vignette|Tampon hygiénique avec applicateur. vignette|Schéma du positionnement d'un tampon.
Un , ou tampon périodique, est un dispositif absorbant habituellement jetable, inséré dans le vagin comme protection hygiénique afin d'absorber les écoulements sanguins d'origine utérine, lors des menstruations (règles). Les protections périodiques jetables fabriquées industriellement ont connu leur essor dans les années 1920, et des produits réutilisables alternatifs sont (ré)apparus dans les années 2010, à grand renfort de publicité dans la presse magazine puis sur le web. Le tampon actuellement utilisé comprend un noyau très absorbant, le plus souvent en viscose, parfois agrémenté d'un voile de coton ou une couverture extérieure en non-tissé, et une ficelle de retrait. Le tampon est inséré dans le vagin avec le doigt ou avec un applicateur. Sa capacité d'absorption varie selon les modèles.
Quelques chiffres Selon Consoglobe, .. En 1995, l'hebodmadaire The Village Voice estime qu'une femme américaine utilise 11 400 tampons dans sa vie. Dans ce pays plus de 80 % des femmes en âge d'avoir des règles utilisent des tampons.
Selon les évaluations disponibles, 52 à 86 % des femmes traitent leurs menstruations par des tampons aux États-Unis, et un peu moins (43 à 46 %) en Espagne et en France.
Rien qu'en France, environ seize millions de femmes sont en âge d'avoir des règles. et .
Histoire vignette|upright=1.8|L'une des premières publicités pour Tampax, montrant un médecin dans son cabinet, en présence d'une infirmière, montrant un tampon avec applicateur à une patiente (publié dans la Revue "The Canadian nurse" (1939).PATIENTE : Oui, docteur, j'ai beaucoup entendu parler du TampaX, mais à quoi ressemble-t-il ? DOCTEUR : Eh bien, Mme Browning, vous voyez, c'est vraiment unique – il ne ressemble à aucun autre produit de protection menstruelle… Un commentaire précisait que ces nouveaux tampons : 1° permettent l'absorption des pertes menstruelles au niveau du col de l'utérus. 2° éliminent les risques d'irritation. 3° minimise l'exposition aux produits de décomposition odorants. 4° Réduisent le risque d'infection d'origine périnéale. 5° Soulagent les risques psychologiques. 6° Fournissent une protection sanitaire dans sa forme la plus pratique, confortable et hygiénique.
Il existe des preuves de l'utilisation de tampons à travers l'histoire dans une multitude de civilisations (grecque, romaine, japonaise...) et depuis des milliers d'années.
Le document médical imprimé le plus ancien (papyrus Ebers, daté du ) évoque des tampons en papyrus doux utilisés par les femmes égyptiennes. Les Égyptiennes de la noblesse pharaonique utilisaient aussi de petites baguettes en bois entourées de lin, de coton ou de laine.
Dans l'Antiquité Les femmes romaines utilisaient des tampons en laine de mouton. Hippocrate recommandait l'usage de pessaire astringent en cas de menstrues abondantes.
Dans l'ancien Japon, les femmes fabriquaient des tampons en papier, les maintenaient en place avec un bandage et les changeaient 10 à 12 fois par jour.
Les femmes hawaïennes traditionnelles utilisaient la partie poilue d'une fougère indigène appelée hapu'u ; et les herbes, mousses et autres plantes sont encore utilisées par les femmes dans certaines régions d'Asie et d'Afrique.
En Occident, la représentation du corps féminin et du sang des règles (supposé impur), mise en avant par les religions monothéistes a longtemps découragé ce type de pratiques ou les a invisibilisées.
Production, commercialisation et stratégies publicitaires En 1860, R. G. Mayne définit le tampon comme : .. Au , aux États-Unis, des éponges qualifiées de désinfectantes, étaient commercialisées aussi bien comme moyen contraceptif — alors illégal — que comme tampon.
Les premiers tampons hygiéniques furent commercialisés aux États-Unis entre les années 1920 et les années 1930 (soit une quarantaine d'années après la commercialisation des serviettes hygiéniques). Plusieurs marques existaient alors, comme Fax, Holly-Pax, Moderne Woman, et Nunaps. C'est la société Tampax qui commercialisa le premier tampon avec applicateur pour lequel son inventeur, le , avait déposé un brevet en 1931. Constituée en 1934 dans le but d'exploiter le brevet dont elle avait acquis les droits, la Tampax Inc. lança la première grande campagne publicitaire pour son produit en . Dès 1938, Tampax proposa deux nouveaux modèles, l'un moins absorbant, l'autre plus absorbant. Selon les publicités d'époque, .
En complément de la publicité diffusée dans la presse, presse féminine surtout, dès les années 1930, les fabricants organisent des conférences et une production de contenus pédagogiques à destination des femmes et des jeunes filles. Ce sont des brochures et livrets, puis des films, didactiques, hygiénistes, pour certaines destinées aux établissements scolaires ou aux groupements impliqués dans l'éducation des jeunes filles. Leur contenu hybride (à la fois éducatif et publicitaire) a notamment été rétrospectivement étudié par Dacia Charlesworth (2001) qui montre que Tampax et Kotex durant 40 ans (de 1958 à 1998) ont ainsi véhiculé des injonctions paradoxales à propos de liberté et de fraicheur reconquise, à propos de menstruations décrites comme normale et naturelle, mais toujours honteuse, et donc à cacher de tous (grâce au tampon)Charlesworth Dacia (2001) Paradoxical constructions of self: Educating young women about menstruation. Women and Language, 24(2), 13-20.. Ce sont ensuite des magazines de marque ou des publireportages.
Sharon R. Mazzarella (2008) en 2008, puis Claire RoubaudRoubaud C (2023) Communication marchande sur les produits «d’hygiène féminine» et la menstruation: approche communicationnelle des discours, stratégies et représentations (Thèse de doctorat, Aix-Marseile Université) URL=https://theses.hal.science/tel-04224984/.Roubaud C (2022) Les réinvestissements militants et marchands du savoir sur la menstruation et les troubles gynécologiques. In Journée d'études" Lieux de diffusion de savoirs pensés par le genre, dynamiques et questionnements" Avril. en 2023 dans sa thèse de doctorat sur le discours commercial, les stratégies et les représentations utilisés pour la vente des produits « d'hygiène féminine » et la menstruation montre que, près d'un siècle après la commercialisation des premiers tampons, ce mode de communication a été ré-adapté au contexte du Web 2.0 et des réseaux sociaux. À la suite de Debra Merskin et d'autres, elle montre que si certaines des vieilles croyances sur les menstruations semblaient sur le point de disparaitre, elles ont en réalité été entretenues par une communication commerciale et semi-scientifique qui n'a jamais cessé de jouer sur le secret, la honte ou l'embarras généralement socialement suscité en société, à l'école, en famille par les règles. Le sous-entendu implicite de toutes les publicités continue à enseigner aux filles, aux femmes et aux hommes qu'il faut toujours et dans toute la mesure du possible cacher les menstruations. Certaines marques ont mis en avant que choisir des tampons plutôt que des serviettes hygiéniques était le meilleur moyen de cacher les signes menstruels aux autres. La honte et l'embarras sont des émotions utilisés par les publicités pour les produits menstruels, confirment Simes et Berg en 2001 .
En 2011, Caroline de Montety et Valérie Patrin-Leclère montrent que l'émergence conjointe du Web 2.0 et des Réseaux sociaux numériques, et leurs viralités, offrent aux fabricants de nouveaux moyens de marketing de contenu ou de contenu de marque (, contenus éditoriaux qui sont produits par les marques), qui passent par la création et la diffusion, par les marques, de contenus médias présentés comme informatifs et pratiques, parfois divertissants. Ils visent des tranches de consommatrices spécifiques et prennent les formes hybrides de blogs, de vidéos, de jeux, d’expositions et même de websériesFourny-Arrivé S (2017) Contenu de marque : nature de la pratique et tensions associées à la formation d'une stratégie marketing hybride (Thèse de doctorat, Université Paris sciences et lettres). Ils se diffusent notamment par , les influenceuses, grâce à une apparence de proximité, de relation horizontale, pair à pair, avec les internautes.
Dès 2000, Procter & Gamble (propriétaires marques Tampax et Always) lance un forum d'échange d'expériences / site web (beinggirl.com, qui veut apporter des réponses aux questions des jeunes adolescentes sur leurs choix en matière d'hygiène féminine, et qui deviendra une chaîne YouTube). Il se présente comme « a forum for girls to explore their collective interests and receive guidance in choosing the right feminine protection products provided by Tampax and Always at the very start of their cycles » (Mazzarella, 2008, p. 29). Jusqu'à récemment, quand il fallait faire une démonstration, le sang était banni et remplacé au profit d'eau ou d'un liquide coloré, ce qui contribuait à perpétuer ce que Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti nomment , qui cite Edgar Morin évoquant ..
Pour faire connaître et utiliser ces produits nouveaux, les sociétés choisirent d'abord de suggérer que leur usage avait été approuvé par les autorités médicales (dans la publicité pour le TampaX, on peut ainsi lire ). Certains groupes religieux en désapprouvaient l'usage au motif que ce dispositif stimulerait érotiquement les femmes.
La crainte que le tampon puisse provoquer la perforation de l'hymen a pu aussi en retarder l'adoption. La publicité a d'abord précisé que ce risque n'existait pas, puis l'a mis en avant pour vendre des tampon-mini pour les adolescentes.
En 1938, on pouvait trouver en France des paquets de Tampax, importés des États-Unis, dans des emballages libellés en français. La première société européenne à fabriquer des tampons fut fondée par le en Allemagne dans les années 1947 (le vendit sa société détentrice de la marque O.B. à Johnson and Johnson en 1974).
L'utilisation du tampon hygiénique se généralisa après la Seconde Guerre mondiale. Aux États-Unis, en 1945, les ventes de tampons hygiéniques, quoiqu'en progression, ne représentaient que 10 % des ventes de serviettes hygiéniques. Un article du , dans le JAMA contribua notablement à la popularisation du tamponTampons as menstrual guards, Journal of the American Medical Association, 16 juin 1945..
En 1951, le Tampax est lancé en France.
Tandis que, dans un souci d'autonomie, quelques activistes américaines tentent de remettre au goût du jour l'usage des éponges naturelles, Alicia Bay Laurel, dans Living On The Earth paru en 1970, promeut la confection domestique de tampons à partir d'éponge en celluloseAutumn Stanley, Mothers and daughters of invention: notes for a revised history of technology, Rutgers University Press, 1995.. De leur côté, à compter de la fin des années 1970, les fabricants cherchèrent à utiliser d'autres fibres que celles de coton ou de rayonne qui composaient exclusivement jusqu'alors leurs produits (dans les années 1920-30, on utilisa également de la cellulose). Ces nouveaux produits se firent rapidement une place sur le marchéToxic shock syndrome : assessment of current information and future research needs : report of a study, National Academies, 1982. Entre 1980 et 1993, les tampons faits exclusivement de coton n'étaient presque plus commercialisés aux États-UnisPhilip M. Tierno, Philip M., Ph.D. Tierno , The Secret Life of Germs: Observations and Lessons from a Microbe Hunter, Simon and Schuster, 2001..
En 1980, 70 % des femmes américaines menstruées utilisaient des tampons.
Présentation Les tampons sont vendus sous deux formes : avec applicateur, en carton ou en plastique. Le tampon est placé à l'intérieur d'un dispositif composé de deux tubes, dont le diamètre de l'un est légèrement plus petit que celui de l'autre (l'applicateur). On pousse le tampon en faisant coulisser les tubes, ce qui diminue les risques d'infection en évitant tout contact entre les doigts et la vulve ;