Fred (Frédéric Victor) Zeller, né le à Paris et mort le à Bergerac en DordogneRelevé des fichiers de l'Insee, est un homme politique ainsi qu'un artiste peintre et lithographe français. Militant trotskiste pendant les années 1930-40, il est élu à la tête du Grand Orient de France (GODF) en 1971, poste qu'il conserve jusqu'en 1973.

Biographie Engagement politique

Il naît à Paris le dans une famille d’artistes. Président du Parti radical de Seine-et-Marne et franc-maçon, son père est président-fondateur du syndicat des impresarios, alors que sa mère, Marthe Girault, était artiste dramatique. Il passe son enfance à Melun et ses premières études au collège Jacques Amyot. À 15 ans, il achète d’occasion sa première grande boîte de peinture (« avec des pieds dessous ») qui venait d'un peintre de l'école de Barbizon : Armand Cassagne,

En 1929, il s'inscrit à l'École nationale supérieure des arts décoratifs de la rue d'Ulm

Il s'engage dans le mouvement socialiste en adhérant, en 1931, aux étudiants socialistes, où il côtoie Roger Ikor, David Rousset, Léopold Sédar Senghor et Georges Pompidou. Il rejoint les Jeunesses socialistes et enfin à la SFIO. Il devient assez vite un des dirigeants des jeunesses socialistes, au sein desquels il anime une tendance appelée , et qui s'oppose simultanément à l'aile plus réformiste, proche de la direction de la SFIO et au courant pro-trotskiste proche du groupe bolchévique-léniniste de Gérard Rosenthal. Il crée aussi, en 1935, une revue, Révolution, qu'il anime avec le militant trotskiste David Rousset.

Le , il part accomplir son service militaire à Strasbourg au régiment d’aviation de chasse.

Secrétaire général des Jeunesses socialistes de la Seine, il en est exclu à son grand étonnement par la direction de la SFIO après le Congrès de Mulhouse de 1935. Il tente d'obtenir de Léon Blum la réintégration des exclus, en vain, puis se rapproche de Marceau Pivert qui vient de créer son courant au sein de la SFIO. Il est cependant exclu du parti en octobre, en même temps que les trotskistes, notamment ceux du groupe bolchévique-léniniste. Il conserve cependant toujours son estime à Léon Blum.

À la recherche de repères politiques, il se laisse convaincre par Jean van Heijenoort de répondre à l'invitation de Léon Trotski à le rejoindre en Norvège, où il était en résidence surveillée. C'est de cette rencontre que naît son engagement dans le mouvement trotskisteFred Zeller, « Un portrait du "Vieux" », Le Monde, 5 avril 1969.

À son retour à Paris, il participe à la création des Jeunesses socialistes révolutionnaires (JSR) dont le principal animateur est alors un trotskiste, Yvan Craipeau.

Principal dirigeant des JSR, Fred Zeller la représenta aux élections législatives du 26 avril 1936, à Saint-Denis, où il n’obtint que et n'aura guère plus d'audience à l'élection municipale de Saint-Denis de pour le Parti ouvrier internationaliste.

Le , il participa à la création du POI dont il devint membre du Bureau politique et un des principaux orateurs. Il écrit dans la presse trotskiste (La Lutte ouvrière et Révolution) et certains de ses articles lui valent des poursuites judiciaires et des condamnations pour .

Il rompt avec le POI en 1937, puis adhère, ainsi que Jean Rous, au Parti socialiste ouvrier et paysan que vient de fonder Marceau Pivert, après son exclusion de la SFIO.

En à Paris, il épouse Berthe Kravetz, dont il divorcera en 1952.

Opposé aux accords de Munich et au nazisme, il est mobilisé en , au camp d’Avord (Cher) à la défense aérienne du territoire, mais il est réformé, après un accident au début de 1940. Après l'armistice de juin 1940, les JSR de Zeller s'unissent avec le Comité pour la Internationale d'Yvan Craipeau et le POI, exsangue. Ils sortent le le premier journal clandestin de la résistance sous l'Occupation, La Vérité, organe bolchevique-léninisteChristophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, 296.

Il s'éloigne cependant du trotskisme et publie ensuite La Révolution française et Le Combat national révolutionnaire, organes du Mouvement national révolutionnaire (MNR) où il retrouve Jean Rous. Ce mouvement composite n'est pas toléré très longtemps : ses animateurs sont arrêtés en , ce qui marque la fin du MNR.

Après la guerre, il adhère brièvement au Parti communiste internationaliste, de quand ses proches y deviennent majoritaires lors du du PCI. Aux côtés d’Yvan Craipeau, il est candidat aux élections législatives du , dans la circonscription de la Seine-et-Oise avec . Fin 1947, sa tendance redevenant minoritaire au , il s'éloigne du PCI pour participer en 1948 au bref Rassemblement démocratique révolutionnaire lancé par Jean-Paul Sartre et David Rousset.

En 1956, il est l'un des fondateurs du Cercle fraternel d’études et d’action socialiste, et l’un des organisateurs d’une table ronde qui a réuni des représentants de Messali Hadj (fondateur du Parti du peuple algérien), de Ben Bella et du Maroc et de la Tunisie. En 1957, il est admis de nouveau à la SFIO avec tous ses droits d’ancienneté. Il collabore jusqu’en 1960 à la revue Nation socialiste d’Auguste Lecœur et Pierre Hervé.

Franc-maçonnerie

Reçu en 1953 dans la loge « l’Avant-Garde maçonnique »Trois points, c'est tout, Fred Zeller, Éditions Robert Laffont (1976), p.291 de l'obédience maçonnique du Grand Orient de France, Fred Zeller préside le congrès des loges de la région parisienne du Grand Orient de France en 1964, puis entre au conseil de l’Ordre en 1965. Il est élu grand maître du Grand Orient de France en 1971, poste qu'il occupe jusqu'en 1973. Il engage alors la principale obédience maçonnique française sur les chemins d'une plus grande ouverture au monde. Il revient à l'activité politique, mais de façon moins intense. De retour à la SFIO à partir de 1958, il crée le Cercle fraternel d'études et d’action socialiste, animé par d'anciens trotskistes, et qui sert de passerelle entre le Grand Orient et la SFIO.. Pour le bicentenaire du GODF en 1973, il entérine une évolution à l'œuvre depuis une décennie et scelle la fin de l'anticléricalisme militant longtemps attaché à l'obédience..

Peu après son entretien avec Georges Mamy, paru en mai dans le Nouvel Observateur et peu avant la parution de son livre Trois points, c'est tout, le conseil de l'ordre du GODF réuni le sous la présidence de Serge Béhar le suspend et le convoque devant la justice maçonnique pour avoir critiqué publiquement l'action des dirigeants de l'obédience. Et notamment pour avoir reproché à son successeur Jean-Pierre Prouteau, d'avoir favorisé l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République en refusant, contrairement à sa tradition, de se prononcer pour le candidat de l'union de la gauche.Thierry Pfister, « Des maçons giscardiens prennent la deéfense de M. Fred Zeller », Le Monde, 24 juillet 1976. Dans son entretien au Nouvel Observateur, Fred Zeller relève que Valéry Giscard d'Estaing avait contacté Pierre Simon grand maître de la Grande Loge de France, pour s'adresser à ses frères dans une tenue blanche fermée, puis en courtisant la fraternelle parlementaire,

Sa suspension est confirmée par le convent réuni en via l'adoption du rapport moral de Serge Béhar, qui obtient 256 voix contre 125 et 20 abstentions. Le grand maître de la Grande Loge de France Richard Dupuy estime lui que Fred Zeller n'a violé aucun secret maçonnique dans son livre. En , la justice maçonnique refuse d'exclure son ancien grand maître,

Peinture et action culturelle À partir de 1945, il se consacre largement à la peinture. En 1947, il se retire dans le petit village de Saint-Denis-d'Orques (Sarthe), à la lisière de la forêt de Sillé-le-Guillaume où il va peindre de nombreux tableaux de paysans et de braconniers, dont Le repas de noces à Saint-Denis-d’Orques, Le bal de la Sainte-Cécile, Les braconniers dans la forêt, La centenaire de Nieul-L’EsMairie de Saint-Denis-d'Orques, Fred Zeller (1912-2003), peintre et homme d'état. Son œuvre picturale est estimée à deux mille toilesÉric Lafon, « Fred Zeller, la politique, le pinceau et la truelle », L'Ours, n°478, 22 avril 2018 et des centaines de dessins, dont une gouache de 1945 sur l’univers concentrationnaire en hommage à David Rousset. Son œuvre se situe à la frontière du surréalisme et du symbolisme. En 1948, il se retire à Èze (Alpes-Maritimes, deux ans plus tard, il y crée un musée d'histoire locale.

En 2009, une exposition rétrospective de son œuvre picturale a été présentée au Centre d'enseignement et de recherche ENSAM de Châlons-en-Champagne..

En , il épouse Odette Lefevre en secondes noces. Il meurt le à Bergerac âgé de quatre-vingt-dix ans« Mort de Fred Zeller, ancien grand maître du Grand Orient de France », Le Monde, 10 février 2003.

Expositions Expositions personnelles

Expositions collectives Salon des Indépendants, Paris, à partir de 1940 (sociétaire). De Bonnard à Baselitz - Dix ans d'enrichissement du Cabinet des estampes, 1978-1988, Bibliothèque nationale de France, 1992 Françoise Woimant, Marie-Cécile Miessner et Anne Mœglin-Delcroix, De Bonnard à Baselitz - Estampes et livres d'artistes, B.N.F., 1992, ..

Réception critique en peinture

- René Huyghe de l'Académie françaiseRené Huyghe, « L'art de notre temps - Intellectualisme et symbolique inconsciente », Académie française, séance du 18 mai 1987 - Gérald Schurr Gérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, 1996, . - Dictionnaire Bénézit Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, vol.14, . - Philippe FoussierPhilippe Foussier, « Fred Zeller, la passion du combat », Humanisme, n°298, éditions Grand Orient de France, 2013, - Bernard MontanierJean-Louis Validire, « Fred Zeller, artisan de l'ouverture », La chaîne d'union, n°84, 2018,

Collections publiques Département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France, quatre lithographies dont L'enfant et l'églantine, 1977. Chemin de croix, église Saint-Vaast de Saint-Vaast-de-Longmont, 1962 Le Delarge, Gründ, 2001, ..

Collections privées Marc BlondelMarc Blondel, « Fred Zeller, artiste révolutionnaire vu par Marc Blondel », Franc-maçonnerie magazine, 10 avril 2013.

Publications Livres illustrés Simone Chevallier, L'invitation au voyage - Textes choisis, illustrations de Fred Zeller, éditions P. Mourousy, Paris, 1951. Louis Cappetti, Èze-Village, images de Fred Zeller, Albin Michel, Paris, 1958.

Écrits Fred Zeller, Trois points, c'est tout, autobiographie, collection « Vécu », Éditions Robert Laffont, 1976Guy Vinatel, « À propos des ouvenirs de Fred Zeller », La Revue administrative, n°173, Presses universitaires de France, septembre-octobre 1976, Alain Guichard, « Les mémoires de M. Fred Zeller », Le Monde, 18 septembre 1976. Alain Krivine et Fred Zeller, Les Chemins de la Révolution, Éditions Belfond, 1977. Fred Zeller, Témoin du siècle, Grasset, 2000.

Notes et références

Annexes Bibliographie (présentation en ligne). Marc Blondel, Fred Zeller, éditions Confluences, 2012. Sous la direction de Claude Pennetier, Le Maitron - Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, éditions de L'Atelier, 2006 (consulter en ligne). Denis Lefebvre, Fred Zeller : Des 3 flèches aux 3 points, éditions Bruno Leprince, 2004. Alain Bauer, « Hommage à Fred Zeller », Humanisme, n°259-260, hiver 2002-2003. Fred Zeller (avant-propos de Waren Benchetrit, photos d'Alex Dumay), Fred Zeller - Quand la peinture remplace la parole, autoédition, 2001.

Jean-Pierre Delarge, Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, Gründ, 2001. Édouard Boeglin et Jean-Louis Coy, « Fred Zeller face à la rédaction », Humanisme, n°241-242, . Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, vol.14, Gründ, 1999. Gérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, Paris, 1996.