L'Acadie (aussi appelée Acadie historique ou Acadie française) est l'une des colonies de la vice-royauté de la Nouvelle-France (1534–1763, Amérique du Nord). Elle administrait :

l'Acadie péninsulaire (actuelle péninsule de Nouvelle-Écosse) jusqu'en 1713 ; l'Acadie continentale (actuel Nouveau-Brunswick) jusqu'en 1713, mais disputée entre Français et Britanniques jusqu'en 1763 ; et les îles adjacentes jusqu'en 1763 : l'île Royale (actuelle Île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse), l'île Sainte-Croix (aujourd'hui située aux États-Unis), ainsi que les Îles de la Madeleine (aujourd'hui au Québec).

thumb|right|310px|Carte de la Nouvelle-France dédiée au Conseiller du Roi Jean-Baptiste Colbert avec indication de l'Acadie ().

Origine du nom

thumb|upright=0.70|left|Giovanni da Verrazano. Le nom « Acadie » aurait été utilisé pour la première fois sous la forme « Arcadie » en 1524 par l'explorateur italien Giovanni da Verrazano, au service du roi de France François . Il désignait la péninsule de Delmarva, près de Washington, aux États-Unis, dont la végétation abondante rappelait à l'explorateur cette région grecque représentant un lieu idyllique pour les poètes. Au , ce nom a été appliqué à une région correspondant à peu près aux actuelles provinces maritimes du Canada. La lettre « r » aurait disparu à la suite des relations grandissantes avec les Micmacs, passant donc d'« Arcadie » à « Cadie » puis finalement à l'actuelle « Acadie ». Certains historiens doutent que le choix de Verazanno ait un lien avec l'usage actuel. En effet, le nom Acadie pourrait venir du micmac -akadie, qui veut dire « terre fertile » et se retrouve dans les toponymes Shunacadie et Shubenacadie, ou moins probablement d'algatig, un mot de la même langue signifiant « lieu de campement » ou encore de quoddy, un mot malécite-passamaquoddy voulant dire « endroit fertile ».

Géographie

Histoire

Acadie française Origines Le territoire de l'Acadie fut exploré vers l'an mil par les Vikings.. Dès le , des pêcheurs bretons, basques et normands ainsi que des marchands de fourrures fréquentent les côtes.

Lorsque Samuel de Champlain explora la région, il identifia deux peuples, les Souriquois, correspondant aux actuels Micmacs et vivant à l'est du fleuve Saint-Jean ainsi que les Etchemins, vivant à l'ouest. Leur mode de vie est basé sur la chasse, la pêche et la cueillette. Les Malécites, les Abénaquis et les Passamaquodys occupèrent plus tard le territoire des Etchemins et leurs peuples résultaient des regroupements ethniques appliqués par la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre. Selon les régions, certains groupes sont presque sédentaires alors que d'autres migrent de façon saisonnière.

La France, alors aux prises avec les guerres de religion, s'intéresse tardivement à la colonisation des Amériques. Jacques Cartier explore la baie des Chaleurs en 1534 et y rencontre les Micmacs. En raison des problèmes causés par la traite des fourrures, le roi Henri IV accorde des monopoles de traite à des groupes de marchands à partir de 1588, dans le but de financer la colonisation. À la même époque, des écrivains font miroiter une vision idyllique de l'Amérique. Le marchand protestant Pierre Dugua de Mons obtient un monopole de dix ans sous conditions d'établir plusieurs colons. thumb|left|Présentation du Théâtre de Neptune dans le bassin d'Annapolis face à l'habitation de Port-Royal. Dessin de Charles William Jefferys.

Premiers établissements et monopoles (1604-1670)

En 1604, De Mons part en expédition, accompagné d'environ 80 personnes dont Samuel de Champlain et Jean de Poutrincourt. De Mons choisit de s'établir à la baie Française (baie de Fundy), parce que la vallée du fleuve Saint-Laurent n'a pas permis de trouver un passage vers l'Asie. La colonie est fondée à l'île Sainte-Croix, aujourd'hui située au Maine mais 36 personnes meurent du scorbut durant le premier hiver. La colonie est déplacée l'année suivante à Port-Royal au bord de la baie de Fundy, dans l'actuelle Nouvelle-Écosse. Le troisième hiver est plus agréable car l'avocat Marc Lescarbot, arrivé en 1606, présente Le Théâtre de Neptune, la première pièce produite en Amérique du Nord, alors que Champlain crée l'Ordre du Bon-Temps. Champlain explore aussi minutieusement toute la côte jusqu'au cap Cod. La colonie coûte cher à entretenir et il est presque impossible d'empêcher la contrebande d'autres marchands. Le monopole commercial de De Mons est révoqué avant échéance en 1607 et il ramène tous les colons en France.

Poutrincourt obtient une concession et revient s'établir à Port-Royal en 1610, accompagné de quelques personnes dont Claude et Charles de Saint-Étienne de la Tour. Le commerce de fourrures ne parvient pas à financer les coûts de la colonie et Poutrincourt demande l'aide financière des jésuites. Il leur demande aussi d'envoyer deux des leurs pour seconder le prêtre Jessé Fleché mais à leur arrivée ils accusent ce dernier d'avoir baptisé les Micmacs sans leur avoir donné l'instruction religieuse nécessaire. L'affaire prend une telle proportion qu'elle est présentée à la cour et à la Sorbonne tandis qu'elle divise la colonie en deux camps. Les jésuites fondent en 1613 une colonie rivale à Saint-Sauveur, sur l'île des Monts Déserts dans le Maine actuel. La même année, un assaut mené par l'Anglais Samuel Argall de Virginie détruit les deux colonies et en chasse les habitants français mais certains, dont Charles de Biencourt, le fils de Poutrincourt, décident de rester sur place. La période qui s'ensuit n'est pas bien connue mais l'on sait que les Français habitent parmi les indigènes et font venir annuellement une cargaison de vivres de La Rochelle tandis que leur isolement jette les bases de l'identité acadienne. Claude de la Tour continue le commerce de fourrures après la mort de Biencourt en 1623. thumb|upright=0.7|William Alexander.

En 1621, le gouvernement anglais change le nom de la colonie en Nouvelle-Écosse mais ne s'intéresse réellement à sa colonie qu'à partir de 1629 lorsqu'il fait venir les colons écossais de William Alexander. Claude de la Tour est alors fait baronnet et reçoit une grande terre. La France s'intéresse à nouveau à l'Acadie à la même époque. C'est ainsi que le gouvernement abandonne les compagnies privées et que Richelieu fonde la Compagnie des Cent-Associés en 1627, à laquelle l'État participe et dont l'un des objectifs est de faire venir un grand nombre de colons. En 1631, Charles de la Tour est nommé lieutenant général de l'Acadie par la France. Grâce à de l'aide financière du gouvernement, il construit en 1632 un fort au Cap de Sable et un autre à Saint-Jean. Jusqu'à cette époque, l'Acadie entretient surtout des liens avec les provinces françaises de l'Aunis et la Saintonge. thumb|Françoise-Marie Jacquelin défendant le fort Saint-Jean contre D'Aulnay (Charles William Jefferys).

L'Acadie est cédée à la France en 1632 par la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye, qui met aussi fin à la colonisation écossaise. Le gouvernement français tente de transformer l'Acadie en un « rempart » entre le Canada et la Nouvelle-Angleterre et pour cette raison implante le système seigneurial puis nomme Isaac de Razilly au poste de gouverneur. L'Acadie est à nouveau délaissée pendant plusieurs années car la France est en guerre avec l'Espagne entre 1636 et 1659 tandis que le Royaume-Uni est aux prises avec une guerre civile de 1642 à 1660. Entretemps, Razilly déplace la capitale à La Hève. Il part en 1632 d'Auray en Bretagne avec 3 capucins et 300 hommes d'élite (Source Gazette de France de 1632 ). Le gouverneur s'intéresse plus au commerce maritime qu'à l'agriculture, ce qui explique ses choix d'établissements. Des missionnaires français participaient à la colonisation depuis 1613 et quelques églises de bois sont construites à partir de 1680.

La mort de Razilly, survenue en 1636, provoque une dispute entre Charles de Menou d'Aulnay de Charnizay et Charles de Saint-Étienne de la Tour. D'Aulnay de Charnizay ramène la capitale à Port-Royal et déclenche une guerre civile contre La Tour. Tous deux s'adressent au roi à plusieurs reprises pour faire trancher les limites de leurs territoires respectifs. La décision rendue confond les deux territoires -preuve de la faible connaissance géographique de l'Acadie- et ne règle pas leur querelle. D'Aulnay de Charnizay et La Tour concluent des ententes avec le Massachusetts afin d'obtenir de l'argent ou des troupes mais les Anglais évitent d'être trop impliqués dans le conflit. Malgré la guerre, D'Aulnay de Charnizay considère que l'avenir de l'Acadie passe par la production agricole et il parvient à faire venir 20 familles, rendant la colonie plus autonome.

D'Aulnay de Charnizay meurt accidentellement en 1650, causant une guerre de succession entre Emmanuel LeBorgne, Charles de Saint-Étienne de la Tour et Nicolas Denys. Le Borgne était le principal créancier de la famille D'Aulnay de Charnizay mais n'arrive pas à s'entendre sur la succession. En 1652, il s'empare de Port-Royal, où se trouvent les intérêts de la famille D'Aulnay, et attaque les établissements de ses rivaux, dont La Hève, Pentagouët et Havre-Saint-Pierre. La Tour épouse la veuve de D'Aulnay de Charnizay pour tenter de réconcilier les deux familles et d'établir la paix mais aussi pour reprendre ses possessions. En 1654, Denys obtient une concession comprenant le golfe du Saint-Laurent entre le cap Canceaux et Gaspé. Le conflit gêne le développement de la colonie. En effet, il y avait de 40 à 50 familles en Acadie en 1650 mais peu viennent s'établir par la suite. De plus, l'école pour filles qu'avait fondée Madame de Brice est fermée et les Récollets quittent Port-Royal pour être remplacés par les Franciscains en 1664.

Robert Sedgwick, qui a pour mission d'attaquer la Nouvelle-Néerlande, attaque aussi l'Acadie sur son passage en 1654. Durant les années suivantes, la France, malgré la perte de l'Acadie, continue d'accorder des concessions ainsi que des permis de chasse et de pêche. Le Royaume-Uni renomme la colonie Nova Scotia et la concède à William Crowne, Charles de Saint-Étienne de la Tour et Thomas Temple. La Tour profite peu de cette concession, alors que Temple, devenu plus tard gouverneur, fait peu d'efforts pour mettre en valeur son territoire alors qu'il est continuellement opposé à ses rivaux comme Emmanuel LeBorgne. La guerre civile en Angleterre favorise l'industrie de la pêche du Massachusetts, qui envoie des pêcheurs à Terre-Neuve. Durant cette période, les Acadiens sont plus souvent en contact avec les Anglais et les Amérindiens qu'avec les Français, situation illustrée par les débuts d'anglicisation du français acadien, de l'usage fréquent de mots micmacs puis par l'attitude d'accommodation face à la domination britannique. À partir de 1666, la France évite de dépeupler son royaume au profit de l'Acadie. Bien que le taux de natalité y soit très élevé, la population acadienne s'élève à 400 personnes en 1670, comparativement à au Massachusetts.

Domaine royal (1670-1710)