L'amphithéâtre de Capoue est l'un des principaux monuments de l'antique Capoue, en Italie méridionale, à proximité de la voie Appienne à laquelle il est directement relié.
Implanté au nord-ouest de la cité antique et en dehors de ses limites, il est situé dans la partie centrale de l'agglomération moderne de Santa Maria Capua Vetere. Il est parfois également dénommé « amphithéâtre campanien » (« anfiteatro campano » en italien), Capoue étant autrefois la principale ville de la région de Campanie. De forme pseudo-elliptique, mesurant entre de grand axe pour de petit axe, c'est le deuxième plus grand amphithéâtre de tout le monde romain, derrière le Colisée de Rome, au regard des données disponibles au début du .
L'histoire des monuments du spectacle à Capoue est complexe et assez mal connue. Un théâtre, dans la ville antique, a une existence brève. Un premier amphithéâtre, dont il ne reste que de rares vestiges, est ensuite construit aux marges de la cité, probablement au . Un second amphithéâtre, plus vaste, est édifié à proximité du précédent ; il est probablement construit sous le principat d'Auguste. C'est cet amphithéâtre monumental, restauré aux puis au , dont les vestiges sont encore visibles. Sa , transformée en forteresse au et dont les matériaux sont ensuite récupérés, est très dégradée et l'ordonnancement de sa façade reste sujet à controverses. Son arène est toutefois bien conservée, notamment les aménagements de son sous-sol, demeurés presque intacts. Spartacus aurait pu combattre dans l'arène de l'un ou l'autre monument, mais rien ne l'atteste.
Comme tous les monuments du centre historique de la ville antique, l'amphithéâtre figure dans le catalogue des biens culturels italiens. Le musée des gladiateurs est aménagé à proximité immédiate.
Historique des édifices de spectacle vignette|redresse=1.2|Plan simplifié de la ville antique de Capoue.
Trois édifices de spectacle antiques sont recensés à Capoue. Le théâtre est situé au sud de la Voie Appienne, au nord de laquelle sont établis deux amphithéâtres en liaison directe avec elle, dans un secteur dévolu à des sépultures du au , hors des limites nord-ouest de la ville antique.
Les vestiges du théâtre ne sont plus visibles et ceux du premier amphithéâtre affleurent seulement du sol. Ceux du second amphithéâtre, même largement délabré, continuent de constituer un élément structurant du paysage urbain de la ville moderne de Santa Maria Capua Vetere.
Théâtre Un théâtre ou un édifice de spectacles mixte, de type théâtre-amphithéâtre, est situé dans le périmètre de la ville antique..
Les vestiges qui en sont conservés (une partie de la ), d'un diamètre de , sont tournés vers l'est, avec des murs rayonnants à parements en brique. Le théâtre a été reconstruit à l'époque d'Hadrien, mais une inscription lapidaire retrouvée sur place suggère que sa fondation remonte à la République romaine..
Premier amphithéâtre Il semble que ce soit en Italie du Sud que les premiers aménagements, dont la nature reste à préciser, aient été conçus pour accueillir des spectacles de combat ; un banquet est cité à ce propos à Capoue en . La ville de Capoue aurait fait partie du cercle fermé des quelques villes pourvues d'un tel équipement à une époque ancienne, avec Cumes et Liternum et avant Pompéi. C'est en effet dans cette région du sud de la péninsule que la gladiature est attestée de façon ancienne.
Ses dimensions sont d'environ (), et son arène elliptique mesure environ () dans son grand axe. Les vestiges existants sont des éléments des murs périphériques du bâtiment arasés au niveau du sol. Sa structure était très massive, ses murs comportant des parements d' en tuf enfermant un noyau en .
Il sert probablement jusqu'à ce que le second édifice soit mis en service, ce qui s'est peut-être produit avant l'achèvement de ce dernier. Un sol de circulation est alors aménagé autour du nouvel amphithéâtre et l'ancien est arasé au niveau de ce sol. Sa destruction est sans doute rendue nécessaire par l'obligation d'urbaniser le quartier. De rares vestiges lui sont attribués, situés au sud-ouest de l'amphithéâtre de l'époque impériale.
Second amphithéâtre Datation controversée Un second amphithéâtre a été construit à Capoue, mais sa datation fait encore débat, aucune source, aucun indice architectural ne permettant de conclure. Les briques utilisées, de fabrication locale, qui servent parfois à déterminer l'époque de construction des monuments antiques, ne permettent pas cette datation à Capoue.
Selon certains historiens, ce nouvel amphithéâtre est érigé à la fin du pour y accueillir des combats de gladiateurs, comme c'est le cas pour les monuments de ce type construits à cette époque. C'est le développement de la ville qui impose ce nouveau monument, plus grand que l'ancien et dont la décoration est certainement plus soignée..
Pour d'autres, rien n'atteste une datation aussi haute et l'amphithéâtre a pu être construit entre le dernier quart du et le début de notre ère. Cette chronologie résulte de l'interprétation de l'épigraphie trouvée à l'entrée de l'amphithéâtre, qui en situe la construction sous l'époque augustéenne.. Jean-Claude Golvin considère que l'édifice a été construit entre la fin du et le début du ; les similitudes entre l'amphithéâtre de Capoue et le Colisée (construit vers ) suggèrent que les architectes du monument de Capoue ont pris pour modèle celui de Rome, ce qui renforce l'hypothèse de la datation « basse » évoquée par Golvin. Quelle que soit l'époque de sa construction, il semble en tout cas avoir été édifié en une seule campagne, sans modification du plan au cours de sa réalisation.
Restauration sous l'Empire Quelle que soit sa date de construction, c'est cet amphithéâtre, dont l'architecture d'origine n'est pas connue, qui fait l'objet d'une importante campagne programmée vers 119 sous Hadrien ; le monument est consacré par Antonin le Pieux. Parmi les embellissements, l'intérieur est pourvu de reliefs avec des animaux et des statues installées dans la galerie supérieure () ainsi que dans les parapets des vomitoires. Des cérémonies s'y déroulent encore en 387. Jusqu'à son saccage sous le Haut Moyen Âge, il est peut-être encore utilisé pour des .
Histoire mouvementée depuis le Moyen Âge vignette|gauche|redresse=1.2|Plan de l'amphithéâtre, gravure par Pierre-Gabriel Berthault (vers 1780).
Après la chute de l'Empire romain, l'amphithéâtre est fortement endommagé par les Vandales de Genséric en 455 mais il est réparé en 530 comme d'autres monuments de la ville ; l'aménagement, au ou , d'un oratoire chrétien dans les sous-sols du monument démontre qu'à cette époque certains accès à ces sous-sols sont encore fonctionnels. C'est toute l'antique cité qui est mise à mal pendant la guerre de succession du duché de Bénévent dans les années 830. L'amphithéâtre est transformé en forteresse par les Sarrasins qui, ayant conquis la ville vers 841, y soutiennent le siège mené par l'évêque de Naples et le monument est dévasté. Il prend alors le surnom de « Berelais », dérivé de l'arabe et signifiant « édifice rond fortifié ». À la fin du , ses matériaux sont récupérés pour la construction de la ville nouvelle de Capoue (Santa Maria Capua Vetere) qui se substitue alors à la ville antique. Ses marbres sont notamment réutilisés dans la construction d'édifices civils ou religieux de Capoue. Le bronze et le plomb servant au chaînage des assises de grand appareil sont également récupérés. Avec les années, la récupération des pierres se poursuit, les plus belles étant prélevées en premier.
La date de démolition de l'amphithéâtre n'est pas connue. Sa destruction pourrait avoir eu lieu au . Une tentative de destruction volontaire, mais qui n'est pas datée et n'aboutit pas à l'écroulement du monument, est visible par une sape pratiquée à la base des murs de chaque niveau ; l'amphithéâtre a également été volontairement incendié pour provoquer son effondrement, comme en témoignent les marques de calcination sur les blocs calcaires de la façade, alors que ceux situés à l'intérieur sont intacts : la méthode employée a consisté à adosser aux murs porteurs, tout autour de la façade, des fagots qui en brûlant, devaient diminuer la résistance de la base des murs et provoquer l'effondrement des parties supérieures.
Les nombreux blocs épars autour du monument proviennent manifestement des niveaux les plus élevés de l'édifice.
Le pillage des ruines ne prend fin qu'au : en 1826, le roi François des Deux-Siciles ordonne le déblaiement et les fouilles de l'amphithéâtre, sous la direction de l'architecte royal Pietro Bianchi. L'édifice est déclaré monument national en 1880.
Au , l'édifice est très endommagé dans ses parties supérieures, alors que ses parties basses, arène et sous-sol sont en bon état de conservation. Pour autant, et bien qu'il soit situé dans une région de forte sismicité, l'amphithéâtre de Capoue ne semble pas, à quelque moment de son histoire que ce soit, avoir subi les dommages d'un tremblement de terre.
Spartacus et les amphithéâtres de Capoue Il est attesté que Spartacus s'est entraîné dans le (école de gladiateurs) de Capoue sous la direction de Cnaeus Lentulus Batiatus en , dont il s'est enfui pour lancer la révolte des esclaves., mais il est impossible de déterminer dans quel amphithéâtre il a éventuellement pu combattre : à cette date, le premier amphithéâtre pouvait être encore en service, en attendant l'achèvement du second, peut-être déjà fonctionnel.
Mentions historiques, fouilles et études, mise en valeur vignette|L'amphithéâtre vu par Luigi Rossini (1839). En , Mazzocchi découvre, au pied du vomitoire sud de l'amphithéâtre, une inscription lapidaire partielle dont il propose un restitution complète, lui permettant de formuler une hypothèse de datation du monument. Il publie en 1727 un compte-rendu de ses recherches.
En 1829 est publiée la relation du Voyage pittoresque à Naples et en Sicile effectué par Jean-Claude Richard de Saint-Non entre 1781 et 1786. Cet ouvrage consacre un chapitre à la description des vestiges de l'amphithéâtre de Capoue.
Le roi François des Deux-Siciles ordonne en 1826 l'arrêt du pillage des ruines de l'amphithéâtre ; l'architecte royal Pietro Bianchi et Carlo Bonucci effectuent alors le déblaiement du monument en engagent les premières fouilles
C'est en 1835 que Mariano De Laurentiis publie la première monographie consacrée à l'amphithéâtre de Capoue, s'appuyant largement sur les travaux de Bianchi. Il décrit l'architecture du monument lors de sa construction et inventorie ses vestiges.
Un inventaire détaillé des clés décorées des arcs est publié en 1941 par Gennaro Pesce sous le titre I rilievi dell'Anfiteatro Campano : c'est la seule étude au sujet de l'amphithéâtre jusqu'à la fin du .
Le premier amphithéâtre a fait l'objet d'une étude par Jean-Claude Golvin en 1979.
Comme tous les monuments du centre historique de la ville antique, l'amphithéâtre figure dans le catalogue des biens culturels italiens.. Par une volonté de cohérence thématique, un musée des gladiateurs a été aménagé à proximité immédiate..
Architecture du second amphithéâtre
L'édifice dont les vestiges subsistent possède et témoigne de la maîtrise des bâtisseurs. Il est parfois également dénommé « amphithéâtre campanien » (« anfiteatro campano » en italien).
Caractères généraux Configuration Dimensions du second amphithéâtre selon les sources. Les dimensions de la sont précédées de la lettre « C », celle de l'arène de la lettre « A ».
Mariano De Laurentiis, 1835 : C - A ; Simone Foresta, 2007-2008 : C ; Jean-Claude Golvin, 1988 : C - A ; Bernard Parzysz, 2015. : C ; Rédaction de Tifatalive, 2022. : C - A ; Mark Wilson Jones, 1993. : C .