Manta est un genre de grandes raies qui comporte deux espèces actuellement incorporées au genre Mobula. La plus grande, M. birostris, atteint de large tandis que la plus petite, M. alfredi, atteint . Les raies de ce genre se caractérisent par des nageoires pectorales triangulaires, des nageoires céphaliques qui font penser à des cornes et une grande gueule orientée vers l’avant du corps. Elles sont classées parmi les Elasmobranchii (qui regroupent les requins et les raies), au sein de la famille des Myliobatidae.
Les raies mantas vivent dans les eaux tempérées, subtropicales et tropicales. Elles sont pélagiques ; M. birostris migre à travers les eaux libres des océans, seule ou en groupe, tandis que M. alfredi vit plus près des côtes et peut rester toute l'année sur un même site. Ce sont des suspensivores et elles ingèrent de grandes quantités de zooplancton, qu’elles avalent avec leur large gueule ouverte lorsqu’elles nagent. La gestation dure plus d’un an, et la raie donne naissance à des nourrissons vivants. Les raies mantas peuvent se rendre dans des stations de nettoyage pour se débarrasser de leurs parasites. Comme les baleines, elles sautent parfois hors de l'eau, pour des raisons inconnues.
L’ensemble des espèces de raies mantas est classé comme vulnérables par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Parmi les menaces liées à l’Homme on recense la pollution, l’étouffement d’animaux dans les filets de pêche, et leur pêche, notamment pour leurs branchiospines utilisées par la médecine chinoise. Leur taux de reproduction lent exacerbe l'impact de ces menaces. Elles sont protégées dans les eaux internationales par la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, mais sont plus vulnérables aux abords des côtes. Les zones où les raies mantas se regroupent en nombre attirent les touristes. Seuls quelques aquariums sont suffisamment grands pour abriter ces animaux. En règle générale, ils sont difficiles à étudier dans leur milieu car relativement rarement observés.
Description Morphologie générale thumb|left|Vue de côté de M. birostris, Ko Hin Daeng, parc national de Ko Lanta, Thaïlande Les raies mantas ont une large tête, un corps en forme de disque aux nageoires pectorales triangulaires, avec des nageoires céphaliques en forme de cornes de chaque côté de leur gueule, qui sont en fait des extensions des nageoires pectorales. Les yeux sont sur les côtés de la tête, derrière les nageoires céphaliques. Les raies mantas disposent de cinq paires d’ouïes situées sur la face ventrale. Leur queue est dépourvue de squelette interne, et plus courte que leur corps. Les nageoires dorsales sont petites et placées à la base de la queue. Les plus grands spécimens atteignent . Pour les deux espèces l'envergure représente approximativement 2,2 fois la longueur du corps. M. birostris atteint généralement de large contre pour M. alfredi. Le record est détenu par une Manta birostris de d'envergure.. Le dos des raies mantas est généralement noir ou bleu très foncé, avec des marques plus pâles au niveau des « épaules ». La face ventrale est blanche ou pâle, avec quelques marques sombres permettant de distinguer les individus. Des spécimens intégralement noirs ont également été observés. La peau est couverte d'un mucus qui protège l’animal des infections.
thumb|right|M. alfredi avec les nageoires céphaliques enroulées (Yap, Micronésie).
Les deux espèces de raies mantas diffèrent par leur coloration, leurs denticules dermiques et leur dentition. M. birostris a des marques plus angulaires sur les épaules, des marques ventrales plus grandes sur la partie abdominale, de grandes lignes couleur charbon sous les nageoires pectorales et une gueule plus sombre. Les marques aux épaules de M. alfredi sont plus arrondies, ses marques ventrales sont situées près de son extrémité postérieure et entre les branchies, et la gueule est de couleur blanche ou pâle. Les denticules ont de multiples cuspides et se superposent chez M. birostris, tandis que celles de M. alfredi sont plus espacées et sans cuspide. Les deux espèces ont de petites dents carrées sur la mâchoire inférieure dont la fonction exacte demeure méconnue, et M. birostris a également des dents élargies sur la mâchoire supérieure. À la différence de M. alfredi, M. birostris a une petite épine caudale dans une masse ossifiée située à la base de sa nageoire caudale. gauche|vignette|M. birostris nageant dans le parc national de Ko Lanta, Thaïlande Les raies mantas se déplacent grâce aux mouvements simultanés de leurs nageoires pectorales, semblables à des ailes qui propulsent l’eau vers l’arrière. Leur grande gueule est rectangulaire, dirigée vers l’avant du corps, contrairement à la plupart des espèces de raies qui ont la gueule orientée vers le dessous du corps. Les spiracles typiques des raies sont vestigiaux ; elles doivent nager continuellement pour permettre à l’eau oxygénée de passer à travers leurs branchies. Les nageoires céphaliques sont deux fois plus longues que larges. Elles sont enroulées en spirale lorsque l'animal nage, pour une meilleure pénétration dans l'eau, mais sont déroulées lorsque l’animal se nourrit. Les arcs branchiaux ont des bandes de tissu spongieux brun-rosâtre qui collectent les particules de nourriture. Les raies mantas repèrent leurs proies en utilisant leur vue et leur odorat. Elles ont un des plus grands de tous les poissons. Leur cerveau a un qui pourrait servir à réguler la température interne. M. alfredi a été observé plongeant à plus de de profondeur, tandis que son apparenté Mobula tarapacana, qui a une structure de cerveau similaire, atteint presque . Le sert probablement à éviter à leur cerveau de trop se refroidir en plongée profonde.
Espèces ressemblantes thumb|alt=Raie avec une face dorsale noire, en train de nager et vue du dessus.|Raie Mobula. Les raies du genre Manta peuvent être confondues, notamment les jeunes spécimens, avec les raies du genre Mobula. Elles s'en différencient principalement par la position de la bouche, ventrale chez les raies Mobula, l'absence de dents sur la mâchoire supérieure, une queue beaucoup plus courte et l'absence d'une épine caudale développée (celle de M. birostris est très courte). Les raies Mobula sont nettement plus petites que les raies mantas, et il est donc plus facile de différencier les individus adultes.
Écologie Comportement thumb|left|alt=Une raie manta s’alimentant|Manta alfredi se nourrissant avec la gueule grande ouverte et les nageoires céphaliques déployées. Les raies mantas nagent différemment suivant l'habitat dans lequel elles évoluent : quand elles voyagent en eaux profondes, elles nagent à une vitesse constante en ligne droite, tandis qu'aux abords des côtes à faible profondeur elles nagent lentement, profitant du soleil pour les réchauffer. Les raies mantas peuvent nager seules ou en groupes pouvant atteindre une cinquantaine d'individus. Ces rassemblements de raies peuvent aussi comporter d'autres espèces de poissons, mais aussi être associés à des oiseaux de mer ou des mammifères marins. Les raies mantas peuvent parfois sauter entièrement ou partiellement hors de l'eau. Ainsi, au sein d'un groupe, on peut parfois observer les individus sauter hors de l’eau les uns après les autres. Ces sauts peuvent prendre trois formes : des sauts vers l’avant, avec la tête qui retombe la première dans l’eau, des sauts similaires mais avec la queue qui retombe en premier dans l’eau, ou des sauts périlleux. On ne connaît pas la raison de ce comportement, et ces sauts hors de l’eau ont donc plusieurs explications possibles, dont les rites d’accouplement, la communication ou pour se débarrasser des parasites et des animaux commensaux comme les remoras.
En 2016, des scientifiques ont publié une étude où des raies manta ont démontré des comportements associés avec la conscience de soi. Placés dans un test du miroir, les individus ont démontré un comportement inhabituel, apparemment destiné à vérifier si le comportement de leur reflet correspond toujours à leurs propres mouvements..
Cycle de vie thumb|alt=Plusieurs raies mantas nageant en cercle au-dessus de coraux, vues de dessous.|Groupe de Manta alfredi dans les Maldives.
La reproduction peut avoir lieu à différentes périodes de l’année suivant la zone dans l’aire de répartition. La parade est difficile à observer chez ce poisson qui nage vite, même si on voit parfois des individus nageant très près l’un de l’autre en eau peu profonde. L’accouplement pourrait être déclenché par la pleine lune et semble être initié par le mâle, qui suit de près la femelle tandis qu’elle nage à environ . Il fait des efforts répétés pour saisir la nageoire pectorale de celle-ci avec sa gueule, ce qui peut prendre 20 à 30 minutes. Une fois qu’il y est parvenu, il se retourne sur lui-même et presse sa face ventrale contre la femelle. Il insère ensuite un de ses ptérygopodes dans le cloaque de sa partenaire et le laisse durant 60 à 90 secondes. Le ptérygopode forme un tube qui transporte le sperme à partir de la papille génitale ; un siphon propulse le liquide séminal dans l’oviducte. Le mâle continue de maintenir la nageoire pectorale de la femelle avec ses dents quelques minutes après, tandis que les deux nagent toujours, souvent suivis par jusqu’à 20 autres mâles, puis le couple se sépare. Pour diverses raisons, le mâle saisit presque toujours la nageoire pectorale gauche, et les femelles portent des cicatrices qui illustrent ceci.
Les œufs ainsi fertilisés se développent dans l’oviducte de la femelle. Ils sont d’abord englobés dans un sac tandis que l’embryon en développement absorbe le vitellus. Après l’éclosion, le jeune reste dans l’oviducte et reçoit une nutrition complémentaire par des sécrétions lactées. Sans cordon ombilical ou placenta, le jeune qui n’est pas encore né utilise la pompe buccale pour s’approvisionner en oxygène. La taille de la portée est généralement de un ou deux. La gestation dure 12 à 13 mois. Quand il est bien développé, le jeune ressemble parfaitement à l’adulte, est expulsé de l’oviducte et ne reçoit plus de soins parentaux. Dans les populations sauvages, les naissances sont normalement espacées de deux ans, mais quelques individus peuvent entrer en gestation plusieurs années consécutives, développant un cycle annuel. L'aquarium Churaumi d'Okinawa a obtenu des résultats intéressants dans la reproduction de M. alfredi, une femelle donnant naissance à des petits trois années consécutives. Pour l’une de ses naissances, la gestation a duré 372 jours pour donner naissance à un jeune mesurant pour un poids de . En Afrique du Sud les mâles M. birostris atteignent leur maturité sexuelle à , et les femelles à une taille légèrement supérieure. En Indonésie, les mâles M. birostris sont mûrs à une taille de et les femelles vers . En Afrique du Sud, M. alfredi atteint sa maturité à une taille de , pour les mâles et pour les femelles. Dans les Maldives, le mâle M. alfredi est mûr à une taille de tandis que la femelle l’est vers . À Hawaï, le mâle M. alfredi est mûr quand il atteint et la femelle quand elle atteint . Chez les femelles raies mantas, cette maturité correspond à un âge compris entre 8 et 10 ans. Les raies mantas peuvent vivre jusqu’à 50 ans.
Alimentation thumb|left|Manta alfredi dans la station de nettoyage d’un récif de coraux, avec des poissons attrapant ses parasites.