Robert Lefèvre, né le à Bayeux et mort le à Paris, est un peintre français.

Pratiquant la peinture d’histoire, de compositions religieuses et de portraits, il est un concurrent indiscuté de Gros et de Gérard pendant toute la durée du Consulat, de l’Empire et de la Restauration. Il a été successivement le portraitiste de Louis XVI, du Premier Consul, de l’Empereur et des Bourbons de la Restauration.

Biographie Robert Lefèvre ayant très tôt montré des signes de son talent, son père, qui ne voulait pas le voir entrer dans la carrière d’artiste, l’a placé comme expéditionnaire chez un procureur de Caen, d’où il a fait un premier voyage, à pied, pour Paris, pour voir les tableaux de maître..

Revenu à Caen, sa vocation remportant sur la volonté de ses parents, il abandonne la basoche et vit en peignant des portraits et des enseignes de magasin. Sa réputation est suffisante à Caen, à Bayeux, et dans les localités du Cotentin pour qu’il soit appelé à exécuter une série de peintures décoratives en camaïeu dans les deux principales pièces du château au manoir La Motte d'Airel, de la famille de MargueryeIl s’agissait de sujets mythologiques..

En 1784, suffisamment à l’aise pour entreprendre son second voyage à Paris, il entre dans l’atelier que Jean-Baptiste Regnault, de l’Académie de peinture, venait d’ouvrirRegnault n’avait qu’un an de plus que Lefèvre. Il lui aurait dit, à la vue de ses premières études : .. Cette école, qui a longtemps été rivale de celle de David, pratiquait également .

Sa réputation a commencé avec la Dame en velours noir, qu’il a exposé au Salon de 1791. Le jury de 40 membres l’a mis au nombre des artistes qui se sont réparti le prix d’encouragement de votée par la Constituante. Encouragé par ce premier succès, il en soumet neuf au Salon bisannuel de 1795, puis une série de sept portraits, dont celui d’un Artiste jouant la comédie, en 1796. En 1798, il présente plusieurs portraits et un tableau mythologique, l’Amour aiguisant ses flèches, qui lui avait déjà valu un prix d’encouragement dans un concours.

Il produisait, en même temps, nombre de tableaux d’histoire ou de genre, restés dans son atelier ou vendus à des particuliers. Au concours de fructidor an VII, il a obtenu un nouveau prix d’encouragement, et a lui-même été nommé membre du Jury des Arts, à côté de David, Vincent et Regnault, pour la répartition des travaux d’encouragement. En 1805, il a été admis au nombre des membres de la Société philotechnique, sur un rapport de son secrétaire perpétuel, le publiciste Joseph Lavallée. Il a lui-même, par la suite, été sollicité pour rédiger des rapports sur certains de ses confrères sollicitant leur admission, dont le maître de l’école du paysage historique, Jean-Victor Bertin, et le peintre d’histoire Jean-Antoine Laurent.

Élève de Regnault, dont les principaux succès sont dus à des sujets mythologiques, il s’est tout d’abord essayé dans le même genre, mais ses envois aux Salons montrent qu’il s’est peu à peu dégagé de l’influence de son maître pour trouver sa voieÀ sa première exposition, en 1791, sur six numéros, il en consacre quatre à Vénus, à l’Amour, à une Bacchante. À sa troisième exposition, en 1796, il n’a plus que des portraits.. Dès 1796, il va consacrer son talent au portrait, genre par ailleurs plus profitable. Après la bataille de Marengo, il a eu un différend avec le pastelliste Joseph Boze, qui revendiquait un de ses tableauxBonaparte y était représenté sur le champ de bataille de Marengo, à côté du général Berthier..

Les portraits de Gravés par Jacques Étienne Pannier., de Joséphine de Beauharnais, de Madame Bonaparte, de Marie-Louise, la princesse Pauline, le roi d'Espagne Joseph, Lucien Bonaparte, Louis, roi de Hollande, ont fait de lui un portraitiste en vogue attaché aux personnalités impériales. Ce que Napoléon, dont l’esthétique se bornait à admirer ce qui se rapprochait le plus, dans les arts, de la vérité d’imitation, appréciait le plus dans son talent était la ressemblance de ses portraitsEn ce sens, toutes ses préférences sont allées à Gros et de Gérard, Vernet et Lefèvre..

Sa vogue, comme portraitiste de souverains, était si solidement établie, qu’il n’a jamais eu jamais à souffrir des changements de gouvernement. Dès 1811, son œuvre faisait l’objet de contrefaçons. Après la chute de l’Empire, au lendemain de la Première Restauration, il a exposé, le , au musée royal des Arts, le Portrait de Louis XVIII, pour la Chambre des pairs, exécuté sans séance et entièrement de mémoire. Au commencement de la Seconde Restauration des Bourbons, le Moniteur universel du , annonçait qu’il avait été nommé premier peintre de la Chambre et du Cabinet du roi, statut que la Révolution de Juillet devait lui faire perdre.. Quatre ans plus tard, le même journal annonçait, le , qu’il venait d’être nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Les principaux, parmi le grand nombre de portraits qu’il a peints, sont ceux de MalherbeBibliothèque publique de Caen., de Guérin, de Carle VernetTableau conservé à Paris au musée du Louvre., de Pie VIIPortrait en buste exécuté en six heures., de l’archi-trésorier Lebrun, duc de PlaisanceCoutances, musée Quesnel-Morinière., de Charles X, de la duchesse d’Angoulême, de la duchesse de Berry, de Charles-Pierre-François Augereau duc de CastiglioneVersailles, musée de l'Histoire de France., et du graveur et directeur du Musée de Versailles Dominique Vivant-Denon, qui a été le véritable ministre des Beaux-Arts du Consulat et de l’EmpireAdministrateur des manufactures d’art impériales, membre de l’Institut, et baron de l’Empire, il a eu la haute main sur les rapports de l’État avec les artistes. C’est lui qui organisait les Salons, faisait les commandes et les achats, présidait à la distribution des récompenses. Il choisissait les sujets de tableaux, la légende des médailles. Napoléon, qui voulait avoir l’œil sur tout, donnait pourtant à Denon, pour ce qui concernait les beaux-arts, une sorte de blanc-seing.. vignette|redresse|L'Amour aiguisant ses flèches (Salon de 1798), localisation inconnue. Deux de ses tableaux mythologiques, l’Amour aiguisant ses flèches et l’Amour désarmé par Vénus.Selon le Catalogue sommaire illustré des peintures du musée du Louvre et du musée d’Orsay, volume V, annexes et index, établi par Isabelle Compin et Anne Roquebert, Liste des tableaux déposés par le Louvre par Élisabetth-Foucart-Walter, Paris, 1986, , INV 4418, cette œuvre a été déposée en 1872 au musée Auguste Grasset de Varzy., ont été gravés par Desnoyers. Les plus célèbres de ses compositions dans le genre historique sont Phocion prêt à boire la ciguë, Roger délivrant Angélique, Héloïse et Abeilard, un Calvaire pour le Mont ValérienCe tableau du Christ en croix n’a probablement pas été livré aux missionnaires car, au moment des journées de juillet, cette toile, restée dans l’atelier du peintre, a été trouée par une balle, qui traversa une des fenêtres de l’appartement qu’occupait Robert Lefèvre au 3, Quai d'Orsay.. Sa grande toile, L’Amour désarmé par Vénus, du musée du Louvre, a été reproduite dans Le nu ancien et moderne.L’influence de David pèse lourdement dans cette peinture conventionnelle où la réminiscence de l’antique ne manque ni d’élégance ni d’habileté, mais où la peinture est froide et sèche..

Travaillant très vite, il était, en outre doué d’une grande mémoire qui lui a permis, en mainte occasion, d’obtenir une ressemblance complète sans avoir le modèle sous les yeux. C’est ainsi qu’il a reproduit, de mémoire, et avec fidélité, les traits du chansonnier Désaugiers et du duc de Berry, après leur mort.

Se plaignant fréquemment, de 1824 jusqu’à 1827, de douleurs de goutte ou de rhumatismes, dans sa correspondance avec son élève, Fanny Defermon, il terminait son dernier ouvrage : l’Apothéose de Saint Louis pour la cathédrale Saint-Louis de La Rochelle, au moment même où éclatait l’insurrection de Juillet. Des bandes armées passaient bruyamment sous les fenêtres de son atelier, situé au 3, quai d’Orsay, où il était assis devant son chevalet, pour prendre part à l’attaque du Louvre et des Tuileries. Le surtout, le combat a été terrible, des coups de feu retentissaient sur les deux rives de la Seine, et une balle perdue est venue briser l’une des vitres de la pièce où il travaillait, et a troué le grand tableau du Christ en croixLe tableau du Christ en croix, donné au musée de Caen par les fils de Robert Lefèvre, porte encore la trace du passage de cette balle., qui n’avait pas encore été livré aux missionnaires du mont Valérien.

Déjà prédisposé au délire de la persécution, le peintre vieillissant a cru voir, dans cet incident dû au hasard de la bataille des rues, une attaque dirigée contre sa personne, voire une vengeance. Cet incident, ajouté au chagrin de perdre, avec le départ de la famille royale pour l’exil, tous les titres et tous les avantages qu’il tenait du gouvernement de Charles X, a eu raison de sa santé mentale et, dans un accès de désespoir, il s’est coupé la gorgeParmi les biographies qui ne doutent pas du suicide de Robert Lefèvre : François Boisard, Notices biographiques sur les hommes du Calvados ; le Dictionnaire de la Conversation de William Duckett ; la Nouvelle Biographie générale de Ferdinand Höfer. Léon de La Sicotière parle aussi de la catastrophe qui devait terminer la vie de Robert Lefèvre : Archives de l’Art français, des documents, .. Les journaux qui ont annoncé les obsèques du « premier peintre du Cabinet du roi Charles X » ont évoqué les suites d’, mais cette note, probablement communiquée par la famille, était destinée à masquer la véritéPeu de temps après, deux autres peintres célèbres, le baron Gros et son élève Louis Léopold Robert, devaient se suicider également..

Il a eu trois fils. L’aîné, Hippolyte, né en 1791, Charles Paul né en 1792, inspecteur des douanes, et le cadet, Jules, né vers 1795, tué à 18 ans à la bataille de Leipzig en 1813. Il a été l’ami de Pierre-Narcisse Guérin, de Carle Vernet, de Jean-Victor Bertin, de Jan van Damme el, de Charles de Steuben, de Vèze, Jean-Pierre-Henri Élouis, Nourry, Fleuriau, Désaugiers.

Notes et références Notes

Références

Annexes

Bibliographie . . Messieurs Alain Pougetoux, conservateur général du patrimoine honoraire au musée national des château de Malmaison et de Bois-Préau, et Christophe Marcheteau de Quinçay, attaché principal de conservation au musée des Beaux-Arts de Caen, travaillent conjointement au catalogue raisonné de l'œuvre de Robert Lefèvre.

Liens externes

« Robert Jacques Lefèvre » dans la base Joconde.

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