vignette|450px|Les accidents ou explosions groupés d'obus peuvent aussi être source d'une pollution importante, généralement largement diffusée par le souffle (ici train allemand de munitions, touché lors de la Première Guerre mondiale).

Le problème de la toxicité des munitions (militaires et de chasse) le plus étudié a d'abord été celui qui est induit par le plomb (cause de saturnisme et neurotoxique à très faible dose chez le fœtus et l'embryon), mais depuis quelques années une littérature abondante a porté sur le rôle des munitions militaires, chimiques notamment parmi les séquelles de guerre.

De nombreux composés toxiques ou écotoxiques ont été utilisés pour la fabrication de projectiles depuis trois siècles ; certains ne sont ni dégradables ni biodégradables ( plomb, mercure, arsenic et plus récemment uranium appauvri dans le cas des munitions antiblindages Stephanie Handley-Sidhu, Miranda J. Keith-Roach, Jonathan R. Lloyd, David J. Vaughan « A review of the environmental corrosion, fate and bioavailability of munitions grade depleted uranium » Sci Total Environ. 2010;408(23):5690-700. (résumé)).

D'autres ne sont que lentement dégradables (ex. : TNT, perchlorates…). Ils sont principalement retrouvés dans le sol et dans les sédiments terrestres et marins où ils peuvent exercer leurs effets toxiques, voire être remobilisés par les invertébrés, les animaux fouisseurs, certains oiseaux Gary A. Pascoe, Keith Kroeger, Dwight Leisle, Robert J. Feldpausch « Munition constituents: Preliminary sediment screening criteria for the protection of marine benthic invertebrates » Chemosphere 2010;81(6):807-16. (résumé)…

D'autres composants sont moins toxiques, mais posent problème au-delà de certains seuils : nitrates, cuivre, zinc, laiton, cadmium…

Les munitions chimiques contiennent des toxiques très stables (tabun, sarin, ypérite, lewisite, arsine) tout particulièrement dans le cas des munitions immergées Richard D. Albright. « Introduction to Underwater Unexploded Ordnance and Its Impact on the Environment » Cleanup of Chemical and Explosive Munitions 2012, deuxième édition, pages 71-98 (résumé) en grande quantité après les deux guerres mondiales.

Enjeux vignette|Un des enjeux est celui de la connaissance des risques et dangers induits (dans l'espace et dans le temps) par les munitions non explosées et des polluants dispersés par les munitions tirées, au regard des services écosystémiques et de la santé publique, ici sur une ancienne zone de test et d'exercice. vignette|Un cas particulier est celui de l'explosion accidentelle d'une quantité massive de munitions. Ici, un cargo Liberty ship américain (SS Robert Rowan ; Liberty ship K-40) transportant des munitions vient d'exploser après avoir été touché par une bombe allemande. Dans ce genre de cas, le panache de fumée est susceptible de contenir une quantité significative de toxiques (résidus d'explosifs et mercure des amorces par exemple). vignette|Un autre enjeu concerne la limitation des impacts environnementaux et sanitaires de la destruction de munitions (ici de munitions, près de Kerbala, en Irak, en 2009 qui vont être détruites sans précautions pour l'environnement). vignette|En raison de l'extrême toxicité et de la volatilité de certains composés d'armes chimiques, les démineurs et pompiers doivent prendre des précautions particulières en cas de risques de fuites ou de contact avec l'intérieur d'une telle munition (ici soldat américain s'entraînant à faire face au risque chimique).

Les enjeux sont ceux de la santé environnementale (dans la perspective de l'approche One Health recommandée par l'OMS), et de la protection de la biodiversité.

En effet, depuis plus de deux siècles, un très grand nombre de munitions ont été fabriquées puis utilisées ou stockées. Beaucoup ont été dispersées ou perdues dans l'environnement. Or nombre de leurs composants sont toxiques et pour certains non dégradables.

En vieillissant, ces munitions ou leur contenu restent dangereux et peuvent libérer des produits toxiques dans l'environnement.

Plusieurs des composés toxiques de munitions ( plomb MacLean RS, U. Borgmann, D.G. Dixon. « Bioaccumulation kinetics and toxicity of lead in Hyalella azteca (Crustacea, Amphipoda) » Canadian Journal of Fisheries & Aquatic Sciences 1996;53:2212-20. et autres métaux lourds) ou charge explosive (TNT dans l'environnement marin par exemple Guilherme R. Lotufo, William Blackburn, Sydney J. Marlborough, John W. Fleeger « Toxicity and bioaccumulation of TNT in marine fish in sediment exposures » Ecotoxicol Environ Saf. 2010;73(7):1720-7. ) ou mercure sont bioaccumulables. Ces produits posent problème pour l'environnement et la santé.

Les zones de test de nouvelles armes et/ou d'exercice militaire à tir réel (sur terre ou en mer) sont choisies de manière à être éloignées des zones habitées ou cultivées (en forêt parfois). Ces sites sont ainsi souvent d'une naturalité plus élevée et souvent installés sur des milieux pauvres acides (souvent riches en biodiversité, car les moins cultivés, ne recevant ni engrais ni pesticides, mais où les métaux lourds sont susceptibles d'être les plus mobiles et les plus bioassimilables quand il s'agit de sites acides et humides). De plus, au ( Première Guerre mondiale, guerre du Vietnam) les forêts, jungles et maquis où se cachent les combattants ou où l'on cache mieux les canons ont été des cibles plus fréquentes et plus lourdement attaquées, non sans impacts écologiques Sierra club, The Environmental Consequences of War ; http://www.sierraclub.caBaubinas R., Taminskas J. (1997–1998), Natural resources used for military concerns: ecological consequences. Vilnius: Lietuvos geologijos tarnybaELI (Environmental Law Institute) (1998), Addressing Environmental Consequences of War ; Washington. Juin 1998 : 6.ELI (Environmental Law Institute) (2003), “Environmental Law Institute Environmental Consequences of War]” ; Associates Seminar, 1999-11-11. Environmental Law Institute ; juin 2003. http://www.eli.org/seminars/99archive/11.11.99dc.htm. De même pour les villes (Dresde par exemple).

Hors du plomb et mercure, certains des composés de munitions ont une toxicité qui a précocement été identifiée ; ainsi fin 1916, un communiqué du ministre anglais des Munitions, alertait déjà les usagers du TNT et les médecins quant au fait que cet explosif était aussi un poisonThe Lancet, communiqué intitulé Trinitrotoluene poisoning : Officially communiated by the ministry of munitions ; The Lancet, Volume 188, Issue 4868, 16 December 1916, Pages 1026-1030. Mais il a fallu plusieurs décennies pour qu'on se rende compte que l'ypérite était également cancérigène. La toxicité de nombreux composés et de leurs produits de dégradation est encore mal connue ou discutée (Acide picrique par exemple, explosif massivement utilisé durant la Première Guerre mondiale).

La connaissance et maîtrise de cette toxicité, une législation (qui semble avoir émergé en Amérique du Nord dans les années 1970Sénat des États-Unis (1979), Steel shot regulations : hearing before the Subcommittee on Administrative Practice and Procedure of the Committee on the Judiciary, United States Senate, Ninety-fifth Congress, second session, on oversight hearings--Fish and Wildlife Service, U.S. Department of the Interior, May 25, 1978 United States. Congress. Senate. Committee on the Judiciary. Subcommittee on Administrative Practice and Procedure - 1979 - 314 pages) adéquate et adaptée aux risques et dangers pour l'environnement et la santéMATEO, rafael (2009), Lead poisoning in wildbird in Europe and the regulations adopted by different country ; in RT. Watson, M. Fuller, M. Pokras, and W. G. Hunt (2009), Ingestion of Lead from Spent Ammunition : Implications for Wildlife and Humans. The Peregrine Fund, Boise, Idaho, USA. , et des moyens appropriés de remédiation sont des enjeux importants pour le , y compris concernant la réutilisationBaltrėnas P., Ignatavičius G. (2000), Strategy of Military Land Reuse in Lithuania. Approaches to the Implementation of Environment Pollution Prevention Technologies at Military Bases. RTO Proceedings. 39(12). 1–7. Cedex (France): NATO Publishing. de terrains militaires ou d'exercice ou ball-trap et la gestion des stocks de munitions chimiques dont certains ont environ un siècle. Ronald L. Fournier rappelaient en 1990 que qui nécessite des procédures hautement sécurisées et des fours spéciaux pour détruire les résidus encore présents sur les parties métalliques des munitions. Les composés organiques peuvent être détruits par la chaleur, mais non les métaux ou métalloïdes tels que l’arsenic qui a abondamment été ajouté aux « gaz de combat » de la Première Guerre mondialeRonald L. Fournier, Deane A. Horne, Franklin G. Rinker, Kerm Jackson (1990), “Analysis and testing of the metal parts furnace for the demilitarization of chemical warfare munitions“ ; Journal of Hazardous Materials, Volume 23, Issue 1, p. 1-20 (résumé).

Temporalité du problème Un grand nombre de munitions non explosées ont été perdues, ou leurs sites d'enfouissement ont été oubliés. Pour les munitions chimiques ou stocks de gaz de combat, certains auteurs estiment que leur recherche devrait être poursuivieRichard D. Albright (2008), The Continuing Search for Burial Sites ; Cleanup of Chemical and Explosive Munitions, 2008, p. 153-171 (résumé), voire accélérée, car les munitions anciennes non explosées se corrodent peu à peu et vont perdre leur contenu toxique ; une meilleure utilisation des archives, photographies aériennes, enquêtes géophysiques, anecdotes, cartes anciennes, connaissance des tirs d'artillerie, analyses de sols ou d'eau, peut y contribuerRichard D. Albright (2012), Expanding and Enlarging a Remediation Site Location, Identification and Environmental Remediation, in Cleanup of Chemical and Explosive Munitions (deuxième édition) (voir pages 187 à 204), résumé. Le dérèglement climatique attendu pourrait exacerber les risques d'inondations de certaines zones de dépôts de munitions enterrées. Il pourrait aussi rendre plus fréquents et plus graves les incendies de forêt (dont « forêts de guerre » où de nombreux obus sont encore présents dans les couches superficielles du sol) ; La période récente a vu de nouveaux explosifs ou carburants de missiles et roquettes (carburants gazeux, liquides ou solides) introduits dans l'environnement ; dont l'uranium appauvri qui a été controversé lors de la guerre du Golfe ou des Balkans. Il faut souvent du temps avant que l'on identifie la toxicité d'un nouveau produit. Ainsi, a-t-on utilisé d'autres matériaux lourds pour les munitions perforantes, dont des alliages de tungstène (HMTAsHTMA : acronyme de heavy metal tungsten alloys) réputés être des « alternatives non toxiques » à l'uraniumErik Q. Roedel, Danielle E. Cafasso, Karen W.M. Lee, Lisa M. Pierce (2012), Pulmonary toxicity after exposure to military-relevant heavy metal tungsten alloy particles ; Toxicology and Applied Pharmacology, Volume 259, Issue 1, 15 février 2012, pages 74-86 résumé). Mais, quand on a injecté des microparticules de composition identique aux HMTAs91,1 % de tungstène, 6 % de cobalt et 2,9 % nickel dans le muscle de Rats, elles ont rapidement induit des cancers avec tumeurs métastatiques agressives (sur le site d'implantation). Et l'introduction de particules de ce typeWNiCo (92 % de tungstène, 5 % de nickel et 3 % de cobalt), WNiFe (92 % de tungstène, 5 % de nickel et 3 % de fer). dans les poumons de rats a aussi induit une toxicité et des lésions pulmonaires.