi s'échapper une partie non négligeable de ses finances..
Le parti change donc de nom, tout en conservant les mêmes initiales (VB) et les mêmes couleurs, le noir et le jaune, qui sont celles de la Flandre. En prévision de l'arrêt du , qui était attendu, le parti avait préalablement modifié ses statuts, renonçant à demander « le renvoi vers leur pays [d'origine] de larges groupes d'immigrés non-européens », et fait désormais campagne pour une non-acceptation de ceux qui « rejettent, nient ou combattent notre culture »..
Le président du Vlaams Blok, Frank Vanhecke, qui devrait jouer un rôle comparable dans le nouveau parti (de même que les autres figures marquantes telles que Filip Dewinter) appelait récemment au départ immédiat des immigrés clandestins et à la nécessité, pour les immigrés respectant les conditions de séjour, de « s'adapter à notre manière de vivre, à notre langue et à notre culture ».
Durant la législature 2000-2006, un élu Christen-Democratisch en Vlaams (CD&V) du district de Deurne passe au Vlaams Belang devenant ainsi le tout premier échevin de ce parti.
Ascension
De 1978 à 2004, le parti a connu une ascension lente mais irrésistible jusqu'à recueillir 24 % des votes aux élections du Parlement flamand du , devenant ainsi le deuxième parti flamand, derrière le cartel CD&V/N-VA (démocrates chrétiens + nationalistes).
Aux élections du Parlement flamand du , le Vlaams Belang a recueilli 15,30 % des votes, maintenant ainsi sa place de deuxième parti flamand, derrière le CD&V (chrétiens-démocrates), et ce malgré une chute de près de 10 % de son nombre d'électeurs. Un an plus tard, aux élections fédérales flamandes, le Vlaams Belang a encore reculé en n'enlevant que 12,6 % des voix et douze sièges de députés, ce qui le place au rang de cinquième parti flamand. Son groupe au parlement européen est Europe des nations et des libertés depuis le .
Déclin À partir de 2011, le parti commence son déclin électoralTeun Pauwels, « Le Vlaams Belang », in Pascal Delwit, Jean-Benoit Pilet, Émilie van Haute (Eds), Les partis politiques en Belgique, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2011, ..
Lors des élections communales à Anvers du , le Vlaams Belang chute de 33,51 % à 10,18 % soit un recul historique de plus de .
, chef de file de la N-VA, qui siphonne les voix du Vlaams Belang et remporte les élections à Anvers avec 37,68 % des voix contre 28,62 % pour la liste de cartel sp.a-CD&V emmenée par Patrick Janssens..
Après la victoire de Bart De Wever, le Vlaams Belang, laminé, offre ses services à la N-VA pour monter une coalition, son chef Filip Dewinter déclarant : « Le Vlaams Belang a semé pendant des décennies afin que la N-VA et Bart De Wever puissent maintenant moissonner ».. Activité hors de la Flandre et dans des parlements n'ayant pas ses séances en Flandre Dans le même temps, la section de Bruxelles du Vlaams Belang dénonce (en français) sur son site le « Frankenstein politico-médiatique NVA, produit sponsorisé par le régime, bricolé pour servir de caisse de résonance d’une partie du patronat flamand et pour réduire l’électorat du Vlaams Belang » avec un programme qui « est sur les questions de la sécurité et de l’immigration un copié-collé de celui du Vlaams Belang ».. Dans la foulée, le parti obtient le soutien d'un autre parti d'extrême droite européen, le Front national de Marine Le Pen...
Aux élections de 2014, le parti perd énormément de voix et de sièges au profit de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA). Ainsi, le Vlaams Belang perd neuf sièges à la Chambre des représentants, n'ayant plus que trois élus. Au Parlement flamand, le parti passe de vingt à six députés, ne recueillant que 5,92 % des voix. Enfin, au Parlement européen, le parti n'a plus qu'un élu, en la personne Gerolf Annemans.
Nouveaux succès Le parti est en progression dans toutes les provinces lors des élections communales et provinciales de 2018. Il réalise son meilleur résultat dans les provinces d'Anvers et de Flandre Orientale avec 14,2 % des voix et son moins bon résultat dans la province du Brabant Flamand avec 8,6 % des voix.
À Ninove, le Vlaams Belang remporte 40 % des voix. Ce résultat historique ne permet toutefois pas au parti de rentrer dans une majorité dans cette commune, les autres partis refusant catégoriquement cette option. Un collège communal composé de tous les partis sauf le Vlaams Belang entre donc en fonction dans la commune.
Lors des élections fédérales, régionales et européennes du , le Vlaams Belang remporte un succès électoral, passant à 18 % des voix en Flandre.. Parmi les raisons qui peuvent expliquer cette victoire, le positionnement comme parti antisystème, en face de la N-VA au pouvoir depuis quatre ans, la ligne dure du parti sur l'immigration, le positionnement plus à gauche du parti sur le social, et l'usage massif des réseaux sociaux.
Sa position semble encore renforcée depuis les élections de 2019, tous les sondages jusqu'en donnent le Vlaams Belang vainqueur en Flandre. Cette popularité s'expliquerait par la stratégie du parti d'utiliser les réseaux sociaux pour contourner les médias traditionnels, Tom Van Grieken serait ainsi l'homme politique belge le plus populaire sur Facebook (plus de « j'aime ») loin devant tous les autres responsables politiques de Belgique et avec suiveurs, le Vlaams Belang parvient même à avoir une audience plus importante sur les réseaux sociaux que les médias audiovisuels flamands, VTM ( suiveurs) et la VRT ( suiveurs)Aubry Touriel, Le Vlaams Belang reste en tête des sondages en Flandre : comment expliquer sa popularité ?, rtbf.be, 12 octobre 2020.
Lors du méga-scrutin de mai 2024, le parti augmente encore ses voix. Néanmoins, il réalise de moins bons scores que le prévoyaient les sondages. Il reste ainsi le deuxième parti au parlement fédéral et flamand, derrière la NVA qui se maintient. Il passe cependant premier parti belge aux élections européennes.
Idéologie, programme et positionnement politique La plupart des observateurs politiques situent le Vlaams Belang à l'extrême droite.. ; seuls quelques-uns le situent plutôt à la droite radicale. Sarah de Lange, professeur de sciences politiques à l'Université d'Amsterdam et spécialiste de l'extrémisme et du populisme, préfère parler de droite radicale. Selon elle, le terme « extrême » renvoie à des partis et des groupes anti-démocratiques, caractéristique non attribuée au parti. Selon Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite, la décision de l'UNESCO de retirer le Carnaval d'Alost de sa liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité à la suite de stéréotypes antisémites, et la victimisation qui s'est ensuivie « pourrait se traduire dans les urnes au profit du Vlaams Belang, formation d’extrême droite qui passe son temps à blanchir collaborateurs et antisémites »Carnaval d’Alost : plat pays, mais antisémitisme au sommet, Charlie Hebdo, 6/3/2020.
À ses débuts, son prédécesseur le Vlaams Blok ..
Le Vlaams Blok a été aussi décrit comme néofasciste....
Durant la campagne électorale de 2019, le centre d'études RePresent a étudié les programmes électoraux des treize principaux partis politiques belges. Cette étude a classé les partis sur deux axes « gauche-droite », de « - 5 » (extrême-gauche) à « 5 » (extrême-droite) : un axe socio-économique « classique », qui fait référence à l'intervention de l'État dans le processus économique, et au degré suivant lequel l'État doit assurer une égalité sociale, et un axe socio-culturel, qui fait référence à un clivage articulé autour d'une opposition identitaire autour de thèmes comme l'immigration, l'Europe, la criminalité, l'environnement, l'émancipation, etc.