Madeleine Cormier, dite Manon Cormier, née à Bordeaux le et morte à Paris le , est une avocate et écrivaine féministe bordelaise. Résistante et déportée pendant la Seconde Guerre mondiale, elle meurt à son retour du camp de MauthausenSite ffi33.org, Biographie résistants honorés, cahier de la résistance une bordelaise, martyre de la Résistance lire (consulté le 02/07/2009).. Son nom est inscrit au Panthéon sur la liste des « écrivains morts pour la France » pendant la guerre de 1939-1945.
Biographie Jeunesse et origine Manon Cormier est née à Bordeaux le , son frère jumeau Henri Cormier, engagé volontaire à 18 ans, est le . Son père Jules Cormier devient, de 1922 à 1925, maire de la commune de Bassens en GirondeSite officiel Bassens, Maison Manon Cormier lire (consulté le 31/07/2009).. Bonne élève au lycée, elle devient une femme pionnière de la région bordelaise en étant l'une des toutes premières à entrer à la faculté de droit de Bordeaux et obtient, à 20 ans, sa licence de droit.
Doctorante et féministe bordelaise
thumb|Manon Cormier (n°4) et d'autres responsables de la Ligue française pour le droit des femmes, dont la présidente Maria Vérone (n°6).
Active et militante, Manon Cormier entreprend un doctorat de droit à la faculté de Bordeaux, et en parallèle s'engage dans de nombreuses associations. On la retrouve présidente de l'association des étudiants de Bordeaux, membre d'associations caritatives comme la Croix rouge française, impliquée dans le mouvement de libération des femmes comme fondatrice et présidente de la section girondine de la Ligue française pour le droit des femmesJean Guérin, Des hommes et des activités : autour d'un demi-siècle, : ., fondatrice du club Soroptimist de Bordeaux. Elle effectue des voyages d'études et fait des conférencesJean Guérin, Des hommes et des activités : autour d'un demi-siècle, : ., comme celle sur la Pologne en 1927. En 1921, Manon Cormier devient la première femme à être Article de presse Grenoble 1923 : lire (consulté le 02/07/2009). au poste de secrétaire de la Conférence du stage de Bordeaux. Le a lieu la soutenance de sa thèse de doctorat Les Actions à vote plural en France et à l'étranger.
Hautes fonctions dans l'administration de l'État Avant la fin de l'année 1932, . Elle continue de voyager pour son travail. En 1934, elle publie son unique ouvrageJean Guérin, Des hommes et des activités : autour d'un demi-siècle, : , Madame Juliette Adam ou l’aurore de la Troisième République, en hommage à la féministe républicaine. Elle obtient pour cette œuvre un prix de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de BordeauxActes de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, E. Dentu, 1935. De nouveau femme pionnière, elle accepte le poste de sous-directrice au ministère du ravitaillement, poste qu'elle occupe toujours lors de son arrestation par la Gestapo le , dans les locaux du ministère aux Invalides à Paris.
Résistante et déportée Manon Cormier entre en Résistance pour aider les Français qui n'hésitent pas à tuer des soldats allemands pour se procurer des armes. Elle utilise les moyens que lui procure sa situation, au ministère du ravitaillement, en fournissant des cartes d'alimentation et des pièces d'identité. Elle s'occupe également de l'hébergement des réfractaires au STO, et de la transmission de messages. À partir de 1942, elle soutient le Front national de la résistance, notamment par l'intermédiaire de son , elle apporte également son aide à chef régional du réseau FTPF du Sud-Ouest. C'est une information donnée par la police française qui motive son arrestation par la Gestapo le dans les locaux du ministère, aux Invalides.
Incarcération et déportation
thumb|Acte de décès du .
Manon Cormier est emmenée rue des Saussaies, siège de la Gestapo, et passe sa première nuit de captivité à la prison de Fresnes. Elle est transférée à Bordeaux, le , pour y être interrogée par le commissaire Poinsot de la police bordelaise. Elle est incarcérée au Fort du Hâ et subit les interrogatoires de Poinsot jusqu'au mois de mars 1944, où elle fait partie d'un transfert pour Paris, constitué de trois femmes et quarante hommes. C'est un retour à la prison de Fresnes, avant de prendre, à la mi-avril, un bus pour une petite gare de la région parisienne et un convoi ferroviaire, pour une déportation qui l'amène au camp de LaubanLauban : « Camp situé à l'Est de Dresde, en Saxe, sur la Bober, à proximité de la frontière austro-hongroise ». Manon Cormier est intégrée dans un Kommando de travail, le rythme du est trop difficile pour elle, après huit jours de travail elle s'évanouit, reclassée elle va tenir difficilement jusqu'au transfert des femmes au camp de Ravensbrück, fin octobre.
thumb|Faire-part de décès dans Le Figaro du .
Six mois après le début de sa déportation Manon Cormier est épuisée, son cœur est fragilisé, ses cheveux sont devenus blancs, elle est transférée dans le secteur NN Association des écrivains combattants, Anthologie des écrivains morts à la guerre, , lire (consulté le 02/07/2009)., cela lui évite les tâches les plus dures, mais augmente le risque d'envoi dans les , ou d'intégration dans un des , ce qui se traduit par envoi dans un camp d'extermination ou un départ dans un convoi qui disparait sans laisser de traces. Cette situation est le lot de toutes les femmes qui n'ont plus la force, du fait de leur âge ou de maladies, de rester debout pendant les interminables appels. Dans le camp les déportées se sont organisées pour aider les plus faibles, comme elle, notamment en apportant, en cachette, un tabouret pour qu'elles tiennent pendant ces stations debout qui peuvent durer plusieurs heures. En mars 1945, l'avance de l'armée Russe, provoque l'organisation de départs du camp. Les femmes se retrouvent entassées à soixante-dix par wagons avec peu de nourriture et des conditions d'hygiènes inexistantes, la fin du transport se situant en Autriche à la gare de Mauthausen.
Témoignage En avril 1945 la Croix-Rouge procède au rapatriement de femmes du camp de Mauthausen, Manon Cormier est dans l'un des camions du convoi qui arrive en Suisse après un pénible voyage. À Annecy, un médecin la juge trop faible pour qu'elle poursuive jusque chez elle, mais elle insiste et c'est sur une civière qu'elle arrive à Paris. Malade et très affaiblie elle est hospitalisée à l'hôpital Bichat, elle trouve la force de transmettre son témoignage avant de s'éteindre à l'Hôpital Boucicaut le . Sa tombe se trouve au cimetière protestant de Bordeaux.
Publications
thumb|Thèse de droit.
En Pologne ressuscitée. Conférence faite à Bordeaux par Manon Cormier, le et le . Les Actions à vote plural en France et à l'étranger, Thèse pour le doctorat sciences juridiques soutenue par Manon Cormier, Faculté de droit de l'Université de Bordeaux, 1932 . Madame Juliette Adam ou l'aurore de la République, Delmas, Paris, 1934. - Prix Montyon 1936 de l'Académie française
Distinctions
à titre posthume (décret du ). Citée à l'ordre de la Nation à titre posthume par le Général de Gaulle (16 janvier 1946). Morte pour la France Lauréat du Prix Montyon de l'Académie franaise (1936)
Hommages
thumb|L'Action radicale socialiste, 29 décembre 1945.
National Son nom est gravé au Panthéon sur une plaque citant la liste des « écrivains morts pour la France » pendant la guerre de 1939-1945.
Monographies Collectif : Madame Charles Dartigue-PeyrouNée Juliette Cormier, sœur de Manon Cormier., M. Schilling, Andrée Lehmann…, Manon Cormier, Une Bordelaise martyre de la Résistance, Monographie, 1946Bibliothèque de l'IHTP, cote R.630 BRO lire (consulté le 31/07/2009).. (SommaireAu sommaire : Courte biographie de Manon Cormier ; « En écoutant ma sœur… » par Madame Charles Dartigue-Peyrou, née Juliette Cormier ; « Rapatriée vivante, mais épuisée… » par Manon Cormier (récit de son arrestation, des interrogatoires, de son incarcération, de sa déportation jusqu'à sa libération ; Cite les noms de ses codétenues) ; Obsèques de Paris : Discours de M. Schilling, chef du Service de l'épuration, délégué du Ministère du Ravitaillement ; Discours de Maître Andrée Lehmann, avocate à la Cour de Paris, présidente de La « Ligue française pour le droit des femmes » ; Message de Fernande Surault, du Soroptimist-Club de Bordeaux.) Une bordelaise martyre de la Résistance, dans Cahier de la Résistance , coéditionSite AERI, Cahiers thématiques sur la résistance lire (consulté le 01/08/2009). Association pour des Études sur la Résistance Intérieure (AERI)Site AERI, lire (consulté le 01/08/2009).] et La Documentation Française. Bernard Lachaise, Manon Cormier, une Bordelaise en résistances : 1896-1945, Editions Confluences, 2016.
Lieux portant son nom Liste non exhaustive : Ambès : Rue Manon Cormier. Bayonne : Allée Manon Cormier. Bassens : Avenue Manon Cormier. Bassens : Collège Manon CormierSite officiel du collège Manon Cormier, lire (consulté le 27 mai 2010).. Bassens : Plaque sur la clôture du château d'AntichanSite officiel ville de Bassens, lire (consulté le 31/07/2009).. Bègles : Maison de retraite publique Manon CormierSite de la Résidence Manon Cormier, Maison de retraite publique de Bègles, lire (consulté le 03/09/2009).. Bordeaux : Plaque dans le grand hall de la faculté de DroitSite soroptimist, lire (consulté le 31/07/2009).]. Bordeaux : Rue Manon Cormier depuis 1950-1951. Bordeaux : Résidence personnes âgées Manon Cormier. Floirac : Résidence Manon Cormier. Laruscade : École primaire publique Manon Cormier. Pessac : un amphithéâtre de l'Université de Bordeaux, au sein du bâtiment G, recherche en droit et en économie. Notes et références
Annexes Bibliographie Élisabeth Terrenoire, Combattantes sans uniforme : les femmes dans la résistance, Bloud et Gay, 1946,
Association des écrivains combattants, Anthologie des écrivains morts à la guerre : 1939-1945, Michel, 1960,
Bernard Lachaise, Manon Cormier, une Bordelaise en résistances (1896-1945), éd. Confluences, 2016, 212 p.
Isabelle de Montvert-Chaussy, Ces Bordelais qui ont fait l'histoire, Papillon Rouge, 2021
Articles connexes Camp de concentration Camp d'extermination Liste de résistants en France Liste de personnalités liées à Bordeaux
Liens externes
Photographie de la tombe de Manon Cormier au cimetière protestant de Bordeaux Ancienne maison de Manon Cormier dite Château d'Antichan
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