À l'époque de la Rome antique, dans les derniers siècles de la République, puis sous l'Empire, la notion d'Italie évolua pour parvenir à désigner la péninsule italienne dans sa totalité, de Brindisi jusqu'aux Alpes, mais elle ne concerna les îles majeures (Corse, Sardaigne et Sicile) que pendant la période qui suivit la Tétrarchie ().

Extension du toponyme Selon les témoignages d’Hécatée de Milet, sans doute, puis d’Antiochos de SyracuseD'après Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaine, I, 12, 3 ; I, 35 et I, 73, 3 ; Strabon, Géographie, VI, 1, 4, 254 ; et Étienne de Byzance, s. v. Bρέttoς. et de Timée de TauroménionD'après Denys d'Halicarnasse, op. cit., I, 73 ; et Strabon, op. cit., III, 136 et V, 24 ; Pseudo-Aristote, De mir. ausc., 78., le terme d’Italie, appelée aussi Oenôtrie, renvoyait à l’origine à une partie très limitée du Bruttium antique, d’abord à la région qui se trouve au sud de l’isthme séparant le golfe de Skylletion et celui d’Hipponion (aujourd’hui golfes de Squillace et de Sainte-Euphémie), puis à celle qui s’étend entre Laos, sur le versant tyrrhénien, et MétaponteL'actuel Metaponto, hameau de la commune de Bernalda., sur le versant ionien, et enfin à l’ensemble de la Grande-Grèce.

Le terme d'Italie désigna ensuite la partie de la péninsule italienne au sud de l'Aesis (Esino), borne de la Gaule cisalpine. La limite entre l'Italie et la Gaule cisalpine fut plus tard portée au Rubicon.

Sous Auguste, le terme d'Italie désigna l'ensemble de la péninsule jusqu'aux Alpes. Plus précisément, l'Italie désigna la partie de la péninsule divisée en régions. Les Alpes cottiennes en étaient exclues.

Au Bas-Empire, le terme d'Italie fut utilisé pour qualifier le diocèse d'Italie, comprenant, outre la péninsule, les provinces insulaires de Corse, de Sardaigne et Sicile ainsi que les provinces alpestres des Alpes cottiennes et de Rhétie. L'Italie désigna aussi une préfecture : la préfecture d'Italie, composé des diocèses d'Italie, d'Illyrie et d'Afrique.

L'Italie romaine : une exception face aux provinces vignette|Une portion de la Table de Peutinger, copie d'époque renaissance d'une carte romaine du , montrant au centre le sud de l'Italie.

Sous la République et pendant le Haut-Empire, on ne considérait jamais que la Sicile, la Sardaigne et la Corse faisaient partie de l'Italie. De même, sous l'Empire, une partie de l'Italie actuelle dépendait des provinces des Alpes : Alpes cottiennes ou Rhétie. Les limites de l'Italie, dans le nord de la péninsule ont, en effet, été changeantes. De nombreux peuples s'en disputaient le territoire : Italiotes, Ligures, Étrusques, puis Celtes et Romains. La présence celte fut suffisamment forte et influente pour que le nord de l'Italie actuelle fût longtemps considéré comme une partie du monde celtique et nommé Gaule cisalpinela Gaule d'avant les Alpes ou Gaule transpadaneGaule d'au-delà du Pô.. À ce titre, ce fut la seule partie de la péninsule qui fut effectivement une province romaine, la province de Gaule cisalpine. Après César cependant, cette province disparaît, devenant à part entière un morceau de l'Italie.

Le territoire de l'Italie, qui fut le premier champ d'expansion de la puissance romaine, fut intégré à l'empire naissant selon des modalités variables : colonies romaines et latines, traités d'alliance (Fœdus), confiscation du territoire. Jamais cependant l'Italie ne fut considérée comme une province, ce terme étant réservé à l'administration des territoires non italiques. Si le mot provincia est parfois utilisé par certaines de nos sources en relation avec des fonctions en Italie, ce n'est jamais dans son sens administratif ou technique mais dans son sens le plus large, celui de « district relevant d'un magistrat ». Ainsi à l'époque tardive le Digeste parle-t-il de la provincia du préfet de la Ville ; ainsi trouve-t-on aussi sous la République le terme provincia utilisé pour la gestion des forêts de la péninsule. Même lorsque l'Italie n'eut plus aucun privilège par rapport aux provinces, après la Tétrarchie, le pouvoir romain évita toujours le mot province, lui substituant celui de région (regio, regiones).

En effet, après la Guerre sociale, les destins des Italiens et des Romains ne font plus qu'un, et la péninsule se distingue fortement des autres territoires contrôlés par Rome. L'avènement de l'Empire renforce dans un premier temps cette situation, l'Italie jouissant d'un prestige inégalé et de privilèges forts, en même temps que d'une position hégémonique militaire mais aussi économique dans la Méditerranée. Seuls les Italiens, en effet, sont tous citoyens romains grâce au droit du sol (Jus soli), mais ce privilège est accordé aussi aux colonies romaines dans les provinces et aux villes bénéficiant du Jus italicum. L'intégration progressive des provinces à l'Empire, leur romanisation juridique et culturelle, et leur développement économique et social relativisent au cette exception italienne. Le marque un tournant puisque, dans certains domaines, le poids des provinces commence à dépasser celui de l'Italie, et l'administration de l'Italie se rapproche de celle des provinces. Les difficultés du et les réformes post-tétrarchiques mettent définitivement fin à l'exception, même si le poids du prestige passé reste. L'éloignement des empereurs, la fondation de Constantinople, nouvelle capitale en Orient, et les divisions nées des invasions barbares voient une Italie à nouveau divisée entrer dans le Haut Moyen Âge.

L'œuvre d'Auguste vignette|Les onze régions augustéennes. vignette|Carte historique de l'Italie à l'époque d'Auguste.

La réorganisation augustéenne parachève l'intégration de l'ancienne Gaule cisalpine dans l'Italie. Les régions nord de la péninsule, de la Ligurie à la Transpadane (actuelle Lombardie), entrent pleinement dans l'Italie. La ville de Rome et son pourtour sur un rayon de cent milles, formant le « diocèse urbain », sont sous l'administration du préfet de la Ville, le reste de l'Italie, divisé en 11 régions, dépend du préfet du prétoire. Pline l'Ancien est le seul auteur antique à donner la liste de ces régions administratives qui servaient de cadre au recensement mais qui ne semblent pas avoir eu d'autres fonctions connues :

Numéro Dénomination usuelle Composantes Regio I Latium et Campania (Latium et Campanie) Le Latium, comprenant : le Latium vetus (Vieux Latium) ; le Latium novum (Nouveau Latium) ou Latium adiectum (Latium ajouté) ; la Campanie, comprenant : la Campanie proprement dite ; la Picentine. Regio II Apulia et Calabria (Apulie et Calabre) L'Apulie, partie de l'ancienne Grande-Grèce, comprenant l'Apulie proprement dite (Daunienne et Peucetienne) et la Messapie (Calabri et Salentini) Regio III Lucania et Bruttium (Lucanie et Bruttium) L'Œsnotrie, partie de l'ancienne Grande-Grèce, comprenant : La Lucania (Lucanie) ; le Bruttium (actuelle Calabre). Regio IV Samnium (Samnium) - Regio V Picenum (Picenum) - Regio VI Umbria (Ombrie) et Ager gallicus L'Umbria (Ombrie proprement dite), en deçà de l'Apennin ; la Volumbria (Volonbrie), par-delà l'Apennin ; l'Ager gallicus. Regio VII Etruria (Étrurie) - Regio VIII Aemilia (Emilie) - Regio IX Liguria (Ligurie) - Regio X Venetia et Histria (Vénétie et Istrie) - Regio XI Transpadana (Transpadane) -

L'Italie est alors la partie la plus privilégiée de l'empire puisque tous ses habitants libres sont citoyens romains et exemptés de l'impôt direct, à l'exception du nouvel impôt sur les héritages créé pour financer les besoins militaires (retraite des vétérans).

Sous l'Empire

À partir du La place de l'Italie dans l'Empire au commence à perdre de sa prépondérance. La romanisation des provinces, et, pour certaines, l'intégration bien entamée de leurs élites au sein des ordres équestre et sénatorial amoindrissent le caractère exceptionnel de l'Italie. Même si les Italiens restent majoritaires au sénat jusqu'à la fin du siècle, l'entrée de provinciaux change la donne politique. Le voit l'Empire gouverné par des empereurs issus de familles provinciales, bien qu'ils soient d'origine italienne : Trajan et Hadrien issus de l'Hispanie, Antonin le Pieux de Narbonnaise. Dès les premières années du siècle, Trajan doit réglementer la présence des sénateurs en Italie en les obligeant à posséder une partie importante (un tiers) de leurs terres en Italie. Selon Pline le Jeune (VI, 19), certains sénateurs habitaient en effet en Italie comme dans une hôtellerie, tels des voyageurs. La mesure n'a qu'un effet limité et est réitérée par Marc Aurèle mais dans une moindre mesure (un quart des terres).

D'autres facteurs qui assuraient sa prééminence sur l'Empire changent peu à peu en une inflexion, qui dure tout au long du siècle et a commencé au . Les légions, désormais fixées aux frontières, dans des provinces éloignées, régionalisent peu à peu leur recrutement. La part des Italiens dans l'armée diminue, et celle des provinciaux augmente, même si les Italiens n'ont jamais abandonné les postes d'officiers comme ceux de centurions. Les régions traditionnelles de recrutement militaire en Italie ne sont plus mises à contribution qu'exceptionnellement, à l'occasion de la création de nouvelles légions par exemple, comme est le cas sous Marc Aurèle.

Pendant longtemps. ces observations étaient appuyées par le tableau d'une Italie romaine sur le déclin, touchée par une grave crise économique, la dépopulation et finalement incapable de s'opposer à la concurrence des provinces. S'il est vrai que dans certains domaines des provinces savent capter des marchés assurés auparavant par l'Italie comme la céramique sigillée, il est difficile d'extrapoler une situation générale. Le déplacement des productions de sigillées de l'Italie en Gaule correspond aussi à l'émergence sur le Rhin de la demande des légionnaires. Par ailleurs, on peut, avec Moses Finley, minimiser l'importance globale de ces productions dans l'économie antique. Inversement, une partie des chercheurs les considèrent comme un marqueur de déplacements économiques plus importants mais moins visibles dans nos sources. Dans cette perspective, quelques chantiers de fouilles exemplaires reçoivent une exposition très forte et semblent parfois résumer le destin de l'Italie et de son économie au . C'est le cas de la villa de Settefinestre vers Cosa, qui voit ses productions décliner et abandonnées vers 160-170.

Là encore, il est risqué de généraliser l'histoire, même brillamment reconstituée, d'une seule région, et de vouloir en tirer des enseignements pour toute l'Italie. D'autres régions montrent, au contraire, un dynamisme agraire et économique, comme la région d'Aquilée. Il semble aussi qu'il faut comprendre les nombreuses importations venant des provinces non comme le signe d'un déclin de l'Italie mais plutôt comme la résultante de la taille disproportionnée du marché romain et d'une situation technologique, certains transports maritimes à longue distance étant plus économiques que des transports terrestres à moyenne distance. L'Italie seule ne peut nourrir Rome, les importations rendent compte de ce fait plus que d'un déclin que l'on peine de plus en plus à voir au . De même, le déclin démographique n'est plus placé avant la Peste antonine, et les conséquences de cette dernière sont discutées et peu claires.