L'ouvrage de Fermont est un ouvrage fortifié de la ligne Maginot, situé aux limites des communes de Viviers-sur-Chiers, Montigny-sur-Chiers et Beuveille, dans le département de Meurthe-et-Moselle.

C'est un gros ouvrage d'artillerie, comptant neuf blocs. Construit à partir de 1931, il a été abimé par les combats de , avant d'être réparé au début de la guerre froide. C'est désormais un musée ouvert au public.

Position sur la ligne Faisant partie du sous-secteur d'Arrancy dans le secteur fortifié de la Crusnes, l'ouvrage de Fermont, portant l'indicatif A 2, est intégré à la « ligne principale de résistance » entre les casemates d'intervalle de Puxieux (C 1) à l'ouest et du Bois-de-Beuveille (C 2) à l'est, à portée de tir des canons du gros ouvrage de Latiremont plus à l'est..

Description L'ouvrage est composé en surface de sept blocs de combat et de deux blocs d'entrée, avec en souterrain une caserne, une cuisine, des latrines, un poste de secours, des PC, des stocks d'eau, de gazole et de nourriture, des installations de ventilation et de filtrage de l'air, des magasins à munitions (un M 1 et plusieurs M 2) et une usine électrique, le tout relié par des galeries profondément enterrées. Ces galeries mesurent , répartis sur ; elles sont construites au minimum à de profondeur pour les protéger des bombardements.

Entrées Il y a deux entrées, toutes deux situées un kilomètre au sud des blocs de combat de l'ouvrage. L'entrée à l'ouest servait pour le personnel (« entrée des hommes » : EH), tandis que celle à l'est était utilisée pour le matériel (« entrée des munitions » : EM). La porte est placée derrière un fossé diamant, protégée par une grille métallique et une passerelle qui enjambe le fossé. Elle débouche dans un couloir en chicane, protégé par des créneaux FM, qui conduit à une porte blindée et étanche donnant sur le sas. Ce sas est fermé de l'autre côté par une seconde porte étanche. Les deux blocs d'entrée sont en puits, protégées chacun par un créneau mixte pour JM/AC 47 (jumelage de mitrailleuses et canon antichar de ) et deux cloches GFM.

Souterrains Les galeries souterraines sont à de profondeur, reliant tous les blocs entre eux ; la liaison avec la surface est assurée par des puits équipés d'escaliers et de monte-charges. Par ces galeries passent les câbles électriques et téléphoniques. La galerie principale allant de l'entrée des munitions aux blocs de combat est équipée de deux rails et d'une caténaire : ce réseau ferroviaire à voie unique (des « gares » avec deux voies existent) est destiné essentiellement au transport des munitions.

Juste à côté de l'entrée des munitions et profondément enterrées, se trouvent les galeries et niches aménagées pour servir de magasin principal (M1) à l'ouvrage. Ce magasin a trois cellules de stockage, desservis par un monorail pour la manutention des casiers à munitions (chacun pour ). La dotation en munitions correspond à théoriquement huit jours de combat intensif, ce qui fait un stock de de , de , de et de à répartir entre le M1, les M2 (au pied de chaque bloc de combat) et les M3 (à côté des chambres de tir)..

L'usine souterraine abrite quatre groupes électrogènes capables de remplacer l'alimentation électrique fournie normalement par l'extérieur (grâce à un câble enterré). Deux groupes couplés suffisent, mais par sécurité ils sont doublés (en cas de panne) ; l'évacuation des gaz se fait par une cheminée donnant sur l'entrée des hommes. Chaque groupe électrogène est composé d'un moteur Diesel GVU 33 (fournissant à )La SGCM, Société générale de constructions mécaniques, construisait des moteurs de marine à La Courneuve sous licence MAN. Les moteurs SGCM GVU 33 de Fermont ont six cylindres, chacun avec une cylindrée de (un alésage à 200 mm et une course de 330 mm). couplé à un alternateur, complétés par un petit groupe auxiliaire (un moteur 1 PJ 65, de à )Le nom du petit moteur Diesel CLM 1 PJ 65 correspond au fabricant (la Compagnie lilloise de moteurs, installée à Fives-Lille), au nombre de cylindres (un seul fonctionnant en deux temps, mais avec deux pistons en opposition), au modèle (PJ pour « type Peugeot fabriqué sous licence Junkers ») et à son alésage ( de diamètre, soit de cylindrée). servant à l'éclairage d'urgence de l'usine et au démarrage pneumatique des gros moteurs Diesel. Le refroidissement des moteurs se fait par circulation d'eau. À proximité, se trouvent les réserves d'huile (), les réservoirs à gasoil () et les citernes à eau de refroidissement (), soit la consommation théorique pendant deux à trois mois.. Dans la galerie reliant l'entrée des hommes à celle des munitions se trouve la batterie de à air (chacun pèse ) utilisés en cas d'alerte aux gaz. La caserne regroupe les chambrées, les cuisines, l'infirmerie, les sanitaires, les réserves de vivres, la principale citerne d'eau (alimentée par un puits), etc.

Blocs de combat

Le bloc 1 est un bloc d'artillerie, équipé d'une tourelle de modèle 1933, d'une cloche GFM (guetteur et fusil mitrailleur) et d'une cloche LG (lance-grenades).

Le bloc 2 est un bloc d'infanterie, équipé d'une tourelle de mitrailleuses et d'une cloche GFM.

Le bloc 3 est un observatoire, équipé d'une cloche VDP (vision directe et périscopique, indicatif O 3), de deux cloches JM (jumelage de mitrailleuses) et d'une cloche GFM. En dessous de ce bloc se trouve le poste de commandement de l'ouvrage.

Le bloc 4 est une casemate d'artillerie flanquant vers l'est, équipé de trois créneaux pour canon de , d'une cloche GFM et d'une cloche JM.

Le bloc 5 est un bloc d'artillerie, avec une tourelle de et une cloche GFM.

Le bloc 6 est un bloc d'infanterie, avec une tourelle de mitrailleuses et deux cloches GFM.

Le bloc 7 est une casemate d'infanterie flanquant vers l'est, avec un créneau mixte pour JM/AC 47 (jumelage de mitrailleuses et canon antichar de ), un autre créneau pour , une cloche GFM et une cloche LG..

Histoire thumb|Emplacement de la perforation par les Allemands du mur du bloc 4.

L'ouvrage de Fermont fait partie comme tout le secteur de la Crusnes de la seconde tranche de travaux, marquée par des réductions budgétaires ; les plans ont été établis de janvier à . Les travaux sont terminés en 1935. L'ouvrage aurait dû compter quatre blocs supplémentaires, repoussés en second cycle et jamais construits : d'une part une tourelle de 135 et une seconde tourelle de 75 au milieu des blocs de combat, d'autre part deux blocs d'infanterie plus au nord. Le M1 est inachevé faute de crédit.

L'équipage de l'ouvrage en temps de paix est composé de détachements du d'infanterie de forteresse (RIF) et du d'artillerie de position (RAP). En cas de mobilisation, les effectifs sont renforcés par l'arrivée des réservistes, créant par la même occasion de nouveaux régiments : si l'infanterie de l'ouvrage reste dépendante du RIF, l'artillerie passe au RAP. La première occupation de l'ouvrage est réalisée lors de l'alerte de mars- (remilitarisation de la Rhénanie), renouvelée de mars à () puis en septembre- (crise des Sudètes). Les troupes de forteresse retrouvent l'ouvrage à partir du (crise du corridor de Dantzig), avec le début de la mobilisation partielle le . La mobilisation générale française est décrétée le , applicable à partir du 2 ; le , la France déclare la guerre à l'Allemagne.

Pendant toute la drôle de guerre, le secteur est parfaitement calme car faisant face à la frontière belge. Les choses changent à partir de mai-. Le , les unités de la française responsable du secteur, y compris les troupes tenant les intervalles, se replient vers le sud pour éviter l'encerclement. Les équipages des casemates et des ouvrages restent à leur poste, tandis que les forces allemandes s'avancent sur les arrières de la ligne Maginot. Le , deux canons de (de la allemande) tirent pendant plusieurs heures à de distance sur le bloc 4, réussissant sans s'en rendre compte à percer le mur de façade ; l'équipage colmate la brèche rapidement avec du ciment. Le , le Fermont et son voisin occidental l'ouvrage de la Ferme-Chappy sont attaqués par la allemande : après une préparation d'artillerie lourde (trois canons de Krupp modèle 1918 et deux mortiers de Skoda), des bombardements par stukas et des tirs de canons de , les sections d'assaut allemandes sont repoussées par les tirs du bloc 6 de l'ouvrage de Latiremont (il tire en un jour).. Les Allemands ont officiellement et blessés, tandis que l'ouvrage a deux morts, dont le soldat Piton tué par un obus antichar qui a perforé la cloche GFM de l'entrée des hommes du Fermont, juste avant que le canon allemand de soit détruit par la tourelle de du bloc 5 (le soldat français a été enterré dans le mur de la galerie principale de l'ouvrage)..

L'armistice entre la France et l'Allemagne est signé le , mais il n'entre en application que le à , après qu'un armistice entre la France et l'Italie soit signé (le 24 au soir). Les Allemands prennent possession de l'ouvrage le après négociation avec le commandant du secteur (le sabotage est interdit), tandis que l'équipage est fait prisonnier.

Visite et musée L'ouvrage est désormais confié à l'Association des Amis de l'Ouvrage de Fermont et de la Ligne Maginot, qui se charge de l'entretien et des visites touristiques : Fermont a attiré en 2014, en 2013 et en 2012..

La visite de Fermont est un périple de plus de deux heures, partie en sous-sol et l'autre en surface, au milieu des blocs de combats dont les abords portent encore les stigmates des combats de 1940. Le trajet-type compte la descente à sous terre dans le principal monte-charge de l'entrée des munitions, puis la visite d'une partie de l'ancien magasin à munitions M1 aménagé avec quelques reconstitutions (wagonnets, casiers à obus et mannequins). La visite se poursuit par le trajet à partir de la gare du M1 jusqu'aux blocs de combat en train électrique. Le premier bloc à découvrir est le bloc 4, dont l'accès aux chambres de tir se fait de nouveau en monte-charge. Il s'agit d'une casemate d'artillerie pour trois tubes, dont un des obusiers est mis en scène avec des mannequins. La visite se poursuit en extérieur pour aller jusqu'au bloc 1 voisin, équipé d'une tourelle pour deux canons de .

Après le retour en souterrain et en train, le visiteur découvre les galeries de la caserne puis de l'usine, avec les groupes électrogènes en état de marche. Les groupes de visiteurs rejoignent l'entrée des munitions en passant par la galerie abritant les filtres à air, avant de remonter en surface. La visite se termine avec le musée extérieur, devant l'entrée des munitions, qui recèle l'essentiel des matériels utilisés sur la ligne Maginot et notamment cinq tourelles d'artillerie (dont trois provenant de l'ouvrage de Bréhain voisin) qui sont les seules en France à être ainsi présentées au public. Le mémorial érigé à la mémoire des troupes de forteresse rappelle que la majorité de la ligne Maginot tenait toujours à l'armistice du 22 juin 1940.

Au cinéma L'ouvrage a servi de cadre au tournage en 2003 du film Les Rivières pourpres 2 d'Olivier Dahan.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Fermont (Meurthe-et-Moselle)

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