vignette|upright 1.5|Orgue baroque de Cintegabelle. L'histoire de l'orgue relate l'apparition, le développement et les évolutions de l'orgue sous un angle historique, de ses origines jusqu'à nos jours.

L'existence de l'orgue nous est attestée depuis l'Antiquité. Cet instrument à vent, inventé semble-t-il dans la Grèce antique, n'a cessé depuis de se perfectionner et de se diversifier sur le plan technique comme sur le plan musical. Ainsi venu de l'orient méditerranéen, il est adopté dès le Moyen Âge par les nations d'Europe occidentale, sous des formes miniaturisées (orgue portatif), de mobilier transportable (orgue positif), ou monumentales, et intégrées aux édifices religieux.

Si pendant quelques siècles, les plus petits instruments peuvent accompagner danseries et chansons profanes, l'orgue acquiert très vite le privilège exclusif d'accompagner et animer les cérémonies religieuses du catholicisme et, plus tard, du protestantisme ; la pratique liturgique du christianisme orthodoxe excluant d'autre musique que vocale, l'orgue ne connaîtra de diffusion que dans la partie occidentale de l'Europe ; à partir du , son répertoire peut quitter partiellement le domaine de la musique religieuse, mais sans jamais pouvoir se départir d'un style digne et respectueux des églises desquelles il fait partie intégrante.

Au cours des siècles, les facteurs d'orgues n'ont cessé de lui apporter les améliorations et perfectionnements techniques accompagnant ou suscitant l'évolution du répertoire. Mais l'orgue n'est pas seulement un instrument de musique : le grand orgue d'église (ou aujourd'hui de salle de concert) est aussi un élément architectural qui doit s'intégrer de façon harmonieuse au bâtiment qui l'abrite et dont il est partie prenante. Le travail de facteur d'orgue est donc un métier très complet qui ne peut ignorer l'esthétique de l'objet, ni de son environnement.

Contrairement à la plupart des autres instruments de musique, l'orgue comprend deux parties partiellement indépendantes : d'une part la partie musicale (claviers, transmissions, sommiers, tuyauterie, soufflerie, etc. : éléments à la base de la production des sons), et d'autre part la partie structurelle (le ou les buffets, la tribune) qui peuvent traverser les années et les siècles de façon différenciée. Ainsi par exemple, il n'est pas rare de changer le mécanisme en conservant intégralement un buffet ancien et bien souvent tout ou partie de la tuyauterie. C'est pourquoi en France, l'administration des Monuments Historiques peut classer, soit l'instrument dans sa totalité, soit uniquement les buffets ou la partie instrumentale. Antiquité L'origine de l'orgue, d'après l'étymologie même (du grec ancien ὄργανον, órganon, machine), n'évoque pas l'invention d'un instrument de musique, mais celle d'un moyen mécanique de jouer autrement d'instruments préexistantscf. Cambrige Companion, chap. 1.

Les premiers tuyaux sont en effet des auloï, hautbois cylindriques de l'antiquité grecque, souvent joués par paires, avec une mentonnière pour forcer le souffle (il peut aussi y avoir eu de très bonne heure des tuyaux de flûte). La syrinx (flûte de Pan) donnait l'idée d'utiliser un tuyau à son fixe pour chaque noteDufourcq, op. cit. p. 29.

L'invention de l'orgue consista donc à remplacer le souffle humain par un vent mécanique (issu du soufflet, de forge ou domestique), conduit aux tuyaux par une caisse (sommier) percée de trous, qu'ouvrent ou ferment des tirettes (embryon de clavier)Dufourcq, op. cit. p. 30.

Ainsi le très ancien orgue à bouche des Chinois (le sheng) ou le khên indochinois n'est-il pas encore un orgue véritable, instrument dont nous pouvons, sur la foi de son disciple Héron, laisser la paternité à Ctésibios d'Alexandrie : il utilisa le soufflet et, premier progrès, régularisa la pression de l'air par une cloche flottant dans de l’eau, d'où le nom d'hydraule donné à son instrument. Décrit avec assez de précisions par Vitruve, cet orgue aurait déjà comporté des tuyaux d'espèces différentes posés sur des sommiers distincts ouvrables par des soupapes, les notes se jouant par des tirettes-registres sur une étendue de deux octaves diatoniques assez aiguësPage sur l'orgue hydraulique antique.

Utilisé dans tout l'Empire romain, que ce soit au théâtre ou au cirque, il disparut d'Occident avec l'avènement du christianismeJean Guillou - L'orgue, Souvenir et Avenir pp31 à 33 en même temps que les cérémonies publiques païennes auxquelles il participait. Un modèle à peine différent revint de l'Orient byzantin à l'époque carolingienne (un don de l'empereur Constantin V Copronyme envoyé à Pépin le Bref en 757). Pour être plus transportable, on en était revenu au soufflet simple, sans compression hydraulique (orgue pneumatique). Les restes d'un orgue pneumatique romain du ont été retrouvés à Aquincum (actuelle Hongrie)Norbert Dufourcq - L'orgue /31.

Moyen Âge Haut Moyen Âge Destiné aux fêtes mondaines et à la pompe Impériale, un exemplaire fut reçu par Pépin le Bref (voir ci-dessus), un autre par Charlemagne. Louis le Débonnaire, quant à lui, reçut un facteur, un moine vénitien qui travailla en Occident pour le prince mais aussi pour des couvents, notamment pour le sien (St-Savin). vignette|Bible d'Étienne Harding : remarquer l'orgue à droite.

L'orgue devint peu à peu le seul instrument ecclésial. Le rôle (qui expliquerait l'étymologie) de l'orgue dans la création d'une « voix organale » originairement plus grave et un peu moins mobile que le chant dans l'organum d'Hucbald (fin du ), n'est pas communément admis, mais, ce qui est sûr, c'est que l'instrument et la musique demeurèrent tous deux longtemps stationnaires.

La miniature de la Bible d'Étienne Harding (fin du ) montre cet instrument rudimentaire (positif de teneure) : un rang de tuyaux coniques à anches, clavier d'une seule octave diatonique, assez grave, et soufflets de forgeronarticle de Pierre Hardouin, Connoissance de l'Orgue (1981).

Moyen Âge classique

Cependant, vers la même époque (), apparaît, sans que son existence antérieure (peut-être même antique) soit prouvée ni infirmée, un autre type d'orgue : le portatif. Il diffère par le matériel sonore composé de tuyaux à bouche assez courts (peut-être doublés de minuscules tuyaux de régale). C'est un instrument doux, monodique en principe, doué bientôt, à l'imitation des cornemuses et chifonies (si ce n'est l'inverse), de notes graves tenues (bourdons). L'exécutant actionne le soufflet de la main gauche, réglant ainsi la respiration de la mélodie. L'étendue est celle d'un « dessus » de deux octaves bientôt chromatiques, ce qui amène à disposer au-dessus du clavier diatonique un rang de notes plus courtes (les feintes). Ce portatif, parfois posé (positif de table), en raison du poids des exemplaires les plus complets, resta en usage dans le monde jusqu'à l'essor des instruments à clavier et cordes au .

Il semble qu'une fusion des deux types, portatif de dessus et positif de teneure, ait été une conséquence de l'essor de la polyphonie à partir des dernières années du bien qu'elle ait pu être réalisée occasionnellement bien plus tôt (à Winchester au ?). Le résultat est un orgue en progrès, sinon rénové en toutes ses parties : multiplication des petits soufflets (au moins deux), mus par un aide, ce qui supprime les temps morts et permet une pression plus élevée, donc plus régulière ; extension au grave des tuyaux à bouche plus mélodieux, la puissance s'obtenant en doublant à l'unisson ou en renforçant les premiers harmoniques (octaves et quintes) sur toute l'échelle des voix soit, à la fin du Moyen Âge, plus de trois octaves ; les notes plus graves dérivant des anciens bourdons constituent tout en bas une gamme incomplète. Le vent est alors transmis aux tuyaux par l'intermédiaire d'un petit sommier pour chaque note (« gravure »), pris sur le grand (« laye ») et recevant l'air d'une soupape dont le ressort rappelle du même coup la touche du clavier. La solidarité de la soupape et de la touche, ne pouvant plus être directe, est obtenue au moyen de l'abrégé, combinaison de vergettes et de rouleaux qui répartissent le mouvement venu des touches dans un ordre arbitraire. Dès lors les tuyaux peuvent ne plus être disposés selon l'ordre du clavier mais selon la commodité ou les besoins décoratifs de la façade, constituée par le plus gros tuyau de chacune des notes (« tuyaux de montre »).

Ce positif de chœur semble s'être répandu assez vite là où chantaient de grandes chorales : monastères, puis cathédrales ( et ). Appelé souvent paire d'orgue, il restera le soutien indispensable du chœur séculier ou monacal, l'instrument pour apprendre la musique des maîtrises et des organistes jusqu'au début du . Alors, bénéficiant des progrès du grand orgue, (2 claviers et pédalier, jeux divers), il prendra le nom de cabinet d'orgue, d'après le meuble où on le logera. Ce cabinet lui-même cédera la place au petit grand orgue dit orgue de chœur () ou prendra chez les particuliers le nom d'orgue de salon.

À une époque probablement ancienne, mais encore mal déterminée, que l'on situe entre le et le milieu du , le positif de chœur s'agrandit et se sépara des chanteurs pour prendre place seul dans les hauteurs sur un « pupitre » en encorbellement ou en tribune. Ce déplacement coïncidait d'une part avec la construction de vaisseaux de plus en plus grands et hauts, de l'autre avec l'emploi de plus en plus fréquent de l'orgue pour diriger ou remplacer les voix des nombreuses assistances. Mais ce « grand orgue » dont le coffre, porteur de rideaux prend une valeur architecturale en devenant désormais le « buffet », n'est pas structurellement différent du positif de chœur ; il cherche seulement à en augmenter la puissance : descente du ton fondamental Fa (de hauteur absolue variable, le diapason n'étant pas fixé à cette époque) de 6 pieds à 12, puis à 24. Extension du clavier plus bas encore, avec de gros tuyaux (trompes ou bourdons) logés dans des coffrages parfois indépendants ou faisant corps avec le buffet (tourelles). Pour en faciliter l'emploi, ces notes sont jouables aussi par des chevilles actionnées au pied (embryon de pédalier, tirasse et origine des claviers manuels à cinq octaves en Italie qui permettent de jouer soit en 8 soit en 16 pieds comme l'orgue de Modène). Parfois faute de place ces chevilles existent sans note au clavier (on a alors un pédalier indépendant). Enfin multiplication des tuyaux (tous de facture semblable), unissons, octaves et quintes dont le nombre augmente régulièrement de la basse vers l'aigu, sans qu'il n'y ait jamais de retour en arrière pour un même rang (comme les reprises des mixtures plus tardives). Le renforcement des dessus s'est parfois fait sur un sommier spécial à l'aide d'un troisième clavier (comme à Halberstadt ou à Angers). Les derniers instruments de ce type () peuvent grouper, sur 50 notes environ, plus de 2500 tuyaux, dont 90 par note aiguë. Ils se rencontrent sur tout le territoire de l'Occident, de l'Angleterre à l'Autriche, de l'Allemagne du Nord à l'Italie. Ils sont construits par des facteurs internationaux, originaires le plus souvent des pays bourguignons (Oudin Hestre en France, nombreux moines « teutonici » en Italie, etc.).

Bas Moyen Âge