Lachat de l'Alaska (en anglais ; en russe , , « vente de l'Alaska ») est le traité international par lequel l'Empire russe céda ses territoires nord-américains aux États-Unis en 1867 contre le paiement de sept millions de dollars. Cet achat fut mené par le secrétaire d'État américain William Seward. Le territoire acheté avait une superficie d'environ () et constitue pour l'essentiel l'actuel État américain de l'Alaska.

D'un point de vue de stratégie entre grandes puissance, les motivations des acteurs peuvent être identifiées ainsi : pour la Russie, le territoire est d'un faible intérêt économique et sans continuité avec ses possessions sibériennes ; une puissance maritime, anglaise ou américaine ou autre le couperait aisément du reste de la Russie ; la vente aux États-Unis permet aux deux États de pallier le risque d'annexion du territoire par les Britanniques, frontaliers de l'Alaska, via le Canada, et qui en sont le plus proche par le port de Vancouver. La Colombie-Britannique ralliera le Canada en 1871. Tandis qu'Américains et Canadiens se disputent l'exploration du Yukon, qui sera racheté par le Canada en 1870 à la Compagnie de la Baie d'Hudson ; elle renforce les bonnes relations entre Russie et États-Unis dans le Pacifique, avec une délimitation claire dans le détroit de Béring ; pour les États-Unis, c'est une nouvelle étape du recul des puissances européennes en Amérique (doctrine de Monroe) après les déchirements de la Guerre de Sécession et le départ en 1867 des troupes françaises et européennes du Mexique.

L'achat de l'Alaska est le début de l'expansion américaines dans le Pacifique.

La Russie peut ainsi se focaliser sur l'expansion sibérienne et le recul de la frontière avec la Chine en Extrême-Orient russe, ouverte par la convention de Pékin de 1860 et la fondation du port de Vladivostok en 1859

Situation avant l'achat vignette|L'Alaska et le reste des États-Unis.

L'Empire russe était en difficulté financière et craignait de perdre le territoire alaskan sans compensation dans un conflit futur, surtout avec le rival du moment, l'Empire britannique, qui possédait déjà le Canada voisin et dont la puissante Royal Navy pouvait facilement prendre le contrôle de côtes difficiles à défendre pour la Russie.

Voici le point de vue du baron Edouard de Stoeckl, ambassadeur russe à Washington, exprimé par une dépêche au tsar le :

Le tsar Alexandre décida donc de vendre le territoire aux États-Unis et chargea Edouard de Stoeckl d'ouvrir des négociations. Elles commencèrent secrètement avec le sénateur de Californie William M. Gwin en 1858. La guerre de Sécession (1861-1865) freina le projet mais renforça les liens entre les États-Unis et la Russie quand les ports américains accueillirent la flotte de guerre russe. Les négociations reprirent avec le secrétaire d'État William Seward, dont Edouard de Stoeckl était un proche, au début de .

Les négociations se conclurent après des discussions qui durèrent une nuit entière et la signature du traité à 4 heures du matin le avec un prix d'achat de au lieu des proposés en premier lieu.. L'opinion publique américaine était plutôt défavorable à cet achat, comme résumé par l'historien américain (1868-1936), les critiques étaient nombreuses :

Point de vue de Washington vignette|Signature du traité de cession de l'Alaska, de gauche à droite : Robert S. Chew, secrétaire d'État (États-Unis) ; William H. Seward ; William Hunter ; M. Bodisco, ambassadeur de Russie ; le baron de Stoeckl ; Charles Sumner ; Frederick W. Seward ; William H. Seward House, Auburn, New York. L'achat était à l'époque tourné en ridicule, considéré comme (), la () ou (), puisqu'on considérait déraisonnable de dépenser une telle somme pour cette région reculée.

Le traité était soutenu par le secrétaire d'État William Henry Seward, partisan de longue date de l'expansion, et par le président du comité du Sénat Charles Sumner. Leurs arguments étaient que les intérêts stratégiques de la nation poussaient à la signature de ce traité. La Russie avait été un allié de valeur pendant la guerre de Sécession, alors que le Royaume-Uni avait presque ouvertement été un ennemi. Il paraissait donc judicieux d'aider la Russie et de « déconcerter » les Anglais. De plus, il y avait la question que le territoire adjacent était alors une colonie britannique (actuel Canada). Il pouvait donc y avoir une valeur stratégique pour les Anglais d'acquérir un jour l'Alaska. L'achat, indiqua l'éditorialiste du New York Herald, était une manière pour le tsar de laisser entendre à l'Angleterre et à la France qu'ils n'avaient . sur le Canada dit l'influent New York Tribune. Bientôt le monde verrait dans le Nord-Ouest et .

Le , Sumner fit un discours important pour soutenir le traité, couvrant de manière exhaustive l'histoire, le climat, la configuration naturelle, la population, les ressources — les forêts, les mines, les fourrures, les pêcheries — d'Alaska. En bon érudit, il cita les témoignages de géographes et de navigateurs : Alexander von Humboldt, Joseph Billings, Iouri Lissianski, Fiodor Petrovitch Litke, Otto von Kotzebue, Portlock, James Cook, Meares, Ferdinand von Wrangel. Quand il en eut terminé, il observa qu'il avait . Cela la fit plutôt pencher de son côté, alors il continua : c'est . , dit Sumner, . Accordant le républicanisme américain à tout le territoire, il indiqua . , s'exclama Sumner, . Il argumenta par ces mots que le traité était dans cette direction : nous devrons . [Oberholtzer 1: 544-5].

Le Seward's Day, jour de célébration de l'achat de l'Alaska par les États-Unis, nommé en l'honneur de William Henry Seward, est un jour de congé en Alaska (dernier lundi de mars).

Ratification 350px|vignette|Chèque utilisé par le gouvernement des États-Unis pour l'achat de l'Alaska. Le Sénat des États-Unis ratifia le traité le , par un vote de 37 voix pour et 2 contre. Cependant, le budget pour l'achat ne fut débloqué qu'un an après à cause de l'opposition de la Chambre des représentants, qui approuva finalement le traité en , par un vote de 113 voix pour et 48 contre.

On estime que l'Alaska comptait alors ou métis et , pour un total de , sous le commandement direct de la compagnie russe des fourrures, et peut-être vivant sous cette juridiction. Les Européens vivaient dans 23 lieux de peuplement, situés sur les îles ou en bordure des côtes. Les petites stations regroupaient seulement 4 ou 5 Russes chargés de la collecte et du stockage des fourrures apportées par les Indiens et du ravitaillement des navires qui venaient les chercher. La plus grande ville de l'époque, la Nouvelle-Arkhangelsk, maintenant nommée Sitka, sur l'île Baranof de l'archipel Alexandre dans le Sud-Est de l'Alaska, a été fondée en 1804 pour le négoce des très rentables fourrures d'otaries des mers. Elle comptait environ 116 baraques abritant 968 habitants. La seconde ville était Saint-Paul sur l'île Kodiak avec 100 baraques et 283 personnes. Elle était le centre de l'industrie de la fourrure de phoque.

Le toponyme aléoute Alaska fut choisi par les Américains. La cérémonie de transfert eut lieu à Sitka le . Des soldats russes et américains défilèrent devant la maison du gouverneur ; le drapeau russe fut ramené et le drapeau américain hissé, salué par des salves d'artillerie. Le capitaine Alexis Pestchouroff dit : . En retour, le général Lovell Rousseau accepta le territoire. De nombreux forts et fortins et baraques en bois furent cédés aux Américains. Les troupes occupèrent les casernes et le général Jefferson C. Davis établit sa résidence dans la maison du gouverneur. La plupart des Russes retournèrent en Russie ; seuls quelques commerçants et hommes d'Église choisirent de rester.

Suites Le nouveau territoire devint le département de l'Alaska () de 1867 à 1884, étant successivement sous la juridiction de l'U.S. Army jusqu'en 1877, puis brièvement du département du Trésor de 1877 à 1879 puis de l'U.S. Navy de 1879 à 1884. La région devint alors le (District of Alaska) de 1884 à 1912. Cette dénomination signifiait que l'Alaska devenait un territoire incorporé mais non organisé, avec un gouvernement civil. Le gouverneur du district était nommé par le président des États-Unis. En 1912, le district est transformé en territoire de l'Alaska, un territoire organisé, avec une déclaration des droits et un gouvernement à trois branches (exécutif, législatif et judiciaire). En 1959, l'Alaska devint le État des États-Unis. Le , le président de la fédération de Russie, Vladimir Poutine, signe un décret (oukase) semblant remettre en cause la vente de l'Alaska aux États-Unis. Cette décision, qui fait suite à plusieurs déclarations d'officiels russes en ce sens, intervient dans un contexte des tensions russo-américaines au sujet de la guerre en Ukraine.

Le Alaska Day célèbre le transfert formel de l'Alaska de la Russie aux États-Unis, qui eut lieu le . Mais aujourd'hui, l'Alaska célèbre le jour de l'acquisition, le Seward's Day, chaque dernier lundi du mois de mars.

Le nom américain de l'omelette norvégienne, Baked Alaska, rappelle l'achat de l'Alaska.

Notes et références Note

Références

Annexes

Bibliographie . Oleg Kobtzeff, La Colonisation russe en Amérique du Nord : s, Paris, Université de Panthéon-Sorbonne (Paris 1), 1985.

Alaska. Speech of William H. Seward at Sitka, August 12, 1869 (1869; Digitized page images & text), primary source Marie de Testa & Antoine Gautier, Le Diplomate russe Edouard de Stoeckl (ca 1805-1892) et la cession de l'Alaska aux États-Unis, in Drogmans et diplomates européens auprès de la Porte ottomane, éditions ISIS, Istanbul, 2003, . Antoine Gautier et Louis du Chalard, « Le diplomate russe Edouard de Stoeckl (1804-1892) et la cession de l'Alaska aux États-Unis, cinquième ambassadeur russe à Washington », dans la revue Orients, Bulletin de l'association des anciens élèves et amis des langues orientales, octobre 2013, , février 2014, et juin 2014, , article à retrouver sur le site langues-o.com.

Liens externes

Treaty with Russia for the Purchase of Alaska and related resources at the Library of Congress Text of Treaty with Russia (Alaska Purchase) The Alaska Purchase (Meeting of Frontiers, Bibliothèque du Congrès)

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