Josef Mengele , né le à Guntzbourg et mort le à Bertioga (Brésil), est un officier allemand de la (SS), criminel de guerre qui exerça principalement comme médecin, affilié à la deuxième section du camp d'extermination d'Auschwitz (Aushwitz II - Aushwitz-Birkenau) durant la Seconde Guerre mondiale. Maillon actif de la Shoah et de la Porajmos, il participa à la sélection des déportés voués à un gazage immédiat et réalisa diverses expérimentations « médicales » meurtrières sur de nombreux détenus. Après la guerre, il s'enfuit en Amérique du Sud où il mourut en 1979 sans jamais avoir été jugé pour ses actes.
Né en Bavière, Mengele obtient des doctorats en anthropologie et en médecine à l'université de Munich avant de rejoindre le parti nazi en 1937 puis la SS en 1938. Durant la guerre, il est déployé dans un bataillon médical sur le Front de l'Est avant d'être transféré à Auschwitz au début de l'année 1943. S'intéressant à la génétique, il y voit l'occasion de mener ses recherches sur des sujets humains, russes, juifs ou roms pour la plupart, sans aucun égard pour leur dignité, leurs souffrances et leurs vies. Il quitte le camp en peu avant l'arrivée de l'Armée rouge. Ses victimes et témoins de ses exactions le surnomment « l'Ange de la mort ».
Bien qu'arrêté par les troupes américaines, et sans que les historiens y trouvent une justification, il n'est pas reconnu comme criminel de guerre et rejoint l'Argentine en . Il vit à Buenos Aires avant de s'enfuir au Paraguay en 1959 et au Brésil l'année suivante pour échapper aux enquêteurs allemands et israéliens. Malgré les mandats d'arrêt émis par le gouvernement allemand et les opérations clandestines du service de renseignement israélien du Mossad, Mengele n'est pas capturé et il est déclaré comme s’étant noyé alors qu'il se serait baigné près de São Paulo en 1979. Il est enterré sous un faux nom et ses restes ne sont exhumés et identifiés qu'en 1985.
Jeunesse Josef Mengele est né le à Guntzbourg dans le royaume de Bavière appartenant à l'Empire allemand. Il était le fils aîné des trois enfants de Karl Mengele et Walburga née Hupfauer ; ses deux frères s'appelaient Karl et Alois. Son père Karl, lui aussi nazi, était le fondateur et propriétaire d'une manufacture de machines agricoles ; après la guerre, il devient conseiller municipal puis maire de Guntzbourg, qui lui offre la médaille de citoyen d'honneur, lui dédiant le nom d'une rue..
Josef Mengele était un élève studieux passionné de musique, d'art et de ski. À la fin de ses études secondaires en , il intégra l'université de Munich pour y étudier la médecine. Munich était alors le centre du parti nazi dirigé par Adolf Hitler et le jeune homme rejoignit en 1931 l'organisation paramilitaire d'extrême droite qui fut absorbée en 1934 dans le nazi.
En 1935, Mengele obtint son doctorat en anthropologie à l'université de Munich et en , il devint l'assistant d'Otmar von Verschuer, un médecin de l'« Institut de biologie héréditaire et d'hygiène raciale » de Francfort. Il s'intéressa notamment aux facteurs génétiques responsables de la fente labio-palatine et de la fossette du menton et sa thèse sur le sujet lui valut un doctorat cum laude en médecine en 1938. Dans une lettre de recommandation, von Verschuer loua le sérieux de Mengele et sa capacité à exposer simplement et clairement des questions complexes. Le psychiatre et auteur américain Robert Jay Lifton note que ses travaux ne différaient pas particulièrement du consensus scientifique de l'époque et que leur valeur scientifique aurait été admise même en dehors des frontières de l'Allemagne nazie.
Le , Mengele épousa Irene Schönbein (1917-1995) qu'il avait rencontrée durant son internat à Leipzig. Le couple eut un fils, Rolf, né en 1944.
Carrière militaire Mengele rejoignit le parti nazi en 1937 et la (SS) l'année suivante. Il effectua son service militaire dans les troupes de montagne et fut mobilisé dans la en quelques mois après le début de la Seconde Guerre mondiale. Il se porta volontaire pour le service médical de la , la branche militaire de la SS, et fut déployé avec le grade de (sous-lieutenant) dans un bataillon médical de réserve jusqu'en . Il fut ensuite assigné au sein du (RuSHA, « Bureau pour la race et le peuplement ») à Posen avec pour mission d'évaluer les candidats à la germanisation.
En , Mengele fut posté en Ukraine où il reçut la croix de fer de et en , il intégra la Panzerdivision SS Wiking comme médecin au sein du bataillon « SS-Pionier ». Peu après, il secourut deux soldats d'un char en feu et fut récompensé par la croix de fer de et l'insigne des blessés en noir. Il fut grièvement blessé lors des combats près de Rostov-sur-le-Don à l'été 1942 et fut déclaré inapte pour le service actif. Renvoyé à l'arrière, il fut transféré au bureau de Berlin du RuSHA et il recommença à travailler avec von Verschuer qui se trouvait alors à l'Institut Kaiser-Wilhelm d'anthropologie, d'hérédité humaine et d'eugénisme. Mengele fut promu (capitaine) en .
Au début de l'année 1943, von Verschuer encouragea Mengele à demander son transfert dans le département chargé des camps de concentration où il pourrait poursuivre ses recherches génétiques sur des sujets humains. Sa demande fut approuvée et il fut affecté au camp d'Auschwitz-Birkenau où le responsable médical Eduard Wirths le nomma médecin en chef du où étaient détenues les familles roms.
thumb|alt=Photographie d'un wagon devant un long bâtiment en briques|Photographie d'une sélection des prisonniers pour les travaux forcés ou les chambres à gaz. Auschwitz-II (Birkenau), mai/juin 1944. Le camp d'Auschwitz-Birkenau associait un camp de concentration et un camp d'extermination. Des déportés majoritairement juifs originaires de toute l'Europe arrivaient chaque jour par train et les médecins SS réalisaient une sélection des prisonniers entre ceux capables de travailler et les autres qui étaient envoyés directement dans les chambres à gaz. Ce dernier groupe, représentant plus des trois-quarts des arrivants, incluait presque tous les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et celles jugées inaptes après un rapide examen. Mengele, l'un des médecins affectés à cette sélection, profitait de cette tâche pour choisir des sujets pour ses expériences ; il était notamment très intéressé par les jumeaux pour ses recherches génétiques. À la différence de la plupart de ses collègues qui voyaient les sélections comme une mission éprouvante et difficile, Mengele semblait les apprécier et on le voyait souvent sourire ou siffler une chanson. vignette|Josef Mengele (au milieu), entouré de Richard Baer et Rudolf Höss, Solahütte, 1944. Album Höcker. Mengele et les autres médecins SS ne soignaient pas les prisonniers mais supervisaient les activités des médecins déportés contraints de travailler dans les dispensaires du camp. Mengele visitait chaque semaine les baraquements médicaux et envoyait dans les chambres à gaz tous les patients qui n'avaient pas récupéré au bout de deux semaines. Il faisait également partie de l'équipe de médecins chargés du contrôle de l'administration du Zyklon-B utilisé pour tuer les détenus dans les chambres à gaz.
Lorsqu'une épidémie de noma, une infection gangreneuse du visage, éclata dans le camp des Roms en 1943, Mengele mena des recherches pour en identifier la cause et développer un traitement. Il s'adjoint les services de Berthold Epstein, un pédiatre et professeur juif de l'université Charles de Prague qui avait été déporté à Auschwitz. Il isola les patients dans des baraquements séparés et fit exécuter plusieurs enfants atteints pour que leurs têtes et organes soient envoyés pour examen dans d'autres établissements médicaux. Les recherches étaient toujours en cours quand le camp des Roms fut vidé et tous ses déportés exécutés en 1944.
En réponse à une épidémie de typhus dans le camp des femmes, Mengele envoya les 600 juives d'un baraquement dans les chambres à gaz. Le bâtiment fut nettoyé et désinfecté et les occupantes d'un baraquement voisin furent lavées, épouillées et reçurent de nouveaux vêtements avant d'y être réinstallées. Le processus fut répété jusqu'à ce que le typhus fût éradiqué et il fut réitéré pour d'autres épidémies comme la scarlatine. Pour ses actions, Mengele reçut la croix du mérite de guerre de avec glaives et fut promu médecin en chef du sous-camp de Birkenau.
Expérimentations médicales thumb|alt=Photographie d'enfants en haillons derrière des barbelés|Enfants déportés à Auschwitz libérés par l'Armée rouge en janvier 1945.
Mengele utilisa Auschwitz pour poursuivre ses recherches anthropologiques et génétiques en menant des expérimentations sur les détenus sans égards pour leur vie. Il était particulièrement intéressé par les vrais jumeaux et les personnes atteintes d'hétérochromie, de nanisme ou de difformités anatomiques. Le , un organisme de recherche allemand, lui accorda une bourse et il envoyait régulièrement des comptes-rendus et des échantillons à von Verschuer. La subvention fut utilisée pour construire un laboratoire de pathologie à proximité du crématorium II d'Auschwitz. Miklós Nyiszli, un médecin hongrois de confession juive, déporté le , l'aida à réaliser des dissections et à préparer des échantillons dans le laboratoire. Les travaux de Mengele sur les jumeaux visaient à démontrer la supériorité de l'hérédité sur les facteurs environnementaux et ainsi appuyer la doctrine nazie de la supériorité de la race aryenne. Nyiszli et d'autres rapportèrent que ces études étaient peut-être également motivées par la volonté d'augmenter le taux de natalité en Allemagne en améliorant les chances d'avoir des jumeaux.
Les sujets d'étude de Mengele étaient mieux nourris et traités que les autres déportés et il créa un terrain de jeux pour les enfants auxquels il se présentait comme « oncle Mengele ». Il fut néanmoins responsable de la mort d'un nombre indéterminé de prisonniers qu'il tua par injection létale et lors de ses expérimentations. Lifton le décrit comme un personnage sadique, sans empathie et extrêmement antisémite qui considérait que les juifs devaient être systématiquement éliminés. Son fils Rolf rapporta que son père ne témoigna jamais le moindre remords sur ses activités durant la guerre. Un ancien médecin déporté d'Auschwitz déclara : .
Les expériences menées par Mengele sur les jumeaux incluaient des amputations inutiles, l'infection de l'un avec le typhus ou d'autres maladies et la transfusion sanguine entre les deux. Beaucoup de ses victimes succombèrent au cours de ces expérimentations et leurs corps étaient disséqués. Si l'un des jumeaux mourait de maladie, Mengele tuait l'autre pour pouvoir comparer les autopsies. Sur les personnes atteintes d'hétérochromie, il injectait des produits chimiques dans les yeux pour essayer de modifier leur couleur et après l'exécution des patients, les yeux étaient retirés et envoyés à Karin Magnussen à Berlin. Il mena également des recherches sur des traitements expérimentaux médicamenteux ou radiologiques et envoyait les squelettes des personnes atteintes de nanisme également à Berlin. Vera Alexander, une déportée, rapporta comment il avait opéré deux jumeaux roms pour essayer d'en faire des siamois mais les enfants moururent après plusieurs jours d'agonie.
Après-guerre