Les troubles des conduites alimentaires (ou troubles du comportement alimentaire ou TCA). sont des troubles en rapport à l'alimentation tels que l'anorexie mentale, la boulimie et d'hyperphagie., mais aussi liés à l'estime de soi, l'anxiété, la dépression et à des traumatismes passés. Ils peuvent parfois prendre une forme atypiques ( orthorexie, potomanie ou pica). Ils peuvent apparaître à tout âge, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes et affectent la relation du sujet avec la nourriture, son poids et son image corporelle. Ils peuvent être reliés, plus rarement, à l'autisme ou à des troubles psychiques plus sévères comme les dépressions, les psychoses (délire d'empoisonnement) ou traduire un fonctionnement borderline et/ou addictif. Le terme « conduites » inclut le comportement mais aussi les pensées qui les déclenchent, les accompagnent ou en découlent. L'assurance maladie, en France, définit les troubles des conduites alimentaires (TCA) comme des maladies psychiatriques caractérisées par des comportements alimentaires différents de ceux habituellement adoptés par les personnes vivant dans le même environnement. Ces troubles entraînent des répercussions sociales, psychologiques et physiques..
Certaines formes organiques de l'anorexie (c'est-à-dire de pertes d'appétit lié un trouble somatique) peuvent être confondus avec des TCA. Ce trouble est transitoires ou durables (pouvant alors devenir invalidants, voire engendrer un risque vital, pour l'anorexie mentale notamment). Les traitements sont souvent des thérapies cognitivo-comportementales, proposées en collaboration entre par exemple médecin traitant, psychiatre, pédiatre, diététicien, psychologue, associant généralement des aspects psychothérapeutiques, éducatifs (comportementaux), diététiques et médicaux, et mobilisant souvent l'entourage (famille, conjoint). il existe une journée mondiale des TCA..
Une vaste étude récente (2025) confirme l'ampleur des risques physiques, psychiques et de mortalité associés aux troubles du comportement alimentaire, en soulignant leurs effets durables et donc la nécessité d'un suivi prolongé, et le rôle de la médecine de premier recours dans l'accompagnement et la surveillance des patients, y compris après la phase de rétablissement, avec un besoin de coordination renforcée entre soins primaires et spécialisés (néphrologie, cardiologie, endocrinologie, psychiatrie). Selon les auteurs, dans le monde en 2025, la prise en charge reste insuffisante pour les situations les plus complexes et graves et il faudrait mieux distinguer et coder les sous-types de troubles, pour affiner la recherche et la pratique clinique.
Épidémiologie Les TCA touchent surtout les adolescentes ou jeunes femmes adultes des pays occidentaux. En France, personnes seraient touchées par des TCAPascale Santi, Anorexia, une loi contre la maigreur, dans Le Monde du 3 juin 2015, suppl. science et médecine, ., avec une prévalence qui chez les jeunes a augmenté avec la pandémie en 2020..
Anorexie mentale
Dans environ 85 % des cas, elle commence entre 15 et 25 ans. Elle touche 0,6 % de la population adulte, avec une nette prédominance de femmes. Sa mortalité annuelle est estimée à 1 %.
La moitié des personnes atteintes atteignent la rémission complète et 30 % la rémission partielle. Il existe parfois des rémissions spontanées, notamment dans les formes à début précoce.
Boulimie
Caractérisée par des épisodes de surconsommation alimentaire suivis de comportements compensatoires (vomissements, jeûne, exercice excessif), elle touche davantage les 10-19 ans, en zone urbaine. Sa prévalence est estimée à 1,5 % chez les femmes et 0,5 % chez les hommes.
Hyperphagie boulimique Les crises sont similaires aux crises boulimiques, mais ne sont pas suivies de comportements compensatoires ; sa prévalence serait comprise entre 3 et 5 %, avec une prédominance féminine moins importante que pour les deux autres troubles. Selon certaines sources, environ 40 % des personnes souffrant d'obésité seraient atteintes de ce trouble.
Trouble de l’alimentation sélective et évitante (ARFID)
L’ARFID est une restriction alimentaire sévère, sans préoccupation corporelle, qui se distingue par une sélectivité extrême des aliments, liée à des facteurs sensoriels pouvant entraîner des carences nutritionnelles, une perte de poids et un retentissement social important. Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas un « caprice alimentaire » mais un trouble neurobiologique, associé à des anomalies du traitement sensoriel et à des facteurs génétiques ou développementaux, souvent associé à un trouble du spectre autistique ; . L'ARFID est désormais reconnu comme pathologie à part entière dans la CIM-11, ce qui a permis d’améliorer le diagnostic et l’accès à des soins spécialisés.
Il touche environ 3,2 % de la population française (soit environ 2,1 millions de personnes seraient concernées en France, dont 60 % d’hommes ; une particularité qui distingue l’ARFID des autres troubles alimentaires généralement plus fréquents chez les femmes). Des variations importantes selon l’âge sont constatées : 5,1 % chez les enfants de 2 à 7 ans et 1,8 % chez les adolescents. L’incidence annuelle atteint 0,8 pour 1 000 habitants, avec une augmentation estimée à 15 % entre 2020 et 2024, attribuée à la fois à une amélioration du repérage clinique et à une possible progression réelle du trouble. À l’échelle européenne, la France est statistiquement dans la moyenne, avec des taux comparables à ceux de l’Allemagne et du Royaume‑Uni, tandis que les pays nordiques présentent des prévalences plus élevées..
Classification Les troubles des conduites alimentaires sont classifiés en tant que trouble d'Axe I. dans le manuel diagnostique et statistiques des troubles mentaux (DSM-V) publié par l'Association américaine de psychiatrie (AAP).
En plus de l'anorexie mentale, de la boulimie et de l'hyperphagie boulimique, la classification retient aussi dans les TCA d'autres troubles moins connus : pica, mérycisme, trouble de restriction ou évitement de l’ingestion des aliments et d'autres troubles spécifiés ou non spécifiés. Ces derniers représenteraient environ 40 % des TCA.
Étiopathogénie Les TCA seraient causés par une interaction entre des facteurs biologiques (facteurs génétiques et neurobiologiques), psychologiques (personnalité, émotions) et sociaux (influences socioculturelle et familiale) Christopher G. Fairburn et Paul J. Harrison, « Eating disorders », The Lancet, , , , .Institut universitaire en santé mentale Douglas, Troubles de l'alimentation : causes et symptômes, Montréal, 2011.. Plusieurs autres facteurs, comme l'historique familial (dépression, obésité) et les expériences personnelles (abus sexuels, diètes familiales) pourraient également influencer le développement de la problématique. Ils se manifestent par exemple par une préoccupation tyrannique du poids, ou au contraire une négligence totale du corps. Ils comportent parfois une dimension suicidaire à laquelle le spécialiste consultant doit particulièrement veiller. Les enjeux psychiques de ces symptômes doivent être appréciés et évalués en fonction de la personne qui en souffre et de son histoire, celle de son environnement y compris l'environnement de la petite enfance et d'évènements déclencheurs de la symptomatologie. La seule présence d'un symptôme ou d'un autre ne suffit pas pour établir un diagnostic différentiel.
La mode de la minceur, les mauvaises habitudes alimentaires, les phénomènes d'imitation entre adolescents, l'influence des médias jouent un rôle certain mais qu'il est difficile d'apprécier et qui de toute façon est assez peu pertinent dans les prises en charge. Origine sociale : anorexie plus fréquente dans les classes sociales moyennes et supérieures..
Comorbidités Elles sont essentiellement psychiatriques : épisodes dépressifs caractérisés, trouble bipolaire, troubles obsessionnels et compulsifs, phobie sociale, trouble anxieux généralisé, personnalité borderline, troubles addictifs.
Chez certaines personnes autistes, des troubles du comportement alimentaire (boulimie et anorexie notamment) peuvent apparaître en lien avec des difficultés de régulation émotionnelle, des routines alimentaires rigides, ou une hypersensibilité sensorielle. Diverses études Henrik Anckarsäter , , Psychological medicine, , , 2012, .... Maria Rastam, , Clinical Neuropsychiatry, , , 2008, .., dont une revue systématique de huit études quantitatives, ont révélé que les personnes autistes sont surexposées au risque de troubles alimentaires (comparées à des groupes témoins non-autistes). Selon Huke (2013), ceci suggère que des atypies cognitives partagées entre TSA et troubles alimentaires pourraient expliquer certaines résistances aux traitements classiques, ce qui ouvre la voie à des interventions psychologiques mieux adaptées. Chez la personne autiste (femme notamment) ces symptômes peuvent être atypiques ou masqués par des comportements compensatoires (vomissements provoqués et sport intense par exemple). Une approche thérapeutique adaptée est recommandée, en veillant à répondre aux spécificités du profil autistique..
Prévention Deux niveaux de prévention peuvent se distinguer : la prévention primaire, qui consiste à prévenir un problème avant qu'il n'apparaisse, en développant des habitudes nutritionnelles plus équilibrées (réglementation en matière de publicité ou de restauration scolaire, par exemple) et en luttant contre l'apologie de l'extrême minceur (exemple : charte signée avec les professionnels du secteur de l'image) ; la prévention secondaire qui consiste à freiner le développement d'une maladie, en intervenant le plus tôt possible auprès d'une population à risque. Cela se fait avec le patient et sa famille ainsi que le médecin référent et l'ensemble des éducateurs.... Il existe de nombreux outils de dépistage et de diagnostic des troubles des conduites alimentaires. Il y a un grand intérêt à dépister les formes subsyndromiques des troubles des conduites alimentaires, pour proposer une prise en charge adaptée avant l'aggravation et/ou la chronicisation des troubles. Par exemple, la thérapie centrée sur les émotions peut être une méthode de prise en charge des troubles des conduites alimentairesDolhanty, J., & Greenberg, L. S. (2007). Emotion-focused therapy in the treatment of eating disorders. European Psychotherapy, 7(1), 97-116.. Les formes installées et/ou chroniques sont plus difficiles à prendre en charge sur le plan thérapeutique Samir Chelali, Les outils d'évaluation des troubles du comportement alimentaire:Les échelles et questionnaires d'évaluation des troubles du comportement alimentaire, Presses Académiques Francophones (20 juillet 2012).
Conséquences Différentes conséquences physiques, psychologiques et comportementales sont associées aux TCA pendant la maladie, avec notamment des troubles de l'humeur, de la participation sociale, du sommeil, des pensées obsessionnelles, des capacités intellectuelles, de l'activité cardiaque et hormonale, de la santé buccale, de la coloration de la peau, une perte de cheveux, et d'autres.