L'hôtel de Bernuy est un hôtel particulier qui se situe à l'angle de la rue Léon-Gambetta et de la rue Joseph-Lakanal, dans le centre historique de Toulouse.

Il est élevé entre 1503 et 1536, en plusieurs campagnes de construction, pour le compte de Jean de Bernuy, riche marchand pastellier qui accède au capitoulat en 1534-1535. En 1567, dans un contexte réforme catholique et de profonde rénovation de l'enseignement, l'hôtel est dévolu aux Jésuites qui y ouvrent un collège. La vocation de l'édifice ne s'est pas démentie : il abrite depuis 1957 le collège public Pierre-de-Fermat.

Malgré les transformations successives et les nouvelles constructions, l'hôtel de Bernuy, dont le style témoigne de la transition du gothique au goût de la Renaissance, est remarquable pour sa cour d'entrée. L'hôtel est classé monument historique en 1889..

Histoire L'hôtel de Jean de Bernuy vignette|gauche|Portrait de Jean de Bernuy par Hilaire Pader (1664, château de Merville).

Jean de Bernuy naît vers 1475, probablement à Burgos, ville du royaume de Castille où son père, Juan de Bernuy (ou Bernui), est marchand. Il appartient à une famille de juifs convertis, engagés dans le commerce régional Enrique Soria Mesa, La venta de señoríos en el Reino de Granada bajo los Austrias, Grenade, 1995, ., mais aussi dans le commerce international. Elle s'inscrit dans le cadre des échanges commerciaux qui relient la Castille, le Midi de la France, la Flandre et l'AngleterreCasado Alonso 1991, .. Jean de Bernuy s'établit à Toulouse à la fin du , avant 1499Chalande 1924, .. Il se consacre en particulier au commerce du pastel, dont une partie est vendue en Castille, et il en tire une fortune considérable. En 1501, il obtient des lettres de naturalité et de bourgeoisie. Signe de son insertion dans les réseaux de l'élite urbaine toulousaine, il épouse Marguerite Du Faur, fille d'Arnaud Du Faur (1460-1509), procureur général au parlement et seigneur de Saint-JoryDebuiche 2012, ..

En 1502 et 1503, Jean de Bernuy achète plusieurs immeubles à Jean de Belbèze dans la petite rue des Cordières-Vieilles (actuelle allée Maurice-Prin), dont celui où était établie l'hôtellerie à l'enseigne des Balances. En 1503, il fait élever par les maîtres maçons Guillaume et Jean Langlois, dit Le Picart, plusieurs bâtiments en arrière de la rue des Cordières-Vieilles. L'année suivante, il passe un contrat avec Aimeric (ou Merigo) Cayla, pour la construction d'un véritable hôtel particulier sur la rue des Prédicateurs (actuelle rue Joseph-Lakanal), qui s'organise autour d'une cour intérieure, et surmonté d'une tour – la plus haute des tours que faisaient construire les membres de l'aristocratie toulousaine dans leurs hôtels particuliersDouais 1901, .Chalande 1924, ..

À partir de cette date, la position de Jean de Bernuy dans la société toulousaine s'élève rapidement. Ses lettres de naturalité et de bourgeoisie sont d'ailleurs renouvelées en 1509Debuiche 2012, .. Dans les années suivantes, sans être anobli, il achète plusieurs terres nobles et devient seigneur de Paléficat en 1508, de Villeneuve-la-Comptal en 1515, et de Lasbordes en 1520, et il se constitue une fortune immense grâce au commerce de pastel avec sa famille.

Jean de Bernuy se rend aussi propriétaire de plusieurs immeubles et maisons le long de la rue des Argentiers (actuelle rue Léon-Gambetta). Les travaux de son hôtel particulier se poursuivent en 1520, puis entre 1527 et 1529Caster 1962, .. En 1530, il fait appel au maître maçon Louis Privat et fait abattre les immeubles du côté de la rue des Argentiers, afin de créer une nouvelle entrée à son hôtel. La nouvelle façade, large de 13 mètres, est magnifiée du côté de la rue par un imposant portail sculpté où se fait sentir le style moderne de la Renaissance. De même, la nouvelle cour intérieure manifeste la richesse et l'audace du propriétaire. Les travaux sont probablement terminés en 1533, date à laquelle il est élu capitoul pour la partie de la Daurade. La même année, il aurait reçu à dîner la cour de François – le roi, lors de sa captivité à Madrid, après la désastreuse défaite de Pavie, avait fait le vœu d'un voyage de dévotion à Notre-Dame du Puy-en-Velay et à Saint-Sernin.

Les travaux se poursuivent dans l'hôtel, puisque entre 1537 et 1539, Jean de Bernuy acquiert deux nouveaux immeubles sur la rue des Argentiers, à gauche de l'entrée qu'il a fait élever en 1530. Mais, en 1540, Jean de Bernuy meurt. D'après la tradition, lors de la visite de son neveu, Diego de Bernuy, il aurait donné en spectacle le combat d'un taureau avec des chiens dans la basse-cour de l'hôtel. Mais, le taureau s'étant échappé, l'aurait tuéChalande 1924, .. Il est enterré dans la chapelle Saint-Jacques du cloître des Jacobins, à proximité immédiate de l'hôtel où il a vécu et où il est mortChalande 1924, .Debuiche 2012, .. L'hôtel échoit à son fils Jean, vicomte de Lautrec, qui le vend cependant, pour , à Antoine de Clary, receveur du roi à Montpellier. Pourtant, ce dernier n'ayant versé que la somme de , l'hôtel reste occupé par Jean de Bernuy et son frère, Jacques, abbé de La CapelleL'abbaye de La Capelle est une abbaye de chanoines prémontrés, fondée en 1143 par des prémontrés de la Case-Dieu, venus à la demande de Bernard de L'Isle-Jourdain. Elle se trouve près de Merville. En 1570, dans le contexte de la troisième guerre de Religion, elle est pillée et détruite par les forces protestantes de Gabriel de Montgomery. et président à la chambre des Enquêtes au parlement.

En 1562, dans un contexte d'aggravation du péril de guerre religieuse entre les catholiques et les protestants, les tensions débouchent à Toulouse en affrontement armé, qui éclate le . Des troupes protestantes se rendent maîtres du Capitole et des rues voisines, à faible distance de l'hôtel de Bernuy, mais elles sont contenues par les forces catholiques. Jacques de Bernuy, qui est suspecté d'avoir des sympathies pour les protestants et craint d'être victime du conflit, se tourne du côté des catholiques et demande des soldats pour la défense de son hôtel, mais ceux-ci se livrent au pillage de la demeure. Les protestants envoient un corps d'une centaine de soldats pour chasser les premiers, se livrant à leur tour au pillage après avoir pris possession de l'hôtel : Lancelot du Voisin, étudiant à Toulouse, y assisteChalande 1924, ..

Du collège des Jésuites au collège Pierre-de-Fermat vignette|La cour du collège au milieu du (lithographie de Pierre Thierry). En 1566, l'hôtel de Bernuy est acheté par trois bourgeois de Toulouse, Pierre Delpech, Pierre Madron et Jean de Gamoy. Ils l'offrent à la ville, dans le but d'y établir un collège confié aux JésuitesChalande 1924, .. En effet, à la suite d'un édit du roi Henri II, donné à Nantes en 1551, la plupart des petits collèges avaient été fermés. Les biens de ces collèges devaient être réunis et affectés à la fondation d'un grand collège, sur le modèle des grands collèges parisiens, tels que le Collège royal, créé en 1530 par François : l'éducation doit mettre l'accent sur l'étude des langues anciennes, particulièrement le latin et le grec. En 1561, le nouveau collège de l'Esquile, premier collège moderne de la ville, a ouvert (actuels rue de l'Esquile et rue du Taur)Corraze, 1937, .. Mais le nouveau collège n'échappe pas au contexte de guerre religieuse qui règne à Toulouse, plusieurs professeurs, suspectés de protestantisme, ayant dû fuir la villeCorraze, 1937, ..

Les Jésuites quant à eux, ont été chassés de Pamiers par les protestants et se sont installés en 1563 dans l'ancien couvent des Augustines (emplacement de l'actuelle place Occitane) : les religieuses s'étant converties au protestantisme, elles ont quitté leur couvent et la ville. Le , les Jésuites investissent l'hôtel de Bernuy. Après différents travaux d'aménagement, ils ouvrent les portes de leur collège le Chalande 1924, .. Les bâtiments de l'hôtel de Bernuy suivent alors les destinées du collège. Les Jésuites font construire de nouveaux bâtiments entre la rue des Prédicateurs et la rue des Cordières-Vieilles. En 1762, ils sont expulsés du royaume de France et le collège passe sous la protection royaleChalande 1924, .. Après les vicissitudes de la Révolution française, il devient lycée en 1802. Les bâtiments de l'hôtel de Bernuy et de l'ancien collège des Jésuites sont dévolus, depuis 1957, au collège Pierre-de-Fermat.

Entre 1885 à 1889, des travaux sont menés par l'architecte Anatole de Baudot, élève d'Eugène Viollet-le-Duc. Il dirige un projet de restitution de la galerie de bois de la cour d'honneur. En 1889, les bâtiments subsistants de l'hôtel de Bernuy sont classés monuments historiques. La première cour, élevée entre 1530 et 1536, représentative de la Première Renaissance française est partiellement moulée et reproduite en 1888 à la Cité de l'architecture et du patrimoine au palais de Chaillot, à Paris. Le moulage en est réalisé par estampage par Jean Pouzadoux.

Depuis 2007, les bâtiments du collège bénéficient d'une profonde rénovation, menée par le conseil général, puis départemental de la Haute-Garonne. Entre 2019 et 2023, c'est la façade de la rue Léon-Gambetta qui est nettoyée et rénovée selon un projet de l'agence Arc&Sites Architectes Patrimoine CréationMargot Fournié, « Toulouse. Hôtel de Bernuy : le portail restauré », La Dépêche du Midi, janvier 2020.Thibaut Calatayud, « En plein cœur de Toulouse, ce bâtiment emblématique et séculaire va retrouver son lustre d'antan », ActuToulouse, 15 avril 2022..

Description Façade sur rue vignette|Le portail de la rue Léon-Gambetta. La façade principale, sur la rue Léon-Gambetta, est d'un style gothique de transition vers la RenaissanceChalande 1924, .. Bâtie en brique, elle se développe sur quatre travées et s'élève sur deux étages. Le décor, en pierre, se concentre autour de la porte principale. Elle est mise en valeur par les piédroits et les voussures moulurées. Deux culots, figurant des putti, soutiennent deux hauts pinacles ornés de feuillages qui montent jusqu'au : c'est dans l'espace délimité par ces deux pinacles, au-dessus de la porte, que se déploie le décor sculpté. Une grande accolade en ogive, ornée de choux frisés, est surmontée d'un imposant fleuron.

À l'intérieur de l'accolade, au-dessus de la porte, le médaillon central figure une tête d'Apollon, inscrit dans un soleil rayonnant. Il a remplacé, dans la deuxième moitié du , le monogramme du Christ que les Jésuites avaient substitué au blason de la famille de Bernuy au . Le médaillon est entouré d'une couronne de fleurs tenue par deux putti porteurs de lances. Au-dessus, un troisième putto tient un phylactère où se lit la devise de Jean de Bernuy : Si Deus pro nobis (« Si Dieu est avec nous [, qui sera contre nous ?] » en latin). À l'extérieur de l'accolade sont disposés quatre médaillons ornés de bustes de personnagesChalande 1924, ..

Au , les travées sont éclairées par des fenêtres à croisée en pierre. Elles ont des chambranles moulurés de nervures et sont surmontées de corniches qui s'appuient sur des corbeaux dont les culots, jusqu'alors en attente, furent sculptés en forme de bustes ou de choux frisés lors du ravalement de 2023. Le est percé de simples fenêtres carrées, plus petites, dont le chambranle est également mouluré. La façade était surmontée de faux mâchicoulis et couronnée de créneaux, détruits entre 1838 et 1846, qui rappelaient la noblesse de la famille de BernuyChalande 1924, ..

Première cour vignette|Vue d'ensemble de la première cour. vignette|La galerie du côté nord. vignette|La voûte surbaissée.